‹ Les vacances des jeunes boërsChapitre 26 sur 62 · Serpent à sonnettes · texte numérisé non relu

Serpent à sonnettes

Notre bushman était précisément l'un des plus habiles de sa race pour préparer cette substance meurtrière; et toutes les fois que nos chasseurs avaient tué une vipère gonflée ou cornue, ce qui arrivait souvent, Facetanné avait eu soin d'ouvrir les glandes qui sont placées derrière les crochets de ces reptiles, d'en extraire la goutte de venin qui s'y trouve renfermée, et de la recueillir précieusement dans une petite fiole. Il emportait aussi, comme ingrédient qui devait entrer dans la composition de sa drogue, une espèce de bitume que l'on trouve dans certaines cavernes où elle suinte des rochers. Ce n'était pas, comme on l'a dit quelquefois, pour ajouter à la force du poison, mais tout bonnement pour l'épaissir et pour le rendre gluant, afin qu'il pût adhérer au fer de la flèche. Les Indiens de l'Amérique du Sud obtiennent le même résultat en employant une gomme végétale.

Il n'était pas difficile de se procurer l'amaryllis, dont le suc était indispensable à la drogue de Facetanné ; car cette plante vénéneuse abondait aux environs du camp ; mais notre bushman n'avait pas voulu courir le risque d'en manquer au moment où il en aurait besoin ; et dès les premiers jours de l'expédition, il avait arraché plusieurs de ces bulbes qu'il avait mises en réserve dans l'un des cofifres du chariot des Von Bloom où étaient déposées les

biblots nombreux dont lui seul aurait pu dire l'usage.

Klaas et Jan eurent ainsi la bonne fortune de voir fabriquer la drogue qui sert aux bushmen pour empoisonner leurs flèches. Ils virent Facetanné écraser une bulbe d'amaryllis, la mettre dans un petit vase, qui fut placé sur le feu où l'oignon mijota tout doucement; le nègre prit ensuite la petite fiole qui renfermait le précieux venin des serpents ; il en versa le contenu dans le vase où était déjà l'oignon, tourna sa drogue avec un petit morceau de bois ; et, lorsqu'elle fut d'une couleur brun foncé, il y goûta, comme à une sauce, pour en essayer la force.

Jugez de la surprise de nos deux spectateurs quand ils virent le bushman avaler impunément quelques gouttes de cet horrible mélange, dont une dose bien moins considérable aurait suffi pour tuer un éléphant.

Vous n'êtes pas moins étonné qu'eux ; mais rappelez-vous que tous les poisons n'agissent pas de la même manière : une faible quantité d'arsenic, introduite dans l'estomac, causera la mort de l'imprudent qui l'absorbe ; et vous pouvez avaler sans le moindre danger la tète d'un serpent à sonnettes, y compris les glandes qui sécrètent le venin de ce reptile.

Si, au contraire, un atome de ce fluide venimeux

pénétrait dans vos veines, ne fût-ce que par la piqûre d'une épingle, il vous tuerait certainement, tandis que l'arsenic, ainsi que bien d'autres sub* stances vénéneuses, serait, en pareille occasion, tout à fait inoffensif.

Notre bushnfïan savait parfaitement qu'il n'y avait dans sa drogue que des choses qu'il pouvait digérer : ce n'était point un poison pour l'estomac, et, pourvu qu'il n'eût pas la plus petite écorchure aux lèvres, il pouvait y goûter sans péril.

Le bitume fut le dernier ingrédient que Pacetanné mit dans le vase ; il continua de remuer pendant quelques minutes ; puis, lorsque son mélange fut convenablement épaissi, noire bushman tira d'un carquois un certain nombre de flèches dont il trempa le fer dans ce poison ; et, quand elles eurent séché, ses armes furent prêtes pour l'usage qu'il désirait en faire.

C'était le jour même que le bushman avait formé le projet de s'en servir, et il s'était bien promis que le soleil ne se coucherait pas avant qu'il eût envoyé au moins l'une de ses flèches dans la peau d'une autruche.

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