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CHAPITRE XIII

La rechute du Grand-Père.

Selon les prévisions d'Olivier, l'orage de ce jour fut terrible.

Depuis longtemps déjà, les danses avaient cessé; depuis longtemps aussi (suivant l'antique coutume, encore en usage dans la montagne) , le gros cierge bénit avait été placé au milieu du salon du Frènois, où tous les convives de Mme d'Antre se trouvaient rassemblés, quand Odette et Simonne remarquèrent enfin l'absence d'Elisabeth.

On la chercha d'abord dans toute la maison, puis dans le jardin, et, en dernier lieu, dans le parc.

218 LKS VACANCES D'ELISABETH.

Là, tout au fond d'une sorte de grotte qu'elle avait eu l'heureuse idée de prendre pour abri, on la trouva ramassée sur elle-même, à demi-morte de frayeur.

Dame Gertrude, qui, lorsqu'il s'agissait de « sa chère mignonne « , ne craignait ni la pluie, ni l'orage, ni quoique ce soit au monde, arriva la première à la grotte; la première, par conséquent, elle eut l'immense joie de serrer dans ses bras la pauvre petite fille. Alors, sans vouloir accepter l'aide de personne, elle la transporta elle-même au Frênois,

Allumer un grand feu, afin de réchauffer bien vite la fillette frissonnant sous sa légère robe de mousseline blanche trempée de pluie; la déshabiller à la hàle et la coucher ensuite dans son bon petit lit, ce fut pour l'excellente et active nourrice l'alTaire d'un instant.

Bientôt après, Elisabeth, succombant à la fatigue et plus encore aux émotions multiples qu'elle avait éprouvées, dormait d'un lourd sommeil.

Vers minuit, elle se réveilla, appela plusieurs fois Maurice, se mit sur son séant, eut un peu de délire, parla d'Olivier, de Foulques, d'Amérique, et retomba épuisée sur sa couche.

Mme d'Antre et dame Gertrude, toutes deux inquiètes et alarmées, demeurèrent auprès de l'enfant, qui, au matin, se trouva beaucoup mieux.

« Dieu soit loué ! s'écria la nourrice, ma chère mignonne en sera quitte pour ce vilain accès de fièvre et quarante-huit heures de repos.»

Dame Gertrude avait dit vrai : l'indisposition do

la lillcUe n'eut rien de sérieux, et le soir du troisième jour, après avoir fait de tendres adieux à Mme d'Antre, ù. Odette et à Simonne, et tendu la main à Betty, elle reprit, avec sa nourrice, la routedu Grand-Chatel, oii elle arriva vers dix heures.

A peine descendue de voiture, Elisabeth courut an salon, comptant bien y trouver ses chers grandsparents.

Le salon était désert.

« Que scpasse-t-il donc?» se demanda la (illcltc, non sans une certaine inquiétude.

Alors, elle grravit lestement l'escalier, et, avec ses façons habituelles de tourbillon et d'avalanche, elle se précipita dans la chambre de son grand père, où une douloureuse surprise l'attendait.

Le vicomte de Grand-Chàtel était malade ! si mamalade que, pendant quarante-huit heures, le docteur Marc-Brun ne l'avait pas quitté. Il était là encore, prodiguant ses soins à son vieil ami, espérant et désespérant tour à tour.

Toutefois, depuis une vingtaine de minutes environ que le vicomte était ])longé dans un sommeil réparateur dû à une potion calmante, l'habile praticien, sans se prononcer définitivement sur une guérison toujours fort problématique, hélas ! paraissait moins sombre, moins soucieux, moins inquiet.

L'entrée si intempestive d'Elisabeth ne réveilla pas son grand-père. La fillette n'en regretta pas moins son impétuosité et son étourderie, et, les yeux remplis de larmes, contempla d'abord en

silence le visage du cher vieillard, qu'elle avait peine à reconnaître tant il était changé.

Puis, se jetant dans les bras de sa grand'mère, elle lui dit, au milieu de ses pleurs :

«Il paraît très-malade! et, cependant, vous me l'avez caché !

— Pauvre petite, répondit la grand'mère, que ne puis-je te le cacher encore !

— Me direz- vous pourquoi?

— Ton âge est celui des sourires, et non celui des larmes, répondit encore la grand'mère, en portant son mouchoir à ses yeux.

— Il me semble pourtant, répliqua Elisabeth à voix basse, que les vieillards pleurent moins souvent que les enfants... »

Cette fois, la grand'mère garda le silence, et la petite fille s'assit tristement à ses pieds.

Le plus grand privilège de l'enfance n'est-il pas de perdre, dans la sécurité du lendemain, l'amer souvenir des tourments et des inquiétudes de la veille.

Plus que tout autre, Elisabeth jouissait, sans doute, de cet heureux privilège; car, lorsque le lendemain matin, dès neuf heures, nous la retrouvons avec Nel, son abattement avait disparu, et, si dans ses yeux se voyaient encore quelques traces de ses larmes récentes, ses lèvres avaient retrouvé leur sourire.

Le vicomte deGrand-Châtel était sauvé!... A moins de rechute, le docteur Marc-Brun répondait de ses jours, et Elisabeth, oubliant son chagrin de la

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veille, jouissait du présent et espérait en l'avenir.

Pour le moment, sa pensée était toute à son frère.

Debout dans la cour delaferiiie, pour la dixième fois peut-être, elle demandait à son ami Xei ;

« Tu n'as donc rien trouvé? Ni Olivier, ni Maurice? »

Pour la dixième fois aussi, Nel allait avouer son insuccès et ses déboires, lorsque, frappant du pied avec impatience, Elisabeth s'écria :

« Rien ! toujours rien ! Tu n'as donc pas cherché?

— Pas cherché! répondit Nel au désespoir. Oh! mademoiselle, écoutez-moi :

« Pendant sept jours, levé bien avant le soleil, j'ai parcouru tout le pays, j'ai visité les fermes, les hameaux, les villages; hier encore, pour la troisième fois, j'étais à Orgelet, et.... »

Elisabeth l'interrompit :

« Tu as vu le père Reauquebou? demanda-t-elle vivement.

— Je l'ai vu.

— Que t'a-t-il dit?

— Il m'a engagé à cesser mes démarches.

— Pourquoi?

— Il prétend que ces étrangers, sur lesquels, dailleurs, il n'a pu me donner le plus petit renseignement, ont quitté la montagne.

— Depuis quand? fit Elisabeth, déjà tout inquiète.

— Depuis troissemaines environ.»

Elisabeth fronça le sourcil.

>cAh: père Reauquebou, murmura-l-elle, vous me paierez ce joli conle-lù. »

222 LES VACANCES DÉLISABETII.

Puis, s'adressant à Nel :

« Rien n'est moins vrai, assura-t-elle. il y o, quatre jours à peine, Olivier était au Frênois. ,1c l'ai parfaitement reconnu.

— Il était au Frênois ! Mais alors, le père Reauqucbou..,.

— T'a bel et bien débité une fable.

— Oh! mademoiselle, dans quel but?

— Dans le but de cacher sa complète ignorance, en ce qui touche Olivier et sa mère, répondit en riant la fillette. Plutôt que de le dire : je ne sais absolument rien, il a préféré te tromper.

— Peut-être a-t-il été trompé lui-même?

— Hum! Hum! charitablement, nous devons le penser, reprit malicieusement Elisabeth, cependant....

« Aussi bien, ajouta-t-ehe, laissons-là le père Rcauquebou. Aujourd'hui, j'ai autre chose en tôle. 11 faut que je te parle, et longuement encore.

« Et d'abord, sais-tu quelle est la cause de la rechute de grand-père ? Grand'mère a refusé de me l'apprendre, »

Nei ne se pressant pas de répondre, Élisabeih reprit avec vivacité :

« Oh ! n'essaye pas, avec moi, de faire l'ignorant; on a dû en causer à la ferme?

— On en a causé, en effet, avoua Xel.

— Qu'en disait-on?

— Que tout le mal venait des fâcheuses nouvelles apportées à M. le vicomte par M. Foulques de Porchefonlaine.

— Foulques de Porchefontaine! s'écria Élisabeih.

Ah! j'y suis : il vcnaitdc la part d'Olivier, il venait pour avertir grand-père du projet de Maurice d'aller en Amérique.

— En Amérique! s'exclama Nel. Commentavozvous pu apprendre? »

Vu vif incarnat couvrit, à l'instant même, les joues d'Elisabeth.

« Il m'en coûte de te le dire, répondit-elle, et pourtant, il le faut. Mais, quittons cette cour où quelqu'un pourrait bien nous entendre. »

Les deux enfants, se tenant par la main, se rendirent aussitôt dans l'allée des tilleuls, dans celte même allée où (le lecteur s'en souvient) Nel avait révélé à Elisabeth l'étrange départ de Maurice.

Là, comme un mois auparavant, la fillette s'assit sur un banc rustique, à l'ombre d'un tilleul, et le jeune garçon resta debout.

« A présent, dit Elisabeth, nous pouvons causer en paix. »

Alors, elle raconta, mot pour mot, à Nel la conversation d'Olivier et de Foulques, conversation qu'elle avait (au moyen d'une indiscrétion dont elle rougissait encore) surprise dans le parc du Frênois.

Nel ne jugea pas à propos de l'interrompre une bCLile fois pendant cette longue confidence; mais, lors(|u'elle eut fini de parler :

« Vous avez un très-bon moyen, mademoiselle, assura-l-il, d'arriver maintenante ce jeune étranger et, de là, à M. Maurice.

— Lequel? demanda vivement la fillette.

— C'est de vous adresser à M. Foulques de Porcliclontaine.

— Non, dit Elisabeth, c'est impossible. Que rcpondrais-jc à Foulques s'il s'étonnait de ma démarche? Me crois-tu, par hasard, disposée à lui dire que je sais écouter aux portes ?

— Ne poiirrais-je pas, mademoiselle, aller à votre place au château de Porchefontaine? proposa Ne).

— Foulques le rcpondrait-t-il, à toi? J'en doiile un peu, » fit remarquer Elisabeth.

Le jeune garçon devint pensif.

« Cherche un autre moyen, mon bon Ncl, reprit doucement la fillette; celui-là me déplaît vraiment : pour l'employer, il faudrait, sinon mentir, du moins, en partie, cacher la vérité. Ce serait bien vilain !

« Ainsi, c'esl entendu, ajouta-t-elle, en posant sa mignonne main sur le bras de son jeune camarade, lu vas chercher. Pendant ce temps, je cours embrasser mon grand-père. Quand j'ai frappé ce malin à sa porte, on ne m'a pas permis n'entrer: il dormait. Or, tu comprends, il me Inde de io voir. »

Puis, se levant :

« A tout à l'heure, dit-elle encore; dans cinq minutes, je te rejoins. »

Ncl n'avait pas eu le temps de répondre aux dernières paroles d'Elisabeth son amen accoutumé^ que déjà la fillette courait vers le château

Elle était près d'y arriver, lorsque, porlanl ses regards autour d'elle, elle s'arrôla toute surprise.

Au loin, sur la £j:rand'roule, elle avait aperçu dcuxenfanls. Ils marchaient lentement, en se donnant la main. L'un d'eux lui paraissait loul à fait inconnu, l'autre.... L'autre, il lui semblait bien l'avoir vu déjà; mais où, mais quand?

Sa mémoire lui faisait défauL

Elle s'avança alors à pas précipités, et bientôt, se trouvant en présence des jeunes voyageurs :

«Robert! s'exclama-t-elle, Robert! c'est impossible. Je crois le voir, pourtant. Oh ! c'est une hallucination.

— Une hallucination! Erreur,... C'est Robert en chair et en os, » répondit une joyeuse voix.

Et, appliquant deux gros baisers retentissants sur les joues fraîches de la fillette, Robert (car c'était lui) s'empressa d'ajouter:

« Les fantômes embrassent-ils ainsi ?

— Toi! toi! s'écria Elisabeth, tutoyant pour la première fois le cousin de ses petites amies, tant sa surprise et son émotion étaient vives.

— Oui, moi, Robert, l'incorrigible; Roberl, l'écolier malheureux; Robert, l'infortuné prisonnier du collège de L....

— Le collège! Tu en es donc sorti?

— Ah! ça, ma chère, perds-tu complètement la lôle? Si j'étais encore là-bas, comment me Irouverais-je ici?

— Tu as donc obtenu ta grâce ?

— Nullement.

— Mais alors, comment as-tu pu quitter le collège?

226 LES VACANCES D'ÉMSABETII.

— La porte étant fermée, j'ai dû passer par la fenêtre, et me voici.

— Malheureux! Ton tuteur.... »

Robert eut un léger frisson, et, instinctivement, porta la main à ses oreilles.

Puis, d'une voix plus basse :

« Bah! dit-il, il est loin.

— Il revient dans deux mois.

— Avant deux mois, j'aurai quitté la France.

— Où comptes-tu aller?

— En Amérique.

— En Amérique 1 s'exclama la fillette, en devenant si pâle que Robert s'en aperçut.

— Qu'as-tu '?demanda-t-il.

— Rien, répondit Elisabeth, qui, à ce nom d'Amérique, n'avait pu s'empêcher de songer à son frère.

— Si tu n'as rien, pourquoi trembler ainsi?

— Ce voyage est si long !

— Poule mouillée! \di, s'écria le jeune garçon.

« Aussi bien, ajouta-t-il d'un air de souverain mépris, toutes les filles ont peur de tout. » Elisabeth se redressa ; elle était piquée au vif.

— Je ne suis pas une poule mouillée, apprenezle, monsieur, dit-elle; de plus, je n'ai pas peur, et mon courage égale au moins le vôtre. Mais, moi, je suis soumise, et si grand-père avait jugé à propos de m'enfermer dans un couvent, je vous jure que, surtout pour aller en Amérique, je n'en serais jamais sortie. »

Ce fut au tour de Robert d'être froissé.

« Bon, bon, mademoiselle, répliqua-t-il, on ne

LES VACANCKS D KLISABETH. 227

VOUS demande ni leçons, ni conseils. Sur ce, j'ai bien l'honneur devons tirer ma révérence.»

Disant CCS mois, il se tourna vers son jeune camarade qui, pendant ce dialogue, auquel il n'avait prêté d'ailleurs aucune attenlion, s'était laissé tomber sur un gros tas de pierres, el, lui tendant la main :

K Viens, petit, lui dit-il; il nous faut contmuer notre route.

— Je suis las, répondit l'enfant.

— xMoi aussi; mais n'importe, nous sommes des hommes, nous! » reprit I\obert avec fierté.

Et, tout à coup fondant en larmes, le pauvre' collé;;ien ajouta tristement :

« Ah! si ma cousine Odette était là!... »

Ces paroles, cl l'accent dont elles furent prononcées émurent Elisabeth. Elle se rapprocha de Robert, et, avec une grande douceur, elle lui demanda :

-' Si Odette était là, que ferais-tu, dis-moi?

— Je resterais, répondit-il.

— Reste donc; car je serai pour toi aussi bonne que le serait Odette.

— Tu veux bien que je reste! Oh! quel bonheur!» dit Robert tout joyeux.

La réconciliation étant faite entre les deux enfants, ils la scellèrent par un nouveau baiser.

En ce moment, la cloche du château tinta trèsdoucement.

11 X avait quelque chose de triste, de lugubre même dans ces sons à demi-voilés.

« Qu'est-ce? demanda Robert.

— Le premier coup du déjeuner, répondit Élisabetli.

— Ah! C'est ainsi que, chez toi, on sonne les repas? Cela ne ressemble guère au joyeux carillon résonnant à deux lieues à la ronde, chaque fois que le général Saint-Selme, mon impitoyable tuteur, se dispose à se mettre à table.

« La cloche du Grand-Châtel serait-elle enrhumée?

— Non, dit sérieusement la fillette.

— Hé bien?

— Depuis que grand -père est malade, on fait, tu le comprends, le moins de bruit possible.

— Ton grand-père est malade !

— Ne le savais-tu pas?

— Comment l'aurais-je appris à L.... ?

— C'est vrai.

— Qu'a-t-il donc, ton grand-père? reprit le collégien ; la goutte peut-être? Je sais ce que c'est, moi! »

Elisabeth fit un geste d'étonnemenl et d'incrédulité.

« Non pour mon propre compte, je te prie de le croire, continua Robert, mais pour celui de mon tuteur, et c'est bien suffisant, je t'assure. Figure-toi que, dans ses accès, il crie comme un diable et jure comme un païen.

— Pauvre général Saint-Selme! » murmura Elisabeth avec compassion.

Et, s'adressant de nouveau à Robert :

<• Grand-père n'a pas la goutte, lui dit-elle; il

LES VACANCRS D'KLISABETII. 229

ne cric pas; il ne jure pas non plus; d'ailleurs, je crois qu'il ne sait pas; et puis, c'est à peine s'il parle.

— Bah! En ce cas, que fait-il? demanda Robert.

— 11 souffre, répondit la fillette.

— C'est donc sérieux?

— Oh! très-sérieux! Hier encore, il élail en danger.

— Alors, je ne suis qu'un bélître. »

Élisabetli ouvrit de grands yeux.

« Un bélUre! répéta-l-elle.

— Ehoui ! Un double idiot, etun triple imbécile. J'arrive ici juste à point pour causer un réel embarras.

— Je ne te comprends pas. »

Robert, à son tour, parut tout surpris.

« Décidément, murmura-t-il en hochant gravement la tête, les filles ont l'esprit bien borné!

— Robert! s'écria Elisabeth, déjà prête à se choquer encore.

— Allons, allons, ne te fâche pas, ma bonne petite Elisabeth, reprit l'écolier repentant; seulement, laisse-moi t'expliquer que mon séjour au Grand-Châtel devient désormais impossible.

— Pourquoi?

— Ton grand-père étant bien malade, il serait indiscret à moi....

— Ta, ta, ta, laisse-moi de côté toutes ces cérémonies, et viens voir ma grand'mère; tu dois au moins baiser sa main avant que de te mettre à table. Mais, hitons-nous, grand'mère aime l'cxac-

litude, et le second coup de cloche ne tardera pas ;'i sonner.

— llàlons-nous, » répéta Robert.

Comme les deux enfants s'acheminaient vers le château, le petit camarade de Robert se leva de son gros las de pierres, et courant après Elisabeth, il la tira par sa robe, et lui dit bien timidement :

« Et moi, qu'est-ce que je vas devenir? »

D'un rapide coup d'œil, Elisabeth examina l'enfant, qui, debout à côté d'elle, attendait une réponse. Il paraissait âgé de huit ans, tout au plus; ses vêtements en lambeaux indiquaient la misère, il marchait nu-pieds, et rien ne protégeait sa tête contre les rayons du soleil.

Toutefois, l'examen de la fillette lui fut trèsfavorable ; car se tournant vers son ami Robert :

« Il est gentil, ce pauvret, lui dit-elle. Je l'avais oublié. Qui est-il?

— Ma foi, je n'en sais rien, répondit Robert à voix basse; je l'ai trouvé au coin d'un bois, mourant de faim et pleurant de fatigue. Je lui ai donné alors trois petits gâteaux secs que j'avais dans mes poches. Par reconnaissance, sans doute, il a voulu me suivre. 3>

Elisabeth prit le parti d'interroger l'enfant. « D'où viens-tu, petit? lui demanda- t-elle.

— De Coulourre, répondit-il.

— Ah! Comment t'appellcs-tu?

— Bénédict, pour vous servir, ma bonne demoiselle.

— Quoi! lu serais Bénédicl, le pelil pdlre? s'écria la fillelle.

— Je suis bien Bénédict, ni;iis je ne suis plus pùlre, puisque mon mailre m'a chassé, répondit le pauvret très-confus.

— Il t'a chassé ! Le méchant homme! s'exclama Robert, tandis qu'Elisabeth, se penchant sur le petit garçon, lui disait doucement :

— Viens avec moi; je vais te confier à Nel. »

A ce nom bien connu, Bénédict poussa une exclamation de bonheur, et s'empressa de suivre sa nouvelle prolectrice.

Quelques instants après, l'ancien petit palour ne se possédait plus de joie : il avait retrouvé Nel, Nel le tourneur, Nel, le seul, l'unique maître qu'il rêvât depuis près de quinze jours.

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