‹ Les vacances des jeunes boërsChapitre 33 sur 62 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Un« singulière autruche.

Pendant ce temps-là Congo, ainsi que notls venotais de le dire , épiait les mouvemettts des autruches , toutefois autant que lé soleil pouvait le lui per^ mettre.

Il observa que le mâle , dont nous avons parlé comme faisant bande à part, s'était rapproché du troupeau et n'en était plus qu'à une dislance de quelques mètres ; lorsqu'elles l'avaient vu si près d'elles, les autres s'étaient levées, avaient allonge

Au bout de quelques minutes, celui qui était posé, parut s'étendre et rester immobile , pendant que le second venait s'asseoir à peu de distance de l'endroit où le premier s'était couché ; l'une de ses compagnes vint immédiatement s'accroupir auprès de lui ; de sorte qu'il ne restait plus debout qu'un mâle et quatre femelles.

Le Zoulou, originaire d'un pays que ne fréquentent point les autruches, et qui n'avait qu'une faible connaissance des habitudes de ces oiseaux ne comprenait rien à la scène qu'il avait sous les yeux, « Problablemenl, se disait-il, que c'est un jeu de leur façon, à l'instar des perdrix qui parfois s'amusent entre elles. »

Mais Congo n'était pas le seul qui fût intrigué par ce jeu des autruches. Les deux collégiens, dont les stations étaient les plus voisines , et qui par conséquent étaient arrivés les premiers à leurs postes , avaient pu observer les faits et gestes des bipèdes et n'en étaient pas moins surpris que le Zoulou. Un peu plus tard Hans et Arend partagèrent leur étonnement , et se demandèrent comme eux , sans pouvoir le deviner , quel pouvait être le motif de la scène étrange qui se passait dans la plaine.

Toutefois ces derniers ne se donnèrent pas le temps d'examiner les autruches; ils s'attendaient à chaque seconde à voir Hendrik et Willem sortir du fourré, et c'était vers l'endroit par où ceux-

raient à fond de train > en moins d'une minute ils seraient à côté de lui, et le singulier animal ne témoignait aucune frayeur.

Ils n'étaient plus qu'à 300 mètres de l'oiseau, et^ le fusil à l'épaule , ils se préparaient à lui envoyer une balle, lorsqu'ils furent terrifiés par le cri d'effroi qui s'échappa de l'autruche ; au même instant la peau de l'énorme bipède se détacha et découyrity non pas le corps d'un oiseau, mais celui d'un nègre, dont les jambes étaient blanchies avec de la chaux jusqu'à la naissance des cuisses, et dans lequel nos chasseurs reconnurent le bushman.

C'était le favori de Klaas et de Jan, revêtu de la peau du m&le qu'il avait tué la surveille; c'était Facetanné, qui, au moyen de cinq ou six de ses flèches empoisonnées, avait été la cause de la conduite mystérieuse des autruches; cinq de celles-ci étaient mortes ou mourantes, et si les deux autres avaient pu s'enfuir, avant de recevoir leur billet, c'était grâce à l'arrivée d'Hendrik et de Willem qui avaient forcé le bushman à rejeter son costume d'emprunt.

Un peu plus et l'ingénieux Facetanné aurait partagé le sort de ses victimes. Il avoua qu'il avait été horriblement effrayé; tout préoccupé de sa chasse, il ne pensait pas à autre chose; il ignorait d'ailleurs que ses jeunes maîtres fussent avertis de la présence des autruches et les croyait au bivouac; Tac-

coutrement qu'il portait l'empêchait de bien voir ce qui se passait autour de lui, et ses oreilles cachées sous la peau couverte de plumes ne lui étaient d'aucun service ; c'était par hasard qu'il avait aperçu les cavaliers et leur attitude menaçante, et il lui avait fallu un violent effort pour rejeter la dépouille qui l'enveloppait et pour apparaître en personne.

Les chasseurs, réunis autour du nègre et le voyant blanchi depuis les hanches jusqu'aux talons ne purent s'empêcher d'en rire aux larmes.

Pacetanné, fier de sa victoire, promena sur eux un regard de triomphe, et arrêtant les yeux sur son riva], lui adressa tout simplement ces paroles expressives :

« Hein! vieux Zoulou! »

La peau d'autruche avait éclipsé la carapace de Congo.

CHAPITKE XXV.

Blesboks et bonteboks.

Le lendemain matin notre petite caravane s'engagea dans le désert, et se dirigea vers le nord-est. Elle mit deux jours à franchir cette région complé-

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ChiBBc aai blMbola.

tement aride où les bœufs ne trouvèrent pas une goutte d*eau pour se désaltérer. Quant à nos amis» leurs wagons renfermaient chacun un petit tonneau qui pouvait contenir quatre-vingts litres, et qu'ils avaient eu soin de remplir à la source des Mokhalas.

L'un de ces barils était exclusivement destiné aux chevaux, dont la ration devait être de quatre à cinq litres par jour, ration plus qu'insuffisante dans une pareille contrée. Les boérs eux-mêmes en auraient bu davantage ; ce qui ne vous étonnerait pas si vous aviez voyagé par un soleil dévorant au milieu de ces plaines desséchées. L'air y est tellement sec, la chaleur si grande, que la soif revient sans cesse, et que la boisson la plus copieuse ne parvient h l'apaiser que pendant quelques minutes : ce ne sont pas des verres d'eau, mais des litres, et par vingtaines, que le voyageur consommerait en un jour s'il pouvait se les procurer.

Après avoir subi cette rude épreuve, nos chasseurs entrèrent dans un pays qui difTérait entièrement de cette plaine aride.

C'était une vaste région couverte de montagnes aux formes étranges et diverses : les unes avaient le sommet arrondi, les autres étaient coniques; on en voyait dont la cime était plate comme une table à côté de pics élancés qui déchiraient les nuages. L'élévation n'en était pas moins variée que la forme :

quelques-unes approchaient de la taille des grands monts, et la plupart s'élevaient directement, sans qu*un premier échelon n'intervînt entre la surface de la plaine et leurs flancs inclinés, ou leur versant abrupt. Cette région a beaucoup de ressemblance avec les plateaux qu'on trouve dans la chaîne des Cordillères, et présente, quant à sa formation géologique, une similitude complète avec ceux du territoire mexicain.

Parmi ces montagnes, presque toutes celles qui ont la forme d'un cône ou d'une pyramide sont complètement isolées; quelques-unes de ces dernières ne présentent pas la moindre trace de végétation de la base jusqu'au sommet, tandis qu'il s'en trouve dans le voisinage dont les pics de quartz blanc, que le soleil fait étinceler, s'élancent d'un manteau de forêts épaisses arrivant à mi-côte.

Les plaines qui les séparent ont quelquefois une si grande étendue que les montagnes dont elles sont bordées n'apparaissent plus que d'une manière confuse au regard du voyageur ; elles varient également par la forme et par la dimension, et l'herbe dont elles sont couvertes diffère tout à fait de celle des plaines qu'avaient traversées nos jeunes gens ; elle y forme une couche épaisse et rase, comme on le voit dans une prairie qui vient d'être fauchée ou dans un pâturage que les bestiaux ont régulièrement tondu. C'est qu'en efliet, ces plaines herbeuses

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sont foulées et broutées par des troupeaux sans nombre de ruminants sauvages dont elles constituent le parcours favori. Loin de ressembler aux prairies qui bordent la rive méridionale du fleuve d'Orange, et dont l'herbe est douce et flottante, ces plaines sont tapissées d'un herbage cassant et frisé, dont le goût est légèrement saumAtre; en maint endroit, le sol y est couvert d'une croûte saline, dont l'efflorescence blanchit les brins d'herbe comme par une gelée blanche, et l'on y trouve des dépôts de sel qui ont parfois une superficie de plusieurs milles.

C'était donc une région d'une nature toute spéciale que celle où nos chasseurs venaient enfin d'arriver ; elle porte chez les boërs le nom de Zum^'Veldt, qui signifie contrée où Yherbe est acidSy et constitue la demeure préférée du blesbok et du bontebok.

Vous me demandez quels sont ces animaux.

Deux espèces d'antilopes, qui se font remarquer par leurs formes gracieuses, la rapidité de leur course et la vivacité de leurs couleurs.

Elles appartiennent au genre gazeUe , dont elles diffèrent essentiellement par leurs habitudes ; et toutes les deux ont tant de ressemblance entre elles, que les voyageurs et les naturalistes les ont souvent considérées comme étant de la même espèce.

Nous croyons que c'est une erreur ; elles se distinguent fort bien l'une de l'autre, quoiqu'elles ha-

bitent le même pays et que leur manière de vivre soit pareille. Mais le blesbok (gazella albifrons) est moins grand et marqué d*une manière moins brillante que le bontebok (gazella pygarga). Ses cornes sont presque blanches, tandis que celles de l'autre sont noires ; ses jambes ne sont recouvertes de blanc qu'à l'intérieur, tandis que chez le bontebok cette nuance colore entièrement les quatre membres, depuis le pied jusqu'au genou.

Le bontebok n'est pas seulement l'une des plus charmantes antilopes que l'on puisse voir, mais encore c'est l'une des plus rapides ; il est même des voyageurs qui la tiennent pour la plus vite. Elle est aussi grande que le cerf d'Europe, mais plus légère et plus gracieuse. Ses cornes ont de trente-huit à quarante centimètres; elles sont noires, ainsi que nouis l'avons dit plus haut, très-fortes à la base, semiannelées et divergentes; elles s'élèvent verticalement du front, se courbent vers le dos et reviennent ensuite en avant.

Mais c'est surtout la couleur de la robe qui caractérise cette gracieuse antilope. A cet égard, elle se rapproche, ainsi que le blesbok, de Thartebeest et du sessébé.

Le violet pourpre et le brun de toutes les nuances sont les couleurs du bontebok ; loin de se confondre ou de se mêler au hasard, ces teintes sont aussi régulièrement disposées que si elles avaient été pla-

cées avec un pinceau, d'où la bète a reçu des Hollandais, premiers colons de la province du Gap, ce nom de bontebok, c'est-à-dire aruUope peinte.

La tète et le cou sont d'un brun foncé lavé de rouge * ; une raie blanche part des cornes , descend jusqu'aux yeux, et s'élargit alors de manière à couvrir toute la face, y compris l'extrémité du mufle. Commune aux deux espèces d'antilopes dont nous nous occupons, cette marque a fait donner à la moins grande le nom de blesbok ' par les boêrs, et de gazella albifrons par quelques naturalistes.

Le bontebok a sur le dos une grande tache lilas, glacée de bleu et comme vernie ; cette tache couvre une partie des flancs et prend la torme d'une selle ; .de plus, elle est bordée d'une large bande d'un brun rouge foncé qui descend jusqu'au ventre ; l'intérieur des cuisses et l'abdomen sont d'un blanc pur, ainsi que les jambes, depuis le sabot jusqu'au genou, et une plaque assez large qui s'étend sur la croupe •.

Le blesbok, à part les difiërences que nous avons

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