‹ Les vacancesChapitre 17 sur 28 · Un écu valait trois francs · texte numérisé non relu

Un écu valait trois francs

convaincre les incrédules du danger d'habiter la tour ; et voilà comme se font toutes les histoires de revenants ! »

Les enfants remercièrent beaucoup M. de Rugès de cette histoire, qui les avait vivement intéressés.

(( Moi, dit Jacques, je suis fâché que le maréchal n'ait pas vu le fantôme tout de bon.

— Pourquoi donc? dit son père,

JACQUES

Parce qu'il avait bien répondu au chevalier. J'aime ses réponses, elles sont très courageuses.

MARGUERITE

J'aurais eu joliment peur, à sa place, quand les balles n'ont pas tué le chevalier.

LÉON

Tu aurais eu peur, parce que tu es une fille, mais je suis bien sûr que Paul n'aurait pas eu peur.

PAUL

. Je crois, au contraire, que j'aurais eu très peur. Il n'y a plus de défense possible contre un esprit que les balles ni l'épée ne peuvent mettre en fuite.

M. DE ROSBOURG

11 y a toujours l'éternelle défense de la prière à Dieu.

JEAN

C'est vrai, mais c'est la seule.

M. DE ROSBOURG

Et la seule toute-puissante, mon ami; cette

arme-là, dans certaines occasions, est plus forte que le fer et le feu.

SOPHIE

Gomme c'était drôle, quand lé maréchal s'est éveilléî

CAMILLE

Il s'est tiré d'embarras avec esprit, tout de même

MADELEINE

Seulement, je trouve qu'il a eu tort de laisser croire à l'hôtesse que ses draps avaient été emportés par les esprits.

M. DE TRAYPI

Que veux-tu! A ce prix seulement son honneur était sauf, comme il l'a dit lui-même.

MADAME DE FLEURVILLE

Au risque d'être toujours la mère Rabatjoie, je rappelle que l'heure du coucher est plus que passée.

— ■ Vous avez raison aujourd'hui comme toujours, chère madame, dit M. de Rosbourg en posant à terre sa petite Marguerite, établie sur ses genoux. Va, chère enfant, embrasser ta maman et tes amis. »

Marguerite obéit sans répliquer.

(c Maintenant à l'ordre de mon commandant, dit M. de Rosbourg en emportant Marguerite. C'est ma récompense de tous les soirs : obéir à l'ordre de ma petite Marguerite, la coucher et être le dernier à l'embrasser.

— Vous ne pleurez plus, papa, tout de même. Vous avez l'air si heureux, si heureux, tout comme Paul ! » dit Marguerite en l'embrassant.

Elle continua son petit babil, qui enchantait M. de Rosbourg, jusqu'au moment de la prière et du coucher. Quand elle fut dans son lit : « Je vous en prie, papa, dit-elle, restez là jusqu'à ce que je sois endormie. Quand je m'endors avec ma main dans la vôtre, je rêve à vous; et alors je ne vous quitte pas, même la nuit. »

M. de Rosbourg se sentait toujours doucement ému de ces sentiments si tendres que lui exprimait Marguerite; il était lui-même trop heureux de voir et de tenir son enfant, pour lui enlever cette jouissance dont il avait été privé si longtemps. Aussi, devant cette tendresse extrême, devant l'affection si vive de sa femme, devant la tendresse passionnée et dévouée de Paul, il ne se sentait plus le courage de continuer sa carrière de marin, et de jour en jour il se fortifiait dans la pensée de quitter le service actif et de vivre pour ceux qu'il aimait. L'éducation de ses enfants, l'amélioration du village occuperaient suffisamment son temps. ,

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