CHAPITRE XLI
Les pintades.
Pacetanné et Congo soupaient médiocrement d'une tranche d'antilope aquatique, dont la venaison est loin d'être délicate. Nos jeunes amis faisaient en revanche un souper délicieux ; ils avaient un excellent rôti de pintades, qui ne le cèdent en rien à la perdrix ou au coq de bruyère.
La pintade, qui est connue depuis longtemps, est fréquemment citée dans les ouvrages des anciens auteurs sous le nom de meîeagris et de gallina nu^ midica. Tout le monde a vu ce charmant oiseau, que les Allemands ont nommé poule perlée^ à cause de son plumage tacheté de blanc, et qui, pour la même raison, est désignée sous le nom de pintade par les Espagnols et les Français. Il est originaire d'Afrique et s'appelle, en Angleterre, poule de Guinée^ parce que c'est de ce pays que dans les temps modernes on l'a fait venir en plus grand nombre ; mais il est maintenant domestiqué partout, et il n'est pas rare de le rencontrer dans nos bassescours. Aux États-Unis, principalement dans la ré-
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gion du sud, où le climat lui convient à merveille, la pintade est fort estimée non-seulement comme volaille, mais aussi comme pondeuse ; et il est certain que la chair du pintadeau est bien préférable à celle du poulet ordinaire.
Apportée d'Afrique dans la plupart des Antilles, la pintade y est devenue sauvage, et les habitants de la Jamaïque lui font la chasse comme à tout autre gibier; elle se multiplie très-rapidement dans ces tles ; et dans tous les endroits où elle abonde, c'est un véritable fléau pour les planteurs, qui lui ont déclaré une guerre active, moins pour la manger que pour la détruire.
La pintade se rencontre dans toutes les parties de l'Afrique, et il en existe plusieurs espèces ; la pintade commune , qui est la nwmida meleagris , diflfère peu à Tétat sauvage de l'espèce apprivoisée ; néanmoins elle varie souvent dans nos fermes, où l'on en voit de très-pâles, de non tachetées et d'un blanc pur. Cette diversité de plumage est le résultat de la domesticité , et se produit également chez la dinde, le canard, et tous les autres oiseaux qui peuplent nos basses-cours. La nature elle-même se fait quelquefois uil jeu de varier la robe des animaux sauvages ; il n'est guère d'espèces d'animaux parmi lesquelles on ne rencontre de temps en temps des albinos.
Pour en revenir à nos pintades, on trouve dans
le midi de l'Afrique la numida cristata^ ou pintade à crête ; elle est un peu moins grande que l'autre, d'une couleur plus foncée, mais tachetée comme la précédente ; les plumes de ses ailes sont d'un brun lavé de jaune, et les bords des secondaires sont d'un blanc pur qui tranche agréablement sur le reste du plumage , dont la teinte générale est sombre.
Toutefois, c'est la parure de tète qui établit entre ces deux espèces une différence réelle. La pintade commune a sur le bec une membrane verruqueuse ayant la forme d'un casque, et chez elles deux caroncules sont attachées à la partie inférieure du bec. Ces ornements n'existent pas chez la numida cristata^ et sont remplacés par une crête d'un bleu noirâtre, composée de petites plumes linéaires qui ressemblent à des poils, et qui ajoute singulièrement à l'élégance de cet oiseau.
Les pintades vivent en société et forment quelquefois d*immenses troupeaux ; elles sont presque toujours à terre, mais elles se perchent sur les arbres aussitôt qu'on les effraye, et dorment sur les branches. Leur principale nourriture se compose de graines, de baies et de limaces.
Le matin du jour où nos chasseurs avaient assisté à la mort de l'antilope que le crocodile avait tuée, ils se demandaient réciproquement ce qu'ils auraient pour leur repas du soir, quand une bande
de pintades à crêtes apparut dans la plaine où ils étaient campés. On courut aux armes, et les jeunes gens se préparèrent à chasser les pintades.
Mais il est beaucoup plus difficile qu'on ne pourrait le croire de tuer l'un de ces animaux. Il est rare qu'ils s'envolent, à moins d'être serrés de près par un chien ou par un animal agile ; et néanmoins leur course est tellement rapide, qu'en terrain plat il est impossible à un homme de les atteindre; d'autant plus qu'ils s'effarouchent très-vite et ne permettent pas qu'on les approche.
Il y a cependant un moyen de chasser la pintade avec succès ; on y arrive en se servant d'un chien qui les poursuit, comme il ferait à l'égard d'un lapin ou d'un lièvre ; quand elles ^se voient près d'être rejointes, elles s'envolent et ne tardent pas à se percher sur un arbre voisin. Le chien, lorsqu'il est bien dressé, accourt au pied de l'arbre, où il aboie jusqu'à ce que le chasseur ait tiré son coup de fusil. Les pintades sont fort tranquilles sur la branche, où elles savent qu'elles n'ont rien à craindre de ce terrible aboyeur, et pendant qu'elles se réjouissent de s'être mises en sûreté, leur véritable ennemi, qu'elles ne voient même pas, absorbées qu'elles sont par le^ chien, s'approche sans bruit, les vise à son aise et les tue à loisir.
Nos voyageurs connaissaient tous cette manière de chasser la pintade et comme ils avaient précisé-
ment un chien dressé pour cet usage , ils se mirent à la poursuite des oiseaux avec la certitude de manger une volaille à leur souper.
Tout se passa comme ils l'avaient prévu. Les pintades s'envolèrent dès qu'elles furent poursuivies, et les aboiements du chien conduisirent les tireurs à l'endroit où les oiseaux s'étaient perchés sur des acacias de la girafe situés au bord du fleuve. Les chasseurs eurent le temps de décharger leurs fusils plusieurs fois, et sept pintades furent rapportées au bivouac ; autant qu'il en fallait pour le souper du jour et le dîner du lendemain.
Le massif d'acacias où les pintades s'étaient branchées, paraissait être un lieu d'élection pour les oiseaux, car nos chasseurs, pendant les quelques instants qu'ils y restèrent, en aperçurent un grand nombre de différentes espèces. Il croissait aux environs de ce massif une quantité de plantes dont les graines servent de nourriture à une infinité de grosbecs; et des légions d'insectes, résultant du voisinage de l'eau, y attiraient un nombre considérable de gobe-mouches et de pies-grièches.
II s'en trouvait un, parmi tous ces oiseaux, que le naturaliste fit observer à ses camarades et qui volait au-dessus de la prairie en proférant de temps en temps le mot édolio, d'où 11 a tiré son nom, ainsi que le coucou d*Europe, qui s'est nommé luimême.
Il se trouve précisément que l'édolio du midi de l'Afrique est aussi un coucou * ; et bien qu'à certains égards, il diffère de celui que nous connaissons, il n'en a pas moins avec lui beaucoup de points de ressemblance.
Comme le coucou d'Europe , il dépose ses œufs dans le nid d'autres oiseaux qu'il charge de les couver, et sa manière de vivre est pareille à celle du coucou ordinaire.
Il y a pourtant dans son histoire des traits assez curieux qui lui sont particuliers. Ainsi les boërs qui , l'ont nommé Yoiseau du jour de Van, sont persuadés qu'il ne se montre qu'au commencement de janvier ; ils ajoutent qu'il se met à crier quand il a faim, et que les petits oiseaux du voisinage s'empressent de lui apporter à manger.
Tous nos chasseurs , y compris le bushman et le Zoulou, avaient entendu plus d'une fois raconter cette histoire, et tous, à l'exception de Hans, croyaient à son authenticité; mais le naturaliste qui savait à quoi s'en tenir à cet égard expliqua ce fait étrange à ceux qui rentouraient.
L'oiseau du jour de Fan, dit-il, n'est autre chose que le jeune de l'édolio; les boérs n'en veulent rien croire , parce qu'il ne ressemble à ses parents ni par la taille, ni par le plumage, et ils en font