Sorte d'eau-de-vie
Wyk et Von Bloom avaient pour mère les deux sœurs, d'où il résulte que leurs enfants sont cousins issus de germains , ce qui est un degré de parenté des . plus intéressants. Il est môme probable qu'un jour les relations familiales des Von Bloom et des Van Wyk deviendront encore plus étroites et plus intéressantes; car Hendrik a pour fille , ainsi que chacun pourra vous le dire, la charmante Gertrude aux admirables cheveux blonds, aux joues roses; et Diédrik de son côté est le père de Wilhelmine , jolie brunette aux yeux noirs et au minois piquant. Le hasard a voulu qu'il y ait trois fils dans chacune des deux familles , et bien que les filles et les garçons soient trop jeunes pour songer à se marier, le bruit court au dehors qu'à une époque plus ou moins rapprochée , les Von Bloom et les Van Wyk resserreront leur alliance par un double mariage qui ne déplaira nullement aux deux vieux camarades.
Il y a donc trois fils dans chacune des deux maisons; vous connaissez les Von Bloom : Hans, Hendrik et Jan; permettez-moi de vous présenter les Van Wyk ; ils s'appellent Willem , Arend et Klaas.
Willem est l'aîné ; ses dix-neuf ans ne sont pas encore révolus , mais c'est un homme par la taille ; d'une corpulence qui Ta fait surnommer le gros Willem , sa force est en proportion de sa grosseur. Il est loin d'être soigné dans sa toilette; une veste
de drap grossier filé chez son père , une chemise à carreaux, un pantalon de cuir, d'une ampleur excessive , flottent vaguement autour de sa personne et le font paraître beaucoup plus gros qu'il ne l'est en réalité. Son chapeau de feutre, à larges bords, lui couvre le front jusqu'aux yeux ; ses souliers sont trois fois trop grands pour lui, et son caractère est fout aussi facile que ses habits sont aisés. Bien qu'il soit fort comme un buffle et qu'il ait conscience de sa force , le gros Willem ne ferait pas de mal à une mouche , et par sa nature aussi bienveillante que dévouée , il s'attire l'affection de tous les gens qui le connaissent.
Chasseur de premier ordre, il porte l'un des plus gros fusils qui existent, un véritable roer hollandais; il est en outre chargé d'une poire à poudre gigantesque et d'un sac rempli de balles. Un jeune homme de force ordinaire fléchirait sous un pareil fardeau, mais tout cela n'est rien pour les épaules du gros Willem.
N'oublions pas qu Hendrik VonBloom est également un chasseur de haut litre; je vous le dis en confidence, je ne peux pas me servir du mot jalousie , car ils s'aiment trop pour cela , mais un léger sentiment de rivahté existe entre les deux Nemrods.
Hendrik préfère la carabine, Willem un fusil pur et simple; et de longues discussions, parfois très-animées, s'élèvent fréquemment entre les deux
chasseurs à propos du mérite respectif de leurs armes » toutefois sans jamais sortir des convenances, car, en dépit de son extérieur débraillé, le gros Willem n'en est pas moins un garçon de bonne compagnie.
Arend, le second fils des Van Wyk, montre dans sa personne et dans toutes ses manières beaucoup plus de soin et d'élégance que Willem.
D'une beauté mâle qui vous frappe tout d'abord , il peut rivaliser à cet égard avec Hendrik luimême, bien qu'il n'y ait pas entre eux la plus légère ressemblance. Hendrik est blond, tandis qu' Arend a la peau brune, les yeux et les cheveux de couleur foncée. Tous les Van Wyk sont bruns; ils appartiennent à cette partie des habitants de la Hollande que l'on a quehjuefois désignés sous le nom de Hollcmdais noirs. Mais cette teinte brune va bien aux traits délicats d' Arend et vous ne trouveriez pas dans toute la colonie un plus bel adolescent. On dit tout bas que c'est l'opinion de Gertrude Von Bloom; commérage de voisine, car la jolie blonde n'est encore que dans sa treizième année, et il est impossible qu'à son âge, elle ait une opinion en pareille matière.
Le costume d' Arend est élégant et lui sied à merveille; il se compose d'une veste de peau d'antilope, d'une coupe gracieuse, piquée avec soin, galamment tailladée, passementée de peau de léopard ; et
d*nn pantalon de même étoffe, orné de larges bandes de fourrure pareille aux agréments de la veste, et d*un effet des plus riches. Arend, ainsi qu'Hendrik, porte la casquette militaire, car il est également cornette dans les carabiniers du Cap ; et c'est, je vous assure, un charmant officier.
Mais faisons le portrait deKlaas, le dernier des Van Wyk. Il est juste du même âge que Jan, et tout à fait de la même hauteur; quant à la circonférence, la chose est différente; Jan est, comme vous le savez, un bambin, nerveux et délié ; tandis que son ami Klaas est trapu et tellement gros dans sa petite taille, que la ceinture de Jan, plus que doublée, égalerait à peine son diamètre.
Tous les deux ont de petites vestes rondes, des pantalons flottants, et des chl^peaux à larges bords; ils vont à la môme école et, malgré leur peu de ressemblance physique, ils sont tous deux fort habiles à la pipée et dans tout ce qui concerne la capture et le dénichement des oiseaux. Comme ils ne sont armés que de fusils de petit calibre, à un seul coup, leur ambition ne va point jusqu'à tuer des antilopes; mais, quelle que soit la petitesse de leur arme, et la finesse de leur plomb, j'ai pitié des perdrix et des pintades qui leur permettront d'approcher à belle portée.
Nous avons insinué dans l'une des pages précédentes qu'un sentiment d'émulation un peu vif
existait entre les deux aînés de la bande, en matière de grande chasse. Une rivalité pareille, que relève un zeste de jalousie, existe depuis longtemps entre les deux pipeurs, et amène parfois entre eux un refroidissement soudain, qui, d'ordinaire, est cependant de courte durée.
Hans et Arend n'ont jamais éprouvé nul sentiment d'envie, à propos de leurs cousins; Hans est bien trop philosophe pour jalouser personne; sa spécialité, d'ailleurs, est d'être naturaliste, et il n'a pas de rival parmi ses compagnons; toute la bande s'inclir.e devant sa science et accepte, sans mot dire , l'opinion qu'il émet.
Arend, quant à lui, n'a aucune prétention; c'est le plus modeste des jeunes gens qu'on puisse voir; et cependant il est beau, élégant, brave, généreux, et bien fait pour être aimé.