‹ Les vacances des jeunes boërsChapitre 35 sur 62 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Où 1m Uesboks so&t tnqu^

Lorsque nos jeunes boërs furent décidément engagés dans le pays des blesboks, ils résolurent de s'arrêter pendant un jour ou deux, avec l'intention de se procurer plusieurs de ces brillantes antilopes; ce n'était pas pour en avoir la chair» mais pour leur enlever ces belles robes mi-partie qui les couvrent, afin de les déposer avec les cornes dans les vastes salles de Graaf-Reinet.

Après avoir fait quelques milles à travers la plaine que nous avons décrite dans le chapitre précédent, nos jeunes chasseurs firent donc halte, et choisi»»

sant les bords d'une pièce d'eau pour y établir leur bivouac, ils procédèrent à leur installation.

Le lendemain matin toute la bande était à cheval de bonne heure et se mettait en quête des antilopes pourprées.

Il n'est pas difficile de rencontrer des animaux qui se réunissent au nombre de plusieurs milliers, pourvu qu'on soit dans la région qu'ils habitent, et nos chasseurs ne tardèrent pas à découvrir leurs gazelles.

Mais comment chasse-t-on le blesbok ? Personne, parmi nos boërs, ne pouvait répondre à cette question. Devait-on lancer les Uniiers au miUeu du troupeau et galoper à leur suite, ou agissant avec ruse, se glisser auprès des antilopes jusqu'à portée de fusil? Nos chasseurs ignoraient ce qu'il fallait faire et leurs guides n'en savaient pas davantage : les blesboks sont inconnus dans le pays de Facetanné ; jamais ils ne visitent la zone occidentale du midi de l'Afrique et les boërs eux-mêmes ne les connaissaient que par tradition; leurs pères en avaient tué jadis , mais depuis lors les blesboks et les bonteboks ne franchissent plus la rivière d'Orange.

Quant au Zoulou , bien que ces deux espèces de gazelles fréquentent certaines parties du pays des Gafres , il n'avait jamais chassé dans la région où elles se trouvent.

Facetanné et Congo n'avaient pas mfime accompagné les chasseurs ; ils étaient restés au bivouac dont la garde leur avait été confiée, et c'était entre eux que nos amis discutaient la question.

Le gros Willem pensait qu'on devait opérer comme à l'égard des springboks ; c'est-à-dire, qu'il fallait se mettre à l'afi&t et rester inmiobile , tandis que l'un ou l'autre des cavaliers rabattrait les antilopes du côté des tireurs , ainsi qu'on le fait dans l'Amérique du nord pour chasser le daim et le cerf.

Hendrik prétendait au contraire qu'on devait charger le troupeau et le faire poursuivre par les chiens.

Hans recommandait de s'approcher sans bruit des blesboks , et de ne les threr qu'à belle portée. Àrend partageait cette opinion. Quant aux deux collégiens, on ne leur demanda pas leur avis; toutefois si au lieu d'antilopes il s'était agi d'oiseaux, Klaas et Jan auraient insisté pour obtenir la parole aussi bien que leurs aînés ; mais en dépit de leur coursé rapide qui aurait pu faire supposer qu'ils ont des ailes, les blesboks ne sont pas des oiseaux.

Gomme c'était en les traquant avec adresse que nos chasseurs avaient le plus de chance de ne pas voir disparaître les antilopes , il fut décidé qu'on en essayerait d'abord. Si personne ne parvenait à s'approcher du troupeau de manière à pouvoir

tirer l'un de ses membres, la proposition de Willem serait adoptée ; et si l'on échouait encore , il serait toujours temps de se rendre à l'avis d'Hendrik et de s'élancer à la poursuite des blesboks.

Les chasseurs mirent pied à terre, car il n'y avait pas moyen de traquer à cheval sans être aperçu des gazelles; à vrai dire, il y a certains animaux qui se laissent complètement approcher par un cavalier, tandis qu'ils se tiennent à distance d'un piéton; mais les blesboks sont d'une nature différente.

Tous les chasseurs, descendus de cheval, se dirigèrent du côté des gazelles. Quand je dis tous les chasseurs , j'en excepte Klaas et Jan à qui fut con* fiée la garde des chevaux et des chiens.

Les blesboks se trouvaient au milieu d'une plaine tellement vaste que c'était tout au plus, si l'on distinguait les montagnes qui la fermaient à l'horizon; pas un arbuste, pas un rocher n'apparaissait dans cette prairie ; l'herbe , ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut, était courte, et le sol n'offrait pas le moindre accident. Il était impossible de se cacher sur un pareil terrain; comment arriver au but que se proposaient les chasseurs ? Il ti'est pas d'animal sauvage, quelle que soit sa stupidité ou son indifférence, qui leur eût permis de venir assez près d'eux pour qu'ils pussent lui envoyer une balle. Gomment dès lors approcher des blesboks dont la

finesse et la prudence peu communes égalent la rapidité ?

Ce point important exige quelques mots d'explication.

Bien qu'on ne découvrit dans la plaine ni rochers, ni arbres, ni buissons d'aucun genre, pas une touffe de grandes. herbes ou même un pli du sol, on pouvait cependant trouver le moyen de dissi-^ muler sa présence ; pauvre moyen il est vrai , mais dont un chasseur habile pouvait tirer parti , ce qui était suffisant pour encourager nos boërs à persévérer dans leur projet.

A deux ou trois cents mètres les uns des autres plus ou moins, s'élevaient dans la plaine de singu* liers monticules , de hauteur différente ; leur forme était celle d'un cône obtus ; on en voyait d'hémisphériques, et leur Couleur d'un gris clair, avait la teinte du pisé que le soleil a desséché. A la base, sur l'un des côtés de la plupart de ces monticules étranges , on voyait un trou mal percé , qui évidemment n'avait pas été fait par les habiles constructeurs de ces curieux édifices ; bien au contraire, c'était leurs ennemis qui les avaient creusés , les meurtriers de leur race, les voleurs qui avaient pillé leurs maisons. Je n'ai pas besoin d'ajouter que ces édifices nombreux étaient des fourmilières , et que les ouvertures mal faites dont il s'agit, étaient l'œuvre des fourmiliers connus sous le nom de pangolins.

Ces fourmilières, ea forme de dômes, pouvaient avoir de trente à quatre-vingt-dix centimètres de hauteur, ce qui est peu de chose, relativement à celles que Ton trouve en Afrique, et dont le sommet arrive parfois à cinq ou six mètres d'élévation. Je vous ai parlé ailleurs de ces édifices remarquables; je vous ai dit alors qu'il existe plusieurs espèces de fourmis de la même famille , qui exécutent ces monuments , et que chaque espèce adopte une architecturjB différente : celle-ci fait un cône isolé, celle-là en réunit plusieurs qu'elle groupe avec art, Tune donne à son édifice la forme d'un cylindre , tandis qu'une autre construit un dôme à peu près hémisphérique.

C'était précisément des fourmilières de cette dernière espèce que nos chasseurs avaient sous les yeux, fourmilières qui sont édifiées par les Termes mordax^ dont on voit les habitations dans toutes les plaines du Zuur-Veldt.

Nos amis commencèrent à se diriger du côté des blesboks; leurs regards étaient fixés sur le troupeau et leur espoir se fondait sur les fourmilières.

Lorsqu'ils furent environ à quatre cents mètres des blesboks , ils comprirent qu'il devenait indispensable de se cacher; non pas que les gazelles parussent se douter de leur présence ; elles continuaient à brouter l'herbe sans témoigner la plus légère inquiétude , et cependant chaque fois que

FuD des chasseurs avançait de leur côté, toute la bande s*éloignait machinalement , comme poussée par un ressort, et maintenait la même distance entre elle et ceux qui cherchaient à la rejoindre.

Chacun de nos amis, rampant dans l'herbe, se traîna d*une fourmilière à l'autre , mais sans le moindre succès. Les chasseurs prirent chacun une direction différente , et ne furent pas plus heureux. Les gazelles, paissant toujours, évitaient, sans paraître le chercher , toutes les fourmilières que choisissaient leurs ennemis, et conservaient une distance qui ne permettait pas même au gros fusil de Willem de pouvoir les atteindre.

Enfin après deux heures d'efforts complètement inutiles, nos jeunes gens renoncèrent à cette chasse hifructueuse.

Il leur était impossible de traquer les blesboks; Hans et Arend furent raillés impitoyablement par Hendrik et Willem : que savaient-ils de la chasse! Il restait à essayer si l'on serait plus heureux en suivant les conseils qu'avaient donnés ceux-ci.

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