‹ Les vacances des jeunes boërsChapitre 59 sur 62 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Combat du gros Willem et du python,

ïl se trouvait précisément que la rencontre de l'énorme reptile était beaucoup plus agréable à notre chasseur que celle de tout autre animal ; en voici la raison : Un jeune docteur de ses amis qui habitait Graaf-Rcinet , et qui se livrait avec passion à l'étude de l'herpétologie, l'avait prié de lui rapporter des peaux de reptiles, principalement celle du python natalensis qui n'habite pas la province du Cap, et ne se voit pas même sur le bord septentrional de la rivière d'Orange.

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Willem avait cherché vainement jusqu'ici la peau du moindre python, et désespérait de satisfaire à la demande du docteur; c'était donc une véritable trouvaille. Quelle gloire s'il pouvait réussir à tuer le monstre! Quel trophée qu'une semblable, dépouille I Ce n'est pas un exploit ordinaire que de s'emparer de la peau d'un serpent qui a six mètres de longueur et quarante centimètres de tour. Auprès d'une pareille victoire, les hauts faits d'Hendrik ne seraient plus que des jeux d'enfants.

L'antilope fut complètement oubHée pour le reptile, qui devint aussitôt le point de mire de notre chasseur.

Willem ne connaissait pas d'autre moyen d'attaquer ce nouvel ennemi que d'agir à son égard comme il eût traité un quadrupède, c'est-à-dire qu'après l'avoir bien visé, il lui envoya une balle dans la partie du corps la plus volumineuse.

Le reptile se déroula immédiatement, abandonna le cadavre de l'antilope, qui n'était plus qu'une masse informe, et s'enfuit en rampant avec une vitesse qui prouvait que sa blessure n'avait pas de gravité.

Willem se disposait à recharger son fusil, lorsqu'il s'aperçut que le reptile se dirigeait en toute hâte vers un monceau de rochers qui avoisinait la montagne; c'était là que le python faisait sa demeure, et s'il parvenait à gagner son repaire, il était certain qu'il ne reparaîtrait plus.

Notre chasseur ne prit pas le temps de recharger son fusil» et, courant parmi les arbres, il suivit la direction que le python avait prise. Malgré la rapi-^ dite de sa marche, le reptile n'allait pas aus^i vite qu'un homme, et en une minute le gros Willem fut tellement près du serpent qu'il aurait pu lui marcher sur la queue.

Toutefois il ne savait comment faire pour engager l'attaque. Il se mit à le frapper avec la crosse de son fusil; mais, bien que ses coups fussent appliqués d'une main vigoureuse, le talon de son arme glissait sur la peau du reptile, qui n'en éprouvait aucun mal, et dont la marche n'en était pas même, ralentie.

L'énorme python ne cherchait nullement à répondre à l'attaque du chasseur, et ne paraissait avoir d'autre désir que d'atteindre son gîte.

Il allait y arriver, car, en dépit des efforts de Willem, il avait gagné les rochers, et déjà la moitié de son corps disparaissait dans une crevasse, qui, sans aucun doute, formait l'entrée de sa caverne.

Le moment était critique; une seconde de plus et la dernière partie du serpent s'éclipsait aux yeux du gros Willem. Notre chasseur était désolé. Que répondrait-il à son ami de Graaf-Reiaet? que dirait-il à Hendrik? Adieu ses rêves de gloire !

Cette pensée décupla son énergie ; plus que jamais il eut envie de réussir. Le serpent n'était pas

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venimeux, la lutte ne serait pas très-dangereuse. Il est vrai que le python pouvait le mordre, mais notre chasseur s'était battu plus d'une fois avec des animaux dont la morsure est cruelle et s'en était rendu maître. Pourquoi n'essayerait-il pas de lutter de vigueur avec l'énorme reptile?

Cette détermination prise , Willem jeta son fusil de côté, saisit la queue du serpent à deux mains et la tira de toutes ses forces.

Il réussit du premier coup à faire sortir une portion du reptile de la fissure où le corps de celui-*ci était engagé ; mais il lui fut impossible de faire rétrograder de nouveau son terrible adversaire. Le monstre avait rencontré sans doute un angle du rocher, qui lui servait de point d'appui et lui permettait de résister à la traction du jeune homme,

Willem tirait toujours sur la queue du python ; jamais, par la tempête, un marin n'a pesé plus for-" tement sur les cordages attachés à la grande voile. Mais impossible de rien gagner; la première moitié du reptile restait toujours plongée dans la crevasse ténébreuse. Les vertèbres du serpent craquaient sous les efforts de notre ami , et cependant le brave chasseur ne gagnait pas un centimètre ; au contraire , il en avait perdu huit ou dix ; chaque fois qu'il relâchait un peu son étreinte , le python en profitait pour reprendre quelques pouces de terrain qu'il ne cédait plus au jeune homme. Il avait;

d'ailleurs l'avantage : il est plus facile d'entraîner que de rétenir.

Le gros Willem avait la certitude que le reptile ne lui échapperait pas, tant qu'il aurait lui-même la faculté de rester debout ; mais à -quoi bon rester dans celle position ridicule? Ce n'est pas ainsi qu'il se procurerait la dépouille du python, et cependant que pouvait-il faire ? Il n'y avait pas de milieu : il fallait tenir ou lâcher. S'il prenait ce dernier parti, le serpent aurait disparu avant une seconde. Il ne pouvait pas se résoudre à le perdre volontairement; le reptile se fatiguerait d'une aussi longue résistance, et impatienté à la fin sortirait de la crevasse.

Si notre chasseur avait eu Tun de ses compagnons avec lui, la chose eût été différente ; son camarade aurait frappé sur le corps du reptile , et il est probable que celui-ci aurait mieux aimé sortir de son gite que de se laisser battre impunément. Par malheur, Willem était loin du bivouac, et per* sonne ne pouvait ni l'apercevoir ni l'entendre.

Tout à coup une idée lumineuse traversa l'esprit du chasseur ; un arbre se trouvait auprès de lui ; par un moyen quelconque , s'il pouvait y attacher la queue du monstre , il n'aurait plus qu'à se procurer un gourdin pour assommer le python. Il fallait peu de temps à Willem pour mûrir ses projets ; c'était l'un de ces hommes qui ont la main prompte à exécuter le plan qu'ils ont formé. Il avait, par

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hasard, dans Ténorme poche de son ample jaquette, une corde solide qui ferait précisément l'affaire, si toutefois il parvenait à la fixer à la queue du serpent. Dans tous les cas, il pouvait essayer.

Se mettant à cheval sur le corps du reptile , Willem serra le python entre ses genoux , réussit à lui passer la corde qui avait un nœud coulant, et finit par attacher l'autre bout de cette corde à l'arbre qui se trouvait auprès de lui.

Quand il eut terminé cette double opération , il cassa une branche assez grosse, et, bien résolu qu'il était de mettre la partie postérieure du reptile en marmelade ou de contraindre le python à montrer les dents, il se mit à frapper à tour de bras sur le corps de l'ophidien. Mais le troisième coup n'avait pas été donné que le reptile sortit de la crevasse avec tant de rapidité que le pauvre Willem fut entouré de ses replis nombreux avant d'avoir pu prendre la fuite. Il ne savait même pas comment la chose s'était faite ; il avait vu tout à coup la tète du monstre darder vers lui sa gueule menaçante, et, comme il se jetait de côté pour fuir cette horrible vision, il avait senti contre ses jambes la peau écailleuse du reptile qui le rapprochait de l'arbre d'où il venait de s'éloigner.

Les anneaux se multiplièrent autour de lui , embrassant à la fois et son corps et celui de l'arbre, contre lequel il se sentait pressé comme dans un

étaa ; puis lliorrible tète réparât en face de son YÎsage, les mâchoires largement distendues , et les yeux flamboyants attachés sur les siens.

La situation était affreuse ; mais le gros Willem ne perdit ni son courage , ni sa présence d'esprit ; de ses deux mams, qui étaient libres, il saisit le monstre à la gorge et s*y cramponna avec toute l'énergie du désespoir. La queue du python, fort heureusement, se trouvait fixée par la corde, et le reptile était pris par les deux extrémités ; autrement, il lui aurait suffi de quelques secondes pour écraser Willem , comme il avait broyé l'antilope ; mais , ne pouvant disposer ni de sa tête , ni de sa queue , il perdait sa puissance de constriction, et ses anneaux entouraient les membres de son en* nemi sans parvenir à les étreindre. Il tordait son cou, repliait son corps , agitait vivement sa spirale frémissante , et ne pouvait rien contre son vigoureux adversaire. ,

La durée de cette lutte effrayante dépendait de celle des forces des deux antagonistes. Willem ne pouvait ni s'éloigner, puisqu'il avait les jambes retenues par le corps du serpent , ni lâcher la tête du python sans être immédiatement broyé ; le reptile, à son tour, ne pouvait pas se dégager des mains de son adversaire , puisqu'il était pris par les deux bouts. Comment donc se terminerait ce duel étrange et qui en sortirait vainqueur?

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Le reptile unirait nécessairement par triompher du jeune homme ; il était impossible à Willem d'étrangler son ennemi , * quelle que fût la pression qu'il exerçât sur la gorge du serpent ; et, lorsque le temps aurait épuisé ses forces , il deviendrait victime du monstre, qu'il ne pourrait plus contenir.

Jusqu'à présent, Willem n'avait pas songé à son couteau de chasse ; il ne se rappelait même pas qu'il l'avait emporté; heureusement qu'il l'avait à sa ceinture ; il en découvrit le manche au-dessous des anneaux du reptile qui lui entouraient le corps. Le saisir d'une main et le tirer de la gaine' fut l'affaire d'une seconde.

Cela suffit au python pour se dégager de l'étreinte du boér ; mais, avant qu'il ait pu serrer ses plis nombreux autour de sa victime, l'arme tranchante du jeune homme lui avait fait une blessure profonde; la tète du reptile se trouvait à moitié séparée du corps. Le chasseur frappa de nouveau son terrible adversaire, et vit enfin la spirale menaçante se relâcher peu à peu et tomber à ses pieds.

Quelques instants après, le monstre avait cessé de vivre ; et Willem, bien qu'il eût la conscience de la gloire qu'il s'était acquise en triomphant d'un pareil ennemi, n'en regretta pas moins d'avoir gâté la peau du serpent qu'il voulait rapporter au docteur.

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