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SVR SA MAISTRESSE RENCONTRÉE EN HABIT DE GARÇON. VN SOIR DU CARNAUAL

le sens au profond de mon ame , Brusler vne nouvelle flame :

Et laissant les autres amours^ Qui tenoient mon ame en altère^ Tayme vn garçon depuis trois iours^ Plus beau que celuy de Cythere.

Si le but de cette pensée A ma conscience offensée , Fen ay desia le châstiment.

Car le feu qui brusla Gomore, Ne fut iamais si véhément.

Que celuy-là qui me deuore.

Mai^ ie ne croy pas que Pon blasme L^amoureuse ardeur dont m'enflame Le bel œil de ce iouuenceau ; Ni qu^aymer d'vn amour extrême Ce que Nature a fait de beau , Soit un péché contre elle-me^ne.

Vn soir que i'attendois la Belle, Qui depuis deux ans m'ensorcelle le vis comme tombé des Cieux , Ce Narcisse objet de ma flame :

Et dés qu'il fut deuant mes yeux , le le sentis dedans mon ame.

Sa face riante et naïue , lettoit vne flame si viue ,

Et tant de rayons alentour ; Qu'à Tesclat de cette lunûere le doutay que ce fiist l'Amour, Aueeque les yeux de sa mère.

Mille fleurs fraîchement écloses , Les lys, les œillets et les roses.

Gouuroient là neige de son teint.

Mais dessous ces fleurs entassées, Le serpent dont ie fus atteint ,• Auoit ses embûches dressées.

Sur vn front blanc comme Tyuoire, Deux petits arcs de couleur noire, Estoient mignardement voûtez :

D'où ce Dieu qui me fait la guerre , Foulant aux pieds nos (1) libertez, Triomphoit de toute la terre.

Ses yeux , le Paradis des âmes , Pleins de ris, d'attraits, et de flames, Faisoient de la nuit vn beau iour:

Astres de diuines puissances , De qui PEmpire de l'Amour Prend ses meilleures influences.

Sur tout, il auoit vne grâce , Vn ie ne sçay quoy qui surpasse De TAmour les plus doux appas ^ Vn ris qui ne se peut descrire , Vn air que les autres n'ont pas.

Que l'on voit, et qu'on ne peut dire.

Parmy tant d'ennemis rendue , Ma liberté mal défendue , Fut sous le ioug d'vn estranger.

Mon Cœur se rendit à sa suite , Et dans le fort de ce danger Ma Raison se mit à la fuite.

lutres éditions portent : mes Ubertez*

Sans le connoistre dauantage , Ma volonté luy flt hommage De tout ce qu'elle auoit en main.

Mais du meschant l'ame inconstante^ Me trompa dès le lendemain , Et me frustra de mon attente.

Plein de dépit et de colère.

Soudain ie m'en deuois défaire :

Apprenant par cette leçon.

Qu'il n-auoit point d'arrest en Tame :

Et que sous Fhabitd'vn garçon.

Il portoit le cœur d^vne femme.

Toutefois, malgré cette injure, Ten pris vn plus heureux augure :

Et ie n'eusse pu croire alors.

Que le Ciel, dont il fut Touurage, Sous le voile d'vn si beau corps, Eust mis vn si mauuais courage.

Mais sa malice découuerte.

S'est reconnue auec ma perte.

Car depuis on ne 'Fa pu voir ; Le perfide a gagné la fuite.

Tenant mon cœur en son pouuoir, Auec ma liberté séduite.

Gagné d\ne sorcière tlame , Fauois mis les clefs de mon ame En la garde de ce voleur.

Mais dVne malice funeste.

M'en ayant rauy le meilleur.

Il mit le feu dedans le reste.

Mais ie Payme ! et quoy qu^il me face,

le voudrois reuoir cette face.

Ce chef-d'œuure tant estimé.

Où le Ciel tout son mieux assemble :

Et depuis i'ay tousiours aymé

Vne fille qui luy ressemble.

DE MONSIEVR DE VOI'n^RE. 477

Auec les traits de son visage^ Elle a sa taille et son corsage^ Sa voix, son port, et sa façon , Son doux ris, son adresse extrême.

Enfin, sous Thabit d'vn garçon, le Taurois prise pour luy-mesme.

Ses yeux sçauent les mesmes charmes; Elle vse de pareilles armes, Auec tous les mesmes attraits :

Et croy, tant elle luy ressemble , Qu'elle luy touche de bien prés.

Et qu'ils sont alliez ensemble.

Elle connoist bien , la meschante, La cause du mal qui m'enchante , Et qui me retient en langueur :

Et, sans doute, elle pourroit dire Quelque nouuelle de mon cœur.

Et de celuy qui le retire.

Car, sans en voir d'autre apparence, le iurerois en asseurance, A voir son visage assassin , Et son œillade cauteleuse ; Qu'elle a sa part à ce larcin , Et qu'elle en est la receleuse.

Amour, petit Dieu qui disposes Du règlement de toutes choses; Et qui fais entendre tes loix Par toute la machine ronde :

Fay-moy iustice à cette fois, Toy qui fais droit à tout le monde.

Fais-moy raison de rinhumame.

Qui retient mon cœur à la gesne.

Sans espérance d^auoir mieux.

Mais, sur tout, ne voy pas la belle : Car si tu regardes ses yeux , ie sçay que tu seras pour elle.

IIH POÉSFES

La mauuaise me tient rauîe Mon ame, mon cœur, et ma vie.

Car chez elle se vient sauner Le voleur de cette dépouille.

Mais Tespere tout retrouuer, Si tu permets que ie la fouille.

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