‹ Les vacances d'ÉlisabethChapitre 10 sur 30 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Les recherch.es de Nel.

Le lendemain matin, vers quatre heures, Nol quittait le Grand-Chàtel, afin détenir la promesse qu'il avait faite la veille à Elisabeth de s'enquérir d'Olivier.

L'esprit et le cœur remplis de sa chère bienfaitrice, il marchait d'un bon pas sur la route poudreuse.

« Quelle joie pour elle, pensait-il, si, en rentrant ce soir, je lui rapportais le nom de ce jeune étranger, le nom de sa demeure; quelle joie surtout si je pouvais lui dire : il connaît M. Maurice, et il est son ami. »

Après deux heures de marche, le jeune garçon s'assit sur la lisière d'un petit hois, non pour se reposer, il ne sentait pas la fatigue, mais pour réfléchir et penser.

<: Mlle Elisabeth me l'a fait observer, se dit-il, les environs sont étendus. Eh bien, je les parcourrai tous, et, s'il le faut, j'irai jusqu'aux frontières suisses.

« Il s'agit seulement de bien diriger mes recherches. Aujourd'hui, je remonte vers le nord; demain, jedescendrai vers le sud; le troisième jour, j'irai à l'ouest, et le quatrième jour, à l'est. Et après? Après, je verrai si, d'ici là, je n'ai pu rien apprendre. »

Ce plan une fois arrêté, Nel se releva, et, tout en mangeant le morceau de pain bis qui devait composer son repas du matin, il se remit gaiement en route, ayant bien soin de s'informer à chaque village d'un grand jeune homme blond, étranger au pays, et demeurant avec sa mère.

Ses informations successives n'eurent aucun résultat; et Nel avait déjà laissé loin derrière lui le Petit-Yillars, Moirans,Crenan, etc., qu'il n'était pas plus avancé que, lorsque plusieurs heures auparavant, il avait quitté le Grand-Châtel. Mais, bien que le découragement commençât à le gagner, il n'en poursuivait pas moins son chemin. Il était même tout près d'atteindre Goulourre quand, se sentant las, il quitta la route et s'étendit à l'ombre d'un arbre. Alors, fermant les yeux, il ne tarda pas à tomber dans un profond sommeil.

C'est aux accents d'une voix enfantine, répétant

un joyeux refrain, que Nel se réveilla bientôt. Il regarda autour de lui et aperçut, à fort peu de dislance de l'endroit où il se trouvait, un petit garçon de sept à huit ans, très-pauvrement vêtu, qui, assis sur une grosse pierre, taillait avec son couteau un morceau de bois blanc, tout en surveillant un maigre troupeau, et en chantant à gorge déployée :

C'est bonliomme

Qu'on me nomme, La santé, c'est mon trésor, Et bonhomme vit encor, Et bonhomme vit encor.

Mais à quoi puis-je prétendre?

Les petits vivent de peu, J'ai du vin et du pain tendre Et le soleil du bon Dieu.

C'est bonhomme

Qu'on me nomme, La santé, c'est mon trésor, Et bonhomme vit encor, Et bonhomme vit encor.

S'il pleut, j'ai mon parapluie ; S'il lait froid, j'ai mon manteau ; Et si parfois je m'ennuie, Je m'en vais voir couler l'eau.

C'est bonhomme

Qu'on me nomme, La santé, c'est mon trésor, Et bonhomme vit encor, Et bonhomme vit encor.

152 LES VACANCES D'ÉLISABKTn.

;- lié! l'ami, cria Nel, en s'adressant au pclil chanteur, pourrais-lu me donner un renseigne mcnl?

— Oh! que oui, répondit l'enfant, si vous voulez m'aider à finir mon sifflet. »

Et il tendit à Nel le morceau de bois blanc sur lequel il avait pratiqué les entailles les plus fantaisistes.

« Non-seulement je t'y aiderai, reprit Ncl, mais encore je te donnerai celui-ci, si tu réponds à mes questions, w

Disant ces mots, il tira de sa poche un sifflet de buis, que lui-même avait fabriqué, et qu'il plaça sous les yeux du petit pâtre.

« 11 sera à moi! bien vrai? fit l'enfant sautant de joie. Dites vite, alors, et je vas vous répondre.

— Connais-tu dans les environs ou ailleurs, demanda Isel, un jeune homme grand, blond, un beau monsieur?

— Il n'en manque pas de beaux messieurs, par chez nous, répondit l'enfant. Attendez donc. »

Et, comptant sur ses doigts :

« 11 y en a, en ce moment, un, deux, trois, quatre, de l'autre côté de la rivière d'Ain, ajoulat-il.

— Tu en es sûr?

— Aussi sûr que l'on m'appelle dans le pays Ijénédict, le petit patour. Je les ai vus.

— Sont-ils blonds tous les quatre? demanda Ncl avec vivacité.

— Attendez donc, dit une seconde fois l'enfiint. Je vas me souvenir, peut-être.

« Non, repril-il après une légère pause; trois des messieurs ont les cheveux comme les vôtres; un seul les a comme les miens. »

El Bénédicl montrait sa clicvelure dorée, retombant en désordre sur son cou et sur ses épaules.

« Est-il grand, le jeune homme blond? interrogea de nouveau Nel.

— Pour ça, je ne peux pas le dire, répondit l'enfant : quand il a passé par ici, il était en voiture avec les trois autres messieurs.

« La belle voiture! continua Bénédict. 11 y avait.... »

Mais Nel ne le laissa pas achever.

« Sais-tu les noms de ces messieurs? demandat-il.

— Non, répondit encore l'enfant.

— Où habitent-ils?

— De l'autre côté de la rivière d'Ain.

— La rivière d'Ain est longue ! murmura Nel, désappointé et mécontent.

« Écoute-moi bien, petit, ajouta-t-il : si lu ne me donnes pas d'autres indications, mon sifflet ne passera certainement pas de ma poche dans la tienne. »

Les yeux de Bénédict se remplirent de larmes.

a Je ne sais rien de plus, et je neveux pas mentir, dit-il en baissant la tète.

— Tu as, ma foi, raison, repartit Nel, et tu es un brave garçon. Mon sifflet est à toi; je te le donne. »

Le petit pâtre saisit à deux mains l'objet que lui tendait Nel, le porta à ses lèvres, en tira quel -

ques sons, et, poussant un cri de Joie, s'enfuit à travers champs, oubliant son troupeau.

« Quel singulier petit patour! murmura Nel. Mais il va revenir, sans doute, et je puis bien, en son absence, être pâtre à mon tour. »

Quand Bénédict revint, suivi de trois autres enfants de son âge, il trouva Nel assis sur la grosse pierre que lui-même occupait quelques minutes auparavant.

« Ce sont des patours comme moi, dit-il, en lui désignant ses amis. J'ai couru leur montrer mon sifflet, et ils ont voulu vous voir. >}

Nel se mit à rire.

« Pour me voir, demanda-t-il aux nouveaux arrivants, avez-vous tous trois laissé vos troupeaux?

— Oh! que non, dit l'aîné de la petite bande, ils sont sous la garde du père Michaël.

— Qu'est-ce que le père Michaël? demanda encore Nel.

— Vous ne connaissez pas le père Michaël! s'écrièrent à la fois les enfants étonnés.

— Non. Qui est-ce?

— Le père Michaël, c'est le vieux Michaël, » répondirent, comme un seul homme, les petits pâtres.

Persuadé qu'il n'en obtiendrait pas davantage d'aussi jeunes enfants, et poussé par la curiosité, Nel proposa bientôt d'aller voir le père Michaël.

« Oui, oui, allons le vou', » répétèrent en chœur les camarades de Bénédict.

LES VACANCES D'KLISABETH. 155

Seul, Bénédicl ne dit rien. Il était fort perplexe, le pauvre petit patour, n'osant pas, de nouveau, quitter son trouj)eau, et ayant néanmoins grande envie de suivre Nei. Le corps penché en avant, la tète inclinée, les yeux tîxes, il réfléchissait.

Tout à coup, il releva la tète, la joie brilla dans son regard : avait-il donc trouvé une solution heureuse au problème qu'il cherchait à résoudre ?

« Nicole! » appela-t-il.

A cet appel, le plus jeune de ses trois amis répondit par ces mots :

« Que veux-tu?

— Que tu gardes mes bêtes, pendant que, moi aussi, j'irai voir le père Michaël.

— Oh ! que nenni, répondit Nicole. Tu es leur patour ; c'est à toi de rester avec elles. »

Et Nicole s'éloigna.

Bénédict étouffa un soupir; puis, se ravisant aussitôt :

« Nicole ! « appela-t-il encore.

Nicole revint sur ses pas.

« Si tu prends ma place, lui dit Bénédict, je te prêterai mon sifflet. »

Nicole se sentit tout joyeux.

« Vrai? fit-il.

-- Vrai je te le prêterai.

— Quand?

■ — Quand lu voudras.

— Dimanche prochain, au sortir de la grand'mcsse ? demanda Nicole.

— Dimanche prochain, au sortir de la grand'niesse, répéta Bénédict.

— Tu me le laisseras jusqu'aux vêpres?

— Je le le laisserai jusqu'aux vêpres.

— Tôpe là, » s'écria Nicole.

La main de Bénédict se posa dans celle de Nicole, qui la secoua par trois fois. Le marché étaiL conclu.

A son tour, Nicole s'assit sur la grosse pierre, et Bénédict, marchant à côté de Nel et de ses deux camarades, se rendit auprès du père Slichaël.

Le père Michaël, Italien d'origine, était né à Coulourre et n'avait jamais quitté ce village.

Au moment où il est question de lui dans ce récit, il était plus qu'octogénaire, et, se reposant enfin des rudes labeurs de la campagne, il consacrait les derniers jours de sa vieillesse aux enfants, qu'il aimait beaucoup.

Il s'intéressait à leurs jeux, leur rendait mille petits services, leur enseignait leurs humbles devoirs, et, parfois, leur faisait la morale, ayant grand soin de s'appuyer toujours sur quelque histoire bien touchante.

De leur côté, les enfants aimaient Michaël, et, tant ceux de Coulourre que ceux des environs, tenaient au bon vieillard fidèle compagnie.

C'est cet homme, véritable ami de l'enfance, que Nel, conduit par les petits patours, ne tarda pas à aborder.

« Père Michaël, dit Bénédict, en s'approchant du vieillard et en lui montrant Nel, voici le monsieur qui m'a donné le sifflet.

— Je ne suis point un monsieur, s'empressa de

rectifier Nel. Je suis le protégé du vicomte de Grand-Cliàtcl.

— Comment t'appelles-tu? lui demanda Michacl.

— Je m'appelle Nel, répondit l'enfant.

— Quel âge as-tu ?

— Douze ans.

— Douze ans! Par ma foi, tu es déjà un habile tourneur. »

Nel rougit de plaisir. Lui ! un habile tourneur.... Oh ! combien il était fier de cet éloge.

« Persévère dans ton travail, ajouta bientôt le vieillard ; le père Michaël te l'affirme, ta fortune est au bout de tes doigts.

— Merci, dit Nel, je n'oublierai pas vos paroles.

— Puis-je quelque chose pour toi, mon enfant? demanda le vieillard après un court silence.

— Oui, » répondit Nel, qui, ne perdant pas de vue la mission dont l'avait chargé Elisabeth, pria le père Michaël de l'aider dans ses recherches.

Le vieillard l'écouta avec attention, et, lorsqu'il eut fini de parler :

« Bêlas ! mon pauvre enfant, dit-il, je crains bien de n'être pour toi que d'un faible secours : je suis très-vieux, et, depuislongtemps, je ne vais plus aux nouvelles. Cependant je puis t'apprendre le nom du château où habitent les jeunes messieurs dont Bénédictt'a parlé tout à l'heure. C'est le château de Saint-Christophe. Je puis également, si tu le désires, l'indiquer la route qui, de Coulourre, y mène directement.

— Je vous en prie, dit Nel, indiquez-la-moi. » Le vieillard se leva du tronc d'arbre renversé

Vo8 LES VACANCES D'ELISABETH.

sur lequel il était assis, et, étendant la main vers le nord :

« Marche droit devant toi, dit-il, pendant un quart d'heure environ ; tourne ensuite à gauche, et prends le premier chemin que tu rencontreras; il te mènera tout droit à la rivière d'Ain, à l'entrée du pont de la Pile. Tu traverseras le pont, et tu reprendras le même chemin, qui te conduira cette fois à Saint-Christophe le village et, de là, au chàlcau.

— Est-ce très-loin? demanda Nel.

— En marchant hien, tu en as pour trois petites heures à peine.

— Trois petites heures ! reprit le jeune garçon. Je n'ai pas un instant à perdre. »

Et, s'approchanl du hon vieillard :

« Merci, dit-il encore; je regrette de vous quitter déjà; mais je dois être rentré au Grand-Châlel pour le souper de la ferme.

— Ya donc, enfant, et que le bon Dieu te garde, » répondit le père Michaël.

Nel prit également congé des petits patours et se remit en marche , en ayant soin de suivre exactement la direction indiquée parle vieillard.

Il avait fait cinquante pas à peine, lorsque, s'entcndant appeler par son nom, il se retourna et aperçut Bénédict qui courait après lui de toute la vitesse de ses petites jambes.

Il s'prrôla, et, quand le pâtre l'eut rejoint :

« Que me veux-tu? lui demanda-t-il.

— Savoir si vous pourriez m'apprendre à travailler au tour, répondit Bénédict.

-V- 'ij:;^3k7^ î-'r^'^4J^i -y^^^- «T'y.

« Par ma foi, tu es déjà an liabile tourneur. » ;P. 157.)

— Sans doute. Parles-en, dès ce soir, à ton père et à ta mère, et nous verrons après.

— Mon père el ma mère sont morts, répondit encore l'enfant, dont les yeux se remplirent de larmes, et je n'ai plus aucun parent.

— Chez qui demeures-tu?

— Chez mes maîtres.

— Sont-ils bons pour toi?

— La femme, oui; mais l'homme, non : il me bat quelquefois.

— Tu pourrais les quitter, il me semble, et trouver une condition plus douce.

— Non, dit l'enfant avec énergie. Je ne veux plus être berger; je veux être tourneur comme vous. »

Nel sourit.

« Eh bien ! quand tu le voudras, dit-il, je sera ton maître.

— Oh! merci, » fit l'enfant, qui reprit aussitôt le chemin de Coulourre.

Une heure sonnait à l'église de Saint-Christophe, quand Nel atteignit les premières maisons du village.

Dix minutes après, il se trouvait à l'entrée de la cour du chûteau. Comme il allait y pénétrer, quatre jeunes gens s'en éloignaient, au contraire, au galop rapide de leurs superbes chevaux.

Trois de ces jeunes gens étaient bruns; le quatrième était blond; mais un coup d'œil suffit à Ne pour se convaincre que ce ne pouvait être Olivier.

Quel mécompte pour le pauvre enfant ! Néanmoins, il ne perdit ni espoir ni courage.

« Avançons toujours, se dit-il. En interrogeant les domestiques, J'apprendrai peut-être quelque chose. »

Et il traversa hardiment la cour.

L'ancienne propriété des marquis de Saint-Christophe, qui, depuis longtemps déjà, avait passé de leurs mains dans celles de M. Latournelle, honorable industriel, récemment retiré des affaires, se composait de deux corps de bâtiments.

Le premier, grand, vaste, carré, présentait l'aspect d'une belle ferme, bien que, généralement, on le désignât sous le nom de château. Dans le second, plus étroit et plus bas, se trouvaient les écuries.

C'est vers ce dernier bâtiment que Nel se dirigea. Deux personnes l'y avaient précédé : un vieux monsieur, à l'air bienveillant et doux, et un très-jeune homme, presque un enfant, vêtu avec élégance.

C'était M. Latournelle et son plus jeune fils. Tous deux examinaient un poulain nouveau-né.

Nel, subitement intimidé par la présence des châtelains, demeura immobile sur le seuil de la porte.

« Que veux-tu, petit? » lui demanda le vieillard en l'apercevant.

Nel se troubla et balbutia une réponse à peine intelligible.

Le jeune homme se retourna alors.

« Tiens! il est gentil, cet enfant, avec ses grands veux noirs et ses cheveux do jais! >> fit-il remarquer à son père.

Et, s'approchant de Nel :

« D'où viens-lu? lui demanda-l-il.

— De Grand-Chàlel, répondit Nel.

— Grand-Chatel, le village? ou Grand-Ghàtel, le château?

— Grand-Chàtel, le château.

— Ah! » fit le jeune homme.

Puis, s'adressant à M. Latournelle :

« N'est-ce pas au Grand-Châtel, mon père, intcrrogea-t-il, qu'habite, ou plutôt qu'habitait Maurice Vernani?

— Oui, » répondit le vieillard.

Nel était tout yeux tout oreilles.

« Tu vas nous dire, petit, reprit aussitôt le jeune homme, si ce nouvel enfant prodigue est enfin rentré au bercail?

— M. Maurice est toujours absent, » répondit Ne), devenu pourpre.

Et, s'enhardissant tout à coup :

« Vous le connaissez donc? demanda-t-il.

— Non pas. Je sais seulement de son étrange histoire ce que chacun en sait : c'est-à-dire que le pauvre garçon, chassé par son grand-père pour une résistance ou une désobéissance quelconque, n'ayant pas pu se décidera quitter le pays, y mène une vie fort singulière.

« Il n'a, raconte-t-on, d'autre demeure que le creux des rochers, d'autre nourriture que le produit de sa chasse ou de sa pêche, d'autres distractions que son pinceau et sa palette (car on le dit trèsbon peintre), d'autre ami qu'un jeune étranger, une façon de naturaliste, de botaniste, d'aï liste, de

poëte, d'ermite ou d'anachorète que personne ne connaît au juste.

« Mais, ta science, en cette matière, dépasse la mienne, pour le moins, petit, ajouta le fils de M. Latournelle.

« Apprends-moi plutôt pourquoi tu es venu ici?

— Pour y chercher un jeune homme de grande famille, arrivé depuis peu dans la montagne, répondit Nel.

— Comment se nomme-t-il?

— Olivier.

— Et tu pensais le trouver à Saint-ChristopJie le château?

—Je l'espérais, ayant appris que plusieurs étrangers s'y trouvent en ce moment.

— Encore une espérance déçue! dit le jeune homme en souriant. Aucun des nombreux amis de mon frère ne s'appelle Ohvier.

« A propos, que lui voulais-tu à ce M. Olivier?

— C'est un secret, » répondit Nel. qui ne se souciait nullement de faire connaître à ce jeune étourdi les chers projets d'Elisabeth.

A ces mots, le fils de M. Latournelle partit d'un éclat de rire, et sortant, a\ec son père, de l'écurie, il dit ù Xel :

« Garde ton secret, petit, et bonne chance en tes recherches ! »

Nel n'ayant plus rien à faire à Saint-Christophe, puisque Olivier n'y était pas, quitta le château et gagna le village. Là, il entra dans une auberge' y but du lait, y mangea quelques fruits, y prit un

repos nécessaire ; puis, s'élant fait indiquer la route la plus directe conduisant au Grand-Chàtel, il se remit en marche, moins chagrin que l'on eût pu le croire de l'écliec qu'il venait de subir.

S'il n'avait pas trouvé Olivier, il avait (chose importante) acquis la presque certitude de l'amitié existant entre Maurice et le jeune étrani:er; car, ce naturaliste, ce botaniste, ce poêle, dont lui avait parlé le jeune Latournelle, qui était-il, sinon le fils de la dame voilée, comme se plaisait parfois à le nommer Elisabeth. Et, d'ailleurs, en vrai philosophe qu'il était, Nel ne tarda pas à se dire in petto, en manière de consolation suprême, que son insuccès du côté du nord lui donnait une nouvelle chance de réussite du côté du sud, partie du pays où, dès le lendemain, il était plus que jamais résolu à se rendre.

Page 1