‹ Les vacances des jeunes boërsChapitre 10 sur 62 · Q LES VACANCES · texte numérisé non relu

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en pièces, car les griffes de la lionne égratignèrent sa carapace au moment où il la couchait sur lui.

Congo parvint cependant à s'affermir sous Tabri qui le protégeait, et se retrouva sain et sauf, grâce à l'épaisseur et à la dureté de la peau de buffle qui formait son bouclier. La lionne, rugissant avec rage, essaya de nouveau de retourner la carapace du Zoulou;elle ne put y parvenir et finit encore par renoncer à l'entreprise ; mais cette fois, au lieu de s'éloigner, la bête furieuse se mit à marcher autour du couvercle impénétrable qui lui dérobait son adversaire et finit par se coucher à un mètre de ses bords. Le malheureux . Congo était bloqué par la lionne I

Bien que celle-ci fût à plusieurs centaines de pas des jeunes boërs, ces derniers voyaient à merveille qu'elle était parfaitement résolue à ne pas quitter son poste avant d'avoir assouvi sa vengeance. Cela ne faisait pas le moindre doute, et Congo se trouvait pris dans ses propres filets.

Que deviendrait-il si la lionne persistait à soutenir le siège qu'elle avait commencé? Soulever son bouclier pour frapper la bête furieuse, c'était de la ■ part du Cafre se livrer à l'ennemi ; rien n'était plus évident.

Les jeunes chasseurs crièrent à Congo de se tenir sur ses gardes ; ils craignaient que le pauvre Zoulou ne se doutât pas de la proximité de la lionne, et

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qu'il ne commît, sans le savoir, une imprudence qui lui aurait été fatale.

Malgré tout ce qu'elle avait de périlleux, la situation du Gafre n'en était pas moins assez bizarre, et les jeunes boërs, en dépit de leur inquiétude, ne pouvaient regarder le tableau ^qu'elle présentait sans éprouver une certaine envie de rire.

La lionne rugissante, couchée à un mètre du bouclier, qu'elle contemplait d'un œil fixe et rempli d'éclairs, cette énorme carapace sous laquelle reposait Congo immobile et silencieux, formaient en vérité un spectacle assez étrange.

La scène se prolongeait sans que le moindre incident vînt en modifier les détails; toujours la même fureur du côté de Tassaillant, la même impassibilité de la part de l'assiégé, les mêmes cris poussés par les chasseurs pour avertir Congo. Mais nos jeunes gens auraient pu ménager leurs poumons ; le Zoulou avait trop de finesse pour ne pas savoir où l'ennemi était placé ; les cris et le souffle puissant de la Uonne suffisaient pour lui indiquer le péril et pourle mettre en garde contre une sortie imprudente.

Il y avait déjà plus d'une demi-heure que le blocus était conimencé, et le terrible assiégeant ne manifestant pas la moindre intention de quitter son posté, nos amis se décidèrent à courir sus à la lionne dans l'espoir de la tuer ou tout au moins de la mettre en fuite.

Le soleil était couché, la nuit allait gagner la plaine; qu'arriverait-il dans l'ombre? Congo pouvait se fatiguer, avoir un instant d'oubli, peut-être s'endormir, et la lionne implacable pourrait alors assouvir sa vengeance.

Il fallait délivrer le Cafre de son étroite prison et ne pas perdre une minute, afin de profiter des dernières lueurs du jour.

Les chevaux furent seBés en un clin d'œil et nos amis se disposaient à les lancer vers la lionne, quand le naturaliste, dont le regard était perçant, fut frappé de la distance qui séparait maintenant la bête furieuse du boucher qu'elle regardait toujours; sentinelle vigilante, elle avait conservé la même attitude, et certainement elle n'avait pas reculé ; comment se faisait-il qu'il y eût entre elle et son ennemi plus d'espace qu'il n'en existait tout à Fheure!

« jfais regardez donc ! s'écria Hans, dont les yeux s'étaient détournés de l'animal, c'est le bouclier qui s'éloigne! »

Rien n'était plus vrai; la carapace, bien qu'elle restât fixée contre terre, ghssait lentement comme si elle eût appartenu en réalité à quelque tortue gigantesque.

Les boërs retinrent leurs chevaux et attendirent avec un intérêt palpitant la scène dont ils alfeient être témoins.

Quelques minutes après le boucher s'arrêta; il

se trouvait alors à dix mètres de la lionne ; celle-ci ne paraissait pas Tavoir remarqué, ou bien en sup^ posant qu'elle se fût aperçue du fait, il n'avait éveillé chez elle qu'un sentiment de surprise et nullement d'inquiétude; dans tous les cas elle était restée ferme à son poste et ne croyait pas possible que l'ennemi lui échappât.

Peut-être n'eût-elle pas permis que la tortue s'éloignât davantage ;. mais cette dernière ne chercha pas à le savoir ; elle se trouvait sans doute à la distance qui convenait à ses projets, car le bouclier se redressa tout à coup, et l'asségaï s'échappa en vi- Ërant de la main du brave Congo.

Le nègre avait bien visé ; la lionne lui présentait la poitrine, et le fer de l'asségaï avait traversé le cœur de l'animal. Un rugissement aigu, qui s'évanouit bientôt, un râlement suprême, une dernière convulsion, et la brute puissante resta immobile dans la poussière.

Des hourras prolongés couvrirent le dernier souffle de la lionne , et les chasseurs, franchissant la plaine au galop, félicitèrent le Zoulou du merveilleux succès qu'il venait d'obtenir.

Ils s'approchèrent ensuite de l'endroit où gisaient les trois cadavres que la lionne avait défendus contre les hyènes, et où les attendait un nouveau motif de surprise. Le Uon était mort, ils le savaient depuis longtemps ; les cornes acérées du gemsbok

l'avaient traversé de part en part; mais ce qu'il y avait d'étrange, c'est que les deux animaux étaient toujours réunis ; l'antilope n'avait pas pu retirer ses armes puissantes du corps de sa victime, et la malheureuse bête aurait péri fatalement, alors môme que la lionne ne serait pas venue lui donner le coup mortel.

Congo et Pacetanné affirmèrent à nos chasseurs que le fait n'était pas rare, et qy'il leur était arrivé plus d'une fois de trouver le cadavre du lion et celui du gemsbok réunis de cette manière ; le vainqueur était mort de faim, retenu par l'animal où ses cornes se trouvaient engagées.

L'oryx femelle, ayant une venaison plus tendre que celle du mâle, fut immédiatement dépecée, rapportée au bivouac ; et, tandis que les tranches succulentes pétillaient sur la braise, les chasseurs, se rappelant tous les faits qui avaient eu heu depuis le matin, s'abandonnèrent à la plus franche gaieté.

Lions LTsquanl le gemsbnk.

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