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CHAPITRE III

La maison de la gaîté.

« Psitt! Psitt! »

— Psitt! Psitt! Tu dors, Louis? Louis! Tu dors?... Bien... alors je vais voir. »

Paul, rejetant ses couvertures, se précipita vers le lit et, saisissant les draps, il découvrit son jeune frère qui, la tête enfoncée dans son oreiller, étouffait son rire.

Paul et Louis occupaient la même chambre. Leurs lits étaient' placés dans deux coins de la pièce, en face de grandes fenêtres au travers desquelles passaient des rayons de soleil qui dansaient joyeusement autour des deux enfants comme pour leur souhaiter la bienvenue.

Les deux garçons coururent en chemise de nuit aux fenêtres; devant eux s’étendait la

mer, merveilleuse en ce jour de beau temps. A peine de vagues ; seulement une ligne de petits « moutons » qui, à chaque reflux, venaient mourir sur la plage de sable fin. On eut dit que dans l’air, il n’y avait que de l’or, du bonheur, de la joie.

« Cocorico! chanta Paul.

— Kirikiki! répondit une voix dans le jardin.

— Ils sont déjà habillés et....

— Nous avons déjà couru, interrompit la voix du dehors; nous avons vu le Rocher de la Vierge, la plage des Basques, le Vieux Port...

— Jean et Jacques, vous êtes très méchants. Pourquoi ne nous avez-vous pas attendus?

— Bah! vous êtes des paresseux. Allons, habillez-vous vite.... »

C’est ce que firent immédiatement Paul et Louis; ils étaient prêts quand on entendit la sonnette annonçant le petit déjeuner.

Drelin! Drelin! Drelin! Drelin!

« Voilà! voilà! »

Et les cris des enfants retentirent dans la maison.

« Bonjour, papa! Bonjour, maman!

• — Où est Pierre?

LA MAISON DE LA GAÎTÉ

— Il a déjà pris un bain, il se sèche.

— Et Rose?

— Elle est allée dire bonjour à Jupiter.

— Ah! Ah! Où est-il, cet animal de Jupiter

Mme Plumet servait le déjeuner des enfants.

qui, hier, n’a pas- daigné descendre du siège de la voiture pour nous dire bonjour?

— Il avait peur de se mouiller les pieds!

— Le voilà ! Le voilà ! Jupiter, viens me dire bonjour! Jupiter, tu es un poseur! Jupiter, on ne te donnera rien à manger! Jupiter, tu es un bon chien.... »

Rose, vêtue d’une robe blanche et d’un grand

32 LES VACANCES DÈ LA ÉAMILLE PLÜMËf.

chapeau de paille, était entrée dans la salle à manger avec le gros Jupiter, et le chien, très entouré, allait de l’un à l’autre, donnant un coup de langue ici, sa patte là, remuant la queue ou posant sa tête sur la table, près des tasses que Mme Plumet remplissait de lait et de chocolat.

« Mes enfants, restez assis et ne vous agitez pas à ce point; jamais je ne viendrai à bout de vous servir tous. Oh! Jean et Jacques, vos mains sont déjà sales, qu’avez- * vous fait?

— Nous avons examiné à fond le canot du père Costalde, celui que nous avions l’année dernière.

— Vous allez faire une promenade ce matin? demanda Paul en écarquillant les yeux.

— Jean et Jacques, interrompit Mme Plumet, vous savez que vous ne devez aller en canot qu’avec votre père ou avec le père Costalde; je n’ai pas besoin de vous le redire, n’est-ce pas?

— Oui, oui, maman chérie, vous savez bien que nous ne vous désobéissons jamais. Ah! voilà Pierre. D’où viens-tu?

! — Attends un peu, répondit Pierre, tandis

qu’il s’asseyait à la table entre Rose et Louis,

LA MAISON DE LA GAÎTÉ. 33

le plus petit des garçons. Laissez-moi d’abord déjeuner.

— Non, raconte!

— Eh bien! j’ai rôdé dans les alentours. J’ai vu M. Titichien qui a planté de beaux rosiers dans le jardin; Jupiter m’a accompagné jusqu’à la mer, où je me suis baigné, mais lui n’a pas pris de bain, parce qu’il avait trouvé un énorme os de gigot qu’il a rongé pendant le temps que j’étais dans l’eau. Et puis je suis revenu en traversant le jardin. Ce qu’il y a de curieux, c’est la maison d’à côté, la villa Beauséjour; les volets sont fermés. C’est d’une tristesse! Le jardin est plein de mauvaises herbes; on ne distingue plus les allées, tant elles sont envahies par les ronces et les broussailles.

— Elle n’est peut-être pas habitée, dit Paul, la bouche pleine d’une tartine beurrée.

— Si, Mme Titichien m’a dit que dans la villa demeuraient une vieille dame qui ne sortait jamais et deux enfants....

— ... Qui ne sortent jamais! ajouta Louis sur un ton dramatique.

— Comment le sais- tu? demanda Pierre.

— Je n’en sais rien.

— Alors, pourquoi dis- tu ça?

— Pour dire comme la chanson.

— Mon pauvre garçon, dit Pierre, je crois que la mer t’abrutit. En tout cas, d’après Mme Titichien, ces enfants sont très malheureux; elle ne les voit jamais; ils sont toujours habillés de noir.

— Alors, elle les voit quelquefois, Mme Titichien, puisqu’elle dit qu’ils sont tout en noir, objecta Jean d’un air ironique.

— Ah! Ah! tu ne manques pas de logique, s’écria Pierre; elle veut dire qu’ils ne sortent que rarement.

— Mais ce sont peut-être des racontars tout cela, fit Mme Plumet. Si ces enfants portent des vête ents noirs, c’est qu’ils sont en deuil, et comment Mme Titichien peut-elle savoir qu’ils ne sortent jamais?

— Elle dit que ce sont des enfants martyrs, des enfants séquestrés!

— Qu’est-ce que cela signifie : séquestrés.

— Ça veut dire enfermés de force.

— Oh! alors, c’est horrible, cela! s’écria Paul de sa petite voix douce.

— Il faut les délivrer! crièrent d’une même voix les jumeaux Jean et Jacques, qui étaient les belliqueux de la famille.

— Allons, mes enfants, interrompit M. Plu-

LA MAISON DE LA GAÎTÉ

met qui venait d’entrer, laissez donc nos voisins tranquilles et ne vous inquiétez pas des bavardages de Mme Titichien. Cela ne nous regarde pas. Qui veut sortir avec moi?

— Moi! Moi! Moi! crièrent six voix, et tous se levèrent et entourèrent leur père, l’embrassant, se cramponnant à ses bras et s’accrochant à ses jambes.

— Allons, du calme! Du calme, mes enfants.

— Je ne sais pas ce qu’ils ont aujourd’hui, mais on ne peut les tenir, dit Mme Plumet en riant.

— Ils sont excités par l’air de la mer, le

beau soleil, les vacances. Hier soir, ils dormaient tellement qu’ils n’ont eu que la force de se coucher.

— Sauf Pierre qui m’a aidée à mettre au lit les petits et à ouvrir les sacs.

— Voyons! Où allons-nous?

— Partout, partout.

— C’est beaucoup! Mais partons toujours. »

M. Plumet prit son chapeau, tous les enfants firent de même et, suivant leur père, ils traversèrent le jardin qui s’étendait devant la maison, franchirent la porte et se trouvèrent sur l’avenue qui longe la grande plage de

Biarritz. Jupiter s’élança comme pour diriger la joyeuse bande vers la mer. M. Plumet s’arrêta, les enfants aussi, Rose ravie battait des mains.

« Oh! c’est amusant, la mer, courons vite la voir de plus près! »

Et, d’un bond, Pierre, Jean, Jacques, Paul, Louis et Rose descendirent un petit escalier ombragé par des tamaris. En un instant, ils furent au bord de l’eau, sur le sable fin, si doux sous les pieds. Jupiter bondissait à chaque vague qui venait mourir doucement sur la plage. Les petits Plumet s’étaient déchaussés et c’était à celui qui irait le plus loin dans l’eau sans être mouillé au-dessus des genoux.

M. Plumet s’assit sur le sable, prit son journal, sachant parfaitement que ses enfants, qui voulaient voir tant de choses, resteraient là toute la matinée à barboter.

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