‹ Les vacances des jeunes boërsChapitre 36 sur 62 · CHAPITRE XXVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVn

Suite de la chasse au blesbok.

Les quatre chasseurs revinrent à l'endroit où ils avaient laissé leurs chevaux. C'était le plan du gros Willem qui devait être suivi.

Chacun monta à cheval; non-seulement il fut cette fois permis aux deux collégiens de participer à la chasse, mais on les chargea de rabattre le troupeau du côté de leurs aînés , qui tireraient ]es blesboks au passage.

Tous nos cavaliers coururent dans la direction des antilopes qui, pendant qu'elles étaient traquées, avaient franchi un espace de plusieurs milles. Arrivés à la distance qu'ils pouvaient atteindre sans effrayer les gazelles , Klaas et Jau furent envoyés à gauche, tandis que les autres formaient à droite un demi-cercle d'un diamètre considérable, ce qui, grâce à leurs chevaux, fut TafTaire d'un instant. Dès que les chasseurs, ayant gagné leurs postes, furent cachés derrière les tertres des fourmis, Klaas et Jan firent le tour des antilopes en ayant bien soin de ne pas provoquer la fuite des mâles.

DES JEUNES BOÊRS. 211

Nos deux collégiens étaient assez habiles pour parvenir à leur but, et ceux qui, agenouillés auprès des fourmilières, attendaient les antilopes, ne doutaient pas du succès de Tentreprise ; le gibier rabattrait nécessairement de leur côté» c'est ainsi qu'en pareil cas font toujours les springboks, et alors pif! paf I de la part des carabines, et poum I poum ! du gros fusil de Willem.

Celui-ci jubilait d'une façon particulière ; ce n'était pas seulement parce que sa méthode l'emportait sur celle de Hans et d'Arend qu'il était de si belle humeur, car il avait peu d'estime pour la science cynégétique de ces derniers , mais Hendrik avait combattu son projet, et cette opposition décuplerait la joie qu'il aurait à réussir. Quel triomphe et quelle plume à son chapeau I

Il n'y avait pas à douter du succès ; tous les chasseurs étaient admirablement placés; Klaas et Jan étaient déjà de l'autre côté du troupeau, ils s'en rapprochaient peu à peu et s'acquittaient à merveille de la tâche qui leur était confiée. Les gazelles paissaient, en marchant vers l'endroit que les deux collégiens venaient d'atteindre, elles allaient se retourner par instinct et revenir en broutant dans la direction des chasseurs; les springboks n'en font pas d'autre, se disait le gros Willem.

Mais les blesboks ne sont pas des springboks ; ils s'en éloignent, non-seulement par la couleur et

par la taille, mais par le caractère; et c'était précisément cette dernière différence qui devait être pour Willem une cause de déception.

Les blesboks ont une singulière habitude que partagent peu d'animaux de leur famille ou de celle des plénieornes. Au lieu de se détourner à l'approche de Klaas et de Jan, comme on s'y attendait, ces créatures entêtées ne voulurent jamais suivre la direction que l'on cherchait à leur faire prendre et s'obstinèrent à courir devant elles; à vrai dire, elles s'écartèrent de la ligne droite pour ne pas se trouver sur la voie des collégiens , mais elles la reprirent aussitôt qu'elles eurent dépassé Klaas et Jan.

Bref, elles s'étaient éloignées des chasseurs au lieu de venir à leur rencontre , et lorsqu'elles eurent détalé pendant quelques minutes, elles ralentirent le pas et recommencèrent à brouter comme elles faisaient auparavant.

Ce résultat imprévu désola le gros Willem, qui, à son tour, essuya les plaisanteries de ceux qu'il avait raillés ; mais ce qui rendait sa déception plus amère, c'était le flegme dédaigneux de son rival.

« Je savais bien que cela ne pouvait pas réussir, disait Hendrik en appuyant sur ses paroles. Supposiez-vous donc que des blesboks sont des moutons, pour croire qu'ils vont se laisser détourner par deux bambins, montés sur des poneys? »

Willem essaya de répondre, en disant qu'on avait mal exécuté ses recommandations, qu'il était avéré que les blesboks paissent toujours au vent, et que c'étaient les tireurs, non pas les rabatteurs, qui au* raient dû être placés eu aval du troupeau. Mais il avait beau dire, son amour-propre était blessé au vif.

c Essayons ce que je propose, et je garantis le succès, ajouta le gros Willem. SI cela ne réussit pas, nous adopterons la méthode que propose maître Hendrik, et nous verrons ce qui résultera de ce plan qui consiste à n'en avoir aucun. »

Ces paroles, qui à l'égard d'Hendrik avaient été prononcées avec autant d'ironie que le bon Willem pouvait en faire couler de ses lèvres, furent accueillies sans la moindre opposition, et nos chasseurs se disposèrent à suivre le nouveau plan qui venait de leur être indiqué.

Il était clair que les blesboks ont pour habitude de piquer dans le vent, sans quoi ils se seraient retournés à l'approche des rabatteurs au lieu de se précipiter vers Klaas et Jan, comme ils venaient de le faire. La chose étant ainsi, les tireurs en se plaçant au vent, et en choisissant un bon poste, ne pouvaient manquer d'atteindre quelques-uns des animaux qui s'avanceraient de leur côté.

Si enfin l'expérience ne confirmait pas cette théorie, on essayerait alors, suivant le conseil d'Hen-

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