‹ Les vacances de la famille PlumetChapitre 11 sur 21 · ANS LA VILLA D*A CÔTE · texte numérisé non relu

ANS LA VILLA D*A CÔTE

que Mariette nous cachait quelque chose! Ce n’était pas naturel, son air ! Elle ne nous a pas grondés à notre retour... Elle a cru que nous voulions nous enfuir.... Eh bien! je te le répète : je veux me sauver et tu viendras avec moi. Nous ne resterons pas ici; j’aime mieux mourir de faim.

— Moi, dit Yves lentement, moi je pense comme toi maintenant. J’aime mieux mourir de faim et fuir.... »

Lisbeth sauta au cou de son frère.

« Yves! Yves! tu vois comme j’avais raison. Nous ne pouvons pas vivre ici.

— Il faut cependant réfléchir! Il faut savoir ce que nous ferons, tu comprends?

— Oui!... et il y a tante! »

Yves et Lisbeth s’assirent sur le divan et tous les deux regardaient le ciel qui s’assombrissait au-dessus de l’horizon. D’énormes nuages descendaient sur la mer qui devenait de plus en plus foncée. Des mouettes volaient au ras des vagues. Elles sentaient venir la tempête et semblaient chercher un abri dans les creux des rochers. D’autres, comme affolées, décrivaient de grands cercles dans l’atmosphère chargée d’électricité, pareilles à des feuilles entraînées par le vent.

« Vois-tu, dit Lisbeth, nous sommes comme ces pauvres mouettes qui cherchent asile.... »

Le lendemain, le temps fut épouvantable; ce fut ce jour là que les petits Plumet aménagèrent leur kiosque.

D’une lucarne du grenier, Yves avait vu, après le déjeuner, les petits Plumet sortir et inspecter la tonnelle ; bientôt il les vit à l’œuvre et se tint à quatre pour ne pas escalader la haie qui séparait les deux jardins, et proposer aux jeunes garçons de les aider dans leur construction. Il appela sa sœur et lorsque les Plumet se furent enfermés dans leur petite maison, désolés de ne pas voir ce qui s’y passait, ils descendirent au jardin malgré la pluie et, se glissant dans les fourrés, l’oreille tendue, ils écoutèrent les conversations de leurs petits voisins et même purent les apercevoir un peu, par des trous de leurs tapisseries, en train de manger leur bon goûter.

Lisbeth, qui aimait les chiens, s’amusa à la vue de Jupiter avalant sa meringue, et ce furent ' ses rires étouffés et ceux d’Yves qu’entendirent les petits Plumet. Ces derniers ne s’étaient pas trompés : on les épiait.

Le soir, la nuit étant tombée, Yves, après avoir dit adieu à sa tante, courut dans le

DANS LA VILLA ü’a COTÉ.

jardin. La haie n’était pas épaisse; Yves allongea le bras et, avec l’aide d’un canif, il agrandit un trou dans un des tapis qui ornaient la tonnelle. Juste de quoi coller son œil et voir aisément ce qui s’y passait.

« Mais il faut que Lisbeth voie aussi », et, sans hésiter, Yves arrondit un second petit trou.

« Mes amis, pensait-il, maintenant nous verrons tout ce que vous ferez, et nous nous amuserons joliment; mais il faut que le mauvais temps persiste, sans cela vous décamperez, hélas! »

Le soir, Yves dit en souriant à sa sœur :

« Écoute, nous pouvons attendre qu’il fasse beau pour nous sauver, car, demain, comme le mauvais temps paraît devoir durer, nos voisins seront sans doute sous leur tonnelle et nous nous amuserons à les regarder.

— Mais la tonnelle est close : on ne peut pas voir grand’chose, soupira Lisbeth.

— Oh! j’ai pratiqué des meurtrières et nous verrons tout ce qui s’y passera.

— Bravo, Yves ! Mais lorsque le soleil reparaîtra, nous partirons, n’est-ce pas? »

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