CHAPITRE XVI
Poursuite du blauwbok.
La chasse avait maintenant un extrême intérêt; c'était à qui lutterait de vitesse entre les chiens, Tantilope et les chasseurs. Le vieux mâle courait toujours dans la même direction, et n'avait pas eu besoin de se détourner pour échapper aux limiers ; d'ailleurs si, dans leur épouvante, les femelles et les faons s'étaient dispersés à l'aventure, il avait conservé sa présence d'esprit et se dirigeait vers l'eau qu'il se pressait d'atteindre.
Des arbres serrés, formant une ligne obscure, s'élevaient à l'horizon et bordaient quelque rivière ; c'était là que le vieux bok se hâtait d'arriver; mais la plaine était vaste, il fallait la franchir avant de
antilopes, ainsi gemsbok, blauwbok, ritbok, springbok, etc., ce mot hollandais, qui veut dire bouc y est employé ainsi %que le mot buck, en anglais, pour désigner le mâle chez le fauve (daim, cerf, chevreuil) par extension il a été appliqué aux antilopes dont Pespèce est voisine; on le prend même quelquefois pour désigner un mâle dont la famille s'éloigne complètement de celle des pléni cornes. (Note du traducteur.)
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se cacher au milieu des roseaux, et la chasse rasait rherbe de la prairie avec la rapidité du vent.
Ainsi que la girafe et le beau cheval noir, les deux limiers étaient d'ancien rivaux qu'une vieille querelle poussait à se disputer la palme. L'un appartenait à Hendrik, l'autre était au gros Willem, et favoris de leurs maîtres qui chacun prétendait que son chien était le meilleur, ils semblaient, de leur côté, avoir choisi cette occasion pour triompher de leur rival. Ainsi donc les chevaux, les limiers et les chasseurs faisaient tous leurs efforts pour remporter la victoire.
Ne croyez pas néanmoins qu'il y eût entre les deux cousins l'ombre d'un mauvais sentiment, c'était de l'émulation et non de la jalousie ; chacun d'eux aimait son cheval et son chien et désirait établir leur supériorité ; ils avaient eux-mêmes à soutenir leur réputation de chasseurs et voulaient tous les deux rapporter au camp la tête et les cornes de l'égocerus comme preuve de leurs succès.
Le bok fuyait toujours, franchissant d'une course rapide et légère l'espace qui se déployait devant lui; ses membres, à chaque bond qu'il faisait, formaient une ligne horizontale; il portait haut la tète et ses cornes recourbées en arrière s'appuyaient sur ses flancs. Qu'il était beau à voir, courant ainsi à toute vitesse !
Parfois, lorsque la nature du sol favorisait sa
course, il gagnait du terrain et distançait les chasseurs; mais bientôt les chiens reprenaient leur avantage et n'étaient plus qu'à dix pas de ses jarrets, tandis que les chevaux galopaient à cent mètres à peine des deux vaillants limiers. La sueur coulant à flots de sa peau noire donnaient à sa robe une teinte plus foncée, et de larges flocons d'écume tachetaient son cou et ses épaules; sa langue rouge sortait d'entre ses lèvres, et les chasseurs l'auraient entendu souffler péniblement si la respiration haletante de leurs chevaux n'avaient convertie bruit de son haleine oppressée.
Huit kilomètres furent parcourus avec cette rapidité folle, sans changer de direction ou d'allures, pressant au contraire ce galop de plus en plus échevelé.
On approchait des bois, peut-être d'une rivière, le bok y arriverait le premier si les chasseurs ne parvenaient pas à le rejoindre; l'eau pouvait être large et profonde, l'égocerus nage aussi bien qu'un cygne, il plongerait comme une flèche au milieu du courant et serait bientôt perdu pour Hendrik et pour Willem.
Sous l'empire de cette crainte, nos deux amis éperonnèrent leurs montures afin d'en obtenir un dernier élan plus rapide; elles avaient, jusqu'alors, fait preuve d'égale vitesse, le moment était venu de montrer laquelle des deux surpassait l'autre en vigueur.
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A ce nouveau coup d*éperon , les nobles bétes se précipitèrent en bondissant vers le but qu'il leur fallait atteindre ; mais la troisième fois que les pieds de la girafe touchèrent le sol , la terre lui manqua tout à coup , et rénorme animal s'étendit sur l'herbe avec son pesant cavalier.
Hendrik , dont la bête ardente avait gagné d'une longueur ou deux la monture de son cousin, entendit bien derrière lui un bruit sourd qui interrompait celui des pas pressés de la girafe ; mais l'égocerus était devant lui qui, se rapprochant de la forêt, l'entraînait à sa suite ; il ne s'arrêta donc pas, et sans s'inquiéter de son compagnon , négligence que lui pardonneront tous les sportmen, il pressa de nouveau son cheval noir, qui, malgré la fatigue redoubla d'ardeur et de vitesse.
Quelques minutes après , l'antilope était acculée à la lisière du bois et les chiens se précipitaient sur elle.... Pauvre Willem ! Décidément il avait du malheur; son beau limier qu'il aimait tant, saisi par les cornes aiguës du vieux bok, retomba sur l'herbe en poussant un cri suprême , et resta sans mouvement à quelques pas de l'égocerus.
Il est probable que le chien favori d'Hendrik aurait eu le même sort si le jeune homme, en arrivant tout à coup, n'avait effrayé l'antilope qui rompit la défense, pirouetta sur elle-même et plongea dans la forêt où le limier disparut avec elle.
lâO LES VACANCES
Hendrik ne vil plus rien ; mais il entendit craquer les branches sous les efforts deTégocerus, et aboyer son chien, dont la voix lui indiquait la direction *que l'animal avait prise. Il ralentit sa bête et pénétrant dans le fourré, il suivit comme il put la trace du blauwbok , espérant à chaque seconde apprendre par les aboiements du limier , que l'antilope était de nouveau réduite aux abois; mais c'est en vain qu'il prêta l'oreille, aucun bruit de ce genre ne répondit à son attente.
Il commençait à croire que le chien avait perdu la piste de Tégocerus, et qu'après avoir eu toutes les chances en sa faveur, il lui faudrait revenir au camp, l'oreille basse et tout aussi malheureux que l'avait été Willem , sans môme pouvoir justifier sa défaite. Il en était là, déplorant la tournure que la chasse avait prise, quant à son grand chagrin, il entendit un plongeon bruyant , comme si quelque chose de lourd venait de tomber dans la rivière; c'était l'antilope qui prenait l'eau. Un bruit pareil se fit entendre ; c'était le chien qui s'élançait à la suite du blauwbok.
Mais celui-ci nageait mieux que le limier ; l'antilope était perdue pour le chasseur , Hendrik en était sûr; et pourtant, la rivière était prochaine, il en apercevait le bord , un sentier découvert suivait cette direction ; peut-être arriverait-il avant que l'antilope eût gagné l'autre rive, et d'un coup de cara-
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bine il finirait la lutte qui se terminerait en sa faveur.
Hendrik, sans hésiter une seconde, piqua des deux et galopa du côté de la rivière ; quelques instants après il était sur la berge , à un endroit où Teau était profonde, mais le courant peu rapide ; de larges cercles ridaient la surface de l'eau que fendaient vivement les cornes du blauwbok et la tête du limier.
Le chasseur n'eut pas le loisir de mettre pied à terre ; avant même qu'il ait pu arrêter son cheval , le blauwbok avait traversé l'eau et gravissait la berge opposée ; à peine restait-il au jeune homme assez de temps pour décharger sa carabine; mais les belles épaules de l'antilope lui offraient une large cible et en moins d'une seconde une toufife de poils s'éparpillait dans l'air, tandis qu'un flot sanglant jaillissait de la blessure et sillonnait le dos bleu du vieux bok ; la détonation qui venait de se faire entendre expliquait ce phénomène, et avant que l'écho s'en fût évanoui dans la forêt, Fantilope avait glissé de la berge et restait immobile au bord de la rivière.
Ses belles cornes appartenaient à Hendrik.