Famille des étourneaux
5. Ce ii'est pas, croyons-nous, la dureté de la peau des quadrupèdes qu'ils opèrent, et la force que demande Textirpalion de l'insecte, quia nécessité la forme du bec dei'érythrorhyncus;
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leur bec, en forme de tenailles, leur permet d'arracher leur proie du cuir le plus épais ; et, bien qu'ils se nourrissent volontiers des parasites qui vivent à la surface, ils préfèrent les larves qui sont cachées sous la peau. C*est en raison de ce caractère particulier que les naturalistes ont fait des oiseaux dont nous parlons un genre séparé, qu'ils désignent sous le nom de buphagas^ c'est-à-dire mangeurs de bœuf.
Nous ne ferons pas ressortir l'absurdité d'un pareil nom. Il semblerait indiquer une ignorance complète des habitudes de l'oiseau qui s'en trouve affublé. Le textor dont nous nous occupons ne mange pas le bœuf qu'il délivre de ses parasites ; mais il arrive fréquemment à M. Brisson , qui l'a baptisé du nom de buphaga, de prêter aux animaux des habitudes de fantaisie.
Néanmoins, servons-nous du mot buphaga^ puiS' qu'il est consacré.
On ne connaît que deux espèces de ces oiseaux : le buphaga erythrorynchus y c'est-à-dire le mangebœuf à bec rouge , ainsi nommé de la couleur de
des mandibules acérées pénétreraient plus facilement le cuir du rhinocéros, que les pinces dont le bec- rouge est pourvu; c^est la nature molle des larves, et la ténacité des tiquets, dont le suçoir avide resterait dans les chairs où il est inséré, qui a exigé cette conformation particulière au moyen de laquelle l'oiseau entoure Pinsecte et l'emporte en \e saisissant de toutes parts; autrement il n'arracherait qu'une portion du parasite, qui se déchire avant de quitter sa proie. (Note du traducteur»)
son bec * , dont le rouge est aussi vif que ôeliii du corail ; et le buphaga africana, qui a le bec jaune.
Tous les deux sont des oiseaux d'Afrique, bien que le premier se rencontre aussi dans File de Madagascar. Le bec de corail est plus petit que le buphaga africana, dont il diffère un peu par la couleur ; d'une teinte plus sombre , il a la tête , la gorge , les parties supérieures d'un brun cendré à reflets bleus, et la poitrine et le ventre d'une teinte de rouille, lavée de jaune. Son bec est plus petit et moins fort que celui de son congénère.
Les pique-bœufs vont en général par compa^* gnies, mais ne se réunissent jamais en grand nombre ; il est rare qu^on en voie plus de six oti huit ensemble. Ce sont des oiseaujt farouches iju'il est très-difficile d'approcher. La seule chance que l'on puisse avoir de les tuer, est de faire marcher devant soi un bœuf ou quelque autre animal que Ton dirige tout doucement vers les bêtes sur lesquelles ils sont posés; le chasseur, dans ce cas-là, en se montrant tout à coup, parvieht quelquefois à les tirer au vol.
Telles sont les habitudes des pîque-bœufs ; mais
1. Cette phrase complémentaire, qui paraît empruntée slu chantre de M. de la Palisse, est moins nalte qu^on ne pourrait le croire tout d'abord ; dès qu'il y a dans le vocabulaire ornithologique une foule de becs-eroisës à bec droit et un rouge-gorge à gorge hleue^ il n'est pas superflu de dire que le bec rouge n'a pas le bec noir ou violet. {Note du tradutteur.)
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tout cela, direz-vous, n'explique pas Tépouvaûte que le cri de l'un de ces oiseaux avait répandue au milieu de nos amis. Rien, cependant, je vous assure, n'était plus naturel que leur effroi, et vous allez le comprendre.
De tous les quadrupèdes auxquels s'attachent les buphagas, il n'en est pas qu'ils suivent avec plus de constance que le rlyilocéros, blanc où noir. La tuasse énorme que présente cet animal , sa peau ridée , d'une si vaste étendue , offrent aux larves et aux tiquets une pâture abondante, et par conséquent fournissent aux pique-bœufs une quantité d'insectes pour ainsi dire inépuisable.
n en résulte que les quatre espèces de rhinocéros qui habitent l'Afrique australe sont toujours accompagnées de buphagas, et c'est pour cek que les chasseurs ont appelé ces derniers : oiseaux du rhinocèros. Que l'affreux quadrupède aille où bon lui semblera , les pique-bœufs resteront sur son dos , sur sa tête, sur n'importe quelle partie de son corps, et y paraîtront tout aussi à leur aise que si cet animal était leur pel*choir tiatiirel. Le rhinocéros ne songe nullement à se débarrasser d'eux ; bien au contraire, il sait que leur présence lui est excessivement utile ; effectivement , le buphaga ne se borne pas à le déhvrer des parasites qui l'assiègent, et l'avertit de l'approche du chasseur ou de tout autre danger. Dès qu'un ennemi se présente , le rhino-
céros est réveillé tout à coup s'il dort, ou averti s'il mange, par la voix rauque de son oiseau, qui le met ainsi sur ses gardes ; si, par hasard le buphaga ne parvient pas à Péveiller par ses cris , il voltige autour de la tête du pachyderme et lui donne des coups de bec dans les oreilles jusqu'à ce qu'il ait réussi à lui faire prendre la fuite. Il agit delà même façon à l'égard de l'hippopotame et de l'éléphant ; si bien que l'une des difficultés que rencontre le chasseur dans la poursuite de ces animaux vient de la vigilance de leur petite sentinelle.
Nos amis et leurs serviteurs, y compris les chiens, les chevaux et les bœufs, n'ignoraient pas cette particularité, et si la voix du buphaga leur causait tant d'épouvante , c'est parce que le cri de cet oiseau leur annonçait l'approche de l'un des animaux les plus dangereux qui existent.
GHAPITEE XLVL
^ Charge de mouchochos.
Tous nos chasseurs dirigèrent leurs regards du côté où se faisait entendre le cri du buphaga, et aperçurent en effet deux rhinocéros de la plus
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grande taille. Ces derniers entraient dans le vallon parla brèche dont nous avons parlé, et descendaient la rivière où ils avaient de l'eau jusqu'à mi-jambe. Us étaient blancs, et à leur grande corne dont la pointe s'inclinait légèrement vers les yeux, Hans reconnut qu'ils appartenaient à l'espèce que les indigènes appellent mouchocho et les naturalistes rhinocéros simus,
La seconde espèce de rhinocéros blancs est le kobaoba^ qu'on a dernièrement qualifié du nom de rhinocéros Oswelliij bien que, suivant moi, il eût été plus juste de l'appeler rhinocéros Cymmingii, non-seulement parce que M. Cumming, le grand chasseur, a décrit le premier cette espèce rare, mais parce qu'il a contribué plus qu'aucun autre à faire connaître la faune de l'Afrique méridionale.
C'est la taille et la disposition des cornes qui distinguent entre elles les deux espèces de rhinocéros blancs. Chez toutes les deux la corne postérieure n'est autre chose qu'une protubérance conique de quinze à vingt centimètres de longueur, mais la plus rapprochée des lèvres est beaucoup plus grande que celle du rhinocéros noir ; elle atteint près d'un mètre chez le mouchocho, et celle du kobaoba arrive quelquefois à plus d'un mètre vingt ; chez celui-ci elle se projette en avant de manière à former avec le museau un angle de quarante-cinq degrés,
346 I.BS VACANCES
tandis que chez le raouchocho , ellp est droite et s'incurve légèrement en arrière,
La taille de ces deux espèces dépasse de beaucoup celle des rhinocéros noirs ; elle est au moin^ aussi élevée que chez le rhinocéros d'Asie dont la peau excessivement dure , forme des pUs profands^ et que l'on voit souvç^t dans les musées et clans les jardins zoologiques. Bref, le mouchocho ^tlekohaoba sont, après l'éléphant, les plus gros de tous les quadrupèdes qui existent de nos jours. Leurs habUucilPS diffèrent également de celles de leurs congénères ; ils se nourrissent d'herhe, ainsi que le témoigne la foripe de le\xy mufle, tandis que les noirs, qui brour. t^nt divers arbustes et les buissons d'acacias , ont la lèvre supérieure extensible et prenante afin de pouvoir saisir plus facilement les branches et les ra-; milles dont ils mangent les feuilles et les bourgeons.
Les deux espèces sont aussi d'un caractère bien différent; la violence du rhinocéros nqir est extrême , sa nature est vicieuse et la rapid|ité de s^ course en fait un ennemi qui n'est pas moins dangereux que le lion. En général, au contraire, les blancs ont nnç certaine lenteur et ne se précipitent jamais sur l'homme sans y avoir été provoqués. Néanmoins, lorsqu'ils sont blessés ou qu'ils ont des petits, ils montrent la même brulahlé que leurs congénères; et maints cliasseurs indigènes sont tombés victimes du mouchocho et du I^obaoha.
La chair de ces derniers est excellente , et se rap-r proche beaucoup dç celle du cochon , tandis que l^ viande du rhinocéros noir est amère et d'une saveur forte et rance.
Nos voyageurs, à qui tous ces détails étaient par-^ faitement connus, se rassurèrent en voyant qu'il ne s'agissait que de mouchochos; ils coururent prendre leurs fusils et se préparèrent à chasser )es deux pachydermes. Si, au contraire, ils avaient aperçu un borélé ou un kéitloa , ils auraient s^tpté sur leurs chevaux ou se seraient blottis dans les wagoRs , ^fin d'évitef l'attaque dont ils wraiept été menacés.
Les deux rhinocéros £^V£^ent franchi la brèphe qui donnait ^ccès dans Id^ vallée ; ils sp^tirent du ruisseau et se trouvèrent tous ]es deux s^u centre de la prairie. Ainsi exposés de toute part à la vue des jeunes gens, ils parurent à ceux-ci d'une grosr seur prodigieuse. L'un surtout qui, beaucoup plus grand que l'autre, était au mokis de la taille d'une femelle d'éléphant, car il avait près de ci|iq mèjres depuis l'extrémité du museau jusqu'à la topffe de poils qui terminait sa petite queue. ^
Nos chasseurs se dirigèrent du côté des mouchochos et découvrirent à leur grande surprise qu'un troisième rhinocéros accompagnait les deux qu'ils avaient aperçus. Celui-ci pouvait avoir la taille d'un cochon ordinaire , et semblait être la miniature des
deux autres, à cette différence près qu'il n'avait pas sur le nez la grande corne qui caractérise son espèce. Il était impossible, malgré cela, de ne pas reconnaître en lui un jeune mouchocho; c'était évidemment le petit du mâle et de la femelle qui l'avaient précédé.
Cette découverte enchanta nos amis ; la chair du jeune rhinocéros est beaucoup plus délicate et plus tendre que celle des adultes, et nos chasseurs, principalement Facetanné et Congo, se réjouissaient d'avance du bon repas qu'ils allaient faire.
Nos étourdis ne pensaient pas au danger qu'il y a toujours d'attaquer le mouchocho en compagnie de son jeune. Dans leur ardeur ils avaient tout oublié. Le prudent naturaliste avait bien un pressentiment fâcheux; mais, entraîné par l'enthousiasme irréfléchi de ses compagnons , il s'abstint de leur communiquer ses Craintes; quelques instants après, une volée de coups de fusil faisait retentir la montagne et les mouchdchos étaient assaillis de projectiles , variant depuis une balle de la grosseur d'un pois, jusqu'à celle de Willem qui ne pesait pas moins d'une once.
Le seul effet qui résulta de cette décharge d'artillerie , fut de transformer l'allure paisible des mou* chochos en un galop furieux qui se dirigea vers l'endroit où nos chasseurs étaient placés. Le regard étincelant de ces animaux, leur voix retentissante.
leur souffle bruyant comme celui des marsouins, leur tête baissée présentant la corne à Tennemi , témoignaient de la rage dont ils étaient animés. Le jeune suivait de loin les deux adultes et imitait les cris et les mouvements que la fureur inspirait à ses père et mère.
Nos amis ne s'attendaient à rien de pareil ; qu*un rhinocéros noir revienne sur le chasseur, c'est un fait qui n'a rien d'imprévu ; mais devait-on le supposer de la part du mouchocho que la voix d'un chien ou la détonation d'un fusil , met d'ordinaire en fuite ?
Les imprudents s'étaient trompés, quand ils avaient cru pouvoir attaquer sans péril les trois rhinocéros , trompés surtout en se réjouissant de la présence du jeune, dont ils convoitaient la chair; c'était précisément à cause de celui-ci que les mouchochos , faisant trêve à leurs habitudes paisibles , chargeaient les assaillants avec autant de fureur ; ils avaient , de plus, reçu quelques blessures qui ajoutaient à leur colère.
Nos amis, n'attendirent pas de pied ferme le choc de cette masse effroyable; jamais gamins, en contravention de police , n'ont fui le sergent de ville avec plus d'empressement que nos chasseurs n'en mettaient à se sauver des deux rhinocéros. Les pans de leur veste faisaient, je vous assure, un angle considérable avec la ligne de leur dos tandis qu'ils traversaient la prairie en courant à toutes jambes.
Le bushman et le zoulou , qui avaient pris part à l'attaque, ne restaient pas en arrière, et les hait imprudents formaient un pèle-mèle qui ne s'était jamais vu dans cette vallée déserte.