AMOVREVSES ET DE GALANTERIE MONSIEVR DE VOITVRE
lorice, quittons le noir, ie vous en prie : ou s'il faut que nous ons en deuil, que ce ne soit que pour nostre absence. l'ay revos excuses auant que vous les eussiez faites, et vous deuez iser,que ie ne croyois pas que vous eussiez failly; puisque i'auois le courage de vous accuser. Tay cherché mieux que vous tout qui faisoit à vostre descharge : et pour dire le vray, ma cause 3it trop meslée auec la vostre ; et j'auois trop d'mterest en vosinnocence, pour ne la pas bien défendre. Car si vous eussiez esté uuée coupable; j'en eusse eu la peine le premier ; et personne n eust esté puny si cruellement que moy. Mais de plus, j'ay vne p haute opinion de ma fortune, et de vostre courage ; pour douter i Tvn ou l'autre puisse tomber si bas. Il est indigne de vous et moy, de craindre qu'vne affection si bien iointe, se démente en îlque sorte : et c'est un crime entre nous deux, d'imaginer sentent, quil soit possible. Si l'vn de ces deux, dont ie vous ay fait reproches, auoit attendu le iour en vostre chambre ; ie croirois îvous eussiez voulu prendre vnenuict toute entière pour le queer; etquand ie l'aurois veu entre vos bras, ie penseroisque ie vous ois prise pour vne autre, ou que vous l'auriez pris pour moy. Enieme défieroisplustostdela fidélité de mes yeux, que delavos- : et ie me persuaderois plus aisément d'auoir esté trompé d'eux, tdo vous. Non, l'entretien de ces deux hommes, ne nie fera iamais
resver : et quand ils aiiroient esté un siècle entier auec vous^ ie ne croirois pas que vous eussiez esté un quart d'heure auec eux. Mais encore dites-moy, après que le premier s'en fut allé, demeurastes-voiu seule auec Tautre ; et vostre femme de chambre ne monta-t-elle pas aussi-tost ? Sont-ils sortis à ce voyage d'auprès de vous, aussi satisfaits que les autres fois? Et leur auez-vous encore laissé toutes ces belles espérances, auec lesquelles seules ie les tiens plus riches, que s'ils possedoient tous les autres biens du monde ? Te m'informe curieusement de ces particularitez. Car ie sçay bien qu'elles ne me peuuent estre que bien agréables : et sans doute cette entreveuê ma donneroit plus de sujet de contentement que de plainte, si j'en auo» vne parfaite connoissance. Mais cependant, ils vous virent, tandis que j'estois à trente lieues de vous : et aumesme temps, que ie me trouuois seul en ma chambre, à plaindre cette absence : ils estoient dans la vostre, et vous entendoient parler. Peut-estre mesme, qu'ils vous ont veu rire ; et que vous donnastes sujet à Pvn d'eux d'auoir cette nuit-là quelque agréable songe. Ha ! Florisse, que c'est vne traistresse passion, que la jalousie : et qu'elle se glisse aisément^ nous, au desceu de nostre raison ! le sçay bien que vos erreurs pas* sées vous obligent à de fascheuses conséquences, et que vous estes contrainte de faire beaucoup d'actions contre vostre cœur, et le mien, si vous ne voulez faire courre fortune à une chose que vous tenez bien chère. Mais si vous sçauiez quel coup cela me donne ; et combien ces pensées me touchent: peut-estrequ'vne autre fois vous mettriez toute autre chose au hazard, plustost que ma vie. Et après cela, vous me reprochez que ie n'ay pas esté assez diligent à vous cnuoyer mon portrait. En vérité, voudriez vous que ie fusse arriué pour faire vn tiers auec ces deux ; et que j'eusse esté présent, pour estre tesmoin des contentemens qu'ils reçoiuent auprès de vous? Sans mentir, ie ne croy pas mesme que ma peinture l'eust pu souffrir : et c'eust esté me faire mourir en effigie. Encore ie pense que j'en eusse scnty quelque chose d'icy ; et sans doute j'en fusse tombé en langueur, comme ceux que l'on tuë de cent lieues loin, en ne piquant que leur image. Mais quand cette consideration-là n'y seroit point ; vous ne deuriez pas souhaitter de voir mon portrait, enl'estat où les premiers iours de cette absence m'auoient mis. Il n'y a pas d'assez mauuaises couleurs dans toute la peinture, pour représenter celle que la tristesse m'auoit donnée : et ie ne voy pas qu'il y eust apparence de peindre au vif vn homme qui estoit plus que deniy mort. Vous en eussiez trouué vn autre que celuy que vous auit'z veu si content auprès de vous. Et si Ion m'eust bien peinl , vous ne
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m'eussiez pas reconnu. Car à moy-mesme, ie n'estois pas reconnoîssable : et à peine pouuois-ie passer pour vne mauuaise copie do celuy que j'estois il y a quelque temps. Mais i'espere que bicn-tost vous noie verrez plus riant et plus gay. Car ie commence à me r'asserener le visage : et si le Peintre n^y oublie rien, vous y verrez vne espérance de vous aller trouuer bien-tost après mon portrait. Disposez-vous aussi de me receuoir plus gayement : et que les recommandations de la Demoiselle au bon esprit^ ne vous en empeschent pas, si vous jouissez encore du vostre. le ne luy enuoyay pas mes baise-mains; ie luy renuoyay ceux qu'elle m'auoit faits par trois différentes personnes. Et ie ne l'eusse pas entrepris, si ie n'eusse craint de vous offenser, en retenant quelque chose d'elle. Encore en eassiez-vous esté aduertie, si ie n'eusse eu peur de vous ennuyer vn quart d'heure par vn fascheux ressouuenir comme celuy-là. Et la mesme considération qui vous a empeschée de me dire cette autre nouaelle^ que j'ay sceuê d'ailleurs^ m'a fait taire de celle-cy. Mais puis que nous sçauons tout l'vn de l'autre ; et que le mauuais Démon qui nous sépare^ veut encore nous rendre présentes toutes celles de nos actions qui nous peuuent offenser : ie vous prie, trompons sa malice, et le preuenons en cela. Les choses auront tout vn autre visage^ quand nous le sçaurons par nous-mesmes : et pour moy^ ie vous iure qu'il ne m'échapera iamais rien qui en apparence vous puisse fascher, dont aussi-tost ie ne me confesse à vous. Promettez-moy le mesme, ie vous prie^ et me dites comment vous auez pu sçauoir que j*eusse fait des recommandations à cette personne; et par quel chemin vous auez trouué celuy qui m'auoit appris les nouuelles dont ie me suis plaint à vous. Car sans mentir^ j'en suis en peine : et pour moy, ie croy que vous auez quelque Génie auprès de moy, qui vous donne aduis de ce qui s'y passe. Mais puis qu'il vous dit tout^ demandez-Iuy si ie vous aime : et qu*il vous die combien de fois ie soupire tous les iours pour vous.