‹ Les vacances des jeunes boërsChapitre 54 sur 62 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Les pique-bœufs.

Hans , aidé par ses camarades , dépouilla immédiatement les deux veuves , avec l'intention de les préparer. Il trouvait surtout chez Arend un concours précieux, car celui-ci était fort adroit, et de plus un excellent taxidermiste. Arend s'inquiétait peu de savoir à quelle espèce appartenait tel ou tel oiseau , mais lui donniez-vous l'oiseau même , il le dépouillait et le montait sans que la moindre plume parût avoir été dérangée.

Tout à coup, un bruit, insignifiant par lui-même, vint frapper les oreilles de nos voyageurs et faire tomber des mains des deux naturalistes les peaux de veuve dont ils étaient occupés.

Ce n'était pourtant que le cri d'un oiseau, et d'un oiseau de petite taille, qui alarmait nos préparateurs. La note qu'ils venaient d'entendre ressemblait à l'appel de la grive du gui , et l'oiseau qui la proférait n'était pus plus gros que la draine. Néan-

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moins, nous le répétons, au premier cri de fcëi dlseau, les voyageurs furent tous saisis d'effroi ; les chiens, eux-mêmes, se levèrent en bondissant et poussèrent des hurlements affreux.

Yous ne comprenez pas comment un oiseau de la grosseur d'un merle pouvait effrayer ^ ce point des jeunes gens aussi braves que Tétaient nos chasseurs , et vous demandez des renseignements à cet égard ; rien n'est plus naturel.

J'ai dit que les chiens étaient épouvantés , aussi bien que leurs maîtres , du cri qu'ils venaient d'entendre ; je dois ajouter que les chevaux et les bœufs n'en furent pas moins alarmés. Aussitôt tpxe la note en question eut frappé leurs oreilles, lés chevaux secouèrent la tête, coururent au hasard comme des fous, renâclèrent avec effroi, et les bœufs mugirent en témoignant d'une frayeur non moins vive. Facetanné, Congo, Willem, Hendrik, tous nos amis étaient frappés de terreur, cctr ils venaient de reconnaître l'avertissement du pique-bœuf.

Quelques détails sur cet oiseau singulier vous feront comprendre cette énigme. Décrivons d'abord l'extérieur du pique-bcfeuf :

C'est uh oiseau à peu près de la taille du sansotinet ; la teinte de son plumage est grisâtre, la queue est un peu plus forlcée et les ailes sont courtes. Il a les pieds conformés pour saisir et les ongles déprimés et crochus j Qiatis ce qu'il y a de remarquable

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chez le pique-bœuf, c'est la forme de son bec; celui-ci est quadrangulaire, la mandibule inférieure en est beaucoup plus forte que l'autre, et toutes les deux s'élargissent vers la pointe, de façon à constituer des tenailles* Cette forme bizarre ne vous étonnera plus quand nous aurons parlé des habitudes de l'oiseau en question.

Les pi(j|ue-bœufs ont, en effet, un genre de vie qui les distingue de tous les autres volatiles. Levaillant, un célèbre ornithologiste français , qtii fut en même temps un voyageur illustre, a décrit ainsi les mœurs de ces oiseaux :

Leur bec, dit-il, est fait en forme de pinces, pour leur donner la faculté d'extraire de la peau des quadrupèdes les larves de mouches qui s'y trouvent. C'est pour cela qu'ils recherchent avec empressement les troupeaux de buffles , d'antilopes, de tous les quadrupèdes sur lesquels ces insectes vont déposer leurs œufs. Fermement attachés , au moyen de leurs griffettes , au cuir de ces animaux, ils en arrachent avec force les larves dont un gonflement de l'épidermé leur annonce la présence. Le quadrupède , accoutumé à cette opération, supporte patiemment le petit oiseau et paraît comprendre le service que lui rend celui-ci, en le débarrassant des parasites qui vivaient à ses dépens.

D'autres oiseaux qtie les pique-bœtrfe se iiour-

rissent également des larves et des insectes dont la peau des grands quadrupèdes est plus ou moins infestée. En Amérique, le troquet de la vache tire son nom de l'habitude qu'il partage avec le piquebœuf, et suit constamment les troupes immenses de bisons qui pâturent dans les vastes prairies américaines. Une autre espèce d'ictérus accompagne aussi les troupeaux des plaines de l'Amérique du sud.

Le tisserand à bec rouge * est , en Afrique , le compagnon ordinaire du buffle , et tous ceux qui ont quelquefois visité de grands pâturages ont vu l'étoumeau commun sur le dos des moutons. La corneille à col blanc * et diverses espèces de corvidées* et de sturnidées^ ont la même habitude. A Texception de la corneille que nous venons de citer, tous ces animaux se contentent de saisir l'insecte qui s'attache à fei peau des quadrupèdes, ou qui vivent dans le poil ou dans la laine de ceux-ci , car ils n'ont pas assez de force dans le bec pour extirper les larves qui sont logées profondément dans les chairs. Mais, pour les pique-bœufs, la chose est différente ^ Ainsi que nous l'avons vu plus haut,

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