CHAPITRE. XUI
L'antilope rouge.
Ëa âmont de la rivière , la plaine que suivaient nos voyageurs se rétrécissait graduellement et finissait par ne plus former qu'une bande étroite sur les deux rives où des montagnes, couvertes de bois, s'étendaient parallèlement aux bords du fleuve. A différents intervalles, les éperons de cette double chaîne s'avançaient jusqu^à la berge, et divisaient la plaine en une série de vallées qui s'échelonnaient au-dessus les unes des autres.
Presque toutes ces vallées étaient peuplées de nombreux animaux de la même espèce que tous ceux que nous avons déjà rencontrés, et il eût été facile de faire une chasse abondante; mais à l'exception des quelques bêtes qu'il était indispensable de tuer pour avoir de la viande fraîche , nos voyageurs ne s'arrêtèrent pas à poursuivre le gibier qu'ils apercevaient chaque jour. Congo leur avait dit qu'au delà des montagnes qu'ils côtoyaient, commençait la région où l'on trouve le buffle, Téléphant, la girafe, et cette pensée faisait que nos chasseurs n'atta-
chaient pas plus d'intérêt à la vue des springboks, des gnous, des blauwboks et même des élans, que s'ils avaient trouvé sur leur chemin des bœufs ou des moutons.
Cependant comme ils venaient d'atteindre une vallée supérieure , formant une espèce de terrasse au bord de la rivière, ils se trouvèrent subitement en face d'un troupeau d'antilopes qui par la forme et la couleur différaient d'une manière notable de toutes celles qu'ils avaient vues jusqu'alors. Il n'en fallut pas davantage pour décider nos amis à faire arrêter les chariots et à se préparer pour la chasse.
Que les animaux en question appartinssent à la famille des antilopes, cela ne faisait pas le moindre doute ; ils avaient la grâce et la légèreté qui caractérisent ces charmantes créatures; leurs cornes d'ailleurs rendaient toute méprise impossible.
Ils étaient de moyenne taille, c'est-à-dire à peu près de celle du cerf, et par conséquent beaucoup plus petits que le blauwbok ou l'élan, bref ils mesuraient environ quatre-vingt-dix centimètres du sabot au-dessus de Tépaule, et un peu plus sur la croupe ; il y a bien quelques antilopes, telles que le tsessébé, le kaama et tous ceux que renferme l'espèce des acronontins, dont la croupe est moins élevée que les épaules, mais le contraire se voit beaucoup plus souvent,' et les antilopes qui se trouvaient main-
DES JEUNES BOÊRS. 317
tenant sous les yeux de nos amis, avaient, comme la plupart de leurs congénères, la partie postérieure plus élevée que le garrot.
• Pour nos chasseurs, cette espèce était nouvelle, et cependant au premier coup d'œil Hendrik et Willem s'écrièrent :
« Des rooyeboks ! ^ » C'est ainsi que les boêrs appellent ces animaux.
c A quoi les reconnaissez- vous? leur demanda le naturaliste.
— A leur couleur, » répondirent les deux jeunes gens.
La robe de ces antilopes est, en eflfet d'un rouge fauve sur la tête, le cou et les parties inférieures du corps ; elle est moins foncée sur les flancs ; et l'abdomen est d'un blanc pur. Une raie noire descend sur la première moitié de la queue, une autre sur chaque fesse ; mais la teinte générale de ces animaux est un roux brillant qui leur a valu le nom qu'ils portent chez les boërs , et qui les fit reconnaître par Hendrik et Willem.
« Ce n'est pas un caractère infaillible que la couleur d'un animal, fit observer le naturaliste aux deux chasseurs. Il est trop variable et trop peu déterminé pour servir de critérium. A la nuance de leur poil, vous auriez pu tout aussi bien prendre ces