‹ Les vacances des jeunes boërsChapitre 31 sur 62 · Antilopes sauteuses · texte numérisé non relu

Antilopes sauteuses

laille, que leur aspect singulier ne permettait pas de méconnaître ; ils appartenaient à cette espèce que les naturalistes ont appelée zèbre de BurcheU {equus Burchellii), et que Ton désigne vulgairement sous le nom de dauw. Il est facile néanmoins de distinguer cette espèce du véritable zèbre. Le fond de la robe du dauw se rapproche de la terre de Sienne; et les raies dont il est marqué sont brunes, tandis que chez le zèbre le fond est presque blanc, et les zébrures sont d'un beau noir. Mais ce qui, surtout, caractérise les deux espèces, c'est que chez le zèbre les raies forment des anneaux autour des jambes et descendent jusqu'au pied, tandis que chez le dàxxw les jambes sont blanches ; la queue et les oreilles du zèbre ressemblent davantage à celles de l'âne ; chez le dauw la queue est beaucoup plus grande et le corps un peu plus allongé.

Mais tous les deux sont admirables; peut-être n'y a-t-il pas dans toute la création de plus charmants quadrupèdes, excepté toutefois un beau cheval; et, sous ce rapport, le zèbre est supérieur au dauw.

Les habitudes sont encore plus différentes, chez les deux espèces, que la couleur et la disposition de la robe : le zèbre est un animal des montagnes ; le dauw se rencontre exclusivement dans les plaines découvertes, aux mêmes lieux où Ton trouve le £Ouagga. Bien qu'il ne se réunisse jamais avec ce

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dernier, îl lui ressemble infiniment plus qu'au zèbre par sa manière de vivre ; aussi les boërs, frappés de cette ressemblance, le désignent-ils sous le nom de couagga peint ou rayé.

Quant à la troisième espèce d'animaux qui couvraient la prairie, elle était si remarquable par sa forme étrange et par la singularité de ses mouvements, qu'il devenait impossible de ne pas la reconnaître, dès qu'on Pavait aperçue. Nos chasseurs n'avaient jamais eu occasion de la rencontrer, mais ils connaissaient le gnou, qui, à la couleur près et à quelques menues différences de détail, ressemble tout à fait aux animaux dont nous parlons : ceuxci , effeclivetnent , n'étaient autre chose que des gnous rayés ou blauw-wUdebeest des colons du Cap.

Le gnou rayé est plus grand et plus gros que ceux de l'espèce ordinaire ; ses formes sont plus lourdes, sa tête et son encolure sont moins bien dessinées ; chez lui, le cou est droit et ne s'arrondit pas comme dans l'espèce commune ; sa crinière et sa barbe sont plus épaisses, ainsi que la touffe de poils qu'il a sur le chanfrein ; sa couleur, tout à fait différente de celle du gnou commun, est d'une nuance bleuâtre et sale, historiée de zébrures irrégulières, ainsi qu'on l'a vu plus haut, d'où lui sont venus les noms de gnou bleu, ou rayé.

Jamais on ne rencontre les deux espèces de gnous

dans les mêmes plaines ; le rayé succède à l'autre et habite plus au nord ; il est rare de le trouver seul dans les pâturages qu'il fréquente; généralement, il accompagne le dauw. Chose singulière , on voit presque toujours l'espèce commune dans la société du couagga ; et, tandis qu'elles ne se réunissent pas entre elles, les deux espèces se mêlent souvent aux springboks, aux hartebeests et à l'autruche. C'est un spectacle curieux et rempli d'mtérêt que de voir un troupeau de gnous , d'antilopes et d'ânes sauvages galoper dans la plaine, décrire de larges orbes, se cabrer et bondir, se ranger en ligne, se précipiter en avant comme un régiment de cavalerie auquel on commande une charge, tandis que les autruches, s'arrétant à peu de distance ou marchant d'un pas grave, dominent les quadru* pèdes de leur grande taille et semblent être les officiers généraux qui commandent la manœuvre. Ce tableau curieux se présente souvent dans les steppes du midi de l'Afrique, connues sous le nom de Karrous,

Aussitôt qu'ils entrèrent dans la prairie, nos chasseurs, arrêtant leurs montures, fixèrent pendant quelques instants leurs regards sur la scène animée qui se déployait devant eux. Les springboks pâturaient d'un air paisible, bien qu'il y eût constamment dans leur troupeau nombreux plusieurs indi^ vidus qui se mettaient â bondir , comme sous Tin-

fluence d'une joie exubérante *. Lesdauws erraient çà et là , et galopaient tout à coup pour s'arrêter un peu plus loin, soit qu'ils voulussent jouer, ou qu'il y eût quelque chose qui les çût alarmés. Parmi les gnous, les femelles réunies paissaient au nombre de trente ou quarai^te, tandis que les méiles les entouraient par petits groupes de trois ou quatre individus, et, ue remuant pas, semblaient veiller sur elles avec sollicitude. A différents intervalles, l'un A'em s*ébrpuait vivement, renâclait avec force et poussait uu çri aigu d'up caractère particulier, comme pour avertir les autres et pour leur transmettre ses ordres, Les mâles restent quelquefois pendant (^es heures entières, formant ainsi ^ l'écart de petite conciliabules, et paraissant causer entre

eux, tout, en veiUapt h la siltreté des antilopes et des dauws non m'oins qu'à celle des membres de leur fawille.

Leç chasseurs, de leur côté, après avoir délibéré

1. Les springboks, dont les troupeaux comptent plysieurs piilliers d'individus et qui dans leurs migrations se réunissent par-> fois au nombre de guoranid mille j passent dans les pays, qu'ils traversant comme une nuée de sauterelles, ne s'arrêtent pas, et bondissant à une hauteur de trois ou quatre mètres, en franchissent cipq ou six ppur aller tondre l'herbe qui se trouve ^n peu plus loin. Les pigeons sauvages prennent la même allure quand ils s'abattent dans la forêt pour manger les graines dont le sol est jonché. (Ce n'çst pas l'unique rapprochement qu'on puisse faire en^re la famille des pigeons et celles des antilopes.)

{Note du traductem.)

pendant quelques minutes, convinrent de s'élancer vers les gnous. Ils croyaient pouvoir forcer l'un ou Tautre de ces animaux, ou tout au moins s'en approcher de façon à leur tirer un coup de fusil. L'affaire se bornait donc à les poursuivre à l'aventure, pour tâcher de les atteindre, ce qui rendrait inutile toute manœuvre stratégique. Il était bien entendu qu'an ne s'occuperait pas des autres bêtes qui se trouvaient dans la prairie ; les dauws, malgré leur beauté, n'avaient aucune valeur comme gibier, et c'était de la viande qu'il fallait à nos boërs. Sous ce rapport, les springboks les intéressaient peu ; mais ils se faisaient une fête de manger une tranche de gnou, dont la chair ressemble beaucoup plus au boçuf qu'à celle du fauve ; le gnou lui-même appartient plutôt à la race bovine qu'à la famille des antilopes K

« Dn rosbif pour le souper ! » Tel fut le mot d'ordre qui fut donné par Hendrik ; et nos chasseurs, l'ayant répété avec enthousiasme, se précipitèrent du côté des wildebeests.

Ils n'essayèrent pas de dissimuler leur approche, et coururent en droite ligne sur les gnous, ayant

1, Le gnou fait partie du genre d'antilopes que l'on appelle hosélaphes, nom qui signifie cerf-hœuf; ou aurait pu ajouter à ce double nom l'épithète de chevalin, car si le gnou a efTectivement les jambes du cert, et le mufle d'un bœuf , il porte une crinière comme le cheval, dont il a de plus Pencolure et la croupe. (Note du tradticteur.)

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devant eux les limiers, réduits maintenant au nombre de cinq par la mort du favori de Willem, et conduits par le chien d'Hendrik, plus ardent et plus vigoureux que jamais.

A l'instant où nos chasseurs s'ébranlèrent , tous les animaux qui étaient dans la prairie s'enfuirent en obéissant chacun aux habitudes qui caractérisent leur espèce ; les dauws se rassemblèrent et coururent droit devant eux , les springboks se dispersèrent dans toutes les directions , tandis que les gnous, après s'être réunis en troupe irréguUère, suivirent d'abord une ligne directe ; puis quelques-uns d'entre eux se séparèrent delà bande, la moitié de ceux-ci prit à gauche, l'autre à droite, et, revenant sur leurs pas, en décrivant un cercle, ils vinrent se placer à l'arrière de nos chasseurs.

Il avait suffi de quelques minutes pour que l'aspect de la plaine fût entièrement changé; les dauws et les springboks avaient déjà disparu ; les gnous seuls restaient dans la prairie; on les voyait partout, courant devant les chiens, se retrouvant derrière la meute , fuyant à deux cents mètres des chevaux , faisant tout à coup volte-face , et chargeant avec impétuosité. Leurs petits yeux féroces, leurs cornes aiguës et recourbées , leur crinière épaisse , les poils noirs qui retombaient sur leur visage, donnaient à leur aspect quelque chose de menaçant et révélaient on ennemi dont l'attaque est dangereuse.

io

Le gnou blessé est redoutable même pour le cavalier qui le poursuit , et il serait très-difficile à qui le chasserait à pied, d'échapper à sa fureur.

L'un des traits les plus singuliers qu'observèrent nos amis , fut'^que les mâles , au lieu de s'enfuir comme le reste du troupeau, non- seulement se retournaient contre les chiens et les chasseurs , mais engageaient entre eux des duels qui n'étaient pasune feinte; au contraire, les deux comballants semblaient apporter dans la lutte un incroyable acharnement ; ils se précipitaient l'un vers l'autre avec une furie apparente ; s'agenouillaient sur l'herbe et se frappaient de la tête avec une telle force, que l'os épais qui protège leur cerveau , comme le ferait un casque^ résonnait bruyamment sous leurs coups.

Toutefois , malgré l'ardeur qu'ils semblaient apporter au combat, les duellistes se séparaient toujours avant l'arrivée des boérs ; et en dépit de la négligence qu'ils mettaient à s'enfuir, il était tellement difficile de les frapper d'une balle , que nos amis auraient pu rentrer les mains vides , s'ils avaient été sans chiens.

Mais les limiers s'étant réunis , avisèrent un beau mâle qu'ils eurent bientôt séparé des autres et qu'ils poursuivirent de toute la vitesse de leurs jarrets d'acier. Hendrik et Willem éperonnèrent leurs chevaux et galopèrent à la suite de leurs chiens , suivis

à leur tour par le reste de la bande , qui s'échelonnait à Tarrière-garde.

La bête pourchassée n'avait pas fait trois kilomètres, que harcelée par les chiens et sentant fléchir ses jambes rapides , elle se retourna tout à coup , se rua sur ses persécuteurs , et lança au loin les deux premiers qu'elle atteignit de ses cornes.

Il est probable que le gnou se serait également déUvré des trois autres ; mais effrayé à la vue des chasseurs qui approchaient , il s'enfuit de nouveau en courant à toute vitesse ; on apercevait un bois peu élevé, à plus d'un kilomètre et demi, et c'était là qu'il paraissait vouloir se rendre. Toujours en avant des chiens, il conserva l'avantage pendant assez longtemps , mais à cent mètres environ du taiUis qu'il désirait gagner , la respiration lui man^qua , il sentit la morsure des limiers et dans son désespoir , il se retourna une seconde fois pour faire tète à ses antagonistes.

Les chiens se précipitèrent sur le malheureux gnou , qui pendant quelques minutes parvint a les écarter tour à tour; enfin , saisi à la gorge par l'un des limiers , tandis que les quatre autres lui déchiraient la croupe et s'attachaient à ses flancs , il allait être renversé , lorsque Hendrik et Willem terminèrent son agonie en lui envoyant deux balles qui lui traversèrent la poitrine.

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autant d'activité que d'adresse ; et pendant ce tempslà Hans et Ârend préparaient la tète et les cornes, de manière qu'elles pussent se conserver ; le désir de joindre ^ce nouveau trophée à ceux qui ornaient déjà les grandes salles des Yon Bloom 6t des Yan Wyk avait excité le zèle de nos chasseurs, tout autant que le besoin de se procurer de la viande. II n'est pas très-difiicile, pour les habitants de Graaf- Reinet, de se procurer les cornes d*un gnou ordinaire ; mais celles d'un gnou rayé sont plus rares et plus précieuses, par la raison que celui-ci habite une région beaucoup plus reculée dans l'intérieur de l'Afrique.

Rlaas et Jan servaient d'aides aux quatre opéra* teurs, donnant uii couteau à celui-ci, prêtant le concours de leurs petites mains à celui-là pour tenir l'un des membres de la bête , et sachant , comme toujours, se rendre utiles aux autres.

Tous les six, penchés sur l'animal et complètement absorbés par leur besogne , ne détournaient pas les yeux, lorsqu'un son étrange, qui vint frapper leurs oreilles , les fit tressaillir et se redresser tout à coup. C'était une espèce de ronflement, suivi d'un souffle rauque, ayant une certaine ressemblance avec le grognement d'un cochon, mais d'une force bien plus grande; on entendait en même temps craquer les branches, et l'on aurait dit que quelqu'un s*amusait à casser les brindilles.

Malgré tout leur courage, nos six chasseurs tremblèrent , et l'objet qui s'offrit bientôt à leurs yeux augmenta leur émotion. A vrai dire cette vue aurait alarmé des gens d'une bravoure plus éprouvée que celle dé nos jeunes amis.

Brisant tout sur son passage, un énorme quadrupède déboucha du ballier; à la grande corne droite qu'il portait sur le nez, à sa masse pesante» à ses membres lourds et vigoureux » il était impossible de ne pas reconnaître un rhinocéros dans l'animal qui arrivait.

Il existe en Afrique quatre espèces différentes de ces monstrueux quadrupèdes ; mais la couleur sombre de celui qui venait d'apparattre et la double corne qu'il avait au milieu du visage ne permettaient pas de s'y méprendre ; c'était un rhinocéros noir » que les indigènes appellent boréU^ et qui est le plus farouche et le plus dangereux des quatre.

Au moment où les chasseurs tournaient les yeux vers le petH bois, ranimai faisait irruption au milieu des broussailles, et prenant un galop rapide , il se dirigea du côté de nos amis; il avait la tète levée, les oreilles en mouvement, et sa petite queue inso^ lente s'agitait avec un air de suffisance ; la mécbaoeeté brillait dans ses yeux noirs, sa physioiK>mie brutale annonçait la colère , et Teffiroi qu'inspirait sa vue grandissait encore de ses cris, et du souffle bruyant qui s'échappait de ses narines enflammées.

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Nos boôrs comprirent aussitôt qu'il se dirigeait vers eux avec Tinlention de les attaquer; cela ne faisait pas le moindre doute ; ils savaient d'ailleurs que le rhinocéros noir se précipite sur tout ce qu'il rencontre : que ce soit un homme, un quadrupède , un arbre ou un oiseau , et sans y être provoqué.

II est inutile de dire que nos jeunes gens se trouvaient dans une position périlleuse ; on comprend tout le danger qu'il y a d'être à pied , au milieu d'une prairie , à cent mètres à peine d'un rhinocéros noir qui accourt à toute vitesse.

Par bonheur les chevaux rfavaient pas été dessellés, elles cavaliers avaient eu la précaution de nouer leur bride de manière à pouvoir la détacher en un instant , ou plutôt à n'avoir pas besoin de la détacher; c'est-à-dire que les branches qu'ils avaient choisies pour empêcher leurs bêtes de s'éloigner, offraient assez de résistance pour retenir un cheval paisible pendant quelque temps, et devaient néanmoins se rompre avec facilité au premier effort des chasseurs, dans le cas où ils voudraient reprendre leurs montures en toute hâte. Cette précaution avait été recommandée à nos amis par leurs pères, et jamais elle ne leur avait été plus utile.

Vous sentez bien qu'à la vue du rhinocéros le dépècement du gnou fut aussitôt abandonné ; les six chasseurs poussant des cris d'effroi , lâchèrent

tout ce qu'ils tenaient à la main , coururent à leurs chevaux, rompirent les branches qui retenaient ces derniers et d'un bond se trouvèrent à cheval. Ils n'avaient pas mis dix secondes pour exécuter cette manœuvre, et pourtant le rhinocéros était déjà si près d'eux que leurs chevaux plongèrent, et firent un écart effroyable au moment de s'éloigner; plusieurs de ces vaillantes bètes faillirent même désarçonner leurs cavaliers , ce qui eût été bien grave dans un pareil moment.

Nos amis, néanmoins, gardèrent leurs étriers et s'enfuirent bride abattue à travers la prairie, ayant à leur poursuite le rhinocéros qui grognait avec fureur.

Maintenant qu'ils avaient la certitude d'échapper à cette brute hideuse, nos boërs se sentaient disposés à rire de l'aventure ; je parle du moins des plus âgés de la bande; ils savaient que le rhinocéros, malgré toute sa vitesse , est moins rapide que de bons chevaux, et ils pouvaient compter sur les leurs. Hendrik et Willem , surtout, qui avaient immédiatement distancé l'animal , tournèrent la tète avec l'intention de jouir du tableau que devait présenter cette course effrénée; mais un coup d'œil suffit pour dissiper leur joyeuse humeur et pour la remplacer pîir la plus vive inquiétude.

Les six cavaliers formaient trois couples, échelonnés de distance en distance; Hendrik et Willem,

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ainsi que nous l'avons dit, avaient mis entre eux et le rhinocéros un espace qui pouvait les rassurer ; Hans et Arend eux-mêmes n'avaient plus rien à craindre : mais Klaas et Jan étaient bien loin derrière les autres, et le rhinocéros avait tout au plus vingt mètres à franchir pour les atteindre.

Une idée poignante traversa au même instant la pensée des quatre jeunes gens; si un excellent cheval peut gagner le rhinocéros de vitesse, un poney n'a pas le même avantage ; et si le borélé venait à rejoindre les collégiens, ce qui ne lui était pas difficile, la mort des deux pauvres enfants était à peu près certaine : l'animal furieux déchirerait leurs montures, les transpercerait d*un coup de corne, et s^acharnerait sur les petits cavaliers, déjà brisés par la violence de la chute qu'il aurait provoquée.

Tout venait confirmer cette prévision alarmante ; la distance qui séparait les deux enfants du rhinocéros diminuait peu à peu ; la brute avançait toujours et gagnait du terrain!

Mais dans cet instant d'horrible angoisse pour les quatre chasseurs, Hendrik, frappé d'une inspiration lumineuse, exécuta Tune des manœuvres les plus habiles de toutes celles qui furent conçues pendant ces vacances mémorables; il fit volte-face tout à coup, et invitant le gros Willem h l'imiter, il courut & la rencontre du rhinocéros noir.

Willem obéit instinctivement aux paroles que lui criait Hendrik, et prenant à gauche, tandis que celui-ci courait à droite, ils s'arrêtèrent au bout de quelques secondes et armèrent leurs fusils ; Hans et Arend passèrent entre eux à toute vitesse, puis Klaas et Jan, suivis de près par le rhinocéros.

Hendrik et Willem, visant alors celui-ci à l'épaule, le tirèrent au passage, et suivant la bête à leur tour, rechargèrent leurs fusils.

Bien que les deux balles eussent porté, le rhinocéros n'en continuait pas moins de poursuivre les deux poneys ; mais déjà sa course était moins rapide, et le sang coulait avec abondance des deux blessures qu'il avait reçues * ; toutefois les poneys de leur côté commençaient à faiblir, et il est difficile de savoir ce qui serait arrivé si Hans et Arend, imitant la manœuvre de Willem et d'Hendrik , n'avaient envoyé deux balles dans la tête du rhinocéros.

Blessée de nouveau , mais sans l'être mortellement, la brute abandonna les deux poneys pour se ruer, avec toute la rage dont elle était animée, sur celui de ses adversaires qui se trouvait le plus près d'elle.

1. Nous sommes restés fidèle au texte , mais nous croyons devoir ajouter qu'il est assez rare chez le rhinocéros que les blessures saignent à Pextérieur; cela tient probablement à l'extrême mobilité de la peau qui détruit le parallélisme de l'ouverture du cuir et de la plaie qui a été faite dans les chairs.

{Note du traducteur.)

Mais les cavaliers, qui maintenant faisaient face à la bêle furieuse, pouvaient facilement lui échapper en se détournant, car le rhinocéros va toujours droit devant lui.

Pendant plus d'un quart-d'heure la lutte se soutint de part et d'autre avec le même acharnement ; les boêrs tirant tour à tour et chargeant leurs armes 4ussi vite que le permettaient les circonstances, le rhinocéros continuant de se précipiter vers ses antagonistes avec la même furie. Enfin une balle du gros Willem s'enfonça dans le crâne de l'énorme brute, qui tomba cette fois pour ne plus se relever.

De bruyantes acclamations proclamèrent la victoire, et les six chasseurs, descendant de cheval» s'approchèrent du rhinocéros qui gisait sur l'herbe, sans mouvement et sans vie, et ne leur causait plus d'efTroi.

Willem courut au camp afin d'en rapporter une hache pour enlever la corne antérieure qui armait le nez de la bête, et ce glorieux trophée alla rejoindre tous ceux qui avaient été recueillis depuis le commencement de l'expédition.

Quant aux quartiers de gnou, ils furent attachés sur la croupe des chevaux et transportés au bivouac.

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