‹ Les vacances de la famille PlumetChapitre 20 sur 21 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Une lettre d’Yves.

Deux jours se passèrent, le commandant rongeait son frein, marchant de long en large dans sa chambre d’hôtel, à Paris.

« Quand je pense que j’ai été torpillé, que j’ai été fait prisonnier par les Allemands, puis par les bolchevistes, que je me suis évadé au milieu des plus terribles dangers, que je suis sorti sain et sauf d’aventures périlleuses et que me voici, ne pouvant rejoindre mes enfants! Tout ceci parce que ma sœur est malade, que Mariette la domine et que ce vieil imbécile de Lequerq a peur! »

Le matin du troisième jour, le commandant reçut une lettre de M. Plumet. Le commandant se hâta d’ouvrir l’enveloppe qui contenait, en dehors de quelques lignes de M. Plumet, une lettre d’Yves.

UNE LETTRE D’YVES

« Mes chers amis, nous ne sommes plus en Italie, mais à Saint-Germain.... (Ah! s’écria le commandant en tombant sur un fauteuil...) Encore un coup de Mariette.... Elle me guettait à travers les broussailles du jardin de la villa des Cyprès lorsque je stationnai devant la grille, et elle m’a vu parler au petit chevrier, puis lui remettre ma lettre ; aussi, le soir même, elle a démontré à notre tante qu’il était préférable de rentrer en France où elle serait mieux soignée, où elle pourrait voir son médecin. Tante a dit oui. Mais lorsque Mariette fut sortie de la pièce pour faire les préparatifs de départ, tante a pris Lisbeth dans ses bras et lui a chuchoté à l’oreille : « Je « rentre en France. Je n’en puis plus, préviens « ton frère.... Quand nous serons là-bas nous « fuirons tous les trois.... Je ne puis plus sup- « porter cette femme... elle me tyrannise.... Liste beth, tu ne m’abandonneras pas... dis, je t’en « prie, mon enfant!... » Pauvre tante! Quel air malheureux elle avait! Vous pensez avec quelle affection Lisbeth embrassait tante; on aurait dit que c’était elle, ma petite sœur, qui allait ,1a défendre! Lisbeth n’a eu que le temps de la rassurer; Mariette est rentrée.... Alors maintenant, nous savons où nous trouverons un

refuge... chez vous, chers, chers amis.... »

— Il a raison, Yves, » interrompit Pierre.

« Chez vous, continua le commandant.... Nous

ne sommes pas partis trop tristes, bien qu’assez inquiets de ce qu’il adviendrait de la lettre que je vous ai écrite de Pile des Pêcheurs... car nous étions sûrs que, de toute manière, vous viendriez à notre secours. »

— Vous voyez, commandant!

« Nous sommes donc de retour à Paris, et tante craignant le bruit et le mouvement a désiré aller à Saint-Germain, au Pavillon Henri-II. Nous y sommes. Nous faisons une conspiration à trois : tante, Lisbeth et moi. Nous complotons, établissons nos plans.... Attendez-vous à un événement extraordinaire! »

— Oh! ils ne savent pas ce qui les attend eux- mêmes! »

« Mes chers amis, maintenant que tante est pour nous, tout va bien.... Je me sens plein d’espoir. Ah! si notre pauvre papa nous voyait!

« Lisbeth et moi, nous vous embrassons tendrement. « Yves O’Reneck. »

« P. -S. — C’est le portier — je l’ai mis dans la confidence — qui porte lui-même cette lettre à la poste. »

UNE LETTRE d’yVES.

Le commandant, le visage épanoui, serra la lettre de son fils dans son portefeuille et, saisissant son chapeau, sa canne, il s’écria :

« A Saint-Germain, mon garçon, à Saint- Germain! »

Pierre avait de la peine à suivre le commandant qui dégringola l’escalier en courant, traversa le hall comme un bolide et sauta dans un taxi.

« A Saint-Germain, Pavillon Henri-II, » cria le commandant au chauffeur en lui promettant mi bon pourboire.

Ils ne mirent pas longtemps à franchir la distance qui sépare Paris de Saint- Germain. Le silence observé par le commandant prouva à Pierre qu’il était aussi impatient qu’ému.

« Tu comprends-, avait-il dit à Pierre, je veux coucher sous le même toit que mes enfants! »

L’auto s’arrêta à neuf heures et demie devant l’hôtel.

« Mlle O’Reneck! demanda le commandant.

— Mlle O’ïteneck est dans son appartement, répondit un domestique, je ne sais si je puis la déranger.

— Non, en effet.... Dites à M. Yves et à Mlle Élisabeth de descendre. »

Le domestique monta ; il resta fort longtemps, puis il descendit suivie de... Mariette!

« Mariette! cria le commandant d’une voix '.tonnante.

— Oh! s’écria la vieille bonne, comprenant , subitement la stupidité de ses actes et éclatant en sanglots, pardonnez-moi.... C’était pour leur bien....

— Marche et conduis-moi vers les enfants. »

Alors Mariette, toujours sanglotante, monta un étage, et, dans le long corridor, ouvrit une porte.

Le commandant la repoussa légèrement et il entra dans un petit salon vide.

Mariette se précipita vers une porte l’ouvrit en appelant à demi-voix :

« Lisbeth! Yves. »

Par la porte entre-bâillée le commandant vit sa sœur qui était déjà couchée. Elle était assez pâle, la tête appuyée sur l’oreiller, regardant son neveu et sa nièce qui se tenaient auprès d’elle. Ses cheveux étaient tout blancs et ses mains amaigries semblaient diaphanes sur le drap.

Lisbeth et Yves se retournèrent; ils hésitaient à répondre à l’appel de Mariette, mais voyant la figure bouleversée de celle-ci, ils pen- , sèrent qu’il se passait une chose extraordinaire

Mariette entra brusquement.

UNE LETTRE D’YVES

et ils se dirigèrent vers la porte, croyant se trouver en face de M. Plumet... mais, ils tombèrent dans les bras de leur père qui les serrait sur son cœur à les étouffer.

« Mes enfants! Mes enfants!

— Papa! Cher papa! »

Et tour à tour le commandant les embrassait, puis les éloignait de lui pour les regarder.

Enfin, le commandant les lâcha. Ils virent Pierre qui se tenait un peu à l’écart.

« Pierre, tu es venu nous chercher....

— Oui.... Nous arrivons d’Italie.

— Tu as vu Beppo, ce brave petit chevrier qui a mis ma lettre à la poste.

— Oui... et....

— Il ne faut pas provoquer chez notre tante une trop grande ‘émotion! »

Mariette était allée chercher Lequerq. Dès qu’il parut, le commandant s’écria :

« Espèce de nigaud, va ! Quant à toi, Mariette.... Non, pas encore.... Lisbeth va prévenir doucement ta tante. »

Lisbeth entra chez sa tante. Elle en sortit un moment après.

« Papa, vous pouvez entrer. »

L’entrevue du commandant et de sa sœur fut très émouvante. La vieille demoiselle était si

heureuse, si transportée de joie à la vue de son frère qu’elle sembla revivre, alors qu’on avait craint qu’elle ne pût supporter un tel bonheur.

Mais le commandant avait un autre compte à régler : celui de Mariette. Il l’emmena dans la pièce voisine et au bout d’un quart d’heure il en sortit, lui très calme, mais Mariette les pleurs coulant sur ses joues. Elle s’approcha d’Yves et de Lisbeth et s’écria : « Pardonnezmoi, pardonnez-moi, car si j’ai agi ainsi, c’est que je vous aimais tendrement. Vous étiez seuls au monde, puisque votre papa était considéré comme mort. Vous n’aviez plus de maman. Il ne vous restait que votre tante qui, malade, n’avait aucune autorité sur vous. J’ai cru bien faire. Ah! pardonnez-moi.... M. le commandant veut que nous partions, Lequerq et moi, et que nous allions vivre tout seuls en Bretagne, sans plus vous voir. Mademoiselle me pardonnera... mais vous? Oh! gardez-nous ! . . .

— Ah! dit Lisbeth, je te pardonne parce que papa est revenu; mais l’histoire de la dépêche est un peu forte.

— Merci.... Merci,... s’écria la vieille servante en essuyant ses larmes.

— Je crois, dit Lequerq, que M. le commandant m’en voudra toujours à moi.

UNE LETTRE D’YVES

— Tu le mériterais bien pour ta bêtise. »

Le commandant consentit à rester un jour à Saint-Germain pour permettre à Mlle O’Reneck de se remettre de son émotion, avant de se rendre à Paris pour se reposer; puis il proposa de repartir pour Biarritz afin de revoir toute la famille Plumet, ce qui fut accepté avec joie.

Le lendemain Pierre écrivait la lettre suivante :

« Mon cher papa, ma chère maman, mes chers quatre frères, ma chère sœur unique.

« Nous avons enfin mis la main sur Lisbeth et Yves. Nous allons revenir très vite et nous projetons des parties délicieuses dans « l’île mystérieuse. » Ne pensez-vous pas que nos vacances ont été joliment bien employées? Qui aurait prévu tant d’aventures? J’ai fait un superbe voyage. Tout le monde est heureux. A bientôt. Nous partons demain pour Biarritz. Lequerq est malade du bouleversement que lui a causé le retour de son commandant.

«Je vous embrasse bien tendrement.

« Pierre. »

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