DANS LA VILLA D*A CÔTÉ
Malgré leur tristesse, ils laissèrent échapper un cri d’admiration à la vue de la quantité de beaux livres contenus dans l’une d’elles : toute une collection d’ouvrages de Jules Verne, des récits de voyage, d’aventures, etc. Puis Lisbeth ouvrit l’autre et resta un instant émerveillée en découvrant une petite table dont le dessus était formé de deux battants qui se refermaient sur un vide-poche en soie vieux rose, où l’on pouvait mettre son ouvrage. Sur ces battants, maintenus par des rubans de plusieurs couleurs, s’alignaient des bobines de soie, de fil, de coton, ainsi que des aiguilles de toutes les longueurs, de toutes les grosseurs.
Mlle O’Reneck avait fait venir ces objets, pensant que ces cadeaux adouciraient un peu la triste vie des deux enfants.
« Tu mettras ici la table, Lisbeth et tu pourras faire de jolis ouvrages tout en restant près de moi..., Yves nous fera la lecture.... » De leur course du matin, il ne fut plus question. Tante Marie ne leur demanda rien et, le soir, Yves et Lisbeth allèrent se coucher aussi tranquillement que s’ils n’avaient pas suivi pendant trois heures la famille Plumet.
Mais le lendemain matin, lorsque Yves descendit dans le jardin avec le secret espoir de
90 LES VACANCES DE LA EAMÎLLE LLÜMET.
renouveler sa fugue et qu’il voulut ouvrir la grille, il constata qu’elle était fermée à clef et que la clef était enlevée !
Il alla trouver Lequerq qui commença par faire l’étonné, prétendant ne rien savoir; enfin, sur la menace qu’il ne serait plus l’ami d’Yves, l’ex-marin dit tout bas :
« Voilà... c’est Mariette qui a fermé les portes du jardin, elle a les clefs sur elle; lorsque je sortirai, elle m’ouvrira... elle-même.
— Mais elle n’a pas le droit de nous enfermer ainsi!,.. Alors nous sommes prisonniers? »
Le vieux Lequerq secoua simplement la tête de haut en bas, d’un air' désespérément affirmatif.
Yves ne fit aucune récrimination; il monta dans « l’île mystérieuse » où il trouva sa sœur penchée sur le balcon.
Sans se retourner, en entendant venir son frère, elle s’écria :
« Yves, Yves ! Viens voir, les à côté. La petite fille court après son chapeau que lui a pris le chien. Et puis tu sais, elle s’appelle Rose!... Tiens, mais qu’as-tu?
— Nous sommes prisonniers.
— Prisonniers!
— Ah! s’écria Lisbeth, je pensais bien hier