‹ Les vacances des jeunes boërsChapitre 53 sur 62 · L'acre vaut un peu plus de 40 ares · texte numérisé non relu

L'acre vaut un peu plus de 40 ares

OU quatre cents mètres. Il tie s*y trouvait pas un arbre, du moins dans le fond de la vallée -même, car il en croissait beaucoup et d'espèces différentes, au pied de l'enceinte et au versant des rochers i On voyait au bord du torrent , quelques arbustes, mêlés â des roseaux , mais ces buissons étaient si peu élevés, qu'un homme les dépassait de la tête

C'est au milieu de ce bel amphithéâtre que nos voyageurs avaient établi leur bivouac, c*est-à-dire qu'ils avaient arrêté leurs wagons, car les chevaux et les bœufs n'étaient pas attachés et vaguaient à l'aventure.

Il était bien certain que les pauvres bêtes ne penseraient pas à s'échapper ; d'abord elles étaient accablées de fatigue , ensuite le chemin qui permettait de sortir de la vallée , n'était pas facile à décoiH vrir, et l'herbe était si fine et si tendre, l'eau si pure et si fraîche , que les bœufs et les chevaux n'avaient pas de motifs pour s'éloigner d'un endroit où Us étaient si bien.

Klaas et Jan ^ suivant leur habitude > n'avaient pas mis pied à terre qu'ils furetaient déjà dans les broussailles pour y trouver des nids. Ils avaient aperçu, en entrant dans le vallon, plusieurs volatiles d'une espèce curieuse , dont la couvée ne devait pas être bien loin.

En effet, toute une colonie d'oiseaux était installée au milieu des broussailles et des grandes herbes qui

bordaient la rivièt'e. Ils ressemblaient à des moineaux, et s*introduisaient dans leurs nids qui avaient la forme d'un rognon, par une ouverture circulaire analogue à celle que le roitelet commun fait à la demeure de ses petits. Ces nids étaient faits avec de l'herbe et doublés d'une substance cotonneuse qui provenait bien certainement de quelqtie plante du voisinage , mais que nos collé- • giens n'apercevaient nulle part.

Du reste , ces petits oiseaux n'étaient pas inconnus aux voyageurs 5 ils les avaient rencontrés plus d'une fois et savaient qu'ils faisaient partie de la famille des tisserands ; famille qui renferme beaucoup de genres, ou plutôt d'espèces, dont la taille , la couleur et les habitudes sont différentes ; mais qui toutes ont une manière très-curieuse de construire leurs nids ; elles le tissent , à vrai dire , et c'est à cette particulalritê qu'elles doivent leur nom vulgaire. Les nids de tisserands néanmoins , n'ont pas tous la même forme ; il en est de sphériques, d'autres qui ressemblent aux cornues dont se servent les chimistes ; les uns décrivent une spirale les autres sont taillés comme un rognon , ainsi que nous venons de le voir ; enfin Je tisserand social, construit une espèce de ruche énorme qui couvre parfois toute la cime d'un gros acslcia , et que vous prendriez pour une meule de foin établie sur les branches d'un arbre.

Les tisserands que nos collégiens venaient d'apercevoir, étaient des amadinas squammifrons , et cette découverte enchanta nos oiseleurs , non pas qu'ils y trouvassçnt un intérêt de curiosité, puisqu'ils avaient eu souvent l'occasion d'observer la nichée de ces oiseaux ; mais la substance cotonneuse qui sert de doublure au nid de l'amadina est excellente pour bourrer les fusils ; et comme précisément nos deux tireurs avaient épuisé^toute leur provision de bourres , ils étaient fort contents de pouvoir la remplacer. Il ne fallait rien moins que cette nécessité impérieuse pour que le naturaliste leur permit de dévaliser les pauvres amadinas. Mais la bourre étant pour les chasseurs im objet indispensable, nos deux collégiens se livrèrent sans remords à la récolte dont ils avaient besoin.

La chose paraît bien simple; toutefois il fallut défaire les nids pour obteftir la matière cotonneuse dont ils étaient doublés ; et ce n'est pas sans difficulté que Jan et Klaas parvinrent à détruire l'ouvrage de ces tisserands ; car les brins d'herbe qui formaient l'extérieur du nid étaient enlacés avec autant d'art qu'un habile vannier aurait pu le faire.

Il fut impossible à Jan d'introduire sa petite main dans l'ouverture qui servait de porte à l'amadina, tant cette ouverture était petite elle-même, et, chose singulière, lorsque l'oiseau n'était plus dans

son nid cette porte se trouvait si bien close, qu'il était difficile de la découvrir.

Aussitôt que les deux oiseleurs eurent fait leur provision de bourre, et deux nids suffirent à la leur procurer, ils se gardèrent bien de déranger les autres nids et revinrent auprès de leurs camarades. Néanmoins ils ne furent pas longtemps sans apercevoir un oiseau plus rare et plus curieux que Tamadina, dont il avait à peu près la taille, mais pas du tout la couleur.

Cet oiseau n'attira pas seulement Tattention des collégiens, il éveilla celle de tous les boërs; il avait en effet quelque, chose de très-remarquable ; sa taille, disons-nous, était à peu près celle de l'amadiua, ou, si vous voulez, d'un canari; mais les plumes de sa queue, dont la longueur excédait plusieurs fois celle de son corps, le faisaient paraître beaucoup plus grand qu'il ne l'était en réalité.

Il était coiffé d'un brun lustré, presque noir, qui s'étendait sur toute la partie supérieure, portait un collier orange, teinté de rouge, qui pâlissait sur la poitrine où il formait plastron et se confondait avec la teinte chamois foncé, qui couvrait l'abdomen et les cuisses.

Mais c'étaient surtout les pennes caudales qui caractérisaient cet oiseau singulier. Deux de ces plumes, d'une longueur énorme, qui s'incurvaient

à la fois en bas et en dehors élaienl placées vertîca* lement, c'est-à-dire que la tranche en était parallèle au manteau . Deux autres pennes plus courtes, et placées comme les précédentes, leur étaient superposées; tfès-larges à la base, qui n'avait pas moins de 7 à 8 centimètres, elles se terminalenl en tme pointe aiguë, fortnée par la tige même qdl dépassait les barbules de 8 à 10 centimètres. Outre ces deux pdires de plumes verticales, il s'en trouvait quatre autres de chaque côté de la queue, toutes graduées, d'à peu près 6 millimètres, et d'une belle couleur noire.

Rlaas et Jan étaient auprès de leurs frères i et c'est du bivouac même qu'ils avaient aperçu l'oiseau que nous venons de décrire; celui-ci n'était pas seul , un oiselet, vêtu mi-partie de blanchâtre et de brun rouillé, et dont la queue n'avait rien d'extraordinaire, l'accompagnait partout. Ce n'était ni plus ni moins que la femelle de ce brillant personnage à collier orange et à longues pennes caudales.

La science du naturaliste fut mise en réquisition, car nos chasseurs ne connaissaient pas cet oiseau, et se demandaient à quelle famille il pouvait appartenir. Hans leur répondit que c'était un tisserand de l'espèce que les ornithologistes oftt appelé virfwa, c'est-à-dire veuve. Tous nos amis se regardèrent avec surprise ; ils ne comprenaient pas le rapport

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qu'il pouvait y avoir entre ce nom et l'oiseau qui le portait. Par bonheur Hans pouvait leur donner à cet égard tous les détails qu'ils désiraient, ce que le savant Brisson, qui a baptisé la veuve, n'aurait jamais pu faire.

< Brisson nomma cet oiseau vidha, répondit notre jeune naturaliste, parce qu'il avait entendu dire que les Portugais l'appelaient ainsi, en raison de sa couleur et de sa queue. MM. Brisson et de Buffon ne' restent jamais à court, et ne manquent pas d'excellelits motifs pour justifier leur dire. Malheureusement la quelle de la veuve et la teinte de sori plumage n'ont rien à voir dans cette affaire ; les Portugais, qui les premiers découvrirent cet oiseau, l'ont appelé whidah tout simplement, parce qu'il leur avait été envoyé du royaume de ce nom, qui est situé dans la partie occidentale de l'Afrique. L'enjouement de la veuve, et surtout la singularité de sa queue, la font rechercher de tous les amateurs d'oiseaux ; on la voit souvent en cage où elle parcourt en sautillant avec gaieté les échelons de son perchoir, et agite la queue par un mouvement rapide. On la nourrit, en général, de graines et de différentes espèces d'herbes. Elle aime passionnément à se baigner, et mue deux fois par an.

« A l'une de ces époques de l'année, le niâle se dépouille de ses grandes plumes caudales et change tellement de couleur qu'il est très-difflcilei, en pa-

reille circonstance, de le distinguer de la femelle. Ce n'est qu'au moment où elle s'apparie que la veuve * prend sa belle queue et les teintes orange et noir qui embellissent son plumage.

Les naturalistes connaissent deux espèces de veuves : celle du paradis (vidua paradùea) que nous venons de décrire, et la veuve à bec rouge {vidtui erythrorhynça), plus petite que la précédente, et dont la queue est disposée différemment. Son bec est d'un rouge foncé ; elle est vêtue de noir bleuâtre sur les parties supérieures et porte un collier blanc; les couvertures des ailes sont également blanches, et le dessous du corps est blanchâtre.

Malgré cette différence de plumage, ses habitudes ressemblent complètement à celles du paradis , et toutes lès deux habitent la même région , c'est-àdire l'Afrique occidentale. Jamais elles ne descendent jusqu'à la province du Cap ; mais l'une d'elles se rencontre parfois dans les contrées qui se trouvent au nord de la rivière d'Orange.

Comme la veuve est très-rare dans le midi de l'Afrique, nos amis, et principalement le naturaliste, avaient le plus grand désir de se procurer sa dé-

1. Pour bien faire il faudrait dire le veufj puisque c'est le mâle seul qui revêt le costume auquel on. attribue l'origine de son nom; et jamais oiseau n'aurait été plus mal nommé, si l'on considère. que cette prétendue livrée de veuvage est son costume de noces. (Note du traducteur.)

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pouiile; aussi les deux veuves furent-elles abattues sans pitié par Tun des voyageurs.

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