‹ Les vacances des jeunes boërsChapitre 56 sur 62 · CHAPITRE XLYIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLYIL

Goiirse à 4o8 dç rhinocéros*

Fort heureusement pour nos fuyards qu'ils n'é* talent pas Ipin des wagons quand ils avaient tiré sur içs rhinocéros; ils n'avaient ainsi qu'un léger espace h fcfmpbir pour se réfugier dans leurs énormes chariotSt S'il leur avait fallu prolonger leur course seulement pendant quinze ou vingt mitres, i( ét^it sûr qu'au moins deux des leurs auraient été saisis, enlevés par la corne des rhinocéros et foulée aux piecls par ces brutes enre^gées.

Le dernier de la bande l'échappa belle, car il u'ètait pas dans le wagon , que les cornes des mouchochos se heurtèrent violemment contre les planches du véhicule.

C'était faute de mieux qu'ils s'étaient précipités dans les chariots ; ils savaient bien que s'il prenait fantaisie aux rhinocéros de détruira les wagons',

rien ne leur serait plus facile. La seule espérance des jeunes gens était de voir les deux brutes se désister de leur poursuite. Mais quelle ne fut pas la consternation de nos malheureux amis , quand du fond de leur retraite, ils aperçurent le plus grand des mouchochos qui baissait la tête et se précipitait vers l'un des wagons, où plusieurs d'entre etlx avaient cherché asile.

Le choc fut effroyable; la corne du rhinocéros traversa la planche, qui fermait le devant du chariot; le timon fut mis en pièces, et le pesant véhicule soulevé de terre et trani^iporté à quelques mètres de l'etidroit qu'il occupait* Un cH d'épouvante S'échappa dé l'iiltérieui* du vragon et se répéta bientôt, quand les pauvtes jeunes gens qui s'y tt-oilvaient enfermés > virent le monstreux animal se préparer à une nouvelle attaque.

Mais, au moment où la brute se dirigeait une seconde fois vers l'objet de sa fureur, deux des limiers lui sautèrent sur les flancs tandis qu'Un troisième se suspendit à sa queue. Or la queue du rhinocéros est l'une des parties les plus sensibles de la béte , et cette attaque imprévtje déconcerta notre mouchocho ; il se retourna aussi vite que le lui permettaient ses proportions massives, et, soufflant de rage et de douleur, il essaya de se délivrer des chiens qui le harcelaient. Vains efforts ! Ceux-ci tenaietit

bon et continuaient de le faire sauter comme uu chevreau qui veut attraper sa queue , en supposant toutefois que Ton puisse comparer deux créatures de forme et de taille aussi différentes.

Le moucbocho se secoua enfin avec tant dç violence qu'il envoya les chiens rouler sur l'herbe, où l'un d'eux fut écrasé sous les pieds du mâle, tandis qu'un autre , attaqué par la femelle , fut éventré d'un coup de corne.

Mais les vaillantes bêtes avaient réussi, par leurs morsures et par leurs clameurs, à entraîner les mouchochos dans une partie écartée du vallon ; et il était probable que ceux-ci ne reviendraient pas attaquer les chariots, à moins que, par hasard, les chiens ne les fissent rentrer sur la voie des chasseurs. II est rare que le rhinocéros, tant par la faiblesse de ses yeux, que par son absence de mémoire, se précipite une seconde fois sur l'objet qu'il vient d'abandonner.

Cependant nos voyageurs n'étaient pas exempts d'inquiétude, non pas pour eux, mais à l'égard de leurs chevaux. Ces derniers paissaient en liberté, ainsi que nous l'avons dit dans l'une des pages précédentes, et avaient pris la fuite, de concert avec les bœufs, dès que les rhinocéros avaient fait leur apparition. Guidés par un vieux chef plein de ruse et d'expérience, les bœufs s'étaient dirigés vers le ravin qu'ils avaient franchi pour entrer dans la

vallée; tandis que les chevaux, après avoir lancé des ruades et fait des caracoles tout autour des wagons, ne s'étaient éloignés qu'à l'approche des mouchochos ; ils avaient alors traversé la rivière, et, s'élançant en quelques bonds jusqu'au pied de la falaise , ils y étaient restés tout tremblants pen« dant une partie de la lutte que les chiens avaient soutenue avec les rhinocéros. Mais c'était précisément du côté où ils se trouvaient, que les limiers avaient conduit leurs puissants adversaires, et les chevaux s'étaient enfuis en les voyant arriver. Les rhinocéros, découvrant albrs ce nouvel ennemi, qu'ils jugeaient sans doute plus dignes de leur fureur, se mirent à charger les nobles bétes; et ce fut pendant quelques instants une course effrénée de part et d'autre, jointe à des cris de rage, auxquels se mêlaient des hennissements d'effroi.

Par bonheur, le diamètre de la vallée où cette course avait lieu était assez restreint pour per-

mettre à nos amis de faire usage de leurs armes ; toutes les fois que l'un des rhinocéros s'arrêtait un instant, la détonation d'un fusil retentissait dans la montagne, et une balle venait frapper le cuir épais des mouchochos.

Ce serait une erreur de croire que la peau du rhinocéros est à l'épreuve des coups de fusil. Malgré son épaisseur, elle se laisse pénétrer par une

balle de plomb * ; et ce n'est pas sans résultat que nos amis tirèrent sur les deux mouchoehos. Hendrik et WUlem surtout, les plus habiles de la bande, visèrent au défaut de l'épaule, afin d'atteindre le cœur et les poumons, où la blessure est mortelle. On obtiendrait le même effet en atteignant le cerveau ; mais cet organe est tellement petit chez cet affreux pachyderme, qu'il est très-difficile d'y loger une balle, et qu'il est beaucoup plus sûr de frapper à l'endroit que visaient nos deux chasseurs.

Bref, grâce à l'adresse de Willem et d'Hendrik, les deux mouchoehos finirent par mordre la poussière. Le jeune fhinocéros ne tarda pas à partager le même sort ; car, au lieu de s'enfuir, le pauvre petit resta auprès de sa mère, agitant la queue et ne se rendant pas compte de ce qui: venait d'arriver.

C'est alors que se produisit une scène très-curieuse qui, après avoir effrayé nos amis, les plongea dans un fou rire, qui se renouvela plus tard chaque fois qu'ils y songèrent.

1. La peau est infiniment plus dure chez le rhinocéros des Indes que chez celui d'Afrique ; si le premier n'avait pas le cuir véritablement divisé par les plis énormes qui le caractérisent, il lui serait impossible de se mouvoir. C'est moins une peau qu'une véritable armure qui le recouvre; le rhinocéros de Java est même plastronné de tubercules pentagones , figurant une série de boucliers, et nous ne croyons pas que l'on puisse traverser une semblable carapace avec une balle de plomb. {Note du traducteur.) •

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Il est rafé que le rhinocéros (|lii Vient d'être frappé d'une balle tombe sur le doté, comme la plupart des animaux. Ordinairement, ainsi que le bison d'Amérique, il s'affaisse sur lui-même, se pose sur la poitrine, et reste ainsi même après qu'il est mort.

Les deux mouchochos que venaient de tirer nos voyageurs, ne firent pa^ exception à cette t-ègle et tombèrent sur le ventre à peu de distance des wagons, où ils restèrent le dos tourné vers le ciel.

Or, il est d'usage, parmi les bushmen, dès qu'on a tué un rhinocéros, de sauter sur le dos de la bête et de lui enfoncer une lame dans la chair, afin de savoir à quoi s'en tenir sur l'état de graisse de l'animal, par conséquent sur sa valeur.

Il en résulta qu'au moment où le plus grand des deux mouchochos tomba sous les coups d'Hendrik et de Willem, notre ami Facetanné, obéissant à la coutume de son pays, s'élança hors dti wagon, courut auprès de l'énorn^e bête, lui sauta sur le dos, et, poussant Un cri de victoire,, lui plongea son asségaï dans la chair, à une profondeur de plus de trente centimètres.

L'animal, qui respirait encore, se releva tout à coup et se précipita devant lui, emportant le bushman dans sa course furieuse.

Les acclamations que Facetanné proférait dans l'ivresse du triomphe s'arrêtèrent sur ses lèvres, et

des cris d'épouvante retentirent dans la vallée ; tandis que le mouchocho, rappelé à la vie par Teffroyable douleur que lui causait la lance du bushman, fuyait aussi rapidement que s'il n'avait pas même été blessé.

Facetanné, d'autre part, n'osait pas mettre pied à terre, dans la ccainte d'être empalé sur la corne du moucbocho, et se cramponnait à la lame, qui, toujours enfoncée dans les chairs, lui servait de point d'appui.

Gomment cet épisode se serait-il terminé si les forces du rhinocéros avaient duré plus longtemps ? Personne ne pourrait le dire ; mais peu à peu la course du mouchocho se ralentit, et le colosse retomba sur les genoux pour ne plus se relever.

Le bushman, lancé par la violence de cette chute à plusieurs mètres du rhinocéros, ne resta pas longtemps par terre et courut à toutes jambes du côté des wagons, où il fut accueilli par des rires inextinguibles. On alla chercher les bœufs, qui furent bientôt retrouvés et ramenés au bivouac. Le gros Willem s'occupa immédiatement de dépecer le petit mouchocho ; et le soir même nos voyageurs se régalèrent d'une côtelette du jeune rhinocéros.

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