‹ Les œuvresChapitre 65 sur 149 · A LA REYNE DE POLOGNE · texte numérisé non relu

A LA REYNE DE POLOGNE

LETTRE CLXXVIIL

Ma.da.me^

Ce que ie considère le plus^ du présent que m^a enuoyé Madame la Marquise de Sablé , et de l'adresse auec laquelle Votre Majesté me Ta fait prendre, et m'a fait désobéir à la Reyne, sans me rendre coupable : c'est le prétexte qu'il me donne de preùdre la hardiesse de vous escrire, et le moyen que j'ay par là de vous faire souuenir de moy, sous ombre de rendre à Yostre Majesté les tres^bumbles remercimens que ie luy dois. le vous diray donc , Madame , que le plus auare homme du monde, ne fut iamais si.ayse, que Ton luy fîst du bien , que ie Tay esté, de celuy que ie viens de receuoir de V. M., et que ie me suis trouué en cette occasion beaucoup plus intéressé , que ie n'eusse cru de le pouuoir estre. A dire le vray, rhonneur de receuoir des marques de la bien-veillance d'vne des plus grandes Reynes du monde, et, ce que j'estime dauantage, de la plus accomplie personne que j'aye iamais veuë : est vn interest, dont les âmes les mieux faites peuuent estre gagnées. Et tous les Roys de la Terre n'ont rien à donner qui soit de ce prix-là. le souhaitte, Madame, que toutes les liberalitez que vous ferez, soient tousiours aussi bien employées, ie veux dire aussi-bien reconnues, et qu'entre tant de millions d'hommes qui obéissent à V. M. il s'en trouue quelques-vns qui prennent autant de plaisir que moy, à publier ses loiianges, et à la bien faire connoistre à tous les autres. Cela estant, V. M. aura bien-tost sur touë ses sujets, le mesme empire qu'elle a eu jusqu'à cette heure, sur toutes les âmes raisonnables qui l'ont approchée. C'est cet empire, Madame, qui est né

(1) Louise-Marie de Gonzague, fille du duc de Nevers et de Mantoue, naquit en 1612. Elle fut successivement la femme de deux rois de Pologne, et mourut à Varsovie, le 10 mai \\)i\7.

€ vous; que vous auîez deuant que vous eussiez de Sceptre^ ni Ck>uronne, et qui, si vous me permettez de le dire^ est beaucoup s estimable, et plus absolu^ que ceiuy que la fortune vous a mé. le pne Keu que V. M. jouisse làng4emps de l'vn et de itre^ auec toutes les prosperitez qu'elle mérite : et cpie ie sois ez heureux^ vne fois en ma vie^ pour vous voir dans vostre gloire , pour vouspouuoir dire moy-mesme, auec combien de respect, passion et de zele^ ie suis^

Madame^ de Votre Majesté,

Le tres-humble, etc.

A MONSEIGNEVR LE DVC DE LA TRIMOVILLE.

LETTRE CLXXIX

MORSBIGNBVB ,

Tay trouué moyen de multiplier vos bien-faits, et de faire que »nsme pourrez donner encore vne Chanoinie. Madame la Duchesse Aiguillon, touchée peut-estre par vostre exemple, a voulu m'oiger conune vous : et mon Neueu que vous auez fait Chanoine de mal, a esté fait par elle grand Vicaire de Nostre-Dame. Moyenmt quoy il s'est résolu de resigner son bénéfice de Laual à vn ttre de mes Neueux , s'il apprend que vous l'ayez agréable. Fesle. Monseigneur, qu'auec la mesme bonté que vous m'auez fait première grâce, vous m'accorderez cette seconde; et il vous a eu m'obliger si généreusement, que j'espère que vous me témoilerez en ce rencontre, la continuation de vostre bonne volonté. s dernier neueu, en faueur duquel ie vous fais cette supplication 3&-humble , est Bachelier de Sorbonne , assez sçauant , et fort stueux. De sorte que, selon que ie connois vostre goust, et que ie ay que vous faites cas des gens de lettres : ie croy que dans la litude de la campagne , celuy-cy pourra seruir quelquefois à «tre entretien , quand vous voudrez relascher vostre esprit. Pour oy. Monseigneur, il n*y a rien que ie désire tant, que d'auoir de )uuelles obligations à vne personne que i'honore et que ie respecte itant que vous, et ie souhaitterois de bon cœur, que tous les biens ae la fortune me voudra faire, ne me vinssent iamais que par vos lains. Si ie suis reconnoissant ou non , de ceux que j'ay desia rr-

su LETTRES

ceus de vous^ ie ne le diray pas. Toute la Cour vous le pourra dire: n^y ayant plus personne qui ne sçache la bonté et la libéralité auee laquelle il vous a plû de m'obliger^ et la profession publique que ie fais en toutes sortes d'océasions d'estre^

MonsEiGNEVR , yostrcy efc.

AV MESME

LETTRE CLXXX

MONSBIGNEVB^

le n'ay pas peur que vous vous lassiez iamais de me bien-fidre. Mais j^ay peur que vous vous lassiez de mes remercimens. Fen ay tant eu à vous faire depuis quelque temps^ qu'à moins que d'mr de redites^ ie ne voy pas qu'il me reste plus rien à dire sur vn siqet, où vos bontez m'ont desia obligé de m'épuiser. le me contenteraj donc de vous supplier tres-humblement^ de vous souu^ûr dâ grâces que vous m'auez faites; de la facilité auecque laquelle ie ks ay obtenues; des lettres obligeantes, dont il vous a plû les acconh pagner; et de la ciuilité auecque laquelle, en me faisant du bien^ vous n'auez pas voulu perdre l'occasion de me faire encor tout l'honneur que ie pouuois receuoir. Vous ressouuenant. Monseigneur, de toutes ces choses^ imaginez-vous, s'il vous plaist, ma reconnoissance là dessus : et iugez^ si joignant tant d'obligations, à la passion extrême , que j'ay tousiours eue de vous honorer, ie puis manquer d'estre, auec toute sorte de fidélité et de respect,

MoNSEionEVB , Vosfre^ etc.

A MONSEIGNEVR LE DVC D'ANGVIEN,

sur la prise de Dunquerque.

f.ETTRE CLXXXL MONSEIGNEVB,

le croy que a'ous prendriez la Lune auec les dents^ si vous l'auieï

DE MONSIEVR DE VOITVRE. 35r>

entrepris. le n'ay garde de m^estonner que vous ayez pris Dùnquerque. Rien ne vous est impossible. le suis seulement en peine de ce que ie diray à vostre Altesse là dessus , et par quels termes extraordinaires, ie luy pourray faire entendre ce que ie conçois d^elle. Sans doute. Monseigneur, dans Testât glorieux où vous estes, c'est vne chose tres-auantageuse, que d'auoir Thonneur d'estre aimé de vous. Mais à nous autres beaux esprits, qui sommes obligez de vous escrire sur les bons succez qui arriuent : c'en est vne aussi bien embarrassante, que d'auoir à trouuer des paroles qui respondent à vos actions, et de temps en temps de nouuelles louanges à vous donner. S'il vous plaisoit vous laisser battre quelquefois, ou leuer seulement le siège de deuant quelque place; nous pourrions nous sauner par la diuersité : et nous trouuerions quelque chose de beau avons dire, sur Finconstance de la fortune, et sur l'honneur qu'il y a à souffrir courageusement ses disgrâces. Mais dés vos premiers exploits, vous ayant mis auec raison du pair auec Alexandre, et voyant que de iour en iour vous vous esleuez dauantage : en venté. Monseigneur, nous ne sçaurions où vous mettre, ni nous aussi ^ et Dons ne trouuons plus rien à dire, qui ne soit au dessous de vous. L'éloquence, qui des plus petites choses en sçait faire de grandes; lie peut auec tous ses enrichissemens, égaler la hauteur de celles que vous faites. Et ce que dans les autres sujets, elle appelle Hyperix>les; n'est quVne façon de parler bien froide, pour exprimer ee que l'on pense de vous. Et certes, cela est incompréhensible, queV. A. trouue moyen tous les Estez, d'accroistre de quelque chose, cette gloire à laquelle tous leshyuers precedens, il sembloit qu'il n'y eust rien à adjouster : et qu'ayant débuté de si grands commencemens, et en suite de plus grands progrez, les dernières choses que vous faites, se trouuent tousiours les plus glorieuses. Bout moy. Monseigneur, ie me réjouis de vos properitez, comme ie dois. Mais ie préuoy, que ce qui augmente vostre réputation présente , nuira à celle que vous deuez attendre des autres Siècles : et que dans vn si petit espace de temps, tant de grandes et importantes actions , les vues sur les autres , rendront à Tauenir vostre vie incroyable, et feront que vostre histoire passera pour vn roman à la Postérité. Mettez donc, s'il vousplaist. Monseigneur, quelques tH)mes à vos victoires, quand ce ne seroit que pour vous accommoder à la capacité de l'esprit des hommes, et pour ne pas passer plus auant que leur créance ne peut aller. Tenez-vous, au moins pour quelque temps, en repos, et en seureté : et permettez que la l'ranop, qui dans ses triomphes est tousiours en alarme pour vostrr

vic^ puisse jouir quelques mois tranquillement de la gloire que vous luy auez acquise. Cependant^ ie vous supplie tres-bumblemsii de croire^ que parmy tant de millions d^ommes qui vous admirent^ et qui vous bénissent ^ il n'y en a point qui le fasse auec tant clejoye, de zèle, et de vénération , que moy, qui suis de V. A.

MoNSEiGNEVB , Le trcSy etc.

A MONSEIGNEVR D'AVAVX.

LETTRE CLXXXII

MONSBIGNEVB ,

Si j'estois si honneste homme que Ton pust dire de vous et in moy et cantare pares/ au moins on ne dira pas et respanderê pih rati. le receus hier vostre lettre : et j'y fais response aujourdlioj. Les vostres ne vont pas si viste que cela : et comme si vous estiez» bout des Indes Orientales, il se passe des années douant que j'ei reçoiue. Pour moy, ie vous admire,

vt vnum Scilicet egregij mortalem , altique silenti.

Et ie ne puis comprendre, qu'vne personne qui a tant d'auantage à parler, ait tant de plaisir à se taire. Les trois premières lignes de vostre lettre, et ce que vous dites de ce mois extrêmement passé; valent mieux que tout ce que nostre Académie sçauroit faire. Mab de quel sel auez-vous assaisonné vostre fin du repas? Que ie meure si iamais rieu m'a tant plû! Le pauure Monsieur le Lieure, qui n'auoit esté dans mon esprit, il y a plus de vingt-ans, y a repassé, luy, tous ses conuiues , et toute sa maison , auec vne joye incroyable,, et y a ramené toutes les espèces de ce temps-là. C'est, en vérité, vn grand bon-heur pour les beaux esprits, de ce que vous auez eu de meilleures affaires, que nous, et que Claudium Memmiti» ab institutis studiis deflexerit cura terrarum. Quel regret j'ay, Monseigneur, quand ie lis les choses , que vous escriuez, de n'estre pas auprès de vous! et quel mauuais tour ie connois, que la fortune m'a fait, de m'auoir destiné à passer ma vie loin d'une personne si précieuse, et qui a vne sorte d'esprit si agréable ! Nonob-

DE iMONSlEVR DE VOITVHE. 357

ni tout l'éclat et la pompe et les espérances de deçà, celuy-là seul î semble heureux :

Ille ( si fas est) superare Diuos , Qui sedens adversus identidem te Spectat et audit.

adame la Marquise de Montausier m'a fait luy lire plus d'vne is ce que vous m'auez escrit pour elle : et de tant de lettres qui y sont venues de tous costez, elle a dit^ qu'on ne luy a rien escrit î si galant. Elle m'a commandé de vous dire , qu'elle est extrêmement ayse , que vous approuuiez son mariage ; qu'elle ne l'eust is tenu bien fait, si vous n'y eussiez adjousté vostre consentement ; : qu'elle vous l'eust demandé, si vous eussiez esté icy : Mais que ans vostre absence, elle auoit iugé sur beaucoup de témoignages 'affection, qu'elle sçauoit que Monsieur le Marquis de Montausier uoit receus de vous, que vous ne seriez pas contraire à une chose u'il desiroit. Elle, et Monsieur son Mary, m'ont chargé , de vous lire mille remercimens de leur part ; et de vous asseurer de leur es-humble service. Au reste , Monseigneur, îe suis bien aise, que 3US auez yn Commis qui fasse parler de luy dans le monde, et que on me connoisse vn peu plus dans les païs estrangers, que Moneur Filandre, et Monsieur Coiffier. le vous aurois enuoyé ces folies ue l'on vous a leùes ; '

Naïuque tu solebas , Nostras esse aliquid putare ougas.

t quelle approbation aurois-je plus désiré que la vôtre? Mais ve- 7b4Mr ne te hœc deprehenderent in cura aligna maiuscula, comme it Cîcéron. Et puis ie considerois, ce que dit cet autre :

Multa quidem vobis facimus mala sœpè Poctœ :

vt cum tibi librum Sollicito damus , aut fesso.

)ïï n'aura guère plus de joye de la paix générale, que les honaeses gens en ont eue de la paix de vous et de Monsieur Seruien. le :roy que c'est tout de bon, comme vous me Tescnuez : et si guis ihty qui neminem bonafide in gratiam putet redire posse^ non veitram Aie perfidiam arguit, sed indicat suam. Si vous pouuez faire (]ue cela dure, il ne se peut rien de mieux :

Si quidem hcrcio possis nihil priùs ncquo forliùs.

le vous rens mille grâces tres-humbles du soin qu^il vous plaist aooir de mes affaires : et ie suis comme ie dois^

MoNSEiGNEVB , Vostrc , etc.

AV MKSME.

LETTRE CLXXXIIL

MOINSEIGNEVB^

Si ie voulois receuoir tous les ans vos quatre mille liures^ sans faire iamais vne pense d'A^ ni œuure quelconque de mes mai pour vostre seruice; vous seriez l'honune du monde le {dus propre à me laisser faire : et peut-estre mesme, que vous y prendriez fïiisir; pource que cela me dispenseroit de quelques billets, que vosbe bonté vous oblige de m'écrire de temps en temps. De mon costé, ie le trouuerois aussi fort commode^ s'il estoit vn peu moins deshooneste : et ce seroit pour moy vn extrême soulagement. Youb ne sçauriez croire, Monseigneur, quelle fatigue c'est que d'escrireà vne personne qui ne respond point. Il y a trois mois, que ie songe à vous faire vne lettre , sans en pouuoir venir à bout : et cpiand après beaucoup de peine, j'ay tant fait que de continuer deux périodes, tout à l'heure ie me trouble, et ie dis en moy-mesme, Ha! par la vertu bien, me voila demeuré, comme cet Aduocat dont vous m'auez autrefois fait le conte. Si faut-il pourtant, à quelque prix que ce soit, que ie vous escriue. Car j'ay honte, sans mentir, de mériter si mal vostre argent, et fais mesme quelque scrupule de m'enrichir d'un bien si mal acquis. Cependant, ie vous supplie treshumblement de croire qu'auec tout le silence que ie garde si hardiment, et si confidemment; ie conserue tousiours pour vous dans mon cœur toute sorte de respect, de passion et d^estime : et que de iour en iour ie me confirme dans le iugement que j'ay fait de vous dés ma première ieunesse ; qu'il y a peu de personnes au monde qui vous vaillent, ni en qui la nature ait joint vne si grande ame, à vn si grand esprit. Auec cette opinion-là, imaginez-vous, s'il vous plaist, auec quelle impatience ie souhaite vostre retour : et si ie ne suis pas aussi intéressé que personne en cette paix que toute l'Europe désire. Dans les plus belles assemblées, les plus grands festins, el les plus agréables promenades; il m'arriuc tous les iours de desirrr

ostre entretien^ vos souppei*s sur la seruiette^ et ces tours d^allée [ue j'auois l'honneur de faire auec vous dans vostre jardin. Mais à iroposy par quel enchantement^ Monseigneur^ ou par quelle machine auez-vous fait faire cette grande maison^ qui a paru en vn natin dans la rue sainte Auoye? Car vne chose si prompte^ semble >lûtost auoir esté faite pegmate aliquo quam œdificatione.

Et crescunt mediâ pegmata celsa via.

^'ouurage des murailles de Thebes n^alloit pas si viste : et si j'ay >ûy dire que les pierres de Cîtheron alloient courant et sautant s'y 'endre d'elles-mesmes^ et se ranger chacune en sa place. C*estoit me grande commodité. En vérité, il en faut tousiours reuenir à ce lue disoit vostre postillon. Vous estes vn homme estrange. En trois ours vous faites abbatre vne maison; et in triduo reœdificas illam, Aàis, mon Dieu ! auec quelle beauté et quelle magnificence ! Tous es bastisseurs (et il n'y a point au monde de nation plus jalouse^ ni ilus enuieuse : ) auoùent^ qu'il ne se peut rien voir de mieux. Mais e qui m'en piaist; c'est que vous faites faire cela à deux cents ieuês de vous^ et par vos Commis. Au lieu que tous les autres qui •astissent, voudroient asseoir eux-niesmes chaque pierre qui entre ans leur bastiment : et l'on les voit à toute heure pesle-mesle auec îurs maçons arpentant y mesurant^ criant^ ordonnant^ sales et mal ropres^

Atque indecoro puluere sordidos.

I n'q>partient qu'à vous de faire ces choses-là par Procureur : et ous faites bien paroistre^ sans mentir^ que le dessein de pacifier la Ihrestienté , est le seul aujourd'huy qui mérite toute vostre attenion; puis que la construction d'vn Palais ne peut pas seulement ous amuser^ et que les choses qui remplissent toute l'ame des utres hommes ne trouuent pas de place dans la vostre. Cependant^ e me resioûis auecque vous^ au nom des Pénates de lean Jacques le Mesmes^ et de tant de grands hommes vos ayeuls; au nom de :es Pénates qui ont esté les Dieux tutelaires de Passerat^ et de tous es sçauans de ce siecle-là^ et de celuy-cy : de ce que vous auez •enouuellé et embelly leur ancienne demeure, et que

Non sinis iDgentem consenuisse domum.

le souhailte de tout mon cœur que vous ayez le plaisir d'en jouir Wen-tost, et de venir voir vous-mesme^

Ouâm dispari domui dominaris.

Mais^ Monseigneur^ voicy laneufviesme page que j'écris : et j'ay tant tiré le Diable par la queue ^ qu'enfin j'ay fait vne lettre d'vne assez bonne longueur. Vous ne sçauriez vous imaginer quel soulagemenf c'est pour moy. Mais si ferez, vous vous l'imaginerez bien. Me ?oiE au moins en repos pour trois ou quatre mois. le vous baise trèshumblement les mains. le m'en vay à la Foire : et suis,

MoNSEiGNEVB, Vostre, etc.

A MONSIEVR COSTABT.

LETTRE GLXXXIV.

MONSIEVR

Vous serez bien estonné que ie vous sollicite de m'ayder dans vne affaire que j'ay delà les monts, et que j'implore vostre secours contre les Romains. Ce n'est pas la première fois, comme voussçauez , qu'ils ont troublé le repos de ceux qui ne leur demandoient rien. Mais il me semble, qu'ils n'ont jamais esté si injustes auec personne, qu'ils le sont auec moy : et ils n'ont pas donné plus de peine à Annibal^ qu'ils m'en vont donner; si vous ne me secourez. Quorsum fmc? le m'en vay vous le dire. Il y a parmy eux vne Académie de certaines gens , qui s'appellent les Humoristes; qui est à peu prés , comme qui diroit bizarres : et en effet, ils le sont tant, qu'il leur a pris fantaisie de me receuoir dans leur corps ^ et de m'en faire donner auis par vne lettre que m'a escrite vn de leur compagnie. Il faut que ie leur en fasse vne en latin , pour les itmercier : et voila ce qui me met en peine. Ten suis sorty pourtant dés le moment que vous m'es tes venu dans l'esprit. Car il me semble que voila vostre vray fait : et vn homme qui est en Poitou, et qui escrit des lettres latines de gayeté de cœur, ne me sçauroit pas refuser cela. Ils ont pour deuise vn Soleil, qui tire des vapeurs de la mer, qui retombe en pluye, auec ce mot de Lucrèce, ^wï7 agmiw dulci. Voyez , ie vous supplie, si vous trouuerez quelque chose à leur dire, sur cela; et sur Thonneur qu'ils m'ont fait ; et sur le peu que ie le mérite. Enfin, faites du mieux que vous pourrez. En tout cas. Monsieur Pauquet (1 ) ne nous sçauroit manquer, qui en sçait

(1) Louis Pauquet, chanoine et archidiacre du Mans, était secrétaire do Costart, qui le fit son légataire universel. Il mourut le 14 novembre 1673.

DE MONSIEVR DE VOITVRE. 3()l

» que vous et que moy. le m'en remets entièrement à vous deux, ie ne suis point du tout capable de cela : et vous le ferez ^ sMl s plaist.

Me dalces dominae Musa Lycimniaî Gantas, me voluit dicere lucidum Folgentes oculos, et bene mutuis Fidum pectus amoribus.

i s'en est allée depuis huit iours ^ la panure Lycimnia. le Taime s mentir plus que moy-mesme : et ie ne Taime pas plus que vous. ;uis,

MoNSiBVB , Vostre, etc.

A Paris le 14 d'Aoust.

AV MESME

LETTRE CLXXXV

MONSIEVB ,

'ay enuie d^aller demeurer auec vous en Poitou. Car ie trouue 5 vous et Monsieur Pauquet, auez beaucoup plus d'esprit, depuis ) vous y estes. Pour moy, ie viens au contraire, d'vn païs , où le în s'est enrouillé : pour auoir esté quinze iours sans voir de is liureSj ni de vos lettres, et n'auoir veu que des Dames, qui ne lient pas vn mot de Ciceron, de Virgile, ny de Terence. Sans tttir, tout ce que vous m^escriuez me rauit : et hors vostre abce^ il n'y a point de prix , auquel ie ne voulusse acheter vos res. Toutes les fois qu'il m'arriue de rencontrer par hazard quel- \ chose à vous mander, qui ne me déplaist pas : ie ne me resioûis tant de ce que ie vous écris, que de ce que ie sçay que vous m'y 3ondrez; et ie dis en moy-mesme :

Nardi paruus onyx eliciet cadum.

it de bon, si ie ne prenois autant de part à vostre gloire, qu'à la une : ie serois extrêmement jaloux de vous. Mais ie ne vois pas il m'importe, que ce soit vous ou moy qui soyez sçauant, et qui z de l'esprit, j'en seray tout autant estimé à Rome : et ie mets si de différence entre ce qui est à vous, et ce qui est à moy; qu(^ le suis réjoùy de vostre latin, comme si ie l'auois fait. 11 me

semble que par là ie suis digne de rAcademie des Humoristes; et qu\n homme qui a vn amy comme vous, mérite d'estre receu par tout. Quoy que Quiiitiiien die, nemo speret vt aliéna labore sit disertus, j'ay cette espérance en vous. le croy que par vostre moyen ie seray éloquent, toutes les fois que j^en auray besoin : et si iemets peine à ne pas oublier le latin, ce n'est plus pour m'en seruir; mais seulement pour entendre ce que vous m^escriuez, et ce que vous faites. l'attends auec impatience la despoiiille de la récolte que vous auez faite en Poitou , et que vous m'enuoyez le plus beau et le meilleur de ce que vous auez appris. La société que nous auons ensemble, est extraordinaire. Confers enim rem et industriam : et moy, sans rien contribuer de mon costé, j'ay part au profit. Leslurîsconsultes appellent cela societatem Leoninam : et elle ne pourroit pas subsister par les loix. le ne sçay quel passage vous voulez dire^ sur lequel ie n'ay rien respondu. Mandez-le moy, s'il vous plaist. le pensois auoir respondu à tout. le demeure en quelque façon d^accord de vostre explication de hem alterum. Mais ce sens-là ne me semble guère digne de Terence. Feusse bien voulu, pour l'amour de luy, y en trouuer vn autre. Mais à propos de ces Dames, que ie vous disois, qui ne sçauent pas vn mot de Giceron : que vous semble de ce que dit Saluste de Sempronia, qu^elle estoit litteris grxcis ac laiinis docta? En vn autre endroit, il dit de Sylla, litteris grœcis atque h- Unis iuxtà^ atque doctissimè eruditus. Encore d'vne femme, qui peut faire des fautes en sa langue, si elle n'y a esté enseignée, iene ni^en estonne pas tant. Mais qu'il remarque cela en vn homme, et ou vn grand homme; ie le trouue assez estrange : et imaginez-vous, ie vous supplie, quelle louange ce seroit au Duc de Veimar, qui diroit dans son Eloge, qu'il estoit fort sçauant dans FAllemand. Adieu , Monsieur, ie suis ,

Le treSf etc.

En relisant ma lettre, ic viens de m'apperceuoir d^vn équiuoque, qui est au commencement. le viens d*vn pats, où le mierk. Car ce wienAh. se pourroit rapporter à pais : et ie veux dire mon esprit. Quoy que ie sçache que vous ne prendrez pas Pvn pour Tautre, neantinoins ce ne laisse pas d'estre vue faute. Vitanda in primis ambiguitaSy non hœc solum , qux incertum intellectum facity vt Chremeteyn audiui percussisse Demeam; sed illa quoque, qux etiamsi lurbare non po test sensum, in idem tamen verborum vitium incidit : vt si quis dicat vismn à se hominem iibrum scribentem. îSnm etiamsi librvm ah homine scribi patcat , malè tamen compo-

DE iMONSIEVR DE VOITVRE. Skul

meratj feceraique ambiguum, quantum in ipso fuit. Pay mieux aimé rous escrire cecy que de corriger ce que j'auois escrit.

A Paris le 20 Septembre.

A MONSEIGNEVR D'AVAVX.

LETTRE CLXXXVI

MONSBIGNEVB^

Vous auez beau vous plaindi'e de mes plaintes^ et dire ,

0 ta insulsè , malè et molesté viuis, Per quem non licet esse negligentem.

La beauté de vos lettres excuse assez Timportunité avec laquelle le les demande. Cette dernière, entre toutes les autres, est admirable. rauoûe que ie vous en dois de reste. C'est bien en vous que le prouerbe est vray; que qui respond paye : et ie m'estonne seulement qu'vne personne en qui il paroist tant de richesse, et qui se peut acquitter aisément, ait tant de peine à s'y résoudre. Nous autres .fauoris d'Apollon, sonunes estonnez qu'vn homme qui a passé sa vie à faire des Traittez, fasse de si belles lettres : et voudrions bien que vous autres gens d'affaires, ne vous mêlassiez pas de nostre mestier. Et certes, vous deuez, ce me semble, vous contenter de l'honneur d'auoir acheué tant de grandes negotiations, et de celuy qui vous va venir encore de desarmer tous les peuples de l'Europe : sans nous enuier cette gloire telle qu*elle vient de l'agencement des paroles, et de l'inuention de quelques pensées agréables. Il n'est pas bonneste à vn personnage aussi graue et aussi important que vous Testes, d'estre plus éloquent que nous : ni que tandis que l'on vous employé à accorder les Suédois et les Impériaux, et balancer les interests de toute la Terre, vous songiez à accommoder les consonnes qui se choquent, et à mesurer des périodes. Que ne vous contentez-vous, de par Dieu, de faire de belles et bonnes depesches, comme celles du Cai'dinald'Ossat ; ou si vous auez quelque ambition plus grande, comme celles du Cardinal du Perron : sans vous auiser de ces autres-cy qui nous font enrager? Pardonnez-moy, si ie dis cecy auec quelque dépit. Sans mentir, voslre lettre m'en a fait : rt il n'y a amitié qui tienne. Vous sçauez que

Qui volet ingenio cedere nullus erit.

Nec iam prima pelo Mncsteus. ncffue Mnccn- rrilo.

Mais moy^ qui me contentois d'aller de quelques pas après vous; il me fâche de voir que vous me laissez si loin derrière. le la montray à,vn de mes amis^ fort entendu et fort sçauant^ qui a connu tre^ familièrement M*** et qui fait grande estime de son mente. Mon Dieu , ce dit-il, après Tauoir leùe, que cet homme-là est de brasses au dessus de *** ! Si j^auois veu cette lettre-là en d'autres mains que les vostres, le jurerois que c^est vous qui Tauez escrite. C'est pour vous mortijRer, Monseigneur, que ie rapporte ces derniers mots.

et sibi Consul Ne placeat, curru seruus porlatur eodem.

Pour vous dire sincèrement ce que j'en pense, vous n'en auez iamais escrit vne si belle, ni qui fist mieux connoistre vostre force : et vous Pauez bien senty, quand sur la fin vous me pressez d^auoùer, que ie vous en dois de reste. Que ie meure, si ie n^ay honte d'y faire response. Car pour tant de belles et agréables choses, que vous puis-ie rendre?

Pro molli viola , pro purpureo hyacintho , Carduus , et foliis surget paliarus acatis.

Au moins. Monseigneur, ces témoignages que ie vous donne de ^approbation d'autruy, et de la confusion où vous m'auez mis; vont à vous de plus droit fil , que les autres du précèdent voyage. Vous vous moquez tres-agreablement des louanges que ie vous a\ donné sur le bastiment de Monsieur Pépin. Ce que vous me dites, que c'est dommage que ie n'ay veu aussi les carosses qu'il vous a enuoyez; et que ie vous trouuerois bien honneste homme : est dit, ce me semble, aussi plaisamment qu'vne chose se peut dire : et ce mot-là est tout à fait d'vn galant-homme.

Gui benè ni palpêre , recalcitrat.

A ce que je vois, vous n'auriez pas volontiers souffert cet autre plu:^ flatteur que moy, et plus hyperbolique :

Est maior Cœlo , sed miner est domino.

Mais vous auez beau dire : ce n'est pas vne chose si peu considi*rable, que d'auoir vne belle maison. Z. Opinij domus, cùm vulgà imiiseretur à populo , suffragata creditur domino ad Consulaiuni obtinendum, ce dit Ciceron. Et vous voyez comme il crie luy-mesme pro domo suâ, Fauouë auecque vous, que cet édifice à quoy vous Irauaillcz h cette heure, ce grand Temple de la paix, dans lequel

DE MONSIEVR DE VOITVRE. 3(>r»

toutes les nations de la Chrestienté doiuent entrer ; est bien plus

digne de vos soins ; et qu'vn si grand dessein doit occuper tout

vostre esprit. le nie resioûis^ Monseigneur^ des nouuelles qui en

viennent^ et de ce qu'il ne sera pas de celuy-là comme de cet autre.

Magnificentiœ vera admiratio extat templum Ephesiae Dianœ, du-

ceniis et vigenti annis à tôt a Asia factum. Les ouurages vont bien

plus viste entre vos mains. Aussi étes-vous bien vn autre ouurier.

Fay vne grande impatience de voir icy de retour Madame de Lon-

gueuille, après la conclusion d'vne bonne paix. Ce que vous me

dites de cette Princesse^ est, en son genre, aussi beau qu'elle : et

ie le garde pour luy montrer quelque iour. Sans mentir, ie iuge

bien plus auantageusement de vous sur vos escrits, que sur ceux

de Gronouius, et lacobus Balde; que ie trouue, au reste, fort

beaux, et representans bien le caractère de la meilleure antiquité.

Mais ie n'y apperçois pas la gentillesse ni Tesprit de uotre ancien

autheur : et si vous auez découuert quelque chose de plus; ce n'est

qu'en vous que vous Tauez trouué. Voyez, Monseigneur, si ie ne

suis pas heureux, d'auoir rencontré en vous, les délices, que vostre

Ayeul aymoit en Passerat, et la protection, que Passerai trouuoit

en vostre Ayeul. Madame de Sablé et Madame de Montausier sont

rauies de quelques morceaux que ie leur ay montrez de vostre

lettre, et vouloient que ie leur donnasse copie de Tendroit où vous

parlez de Madame de Longueuille. Dites le vray. Monseigneur,

croyez-vous que Ton puisse trouver, ie ne dis pas dans vne seule

personne, mais dans tout ce qu'il y a de beau et d'aymable répandu

par le monde; croyez- vous, dis-je, que Pon puisse trouuer tant

d'esprit, de grâces et de charmes, qu'il y en a en cette Princesse?

Nam tu , quœ tenuit dives Achemenes , Pinguîs aut Phrygias Mygdonias opes Permutare velis crine Lycimniai ?

Cependant soyez sur vos gardes. Elle escrit icy des merueilles de vous, et de Tamitié qui est entre vous deux. Le commerce est dangereux auec elle.

incedis per ignés Suppositos cineri doloso.

le vous asseure, au reste, qu'elle est aussi boime, qu'elle est belle , y qu'il n'y a point d'anie au monde plus haute, ni mieux faite, que la sienne. Fauois résolu de vous faire vne visite cet Automne : et auois mesme demandé desia vn voyage à la Cour; car à moins que

(l\n pèlerinage comme celuy-Ià, comment pourrois-Je iamais vous témoigner ma reconnoissance? Mais j*ay esté retenu par une fasclieuse affaire, qui m'est suruenuë; et qui me tient en grand soin, et en alarme : non pas proprement vne affaire, mais

Vna malarum quas amor curas habet.

Ne vous en mocquez pas. Monseigneur. Autant vous en pend deuant les yeux. Mais le croy que voicy la dixiesme page que ie vous escris.

Dii magni , horribilem et sacrum libelluml

le n'y pensois pas. le vous en demande pardon : et ie suis, MoNSETGNEVR, Vostrey etc.

AV MESME

LETTRE CLXXXVIl.

Vis ergo inter nos quid possit uterque vicissim Experiamur ?

le m'en garderay bien. Monseigneur. La partie est trop mal-faite, le n'y trouuerois pas mon conte. Comme ie voulois faire vn effort pour cela,

Gynthius aurem Vellit , et admonuit.

le suiuray son auis : et ne me feray pas tirer Toreille. C'est vn Dieu de bon conseil. Et de fait , quand j'ay bien considéré les dernières choses que vous m'auez fait Thonneur de m'écrire; ie vous ay veu plus grand et plus fort qu'à l'ordinaire : et ie n'ay pas regret que vous m'ayez surmonté ; puisque c'a esté en vous surmontant vousr mesme. Ma lettre, et les deux que j'ay receuës de vous, me font souuenir de ces trois lignes que Protogenes et Apelles firent à Tenuy Tun de l'autre. La première que vous m'auez enuoyée, estoit admirable, et digne d'vn grand ouurier. Celle que i'ay faite dessus, n'estoit pas non plus, de mauuaise main. Mais cette dernière que vous venez de tirer,

Vltima Irnea rerum est.

Elle est au delà de toutes choses : et pour moy, ie n'oscrnis pluî'

DE MONSIEVR DE VOITVHE. ;j07

(nais faire vu trait après cela. Que si ie prends la plume à cette ïure, ce n'est que pour vous donner par escrit la confession que vous fais, que ie ne suis que vostre Commis en matière d'eloaence, non plus qu'en matière de finance ; et pour vous faire voir ûcore vne fois Tauantage que vous auez sur moy, ie suis touché, î vous l'auouë, des louanges qu'il vous plaist de me donner.

Nec enim mihi cornea libra est.

liais elles sont telles, et si belles, et si ingénieuses, que, sans menhir, ie serois bien plus glorieux de les auoir données, que de les iuoir receuês : et les mesraes paroles auec lesquelles vous me mettez au dessus de tous les autres; me font voir que ie suis infiniment aundessous de vous. le voudrois bien auoir icy vn escriueur aussi confident et aussi iudicieux que Monsieur de saint Romain. Car chaque ligne de vostre lettre mérite, pulchrè et belle. Particulièrement, Monseigneur, le tableau que vous faites de nostre Princesse, est si beau et si riche ; qu'en venté j'ay eu plus de plaisir à le voir, que ie n'en aurois eu de la voir elle-mesme : et vous avez sceu adjouster des grâces aux grâces infinies qui sont en elle; tait opère, dum laudatur, haud victo, sed illustrato. C'est ce que dit Pline des vers Grecs, qui furent faits pour la Venus d'Apelles : dont Touurage, sans doute, estoit moins beau que vostre peinture: comme sa Déesse estoit moins belle que la vostre. Vous Vauez représentée auec tous ces attraits et tous ces charmes. Pinxisti et quœ pingi fionpossunt^ tonitrua , fulmina , fulguraque. Mais pardonnez-moy si ie vous le dis; il est difficile que cette personne-là ne soit pas la niaistresse d'vne ame où elle est si bien représentée : et si vous n'estes point amoureux d'elle, au moins le deuez-vous estre du portrait que vous en auez fait.

Va Imager tira Timage d'vn visage ,

Et le tira si bien en sa perfection,

Qae rimager deaint amoureux de l'image.

Vous me montrez par les plus belles raisons du monde que cela n'est pas : et vous faites merueilles, qui vous voudroit croire. Tant ^e beauté z, et tant de grâces remplissent et ne gastent pas vostre imagination : et il g a long-temps , qne vous avez accoustumé vos y«iw?, à ne faire passer dans vostre esprit, que Vagréement , pour /« beaux obiets. Voilà qui est le plus beau du monde. Mais, voulez- ^us que ie vous parle franchement ? l'ay peur que vous me trompiez, ou que vous-vous trompiez vous-niosme.

368 LETTRKS

Cœcum vulnus habes^ sed lato baltheus auro Protegit.

Ce soleil de Suéde , à qui vous la comparez , ne laisse pas^ à ce que ie vous ay oùy dire, d'estre bien chaud : et qui in sole ambutafdj etiam si non in id venerint, colorantur. le crains qu^l ne vous en arriue autant.

Et figas in cute Solem.

ïlseroit estrange, ce dites-vous, que dans vne assemblée de paix, ie n'eusse pas assez de lafoy publique pour ma conseruation, et qu'auec les passeports de l'Empereur et du Roy d'Espagne^ Munster ne fût pas vn lieu de seureié pour tnoy. Gela, Monseigneur, est fort bien dît. Et cette période est peut-estre vne des plus belles qui se puissent iamais faire, et bien digne que Ton s'y escrie : Munster est vn lieu de seureté. Mais Madame de Longueuille y estl

Portos ab accessu ventorum immotus , et ingens Ipse : sed horrificis iaxtà tonat iEtna rainis.

Les feux et les neiges que jette cette Princesse , si vous y prenei garde, font l'application d'Etna à elle assez bonne. Vous auez donc beau faire Tasseuré, et dire,

Cantabit vacuus coram latrone viator.

La pluspart de ces chanteurs-là meurent de peur. Vous voulez passer pour vn arbrisseau, vous qui estes vn Cèdre du Liban. Mais fussiez-vous vne plus petite plante, vous n'échapperiez pas pour cela. Les yeux dont vous auez à vous garder bruslent tout , depuis le Cèdre jusqu'à TYsope. Cependant, pour parler de chose plus sérieuse, ie suis asseuré que vous trauaillez diligemment à la conduite de ce grand dessein, que vous auez entre les mains, et qui regarde le repos de tant de millions d'hommes. Fespere que vous mettrez la dernière pierre à cet édifice, comme vous y auez mis la première : Vous, Monseigneur,

doctus Saxa movere sono testudinis , et prece blanda Ducere quo velis.

Au reste, ie suis entièrement de vostre aduis, touchant ce que vous dites de Monsieur d'Ossat. Il n'y a rien de si iudicieux, ni de si pa^ fait, que ses dopesches. Mais j'ay voulu dire, que si vous ne vous r()ntenli(»z pas (Vvn faire conmif les siennes ; et que vous eussifZ

ambition tfen escrire de fleuries et d'éloquentes : vous vous oon- 3ntassiez d'imiter le Cardinal du Perron, qui en a fait de ce genre-là , t qui, à mon auis , n'y a pas extrêmement réussi. le ne suis pas [ bien d'accord auec vous, du iugement que vous faites de nos .eux Poètes. Vous auez bien deuiné, que j'aurois peu leu le lesuite. B n'en ay guère veu , que les lieux où il parle de vous. L'Ode 26. LU YOD. m'a semblé fort belle, la 3. et 5. du IX. m'ont plû aussi, fais dans ce vers.

Me super ipsa nihil Niobe si docta moueris :

se Niobe Ik, et cette façon de parler, ne vous semble-t-elle pas Jus dure que la Niobe mesme pétrifiée? approuuez-vous ce pultie- 'eum chaos P et ce comatus olor, n'est-il pas trop hardy ? le le trouue Lussi vn peu plus obscur qu'il ne faut, pour nous autres gens de ''inances, qui ne sçauons guère de latin : et ie n'ay iamais pu enendre manantia vitaflumina praemoneo. le croy que c'est en la 3. lu IX. le Pay demandé à Monsieur de Bailleul, et à Monsieur d'Enery. Par ma foy, ils ne l'entendent pas eux-mesmes. Apres tout , lionseigneur, de ce que ie dois juger de cet autheur, et de tous les rtitres, ie m'en rapporté à vous , qui ne pouuez errer, et au jugenent de qui ie règle toutes mes opinions. l'ay aussi la mesme sou- Hission à vous croire , touchant la faute que vous dites que ie fais le n'escrire point à Madame de Longueuiile. Le respect m'en a ^mpesché iusqu'icy. Mais vous me faites bien plus de peiuc de cette Hîncesse, en me la représentant si sérieuse et si politique. Nous Luons icy du plaisir à nous l'imaginer entretenant Monsieur Lamladius, (on m'a dit que d'ordinaire il est vestu de satin violet,] donsieur Vulteius et Monsieur Saluius, et surtout ce gros HoUanlois^

dulcia barbare

Laedentem oscala , quœ Venus

Quinta parte sut nectaris imbuit.

ie ne sçay pas de quoy elle peut entretenir ces Messieurs-là, ni si îlle leur parle à propos. Mais ie Pay veuë icy souuent en beaucoup de compagnies, qu'elle ne sçauoit pas dire trois mots , et qu'elle ne desserroit pasles dents en vne apres-disnée. Celuy qui luy conseille d'apprendre l'Allemand, pour se diuertir, a bien fait rire Madame del^lé, et Madame de Montausier. Si ce fut Monsieur Vulteius qui luy fit cette proposition-là , ne vous semble-t-il pas que ce vers dTforace venoit bien en cette occasion ?

Durus enim Vultei nimis attentusqae videhs Essemihi.

Quant à ce que vous-vous plaidez ^ que vous n'auez que deux foi Tan de mes lettres, et que ie n'ay pas la force de vous escrire deox fois de suite : ie vous en remercie tres-humblement. Ces plaintes4i ne me semblent pas moins obligeantes^ que vos louanges ineeim. tnolestum est accusari ahs te officium meum , qnàm iucunétim nquiri. Mais vous sçauez mon défaut : et vous m'auez pris sur ce pied-là.

Dixi me pigrum proficiscenti tibi , dixi

Talibus offîciis propè mancum.

Et puis^ vous connoissez mieux que personne^ quel embuai c'est que ces lettres qui n^ont aucun sujet réel^ et où il faut discourir suï* la pointe d^vne aiguille. Il reste à répondre à la fin de vostn lettre^ qui estant fort belle^ et mesme flatteuse au commenosoMit et au milieu, a vue fort vilaine queuë^

atrum Desinitin piscem.

l'ay ry pourtant du rabaissement de Guillon : et il reste vray qio vous-vous en estes souuenu bien à propos. Sans mentir, Itosâgneur^ vous estes tousiours admirable !

Seu tu querelas, siue geris iocos.

Il n'y a rien de plus sérieux^ ni de plus graue^ ni de plus austère, que les reprimendes que vous me faites.

Tertius è ccelo cecîdit Cato.

Vous me représentez la messeance qu'il y a d'estre vieux et amoureux. Vous me mettez dix lustres sur la teste : et par dessus le marché, vne Olympiade courante. Car vous confondez les nombres Latins et Grecs, pour faire paroistre la somme plus grande : et vous ne faites pas mesme de conscience d'adjouster quelque chose à la rapidité du temps. Vous m'alléguez mes lunettes : et il est vray que ie m^en sers depuis six mois , et que j'en ay en vous escriuant ceq. Vous me reprochez ma barbe et mes cheueux gris, et là-dessus,

Tandem nequitiaî fige modum tu».

Quand donc, me dites- vous, sera-t-il temps de faire retraite?

Nonne pudet capili non posse pericula cano IVllerc?

DE MONSÏEVR DE VOITVRE. 371

3Z-V0US loger Pamourauecles rhumes, la goutte, et la gravelle; îttre ensemble toutes les maladies de la vieillesse et de la jeu- I? Quel desordre, quelle honte !

lamdudum ausculto , et cupiens tîbi dicere seruus Paaca reformidoy

lierement, Monseigneur,

Vitra Sauromatas fugere hinc libet,

[ue ie vous entens faire des reprimendes siseueres. Quand vous iz passé vostre vie sur le haut dVne colomnè, ou dans les dede la Thebaïde, renonçant au monde et à ses pompes, vous ne riez pas d'vne autre sorte. Mais vous que j'ay veu si galant, nent, à moins que d^auoir fait deuant des miracles, auez-vous urage de déclamer si hautement et si seuerement? Tanoûe le partie de ce que vous dites contre moy, est véritable :

Parciùs ista viris tamen objicienda mémento.

s'en est fallu que ie n'aye adjousté : NonimuB, et qui te.

quand bien vous seriez aussi reformé , que le Père de Gondy ; rostre ame ne seroit plus capable d'aucune sorte de passion; et .^effet de vos yeux s'aiTCsteroit comme vous dites à vostre ima- ;ion, sans passer jusqu'à vostre jugement : vous ne feriez que lie vous estes obligé de faire. Et cela ne tireroit pas de conseice pour moy. Vous autres grands hommes que la fortune a sur le théâtre, qui jouez vn roolle exemplaire ,

Vos ô patritius sanguis, quos viuere par est Occipiti caeco ;

particulièrement. Monseigneur, que la France, l'Espagne, ie, l' Allemagne regardent : il est juste que vous viuiez ainsi.

Nos numerus sumus , fruges consumere natî , Sponsi Penelopes, nebulones.

indant pour vn mot qui m'est échapé, de dire que j'auois icy que engagement, vous-vous escriez :

O Cœlum ! ô Terras 1 ô Maria Neptuni !

û diroit à vous entendre, que, minxi in patrios cineres; ou que commis quelqu'autre crime extraordinaire.

Patrue mi , patruissime , nihil feci quod succenseas.

Et certes, si vous estiez en ma place^ aussi peu en veuë que ie suis, et qu^il y eust auprès de vous vue personne bien faite qui vous fit bonne chère : auec toute vostre austérité, ma foy. Monseigneur, vous ne la querelleriez point. Aussi ne m'efTrayay-ie pas de tout ce que vous sçauriez dire.

Miserorum est, neque Amori dare ludum ,

Aut exanimari metaentes patru», verbera linguaB.

Et ce ISec turpem senectam degere, nec eythara carentem, que wos m'auez appris , comment Tentendez-vous ? qu^ faut que ie joué ds la guittare à soixante ans! C^est bien à propos. Lambin rexpliqoB^ quMl faut estre amoureux aussi long-temps que l'on peut : et Q ert homme de bon sens. Mais voicy vue lettre bien longue.

Tibi ingentem epistolam impegi.

Il faut pourtant, deuant que de la finir, que ie vous fasse miUeoonplimens de la part de Madame de Sablé et de Madame de Montansier. le ne leur ay fait voir que les endroits de vostre lettre, où voa parlez de Madame de Longueuille. Pour le reste, qui que ce soit ne le verra. Quand il n'y auroit que Tendroit des dix lustres, n'ayn peur que ie la montre. le n'ay ici que quarante-sept ans. le vobb supplie que ie n'en aye pas dauantage à Munster : et mesme si vous voulez, deme vnum, dente etiam duos. Toubiiois à vous dire, que ces Dames m'ont commandé de vous mander, que si vous pariex comme vous escriuez, elles ne plaignent pas Madame de Longueuille : et que Ton peut estre en quelque lieu que ce soit agréablement auecque vous. le voudrois, que vous entendissiez combien elles vous estiment. Elles jurent qu'il n'y a que vous au monde, qui ait assez d'esprit : et ie leur dis qu'il y a vingt-cinq ans que ie le croy. Mais c'est trop vous arrester.

ne me Crispini schnia lippi Compilasse putes, verbum non ampli us addam.

A Paris le 9 lanuier 1647.

A MADAME LA DVCHESSE DE LONGVEVILLE,

estant à Munster.

LETTRE CLXXXVIIÏ.

Madame ,

N'ayant osé, par respect, escrire iusqu'icy à Vostre Altesse : j'ay Q extrême regret d'y estre contraint , par vne si funeste occasion, ue celle qui m'y oblige à cette heure. le ne doute pas. Madame, n'ayant perdu Monseigneur vostre père, dans le temps que vous aceuiez le plus de preuues de son affection , cette perte ne vous 3it infiniment sensible : et que n'estant pas accoustumée à receuoir 6 pareils coups de la fortune, celuy-cy ne vous ait extrêmement Kichée. Mais j'espère que cette justesse d'esprit, qui ne vous a jalais permis de rien faire, ni de rien dire, que dans la vraye mesure ail le falloit; vous seruira en ce rencontre : et que vous réglerez ostre douleur et vos larmes comme vous auez sceu régler toutes » actions de vostre vie. A dire le vray. Madame, il est bien juste u'vne personne aussi céleste que vous , s'accommode aux volontez a Ciel; et qu'ayant tant receu de luy, vous souffriez qu'il vous 8te quelque chose. Encore semble-t-il qu'il ait voulu prendre le amps de vostre absence pour cela, et qu^il ait permis que ce mal- Bor soit arriué pendant que vous estiez éloignée : pour ne faire las voir à vos yeux le deuil qu'il vouloit mettre dans vostre maison. e prie Dieu qu'il y remette bien-tost la joye, par vostre retour : et [uTl nous rende la Paix, et V. A. sans qui personne ne sçauroit Aus viure, et qui sont les deux choses du monde les plus désirées, Mirticulierement de moy, qui suis ,

Madame, Vostre, etc.

A MONSEIGNEVR LE PRINCE

LETTRE CLXXXIX

MONSEIGNEVB,

Ce n est que pour m'acquiter de mon devoir, et non pas pour Vous consoler, que j'entreprens de vonsécrirp. le connois trop bien

Testenduë et les lumières de vostre esprit^ pour m^imaginer que Ton vous puisse dire aucune taison pour cela , que vous ne voyez pas mieux que tout autre. Et puis y Monseigneur^ ie crois quVn esprit qui est occupé à donner le repos à toute l'Europe ^ ne se laissera pas mettre en desordre pour la mort d\ne personne y quelque importante qu'elle puisse être; et que la fermeté de vostre ame, éprouuée en toutes sortes d'occasions^ ne vous manquera pas ea celle-cy . Mais la bien-veillance que vous m'auez tousiours fait Hiûdneur d'auoir pour moy* m'obligeant de m'interesser dans tout ce qui vous regarde : j'ay creu^ Monseigneur^ quil estoit de moa (feuoir de vous tesmoigner la part que ie prens dans vostre desphûari et de vous renouueller la protestation que ie nous ay faite beaucoup de fois, d'estre auec toute sorte de respect,

MoNSEiGNBVB, Vostre , etc.

A M0N8IEVR COSTART,

Trois iours après qu'il se fut mocqué de quelques fautes que FÂuthear i faites en parlant Latin à vn Ambassadeur.

LETTRE CXC

Si vaies beiiè est. Ego autem vereor vt valeas. Heri enim, sinon aegro , at certè anxio animo domum te recepisti. Neque ego me hercule sine molestia eram , quando te felicitatis meaî et conscium et authorem , in his œrumnis videbam versari. Scio quàm morosi sint qui amant, et quàm omnibus vel minimis offensis obnoxij. Sed si te noui, is es, qui citissimè sanari potes. Fortassis quidem iamluec nox, et Catullus tuus tibi dédit consilium , et vt destinatus obdures, suasit. Quomodo igitur te habeas, quâ mente sis, tranquillâ aut sollicita? vîgilaris-ne lassus , an naso tantùm vigilaris? fac me certiorem. Ego, mi Costarde, tibi persuadeas velim, me à nulle plus velle amari, quàm à te : et si ita placet, mandaturum huic inimicaî nostrse (quidni enim mea est si tua?) vt res suas sibi habeat : Tu quid velis , vide : et me ama.

le vous supplie de corriger ce thème : et de me dire franchement, si de la sixiesme,oii vous m'auez vcu ces iours passez , ie puis monter à vne plus haute classe. le suis ,

Vostre , eti\

DE MONSÏEVR DE VOITVRE. 375

AV MESME

LETTRE CXCÏ.

Benè exolaisti^ mi Costarde^ quod mibi de te promiseram : te jro oûyce, cadum redditurum^ et cadum quidem similem illi Sul- [âtiano^ spes donare nouas largum, amaraque curarum eluere effîcacem. nia enira tua epistola^ quam tu ponderosam ^ ego magni ponderis nomino^ nescio quomodo me inuitum y et renitentem^ in tantaddendi causa ^ gaudere compulit :et quod non tempus, non litteiee^ non ipsa quae poterat esse luctus satietas^ fecerant^ tua le- {Hda^faceta, lepidissima^ facetissima^ omnibus Atticis, Romanis, Dostris salibus condita^ fecit allocutio.

Me voilà desia au bout de mon latin. Aussi ^ Monsieur^ à dire le vray, ie ne sçay pas mesme assez de françois pour vous bien expliquer, et vous faire entendre, comme ie voudrois, les véritables ressentimens que j'ay, du soin que vous prenez de moy, et de l'affection que vous me tesmoignez. le n'ay rien veu dans vostre lettre qui ne m'ait touché le cœur : et tout m'y plaist extrêmement, hors les louanges que vous m'y donnez. Car, pour en parler franchement, vous faites vn peu trop valoir.

Et crassum vuguentum, et Sardo cuiu melle papauer.

Quand mesme mon nardus vous auroit plù : (c'est vne belle question, s'il faut dire mon nardus; ou ma nardus) quand, dis-je, il vous auroit plû, le reste de la lettre, s'il m'en souuient bien, ne valoit gueres : et elle auoit esté escrite à la haste.

Quid quod olet grauius mistam diapasmate virus.

Pour le passage de Terence, que vous me reprochez d'auoir passé sans en rien dire : ie pense que ie Tay fait , parce que ie n'y voyois point de difficulté. Gnaton veut faire entendre à Thrason, qu'ayant oùy dire plusieurs fois cette bonne repartie, sans que Ton en dist PAutheur, il auoit crû alors, que c'estoit vn de ces bons mots , qu'on choisit sur plusieurs qui se sont dits dans la suitte des temps, et dont on se souuient pour estre excellens : et ne veut pas dire , que luy entendant raconter que c'estoit luy qui l'auoit dit , il ne le crût pas; mais qu'auparavant cela, il l'auoit cru vn dit Ancien. Audieras? Gn. Sœpè: et fertur in prhnis, le ne vois pas ce qui vous

a là embarrassé. Pour moy^ j'ay peur que vous ne Tentencliez pas : puisque vous y faites tant de finesses , et que vous ne soyez de ceux,

Qui faciunt nœ intelligendo» ut nihil intelligant.

Mais sans mentir^ c'est vne grande hardiesse , et mesme vne ingratitude^ de parler ainsi à iln homme ^ qui m'écrit tant de belles choses. En vérité , j'apprens plus dans vos lettres , que le n'ay appris dans tous les liures que j'ay iamais leus. Et si ie suis Magister cœnx, vous estes Magister scholaBy et pour dire en meilleur latin, Ludi Magister : et c'est comme ce que disoit Ciceron d'Hircius et de Pansa; Hircium et Pansam habeo discendi discipulos , cœnandi magistros. Mais ie vous prie, continuez à me donner de grandes leçons : c'est à dire, faites tousiours de grandes lettres.

Parcentes ego dexteras Odi.

Mais il n'en faut pas demeurer là. Car sparge rosas, vient encore bien : et ne pensez pas vous en excuser sur la poussière et la stérilité de la Philosophie, et de la Théologie. Ces sciences-là deuiendront fleuries entre vos mains, pro carduo, et pro paliuro foliis acutis, surget mollis viola, et purpureus hyacinthus.

Quidquid calcaueris hic rosa liet.

Vous faites florès par tout. Mais ne croyez pas me contenter en m'enuoyant de celles de Seneque. Il me semble que c'est, comme si on m'en enuoyoit des halles, le les veux cueillies plus à Técart, par deuia rura, et vn peu plus naturelles.

Et flores terrse quos ferunt solutœ.

Pour vous dire le vray, ie n'ay pas grand goust pour cet Autheurlà. Vostre Latin m'a plû dauantage que le sien : et j'ay pris plus de plaisir aux choses que vousm'auez dites de vous mesme, qu'à celles que vous m'auez alléguées de luy . Mais dans le contentement d'auoir de vos lettres, il arriue bien souuent, que le plaisir que j'ay àle^» lire, augmente le regret que j'ay de ne vous point voir : et me fait mieux sentir quelle perte c^est pour moy; que d'estre loin d'un homme qui escrit de ces choses-là, et qui m^en diroit de pareilles tous les matins, s'il estoit icy.

medio de fonte lepôrum , Surgit araari aliquid , quod in ipsis floribus angat.

Pour ce qui est de Pline; ie m'estonne de ce qu'il fait tant de cas du bon mot de son Sénateur : et m'étonne aussi de ce que vous louez tant celuy de Mgitagne : (^..^^i > ' V"^^ ' '

nimium patienter vtrùmque.

Pour Tamour de vous^ ie ne veux pas dire le reste; Monsieur Pauquet dit de meilleurs mots que ces Messieurs-là. Celuy que vous m'auez mandé de luy^ m'a fait rire de bon cœur. Tay veu toutes les lettres que vous auez escrites icy et à Angoulesme. Elles m'ont semblé admirables. le ne puis m'empescher de vous dire^ que la demy page où vous me parlez de Monsieur de P*** m'a semblé tout comme si Pétrone Tauoit escrite. Adieu, Monsieur.

le vous auois desia escrit cette lettre. Mais ayant veu par celle que vous auez escrite à Madame la Marquise de Sablé, que vous ne Pauiez pas receuê, ie m'en suis ressouuenu du mieux qu'il m'a esté possible. Si vous la receuez deux fois, au moins, ie suis asseuré que vous ne la lirez qu'vne. le suis,

Vostrey etc.

AV MESME

LETTRE GXCII.

MONSIEVB,

Que me Bacche rapis tui Plénum, quœ in nemora, aut quos agor in specus, Velox mente noua?

Que VOUS me faites voir de païs, et que vous me montrez de terres qui m^estoient inconnues, et lesquelles ie n'eusse iamais descouuertes!

vt mihi (ieuio, Ripas, et vacuum nemus mirari libct !

Vostre grand Facteur m'éueilla, pour me donner vostre lettre : et ie ne vous puis dire l'estonnement que j'eus, de trouuer tant de *fesoP8 à mon réueil, et de voir tant de choses qui m'estoient nouuelles.

non secus in iugis Exsomnis stupet Euias,

Hebrum prospiciens, et niue candidam Thracem.

A dire le vray, cela est beau, après auoirjoùé vne partie delà nuit, et dormy l'autre, de seréueiller sçauant.

Me fabulosœ Vulture in Appulo, Ludo, fatigatumque somno.

Fronde noua puerum palumbes Texere.

Vous remarquerez, s^il vous plaist en passant, ce faiigatum somno: et vous m'en direz vostre auis. Continuez donc, s'il vous plaist, à auoir soin de moy : et ne soyez pas plus mesnager que la dernière fois.

Nec parce cadis mihi destinatis.

Traitez-moy tousiours aussi bien :

Et Chia vina, aut Lesbia, Vel quod fluentem nauseam coêrceat, Metire nobis Caecubum.

Mais parmy ces vins grecs, meslez-y aussi quelque chose du vostre» Taimeray bien autant vos pensées, que celles d'Eschyle, et de Sophocle : et ne croyez pas en estre quitte, pour me faire transcrire par Monsieur Pauquet trois ou quatre feuillets de vos recueils. Il me semble que vous avez fait comme ce canpo de Rauenne. Vous me Tauez enuoyé merum : et ie le demandois mixtum. Au reste , vous auez admirablement bien trouué ces deuia rura que ie demandois : et vous m'auez seruy à mon goust. Le vin d'Espagne est trop fort pour moy.

Generosum et molle requiro Quod curas abigat, quod cum spe diuite manet In venas, animùmque meum quod verba ministret, Quod me LucanaB iuuenem commendet amies.

Tay honte, après cela, de vous rendre villum pro vino. Mais que voulez-vous ?

Nos alicam, mulsum poterit libi mittere diues.

Mais parmy la bonne chère que vous me faites , les difficultez que vous me proposez me surprennent : et il me semble que c'est,

Interpateras et leuia pocula serpens.

Apres ni'auoir bien traillé, vous me donnez la question.

Tu leae tormentum ingeniô admoues , Plerûmque dure.

Ne sçauez-TOUS pas bien que c'est à vous à m^instruire^ et à m'éclairdr de mes doutes^ au lieu de m'en proposer? que vous estes le maistre^ et que Dauus sum, non Œdipus? Mais ie m'en tireray fort bien, en n'y répondant rien : et ie vous montreray que ie suis de ceux de qui on disoit : in conuiuiis loquehantur, in tormentis tacebant. le vous diray seulement que dans mon Terence^ pour rem si videaSy censeas; j'ay trouué rerum.

Au lieu donc de satisfaire à vos questions, ie vous en feray d'autres : et vous demande en demandant, comme vous entendez ce mot de Quinte Gurce, qui dit qu'Alexandre en sa seconde bataille, conmie ie croy, qu'il donna contre Darius, attaqua le frère de Darius dans la meslée; lequel, ce dit-il, armis et robore corporis, multiim supra cœteros eminebat. Les vns disent, qu'armis veut là dire humeris : les autres, qu'il signifie armes : et qu'il veut dire, que par la richesse de ses armes, et la taille et force de son corps, il se faisoit remarquer sur tous les autres. Ceux qui soustiennent la première opinion, disent, queTautheur a eu visée àcét hémistiche de Virgile, quamforti pectore et armis; que eminere, ne reuient pas à Tautre sens;- que s'il eust voulu dire, qu'il estoit remarquable par ses armes, il n'eût pas mis simplement armis y mais fulgore armorum. Les autres respondent, que quoy que eminere veuille dire proprement surpasser de hauteur, il signifie aussi fort souuent, estre remarquable; que si armis signifioit les espaules, il faudroit que ce mot eminebat se prist là en deux différentes significations. Car en la première , il ne reuient pas bien à robore corporis : et on ne peut pas dire, qu'il estoit par dessus les autres de toutes les espaules, et de la force de son corps; mais qu'au reste armis est vn mot qui ne se dit proprement que de brutis, et ne se donne aux hommes que par les Poètes; et qu'il n'est pas raisonnable que Q. Curce pouuant mettre humeris, eust esté faire vne equiuoque

si fascheuse que celle-là, en mettant armis. Songez-y, s'il vous

plaist, et en dites vostre opinion. Car cela a esté fort contesté icy :

et on en attend vostre auis.

Tay trouué parfaitement beau tout ce que vous me mandez de

Bacon. Mais ne vous semble-t-il pas qu'Horace, qui disoit,

Visam Britannos hospitibus feros,

seroit bien estonné d'entendre vn Barbare discourir comme cela ? Vostre aureœ diei palpebrœ , m'a extrêmement plù ; et il me

semble qu'entre vn grand nombre de parrains qu'a eu TAurore, il n'y en a point qui Tait nommée si agréablement qu'Euripide. Au reste ^ la loy du borgne Locrien, à mon auis^ estoit extrêmement juste, et il auoit grand interest de la proposer : et pour moy, quand ie n'eusse esté que bigle, ie m'y fusse bazardé. Ne croyezvous pas que bigle vient de binus oculus, comme vn œil double, qui regarde en deux endroits ?

Pour Lueius Neratius, s'il eust donné des soufflets auec vn peu plus de choix, il me semble que son argent n'eust pas esté mal employé, et que ce seroit vne des plus agréables despenses que l'on pourroit faire.

Ce fut, sans doute, vne grande et remarquable saignée, que celle qui guérit de la fièvre Fabius Maximus. Croyez-vous qu'après cela, les Allobroges luy souhaitassent encore vne fois ses fièvres quartes? le vous veux enuoyer pour la fièvre qu'ils appellent semitertiana, ou si j'ose parler Grec deuant vous Emitritœus. (Monsieur Pauquet, ie vous prie, ne dites pas à vostre Maistre, que j'ay escrit Emitritœus sans h). le vous veux, dis-je, apprendre pour cette fievre-là, vne recette cent fois plus aisée.

iDscribas chartœ quod dicitur Abracadabra, Saepius et subter répétas (mirabile dictu ! ) Donec in angustum redigatur littera conum.

C'est à dire , Abracadabra, et dessous Abracadabr, et à la troisiesme ligne Abracadab, etc. Vous fussiez -vous iamais auisé de cela? et ne faut-il pas bien sçauoir la Médecine, et la vertu des choses, pour auoir découuert la propriété de ce mot-là?

Sans mentir, les vers d'Alexandre Seuere, m'ont fait rire extrêmement de bon cœur. Vous qui sçauez le Grec, n^auez vous pas bien du regret que Toriginal en soit perdu? Peut-estre que Tlter de Iules César, et la Sicile d'Auguste, estoient de cette sorte-là. La fortune n'esirelle pas bizarre d'auoir fait périr les œuures de Cinna et de Varius : et d'auoir conserué jusqu'à nous cette Epigramme dont son autheur, après i'auoir faite, pouuoit dire aussi bien qu'Horace :

Exegi monimentum œre perennius ,

Quod nec iniber edax, aut Aquilo impotens, etc.

Uequiuoque d'Aurelian me plaist. Mais encore ne laissay-je pas d'auoir pitié des panures chiens. Feusse mieux aimé qu'il eust juré de n'y laisser pas vn chat.

Pour ce qui est de vos Estoiles de la terre : vous n'estes pas le premier qui auez traduit cela en François^ et qui vous estes auisé^ que l'on pouuoit nommer les estoiles les fleurs du Ciel. Car le Roman de la Rose dit^

Qu'il vous fust auis que la Terre , Voulsist emprendre estrif et guerre Au Ciel, estre mieux estellée ; Tant est par ses fleurs rebeUée.

Et le Marin ,

Il Ciel fiorito, e'I Terreno stellato.

C'est peut-estre là du Grec pour vous. Le petit ignorant ! A propos de cela. Monsieur^ Lycimnius est icy. Mais il n'y a pas amené sa femme. Elle me mande qu'elle en est bien faschée ; qu'il est en tres-mauuaise humeur; et qu'il ne Ta pas voulu. le ne sçay qu'en croire. Car afin que vous le sçachiez, mademoiselle Lycimnia est plus coquette, et plus trompeuse que nous. Si vous auez trouué en Poitou quelque belle et fidèle maistresse .

Gaude sorte tua. Me libertina, neque vno Contenta, Phryne macérât.

Sachez, s'il vous plaist, que libertina veut là dire, ce que nous disons en françois libertine; et ne vous y trompez pas.****

Que le petit conte latin du bas de vostre lettre m'a plu, et m'a semblé admirablement escrit! Si vostre histoire, ou la mienne, estoient escrites comme cela, on ne liroit plus Pétrone. Adieu, Monsieur, ie vous iure ma foy, que ie meurs d'enuie de vous reuoir, et que nous nous promenions au Cours ensemble. le suis de tout mon cœur,

Vostre, etc.

AV RIESME.

LETTRE CXCIII

MONSIEVR

Vous eussiez mieux fait de laisser passer Hebrus : et vous verrez ^^ que c'est que d'arrester les riuieres, et de s'opposer à leur

cours. Celle-cy est douce et tranquille^ et coule paisiblement^ sans faire tort à personne. Cependant, vous déclamez contre elle, comme si elle auoit emporté sata Ixta, hoûmque lahores. Vous me dites mille choses contre son honneur :

et fera diluuie quietum Irritas amnem.

Mais vous qui ne Tauez pu souffrir cum pace labantem : vous Pallez voir,

Nunc lapides adesos,

Stirpesque raptas, et pecus, et domos,

Voluentem vnà, non sine montium

Gamore, vicinœque syluae.

Vous iugerez bien à peu près, Monsieur, si dans mon allégorie vous estes designé par le bestial , ou par les montagnes. Mais pour reuenir à ce que nous disions, Hebrus est vn fleuue délicieux, mais peu hanté, et peu connu du vulgaire, ignotus pecori, et aux habitans de Poitou : vous ne sçauiez pas, sans doute

Atque £turo turbidus Hebrus ;

ny ce que Pline dit, que Ton trouue de l'or dans son grauier. Mais, dites le vray, vons n'auiez pas oùy dire non plus, que la teste et la lyre d'Orphée furent jettées dedans cette riuiere :

caput , Hebre , lyramque Excipis.

A vostre auis, vous deuiez-vous plaindre, que ie vous misse sur son riuage? veu principalement ce que Ton en dit,

Flebile nescio quid quaeritur lyra,

et puis,

respondent flebile ripaî.

Regardez le grand tort que ie vous faisois. Vous eussiez peut-estre ouy tout cela : et s^il est vray ce que dit Pausanias, que les rossignols qui estoient vers le tombeau d'Orphée, chantoient plus mélodieusement que les autres; imaginez-vous s'il fait bon oùie vous auois placé, et quelle musique il doit y auoir. La plainte que vous me faites de mes neiges , ne me semble guère plus raisonnable ; et vous n'estes pas, à ce que ie vois, de ces délicieux, dont Pline dit, j'entens le vieux (car pour Tautre ie ne le daignerois alléguer:) niues petunt, pœnasque monthnn in voluptatem ver-

et vous ne les appelleriez pas vos maistresses comme cet

Setinum, dominasqiie uiues, densique trientes.

quand vous ne seriez pas de ce goust-là; au moins he vous iuiez-vous pas tant fascher.

Aspice quàm densum tacitarum vellus aquarum, Defluat in vultus Caesaris, inque sinus : Indulget tamen file loui.

ne deuriez pas, ce me semble, estre de plus mauuaise hu- ' que Domitian : et vostre Catulle vous deuroit apprendre, que vous auois pas si mal logé, quand il dit.

Ego viridis algida Idœ Niue amicia loca colam.

^uez-vous pas, dédit muem sicut lanam; et que c^est elle qui 3rue les plus tendres fleurs contre la rigueur de Thyucr? Sans dr (car il ne vous faut pas trop effaroucher, ni vous faire tousi la guerre) vous m'en auez enuoyé les plus belles du monde, î toutes les sortes.

Et quas Ossa tulit, quasque altus Pelion herbas, Othrisque et Pindus, et Pindo maior Olympus.

ay pas assez de nez pour tout cela. Vn nez de Rinocerot, celuy apiîus, et celuy de Monsieur ***

Et omnis copia narium

mffiroient pas. Vn homme qui enuoye tout cela, ne deuroit pas )çonner, que l'on peut mettre pede harbaro pour luy; ny que vinst bien à son pied. Vn barbare auroitil toute la dépouille iGreceetdeFltalie?

Barbariis bas segeies ?

i quand ie vous aurois appelle ainsi, ie veux bien que vous hiez, (car ie ne me sçaurois tenir de vous apprendre tousiours que chose : ) que cela n'est pas si offensant qne vous croiriez . Et sans vous alléguer, que barbarico postes aurOy est inter- 3 par Seruius, pour multo auro : ie vous diray, que barbarica ius meum persequar, dans Plaute, est expliqué par les interes, Romana lege; et dans le mesme autheur, quid vrbes bars iuras, c'est à dire, Italas.

îlon que vous alléguez le Furius d'Horace , entre cçs discours

de neige dont vous parlez; ie crois que vous ne l'entendez pas. Car Horace ne veut pas dire par là qu'il dit des choses froides. Mais il se veut mocquer de ce vers quMl auoit fait.

lupiter hybernas cana niue conspuit Alpes.

le suis trompé si Quintilien n^allegue aussi ce mesme vers, en vn endroit^ où il blasme les mauuaises métaphores : et Horace^ pour dire quand il fait froid ^ dit ingénieusement, et satyriquement^

etcùm Furius hiberDas cana niue conspuit Alpes.

le ne suis pas de vostre auis^ sur l'explication que vous donnez, à Itido fatigafûmque somno : en expÛquant faiigatus^ ktssaiw pour ludo, et oppressus pour somno. Car ie croy qu'vn mot, qui se rapporte à deux autres, doit auoir vue mesme signification pour tous les deux : et pour moy, ie prendrois là fatigatum somno, ^oxa fatigatum somni inopia, comme sonmieil se prend en françois, pour le somne en effet, et pour Tenuie de dormir. le n'en puis plus de lassitude et de sommeil. Prenez garde au reste, que tous les passages que vous alléguez de fatigatm, ob vous luy donnez vue autre signification que son ordinaire, ontvn plus beau sens, en le laissant en sa signification propre : et i'ayme mieux, fatiguoit les Dieux d\n autre Empire, que importunoit, et ainsi des autres.

Fay trouué, aussi-bien qu'Aristote, que la béatitude n'estoitpas dans le jeu : et de fait ie ne joue plus. Ujy a sept mois que ie n'ay joué : qui estoit vne nouuelle assez importante, que j^auois oublié à vous dire :

Nec lusisse pudet, sed non incidere ludum.

le suis de vostre auis, en ce que vous reprenez de Quintilien. Sa raison est bonne, pour les cheutes des enfans; mais non pas pour leurs jeux, et les courses.

La rigueur, dont les Thessaliens punissoient les Giconicides^ me semble assez raisonnable. Mais ie ne sçay si c'estoit à cause que les Cicognes mangent les serpens; ou pour ce qu'elles nourrissent leurs pères en vieillesse; ou pour auoir esté les inuentrices des clisteres, qui est vne louable et vtile inuention. Véritablement, hors qu'elles sont mocqueuses, comme vous sçauez,

0 lane à tergo, etc.

ce sont dos oiseaux de fort bonnes mœurs, et qui ont d^excellentes

ualitez. le ne m'estonne pas, non plus, de ce que dit Pline, de estime en laquelle les Romains auoient le bœuf : et encore aù- 3urd'huy parmy beaucoup de peuples, le bœuf salé est en veneraion. Mais sçauez-vous ce que dit Suétone de cet honneste homme le Uomitian : inter initia vsque adeo ah omni cœde abhorrebat^ vt ibsenie adhuc pâtre, recordaius Virgilij versum,

Impia quœ cœsis gens est epulata iiiuencis,

^dicere destinauerit , ne boues immolarentur. Voyez le bon prince, ju^il auoit Tame douce, et vous y fiez.

le crois, que vous ne connoissiez pas trop bien Sylla, de dire ïltt'il n'estoit pas coquet, et ie gagerois que vous ne l'auez iamais veu : animo ingentiy cupidus volupfatum , sed gloriœ cttpidior, otio tiucurioso esse, tamen ab negotiis, nunquam voluptas remorata. Regardez si là dessus on peut iuger, qu'il n'estoit ni coquet ni galant.

le vous supplie de dire à Monsieur TAbbé de Lauardin, que ie le remercie tres-humblement du jugement qu'il a donné en ma faneur, sur le passage de Quinte Curcè, et que ie ne me réjouis pas plus de ce qu'il a iugé pour moy, que de ce qu'il a bien iugé. Car ie prens désormais assez d'interest en luy, pour estre fort aise, de ce qu'il est bon juge de ces choses-là .

le me réjouis de ce que vous taschez à rencontrer aux ethymolo- ^. Vous auez quasi trouué celle de besicles : et cela n'est pas mal pour vn commencement. Mais il vient de bini circuit y ou bis cireuli. Celle de Monsieur Crassot, dont vous-vous mocquez, ne medéplaist pas. Et ie ne me recule pas trop, non plus, de celle de Vigenere. Mais ie vous rendray des mules pour ses pantoufles : et vous demeurerez bien d'accord, que ce mot-là vient de mulœi, ^«iestoient calcei Regum Albanorum, rubri coloris.

Voilà, Monsieur, ce que ie deuois vous auoir escrit il y a longtemps. Mais j'ay eu tant d'affaires, et telles, que ie sçay bien que vous me pardonnerez , quand ie vous les diray,

Res misera est pulchrum esse liominem nimis.

Au reste, soyez vn peu plus hazardeux , et que Pégase et Bcllerophon, ne vous fassent point de peur, le vous asseure que ce ne sont lue fables que tout cela.

Aude liospos contcmucro opes, et te quoque dignuui l'inge Deo.

Au premier voyage, ie vous enuoyeray la décision sur les molsdi I vostre noblesse. le n'ay pas de temps à cette heure.

le suis,

T'oubliois à vous expliquer le passage de Q. Curce ; au moins conBM ie l'entends : et véritablement il est très-difficile. D n'y auoit pas, ce dit -il, de terre sous la muraille, pour appliquer des eschelles,el Alexandre n'auoit pas de vaisseaux : et puis, quand il en eut en^ lors que l'on eust voulu planter des eschelles dessus les vaisseanx, estant branslans et flottans, cela n'eust pas pu se faire assez diligemment : et ceux de la muraille eussent eu le temps de repousser! coups de trait, ceux qui eussent voulu monter, et ceux qui estoient dedans les nauires.

MoivsiEVfi , Vostre, etc.

A MONSEIGNEVR D'AVAVX.

LETTRE CXCIV

C'est vn extrême plaisir à ceux qui vous ayment, d'auoir veu rcue- 1 nir la maison de Madame de Longueuille si pleine et si chargée de vos ] louanges, qu'il semble qu'ils n'ayent veu que vous en Allemagne, et qu'ils ne soient revenus à Paris, que pour parler de vous. le trouue à tous propos des gens que ie ne connois pas, qui me viennent faire des compliments et des offres de seruice en vostre considération : des femmes et des filles qui me viennent sauter au cou, pour Tamour de vous. Mais, sur toutes, leur maistrcsse vous loué, comme il vous faut louer, et d'vne sorte qu'il n'y a possible qu'elle au monde qui le puisse faire. Il y a long-temps. Monseigneur, que vous m'auez oûy dire, que chacun a son goust. Mais il n'y en a point, qui en ayt vn si exquis que celle-là : et ie suis rauy qu'il soit entièrement conforme au mien, en ce qui vous regarde., Tout le monde sçait, que vous estes vn grand Ambassadeur, vn Ministre, vn grand Homme :

Et pueri dicunt.

Mais ce que Ton appelle vn honneste-homme, et un galant-homme : si ie m'y connois vn peu, personne ne le fut iamais à plus haut point, que vous Testes. Et cette verité-là n'est si bien connue de personne, que de Madame de Longueuille et de moy. Elle fait grande

DE MONSIEVR DE VOll VRE. 387.

tetime de voslre probité, de vostre prudence, de vostre magnifience, et magnanimité. Elle dit cette réputation admirable, et cette séance que vous auez dans toute TAllemagne. Mais sur toutes loses, elle parle auec plaisir, de la délicatesse et de la beauté de cstre esprit, du goust que vous auez à juger des belles choses, de B facilité à les produire, et de toutes les agréables qualitez qui sont ares aux Plénipotentiaires, et qu'elle dit n'auoir iamais veuës en lersonne comme en vous. Enfin, elle vous connoist, comme si elle 'ous auoit veu jusques dans le cœur, le ne sçay si elle y a esté. aie ne m'a dit pas vn mot des lettres que ie vous ay escrites, quoy [D'elle me fasse l'honneur de me parler auec beaucoup de conlance, et que ie Taye mise souuent sur ce sujet-là. Tout ce que TOUS lisez icy. Monseigneur, est vn peu trop doux, et auroit besoin Tvn correctif. Mais ces lustres et ces Olympiades que vous m*auez Mitrefois si bien mises deuant les yeux, ne vous reuiendront-elles pas dans l'esprit en cette occasion? Auouëz qu'il y a des rencontres , 3Ù les plus grandes âmes, et les plus parfaites sagesses s'échappent.

A Paris le 14 Avril (l}.

AV MESMI::.

LETTRE CXCV

ùupliciter delectaius sum iuis lilteris : et quod ipse rld, et quod ie ridere posse intellexi. A ce que ie voy, iucundissime Domine^ (car pourquoy ne vous puis-je pas donner ce tiltre, que Pline dans sa préface donne à Trajan ?) vous autres Plénipotentiaires, vousvous diuertissez admirablement à Munster; il vous y prend enuie de rire en six mois vne fois. Vous faites bien de prendre le temps tandis que vous Tauez , et de ioûir de Ja douceur de la vie, que la fortune vous donne. Vous estes-là, comme rats en paille, dans les papiers jusques aux oreilles, tousiours lisant, escriuant, corrigeant, proposant, conférant, haranguant, consultant, dix ou douze heures chaque iour, dans de bonnes chaises à bras, bien à vostre aise ; pendant que nous autres pauures Diables sommes icy, marchant, courant, tracassant, jouant, causant , veillant, et tourmentant nostre misérable vie. Mais auec tout vostre bon temps, dites le vray, Mon-

(1, D'autres éditions portent : Dp Pnrïs ce 10 May If.'iT.

38g LETTRES

seigneur^ ne fait-il pas plus sombre à Munster^ depuis que Madame de Longueuille n'y est plus ? Au moins fait-il plus clair^ et plus beao à Paris depuis qu'elle y est :

Purior hic campos iEther, et lumine vestik Purpureo.

Le Monde, et la Fortune vont ainsi :

hic apicem rapax Fortuna, cum stridore acuto Sustulit, hic posuisse gaudet.

Vous nous l'auez enuoyée plus belle, plus aymable, et plus habile, que nous ne vous Tanions donnée : et toute grosse qu elle est,* met icy en feu plus de la moitié du Monde. Arcaniis hinc terruff snnctaque reuerentia^ quid sit illvd, quod tantum periluri videâL le voudrois que vous pussiez oûir tout ce qu'elle dit de vous, el auec quelle estime et quelle amitié elle en parle. Quoy que vous ne soyez point sujet aux passions, (n'est-ce pas Monsieur Comifice Ylfet, qui souslient cette opinion-là?) en vérité, vous seriez en quelqtt hazard. Elle vous remercie de Tauis du mariage. Elle n'en sçaoflil encore rien d'asseuré, et m'a commandé de vous faire de sa paît mille compliments du meilleur cœur du monde. Vostre Italien, ao reste, et son élégance, m'ont surpris. Tout de bon. Monseigneur, vous m'effrayez.

Tôt linguœ, totidem ora sonant I

Il y a quelque chose de monstrueux en cela. Cette bouche de douze fontaines, que l'on donnoit à Pindare, ne vous la peut-on pas donner à plus iuste titre ? Mais dans quel abysme auez-vous esté chercher, se non vi piace prestarmi quella fede : et par quel art, ex r^ bus damnatiSy et iam nuUi^y sçauez-vous tirer des beautez et des grâces toutes fraisches, et toutes nouuelles? Cela, auec Iulio Bartolini, et Bartolomeo Dini, estoit enseuely dans ma mémoire, sous le débris de mille autres choses, que le temps y a démolies. Vous ] l'y avez fait reuenir quasi iure postliminii, et ie ne vous puis dire auec combien de plaisir. Teus honte, en vérité, de ce que mon valet me vit éclater de rire, en lisant vne lettre, qu'il auoit entendu que l'on me donnoit de la part de Monsieur d'Auaux ; ce Monsieur d'Auaux, si graue, si sérieux, si important dans l'esprit de tout le monde. Iles ardua vetusiis nouitatem dare, obsoletis nitorem, fustiditis gratiam. Mais p4jur vous, cela vous est aysé : et vous en sçaucz bien d'autres.

DE MOiNSlEVR DE VOITVRE. 389

AV MESME

LETTRE CXGVI.

11 faut auoùer^ Monseigneur^ que vous auez en nioy vue eslrange isspece de Commis. Il n'entend pas un mot de Finances : il ne va iamais à la Direction^ et à peine mesme s'auise-t-il en six mois vue fois, J'écrire à son Maistre. Mais^ en récompense^ il joue beau jeu, il fait Jes vers, il escrit de belles lettres, et fait quelquefois des combats max flambeaux à minuit. le me haste de m'accuser moy -mesme, pour arresîer vos reprimendes. Car il me semble que ie vous voy, âuec vostre visage de Plénipotentiaire, me reprocher encore mes Olympiades, et dire

Sperabam iam deseruisse adolescetitiam :

Gaudebam ! ecce autem de integro.

Hais ie croy qu'il n'y a pas de honte à moy, de n*estre pas plus sage dans mes vieux iours, que d'autres ne le sont dans leur jeunesse. Saleij Bassi veAfmens, etpoeiicum ingenium fuit^ nec a^huc senecînie maturum, le vous auouê pourtant, qtic ie n'ay pas laissé d'en eslre vn peu honteux, et cela m'a arresté long-temps de vous escrire : outre que dans le chagrin où ie m'imagine que vous estes, de voir que vostre ouurage ne s'auance point : j'ay cru que des lettres aussi peu sérieuses que les miennes, ne seroient pas de saison. Moy qui connois. Monseigneur, combien vous aymez votre pais : ie ne doute pas que vous ne soyez affligé de voir les difficultez qui naissent de iour en iour, et qui s'opposent au succez de la négociation qui est entre vos mains. Ce que ie vous puis dire là dessus : c'est que vous n'en deuez estre touché, que pour Tinterest public, et que le vostre pailiculier est entièrement à couuert. On est si bien persuadé de vos bonnes intentions, que tontes les fois que l'on se plaint icy du retardement de la Paix, de ceux que l'on s'imagine (à tort peut-estre,) qui n'y font pas tout ce qu'ils pourroient : cela donne occasion de parler de vous, et en fait dire tout ce que vous seriez bien ayse d'entendre. C'est vne clwse merueilleuse, que cette estoille qui vous a donné de tout temps l'amour des peuples. 11 n'y a icy pas vn bourgeois, qui ne vous nomme, qui ne vous connoisse, qui ne vous loue. La France a mis en vous seul ce peu d'espérance qui luy reste. Voyant bien que la Paix ne se peut plus faire que par miracle, on croit que c'est vous qui fera ce miracle-là : et dans la

consternation publique^ vous estes le réconfort de tout le monde. I Au reste, tout est icy tellement changé, les cœurs y sont si abbttn^ ' les plaisirs si resserrez : que ie ne voy plus guère de choix entre k séjour de Munster et celuy de Paris. On n'y voit plus que des geai qui se plaignent, les vns que l'on leur osle leurs gages, les antm que Pon retranche leurs pensions : et il s^y trouue mesme desGoi' mis de Surintendans, qui disent, qu'ils ne sont guère mieux tnûtiB que les autres.

On y voit aussi Saclé ,

Ou bien que tout soit bâclé, etc.

C'est, ce me semble,- vn fragment d'vne pièce de nostre ieunesK. Afin que vous iugiez. Monseigneur, si j'ay profité depuis ce tempfiJà, ie vous enuoye des vers que ie fis il y a trois ans, sur la maladieqoe Monseigneur le Prince eut en Allemagne. Quelques consideratioDi m'empescherent alors de les montrer. le ne les ay fait voir que depuis quelques iours. Ils ont esté assez bien receus icy. Mais ie ne croiray rien de ce que Ton m^en dit, jusqu'à ce que ie sçacfaeie iugement que vous en ferez. Faites-moi Thonnelir, s'il vous pbid, de me mander, si c'est rien qui vaille : afin que si ie n'y réussis pi>i ie cesse d'estre Poëte ; et que ie me mette tout à fait à estre Rnaft- (îier. le ne puis finir cette lettre, sans vous dire, que Madame de Longueuille en receut dernièrement vne des vostres, dont elle fil vn cas merueilleux, et qui a esté extrêmement louée de tous ceux qui l'ont veùe. A dire le vray, elle le meritoit : et il ne se peut rien voir de plus beau.

Nosli, Antipho, quàm elegaus speclator formarum siem.

Vous sçauez si ie me connois en ces sortes de beautez. Il n'y a que vous en France, qui puisse escrire de la sorte.

AV 3IESME.

LETTRE CXGVII.

Vous ne pouuiez pas mieux témoigner la bonne assiette où est vostre ame, qu'en m'écriuant vne lettre, comme celle que ie viens de receuoir. Elle semble puisée medio de fonte leporum, tant elle est agréable : et il est aisé de voir, que cela part d'vn esprit sei*ein. et

d'vne source tranquille. En vérité^ Monseigneur, rien ne vous pouuoit faire tant d'honneur dans mon esprit, que de voir, qu^en Testât où sont vos affaires, vous sçachiez rire de la sorte. Cela s'appelle, frui IHU iratigy et Fortunœ minaci mandare laqueutn. Vous souuient-il du temps que vous luy bastissiez un temple en si beaux vei*s? Vous estes bien reuenu de cette idolâtrie : et vous vous sçauez bien mocquer d'elle à cette heure. le croy pourtant que pour ce coup, elle ne vous fera que des menaces. Ceux qui connoissent la Cour, disent que Fon ne voudra pas s'exposer à Ténuie que l'on encourroit , en traittant mal vn homme , qui au iugement de tout le monde, a bien mérité de la France. Monseigneur de Longueuille m'a fait l'honneur de me montrer la lettre que vous luy auez écrite. le Fay trouuée belle, beUe parfaitement. Sans mentir. Monseigneur, de tous les beaux e8[Mits, de tous ceux qui arfem tractant musieam : il n'y en a point qui Tentende si bien que vous, le suis rauy que mes vers ne vous ayent pas dépieu : ******

le reçois, au reste, vostre deferbuisse. Mon Terence n'est pas si correct que le vostre, ni moy si correct que vous. Mais pourquoy voulez -vous que ie vous écriue désormais vne fois le mois ? Ne vous sufBi-il pas d'estre seruy par quartier ? Employez-moy donc à quelque chose pour vos affaires , et me donnez matière de vous entretenir; autrement mes lettres n'auront que la peau et les os; elles seront seiches et courtes. le vous obeïray neantmoins : et quand ie ne le ferois pas, pour tant d'obligations que ie vous ay, ie le ferois pour vostre parei\]these de Monsieur Voiture d'Amiens. Ego enim (existimes lieet, quod luhet) mirificè capiorfacetiis. Moriar si prœter te quemquam habeo, in quo possim imaginem antiquœ fesliuitatis agnoscere. Si ie m'y connois bien, vous estes le meilleur et le plus sage homme du monde : et chacun en demeure d'accord. Mais vous estes le plus plaisant homme du monde aussi : et l'on ne s'en douteroit pas.

BVÏILLERIO CHAVIENIO, V. VICTVRVS, S. P. D.

LETTRE CXCVin.

Dupliciter delectatus sum tuis Utteris : et quod ipse risi, et quod te ridere posse intellexi, (Cecg est de Ciceron. Vous vous apperceurez bien que le reste n'en est pas,) Verebar enim, ne te hominem vrbanissimum^ tam longa extra vrbem commoratio, teedio et languore

affi'ceret. Veriimillaetuaîiucuijdae, suaues^ salibusvndiques satis ostendunt^ solitum in te vigere Genium ; illamque ingenij toi aciem^ nuUaratîone retundi posse. Nec miror sanè, qiiod rurenihS ruris contraxeris, et te vbique tam elegantem praestes : quippèqui omnium elegantiarum fontem tam prope habeas^ et à latere Tiri supra omnes eloquentissimi non discedas.

et te haec Scire, Deos quoniam propîùs contiogis oportet.

Vt enim videbantur Athenœ, migrare quocunque se Alcibiades contulisset : sic quicquid in vrbe est vrbanitatis, politîorisque doctrinae, lepéres, venustates, Vénères ipsse, Richelium (1), quoquo se vertat, comitantur. Quàm lubenti animo epistolam tuam legerim, quamque capiar illis ingenij tui deiiciis, illoque tibi peculiari génère scribendi, peream si satis dicere possum. Tu te reputa, quse ia ignotissimo diligerem, quàm mihi chara esse debeant in te homine amicissimo, omniumque, mearum fortunarum acrationum patrono. Quod mihi succenses, et sub-irasci videris, quod me parum diligentem praebeam in rébus domesticis curandis, inque illo negotioconficiendo quod me hic detinet : iure quidem, sed et perhumanè facis, qui tantis iraplicitus negotiis nieas curas. Caeterum, tibi persuadées quaeso, me omni obseruantiâ, fide^, amore erga te, omni denique studio, omnibusque officiis prsostiturum ; vt me hac tua humanitate ac beneuolentia digimm aliquando iudices. Emin tuus, imo noster, quàm me deuinctum habeat, et in posterum sit habiturus, ipse iudicare potes ; qui et beneficium ab illo in me collatum, et me quàm gralus sim nosti. Gertè vir alioquin summo ingenio, acerrimo iudicio praeditus, liberalissimus, et vt omnia dicam, amicitia tua dignus, vel ob id vnum facinus, ab omnibus laudari, à te amari^à me coli semper débet. Roxanam bis diebus diligentissimè legi. Quid de ea sentiam quseris ? Nihil meherculè vsquam elegantiùs, nihil ornatiùs, nihil sublimiùs : dignam denique Alexandro, et Armando. Quo propius inspexi^ eô mihi pulchrior visa est ; tamque absoluta, vt nihil in ea, praeter aliquem naeuum desideres. Sed quid eius tibi nunc venustatem

praedicem, aut laudem, Anlipho :

Cum ipsum me noris, quàm elegans formanim speclator sieni, In hac commet us sum.

(1) Cette lettre n'est pas à sa place; elle est nécessairement antérieure a Tannée 16/i2, comme le prouve ce passajïe.

hi pergratum fecerîs^ si tuum de illa iudicium^ ad nie perscribas. rcupio enim scire, an tibi tam lecta^ quàm audita placuerît. Sî^ id in bac vrbis solitudine faciam, quaeris? deambulo^ lego^ scribo : ^is iucundè haec omnia, nisî anxius essem de publicis rebus^ dee tua sainte. Viue et vale.

IN OBITVM N.

Prima mann Troûm, quœ mîssa est cuspis in lioslem, Eximio iuueni funus acerba tulit.

At nobis meliorem animani fata inuida tpllunt ^ Et rapuit fortem mors properata virum.

Proh facinus ! quid vel laudes sequasset Achillis^ nie habuit fatum Prolesilaë tuum.

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