I.KS VACANCES Di'LlSAliETH
place à rombic, elle parut se résigner ù u.lcndic en se reposant.
Quelques minutes après, elle était assise ou plutôt étendue à cette même place, sur un chûlc lui servant de lapis, et, un livre à la main, elle ne lisait pas, elle songeait.
Pour dame Gcrtrude, elle s'était adossée à un arbre, et, tout en tricotant, elle suivait des yeux les trois fillettes qui, restées un peu à l'écart, organisaient un jeu de cache-cache.
«C'est le meilleur endroit, disait Elisabeth. Nous avons là toutes sortes de cachettes; des grandes.... des petites.... Nous pourrons faire le tour des roches, mais sans monter jamais ; c'est entendu.
— Et le torrent? fit observer Odette.
- Poltronne! Que le fait le torrent?
— Si nous tombions dedans?» se récriaSimonne Elisabeth rit.
<-- C'est à nous de prendre garde, » dit-elle.
Puis, tirant à la courle-paille :
« C'est toi qui cherches, Odette, ajouta- t-ellc.
— Quel est le but?
— L'arbre oîi se trouve nourrice.
— Très-bien. »
Odette se rendit donc au but, tandis que sasœur et son amie disparaissaient, se tenant par la main.
En un clin d'œil, Elisabeth eut découvert une cachette. C'était un énorme creux dérocher.
« Entrons ici, dit-elle; il y a place pour dix. »
Et les deux enfants s'y blottirent.
Depuis cinq minutes déjà qu'elles attendaient
Odette, elles causaient à voix basse, se lélicitant de n'être pas trouvées.
« J'ai peur ! Lisbeth, dit tout à coup la timide Simonne.
— Peur de quoi?
— Des rochers, des ruines, du torrent. Et toi?
— Moi, pas du tout. Rien ne m'eiTraye, tant que le soleil brille. S'il faisait nuit, ce serait autre chose.
— Tu aurais peur aussi?
— Aux Roches-Grises! Certainement. »
Simonne se pressa contre son amie.
« On raconte tant de choses sur le vieux donjon, continua Elisabeth, que, pour rien au monde, je ne voudrais m'y rendre sur le coup de minuit.
— Que dit-on? demanda Simonne, chez qui la curiosité l'emporta sur la crainte.
— Laisse-moi d'abord voir si j'aperçois Odette. «
Et, se penchant hors del'anfractuositédu rocher où elle avait trouvé un gîte, Elisabeth regarda autour d'elle avec beaucoup de soin.
« Personne! dit-elle en revenant. Personne! Je te l'avais bien dit, ma chère, Odette nous cherchera pendant une demi-heure au moins. La cachette est bonne, conviens-en?
— Excellente, répondit Simonne.
— Yeux-lu que je te raconte la légende de la dame de Grand-Chàtel?
— Oui, oui, dis-moi bien vite la légende de ton arrière-grand'mcre.
— Mon arrière-grand'mère ! La dame de 'jrand-
LES VACANCES D'j'.LISABETII. 113
Clu\lel! Y penses-tu, Simonne? Quel âge auraisjc donc? Deux ou trois cents ans, peut-être! »
Disant ces mots, Elisabeth rit aux éclats.
« La légende? reprit Simonne, qui ne renonçait pas Facilement à un plaisir promis.
— La légende! soit, fit Elisabeth. Je la sais tout à l'ait par cœur. Je commence; écoule-moi :
« Il y a bien longtemps, bien longtemps de cela, commençat-clle, en eiïet, alors que le sire de Graud-Ghàlel avait nom Fergus le terrible, les pauvres et les vassaux étaient fort malheureux : ils étaient accablés de tailles, de dîmes et de corvées de toutes sortes.
« Fergus était un méchant homme, dur, avare, cruel, méfiant et jaloux. Il était craint à vingt lieues à la ronde. Sa très-douce femme, au contraire, était chérie et vénérée. Elle s'appelait Klisabeth; mais on la désignait le plus souvent sous le nom de la bonne dame ou de la dame de Grand-Chàlel.
« Elle avait, rapporte la légende, des yeux d'un bleu céleste, une peau de satin, un col de cygne, des pieds et des mains de déesse, et, lorsque la fantaisie lui prenait de laisser tomber sur ses blanches épaules son opulente chevelure, elle s'en couvrait presque en entier, comme elle eût pu le faire d'un riche manteau doré.
« Fergus trouvait sa femme belle; mais il ne l'aimait pas et la maltraitai l quelquefois,
— Oh! la jolie histoire, interrompit Simonne. Où habitait la dame de Grand-Chàtel?
— Au-dessus de nos tètes, dans le vieux ma-
noir, à côté du donjon d'en haut, repondit Elisabeth.
« Attention! je reprends mon récit, ajouta-t-clle bientôt.
« Fergus était si laid, si laid, dit-elle, qu'à sa vue, les enfants poussaient des cris perçants, et que, sur son passage, les petits oiseaux se taisaient, les chiens hurlaient, les brebis tremblaient, et tout le monde gémissait. Les loups seuls lui faisaient cortège. »
A ces derniers mots, Simonne se prit à trembler, elle aussi, et se serra si fort contre Elisabeth que celle-ci s'écria :
« Tu m'étouffes! ma chère. Éloigne-toi un peu, si tu veux que je continue.»
Simonne, dominant sa frayeur, se recula de quelques lignes, et Elisabeth continua :
't Semblable à cette sainte reine de Hongrie, dont elle portait le nom, la dame de Graiul-Cliàtel aimait les humbles, les petits et les pauvres; clic leur faisait d'abondantes aumônes, leur parlait avec une extrême douceur, soignait leurs maux et, bien souvent, baisait leurs plaies.
« Loin d'admirer, comme il eût dû le faire, la charité de son épouse, le sire de Grand-Chàtel la l)]àmail très -fort, au contraire, et, fréquemment, lui reprochait ses largesses de la manière la plus injuste.
« — Vous me ruinez, » lui disait-il parfois.
« Il n'en était rien cependant. Ses coffres regorgeaient d'or, et ses terres lui rapportaient le triple de ce qu'elles avaient rapporté à son père.
LES VACANCES D'ÉLISABKTH. Ub
« — Qui donne aux pauvres prêle à Dieu, » se conlcntait de rci)ondrc à son farouche époux la daine de Grand-Châlel, chaque fois que l'avarice le faisait parler ainsi.
'c Un jour, pourlant, elle ajouta :
« — La ruine ! mon cher seigneur. Oh ! chassez « cette idée. Vos moissons furent-elles jamais plus « belles, vos prairies plus verdoyantes, vos bois « plus touffus, et vos troupeaux plus florissants?
« — Vous me bravez, madame, répondit Fergus " en colère ; mais vous ne me braverez pas long- « temps. »
« Et, appelant son intendant Hunolt:
« — Hunolt, lui dit-il, à partir d'aujourd'hui, je « te défends de donner à ta noble maîtresse, pour « remplir son aumônière, autre chose que des « petits cailloux. ^5
Simonne était suspendue aux lèvres de son amie : cette histoire la ravissait. Elle en avait oublié Odette, le jeu de cache-cache, le monde entier; c'est ce quil'empècha d'entendre (quelques pas derrière elle) un léger bruit semblable au souffle régulier de deux êtres humains. Elisabeth le perçut, elle; mais vaguement, emportée qu'elle était par son propre récit. Elle l'attribua d'ailleurs à quelque oiseau nocturne dont elle n'avait que faire de se préoccuper, et continua, sans nul souci, la légende de la dame de Grand-Châlel.
« Après l'ordre donné par Fergus à Hunolt, ditelle, la bonne dame se relira dans son oratoire, et là, les yeux baignés de larmes, elle fit celle prière à Dieu :
« 0 très- compatissant Sauveur, n'aurez -vous « pas pitié de vos pauvres enfants, et, tant pour « montrer votre grande puissance que pour con- « fondre le méchant, ne daignerez-vous pas renou- « vcler, en faveur de votre humble servante, l'é- « datant miracle des Roses. »
« Alors, pleine de confiance en Dieu, elle fit demander Hunolt, elle aussi, et lui tendant son aumônière :
« — Remplissez-la, » dit-elle avec un doux sourire.
« Hunolt, en signe d'obéissance, mit un genou en terre, puis sortit pour aller chercher, au bord de ce même torrent qui gronde à cinquante pas de nous, les cailloux destinés à remplacer l'or de son maître.
«^ Chemin faisant, il rencontra Fcrgus, et lui fit part de l'ordre donné par sa noble maîtresse.
« — Fort bien, dit le méchant Fergus. Donne- « lui beaucoupde cailloux; nousverrons ce qu'en « diront ses pauvres. »
« Et, d'une voix terrible, il ajouta:
« — Pas de supercherie, Hunolt, cnlends-tn? « car tu le payerais de ta lète. »
« Hunolt effrayé recula.
« — Que mon très-puissant maîlre daigne venir « avec moi, » dit-il en pliant le genou.
« Fergus hésita un instant; mais bientôt, jetant sur Hunolt un regard de froide méfiance :
« — Drôle, cria-t-il, lu n'es donc pas bien sûr de « ne pas enfreindre mes ordres que tu me fais une « semblable demande? Je saurai, sois tranquille, « le surveiller de près. »
r.ES VACANCES D ELISABETH. 117
« Alors, donnant à l'inlcndant terrifié l'ordre de le suivre, il le prcccda cliez la dame de Grand- Chàlel.
— Que va-l-il se passer? demanda Simonne haletante.
— Si tu veux le savoir, tais-toi, pour que je continue, » répondit Élisabelh.
Mais, se ravisant aussitôt :
« Non, attends une minute, et laisse-moi voir >i Odette ne vient pas. »
Comme la première l'ois, la fillette regarda prudemment autour d'elle.
« Certainement, ta sœur n'est pas de ce côté, dit-elle, en se hâtant de reprendre sa place auprès de son amie Simonne. J'ai donc le temps do finir mon récit.
« Écoules-tu?
— J'écoute, » s'empressa de répondre Simonne.
;v Lorsque Ferg-us entra dans l'oratoire de sa Temme, reprit Elisabeth, il la trouva debout, vêtue de ses plus beaux atours, et la tête couverte d'un long voile de dentelle blanche.
« — Vous alliez sortir, peut être? fit-il.
« — Oui, cher seigneur, répondit, sans se trou- " hier, la bonne dame, n'est-ce pas l'heure de mes « aumônes? »
« Fergus eut un mauvais sourire.
« — Permettez que, pour cette fois, je m'y as- « socie, dit-il.
« - Volontiers, » répondit- lie.
« Puis, après avoir reçu son aumônièro des mains de l'intendant Hunolt, elle s'appuya sur le
bras de son méchant époux, et, sans plus tarder, se rendit dans la cour d'honneur du manoir.
a Là, derrière la grille élevée, manants, mendiants, infirmes et pèlerins attendaient la distribution des aumônes.
« La dame de Grand-Ghàtel leur sourit à tous, et, devant son mari, ouvrit son aumônière. Fergus y jeta un regard ironique : dans l'aumônière reluisaient au soleil une centaine de petits cailloux ronds et polis.
« La grille ayant été ouverte, la bonne dame s'avança, prit un des cailloux apportés par Hunolt et le remit au plus âgé des mendiants.
« — Dieu vous le rende! notre bonne dame, murmura aussitôt le vieillard, dans la main duquel Fergus put voir, avec surprise, avec terreur.... une pièce d'or.
« Les pauvres étaient nombreux ce jour- là. Tous reçurent un caillou; tous partirent en bénissant Dieu ; tous emportaient une pièce d'or.
« Fergus était vaincu. Il tomba à genoux, et, se frappant la poitrine:
« Seigneur, s'écria-t-il, je reconnais votre « toute-puissance; désormais, je vous en fais le « serment, mes vassaux trouveront en moi un « père. »
— Est-ce tout? demanda Simonne.
— Pas encore, répondit Elisabeth; mais nous Louchons au dénouement.
— Alors, dis vile; veux-tu?
— Pourquoi donc?
— Je ne sais.... J'ai peur! il m'a semblé en-
Lr:S VACANCES D'ÉLISACrTII. 119
teiidic derrière nous un bruit que je ne m'explique pas.
— Pure imaf^inalion ! ma chère, affirma Élisabelh. Voilà bien l'elTet que produisent les creux de rochers : on croit toujours n'y être pas bien seul.
« J'achève mon histoire; le plus beau, c'est la fin.
— J'écoute, » redit Simonne, tout à fait rassurée.
Elisabeth reprit :
« Trois jours après, la dame de Grand-ChcUcl avait rendu le dernier soupir. »
— Ah! fit Simonne.
« Dieu ne lavait placée sur cette terre, continua Elisabeth, que pour convertir son époux ; la conversion de Fergus étant sincère, la damede Grand- Chàlel était remontée au ciel.
— Elle était morte pour tout de bon? demanda Simonne.
— Oui et non, répondit son amie.
— Comment, oui et non !
— C'csi-à-dire, elle était bien morte, reprit Elisabeth; son âme était au ciel, son corps repesait dans la chapelle du manoir; mais chaque nuit, vers minuit.... «
Simonne frissonna.
« De quoi as-tu peur? demanda Elisabeth, il n'est pas minuit. Je continue :
« Chaque nuit, vers minuit, rapporte encore la légende, la dame de Grand-Châtel revient dans le donjon; elle se penche sur le torrent, et accorde telle grâce que lui demande la personne assez cou-
rageuse pour lui porter, à celle heure, un caillou rond et poli.
— Tu l'as vue?
— Dieu m'en préserve! J'en mourrais de frayeur. Cependant plusieurs anciens du village assurent l'avoir aperçue.
— Et les jeunes?
— Ma chère, les jeunes n'y croient pas.
— Et ta grand'mère ?
— A toutes les questions que je lui ai faites à cel égard, grand'mère m'a répondu :
« La dame de Grand-Chàtel était une sainte; « prie-la, chaque jour, de veiller sur loi. »
— Et Ion grand-pcre?
— Tu lui demanderas toi-même ce qu'il on pense, au dîner de ce soir. Il dit, à ce sujet, des choses fort intéressantes, fort.... Mais, qu'est ce?... J'entends du bruit, en effet.... Quelqu'un serait-il caché derrière nous?... La dame de Grand- Châle), peut être! Vite, vite, sortons....»
Et les deux fdleltes sortirent, se bousculant l'une l'autre, pour être plus tôt hors de cette anfractuosité de rocher où, pour rien au monde, elles n'eussent voulu se cacher encore.
Leur folle terreur cessa comme par enchantement lorsqu'elles revirent le soleil. Elles en rirent même de bon cœur.
Alors, elles aperçureni Odette, Odette qu'elles avaient oubliée, et dont vingt pas les séparaient à peine.
« Victoire! victoire ! cria Odette. Je vous trouve enfin ! »
LCS VACANCES D'ÉLlSAP-RTîT. 121
Elisabeth et Simonne prirent leur course; Odette les imila. Elle élail agile et souple; de seconde en seconde, elle gagnait du terrain. Déjà, elle criait une nouvelle fois : «Vicloire! » déjà, sa main effleurait presque la longue ceinture dElisabelh, lorsque celle-ci fit un brusque détour et disparut à ses yeux derrière de grosses roches.
Laissant Elisabeth, Odette ne songea plus qu'à atteindre Simonne. Redoublant de vitesse, elle la serra de près, pendant quelques minutes, etcnlin la prit, comme elle allait atteindre le but.
Les deux sœurs étaient hors d'haleine; elles se laissèrent tomber à la place où elles se trouvaient, Odette disant à Simonne :
« Je n'en puis plus, et je m'arrête, avant de poursuivre encore Elisabeth.
— Elle reviendra bien seule, répondit Simonne; car je doute que, de nouveau, clic entre maintenant dans le creux des rochers. Reposons-nous, en l'attendant. »
Pendant ce temps, Elisabeth, emportée par l'ardeur de sa course, et ne songeant qu'à échapper à son amie Odette, avait pris au hasard un sentier qu'elle ne connaissait pas. Il était étroit, rapide et très-glissant; néanmoins, elle s'y engagea, sans réllexion et sans prudence.
Bientôt, il lui sembla qu'elle était poursuivie.
« C'est Odette, » pensa-t-elle.
Et elle redoubla de vitesse.
Une voix l'appela. Elle n'en prit nul souci.
La voix devint plus forte.
« Arrèlez, arrêtez ! » criait-elle.
« M'arrêter! Pourquoi donc? » se demanda Elisabeth, qui n'en continua pas moins sa course vertigineuse, insensée.
« Arrêtez, arrêtez! » redit encore la voix.
La fillette pâlit. Elle venait de comprendre : le sentier qu'elle suivait aboutissait à un abîme.
« Le torrent! le torrent !» s'écria-t-elle tout cITiaycc.
Elle voulut fuir, retourner en arrière ; elle ne le put : lancée, comme elle l'était sur une pente des plus rapides, d'elle-même, elle ne pouvait plus s'arrêter.
Alors, elle tendit les mains, espérant s'accrocher à une branche d'arbre, à un fragment de rocher! Elle ne rencontra que le vide.... et le torrent grondait à cinq pas devant elle !
Affolée, elle ferma les yeux, et pensa qu'elle allait mourir....
A cet instant, deux bras robustes se tendirent et arrachèrent la pauvre enfant à une mort certaine et horrible.
Lorsque Elisabeth rouvrit les yeux, elle se trouva élcndue sur l'herbe jaunie par le soleil, non loin des Roches-Grises.
« Maurice ! » appela-t-elle.
Personne ne répondit.
« Maurice ! » répéla-t-elle plus fortement.
Même silence.
Par un suprême elîori, elle se souleva et regarda tout autour d'elle.
Il '^
A te. in.tant. deux bras robustes se tendirent et arracheront la pauvre onlant à uni" mort .-ertnino.
LES v'AGANCES D'KLISABHTII. 125
rJle était seule ...
« Que signifie? dit-elle. J'étais tout à l'heure dans les bras de Maurice; j'ai enlcndu sa voix; et, là, là, ajoula-t-elle en posant son doii,4 sur son front, là, j'ai senti ses lèvres; et cependant je ne le vois pas.... Ce n'était donc qu'un rêve ?
a Le sentier! le torrent! s'écria-t-elie tout à coup. Non, non, ce n'était pas un rêve. »
Et elle éclata en sanglots.
Cette crise lui fut salutaire. Dans les émotions de ce genre, presque toujours les larmes sont un bien.
Odette et Simonne accouraient en ce moment.
«Enfin, te voilà! s'écria Odette; il y a, j'espère, assez longtemps que nous te ciierchons. »
Mais, à la vue des pleurs de son amie :
« Que t'est-il arrivé, ma chère? lui demandat-elle en l'embrassant,
— Rien. Ne vous inquiétez pas. J'ai failli me noyer, répondit Elisabeth.
— Te noyer! Comment cela? interrogea Simonne.
— Dans le torrent. »
Simonne eut un léger frisson.
« Qui l'a sauvée? lui demanda Odette.
— Un homme.... Je ne sais.... répondit la fillette en hésitant beaucoup; car elle ne voulait pas, c"il était vrai que Maurice fût là, livrer à ses amies le secret de sa chère présence.
— Celui qui vient de nous parler, peut être, reprit Odette avec vivacité.
— Que veux-tu dire ? fit Elisabeth, surprise.
— Ah! c'est vrai; nous ne t'avons pas raconlé eniorc, répondit Odette. Nous te cherchions, làbas, du côté de la vieille ferme, lorsque nous voyons venir à nous un monsieur qui nous crie :
« Par ici, mesdemoiselles; votre amie se trouve « sur le versant du Petit-Châtel, où elle doit vous « attendre. «
« Nous l'avons remercié, et nous sommes accourues.
— Vous ne l'avez pas reconnu ? demanda Elisabeth.
— Non : nous ne l'avions jamais vu.
— Ce n'était point Maurice! » murmura la lillctte, à voix basse.
Tout haut, elle ajouta :
« Comment était cet étranger?
— 11 était grand ; c'est tout ce que je puis le dire, répondit Odette.
— Il avait, pour chapeau, un large panama, ajouta aussitôt Simonne.
— Un panama! dis-tu? reprit Elisabeth.
— Mais oui. Qu'y a-t-il à cela de si extraordinaire?
— Oh! rien, en etïct, » répondit Elisabeth avec embarras.
Elle rélléchit ensuite pendant quelques secondes.
« Ce doit être Olivier, pensait-elle, et, cependant, j'ai bien cru que Maurice était mon sauveur! Ils étaient là tous deux, peut-être. Us
LES VACANCES D'KLISABETII. î27
se connaîtraient donc?... Dès ce soir, j'en parlerai à Nel. »
Puis, essuyant ses yeux :
« Notre partie de cache-cache étant finie, dil-cllc à Odette et à Simonne, retournons vite au Grand- Chàtel où nous jouerons à autre chose : mais, je vous le demande, ne dites rien à Nourrice et à Betty du danger que je viens de courir. Grandpère et grand'mère doivent l'apprendre de moi.
« Me promellez-vous le silence?
— Nous te le promettons, ma bonne Lisbcth, » répondirent les deux sœurs.
Et les fillettes, se tenant par la main, rejoignirent dame Gertrude et Betty.
Dame Gertrude tricotait toujours, adossée au môme arbre; elle sourit à Odette et à Simonne et embrassa Elisabeth, non sans lui adresser mille questions pressantes au sujet de sa pâleur et de ses yeux rougis par les larmes. Elisabeth, ne se souciant pas de lui répondre encore, lui échappa et courut à Betty. Ses amies l'imitèrent.
Betty était de fort méchante humeur.
«Elle s'était ennuyée à mourir, disait-elle, durant cette longue après-midi, où, malgré son observation constante, elle n'avait aperçu ni un étranger, ni un voyageur, ni un touriste. »
Odette et Simonne avaient bien envie de lui apprendre qu'elles avaient été plus heureuses. Un coup de coude d'Elisabeth les rappela à la prudence.
Betty, après s'être (selon sa coutume) vengée sur ses petites sœurs de la contrariété qu'elle
avait éprouvée, accepta enfin la proposilion que lui lit Elisabclh de retourner imuiédialcnicnl au Grand-ChàtcL
-•/•'ÎT^,