‹ Les vacances des jeunes boërsChapitre 60 sur 62 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

Le guide aa miel.

L'aventure de Willem avec Ténorme python fui reconnue par tout le monde pour la plus merveilleuse de toutes celles qui étaient arrivées pendant ces vacances. Elle surpassait même l'histoire d'Hendrik et du rhinocéros, et fut pendant longtemps le sujet des entretiens du soir.

Chacun d'ailleurs, à l'exception d'Arend, s'était signalé par quelque prouesse éclatante ou avait à raconter quelque aventure périlleuse dont il avait failli être victime. Arend se trouvait le seul qui ne rapportât ni trophée, ni récit qui lui fût personnel, non pas qu'il eût moins de courage ou moins de capacité que ses camarades ; mais il aimait peu la chasse ; et d'autre part les occasions ne l'avaient pas favorisé. Une fois, son cheval était tombé avec lui dans l'une de ces trappes que les sauvages établissent pour prendre les rhinocéros, et qu'ils recouvrent avec soin. Port heureusement que l'épieu qu'ils placent au fond de ces larges fosses avait été enlevé, sans quoi le pauvre Arend et son

cheval auraient eu beaucoup à souffrir de leur chute. C'était le seul événement dont Arend pût faire la narration, et, grâce à l'heureux caractère que chacun se plaisait à lui reconnaître, il riait de bon cœur avec les autres de sa mésaventure. Il avouait, du reste, qu'il n'était pas fait pour explorer le désert. Si, au lieu de parcourir les vastes solitudes, il avait hanté les salons d'une grande ville, son charmant visage, sa tournure élégante, ses manières distinguées, lui auraient valu de grands éloges; mais il ne se souciait pas plus des triomphes qu'il aurait obtenus dans le monde, que des victoires que son courage et son adresse auraient pu lui faire remporter à la chasse. Il ne . désirait qu'une chose , revenir à Graaf-Reinet ; et Willem ne manquait pas de faire entendre à cet égard que certains yeux bleus n'étaient pas étrangers aux goûts sédentaires du beau jeune homme.

Arend devait cependant, avant de revenir au foyer paternel, prendre part, avec tous les autres, à une aventure, qui non-seulement termina leur expédition, mais qui fut bien près d'être la dernière de leur existence.

Ils n'avaient quitté leur vallon émaillé de fleurs que pour aller s'établir dans une plaine également fleurie, dont toutefois les plantes n'avaient pas 1» même caractère. Il s'y trouvait bien des géraniums

et des soucis, mats les cactus et les euphorbiacées y occupaient la plus grande partie du soL

Vevphorbia grandidms s'y élevait au-<lessus de la tête de nos amis ; et la variété» dont la forme est à peu près celle du melon, y croissait à fleur de terre. On remarquait dans le nombre plusieurs espèces vénéneuses ; Yeuphorbia antiqiwrum, par exemple, s'épanouissait à côté de Yamaryllis toxique. Bref, nos chasseurs avaient établi leur camp au milieu d'un terrain presque entièrement occupé par dea plantes dont le suc est un poison mortel.

Et cependant toutes ces fleurs reposaient agréa* blement la vue; elles étaient aussi fraîches, aussi belles que les autres. Des oiseaux voltigeaient parmi les branches ; des abeilles effleuraient, en bourdon^ nant, toutes ces corolles ouvertes ; elles animaient le paysage et rappelaient le toit paternel, dont le souvenir commençait à être bien doux à nos voya<» geurs fatigués.

Nos amis venaient de finir de préparer leur camp et se' reposaient à Fombre, quand leurs regards furents attirés par un oiseau qui alla se percher sur un buisson, à peu de distance de leur bivouac.

De la taille d'un moineau, le pauvre petit ne présentait rien de remarquable, ni dans la voix, ni dans le plumage ; il avait le dessus du corps bruncendré, la poitrine et l'abdomen de couleur grise,

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et son babil pouvait se traduire par un koui koui koui kit d'une harmonie douteuse. Ce n'était pas la beauté de sa parure, ni le charme de sa voix qui provoquait l'attention des voyageurs ; mais ceux-ci n'ignoraient pas que ce petit oiseau, qui sautillait d'une branche à l'autre en agitant la queue, et dont ils entendaient le cri monotone se répéter avec insistance, était le célèbre guide au miel.

Ils avaient eu plusieurs fois, pendant leur voyage, l'occasion de l'apercevoir, et le naturaliste en avait profité pour les mettre au courant d'une habitude singulière qui caractérise cet oiseau. Celui-ci ne manque jamais, lorsqu'il vient à rencontrer un homme, de le conduire à l'endroit où les abeilles ont fixé leur demeure; il voltige de buisson en buisson, de rocher en rocher, répétant son cri d'appel jusqu'à ce qu'il soit arrivé sur les lieux où est située la ruche ; il attend que le voyageur ait dépouillé les abeilles de leur trésor, et va se repaître ensuite des larves que l'effraction lui permet d'atteindre, et des restes de miel qui lui ont été laissés.

On a pendant longtemps révoqué en doute ce merveilleux instinct du guide au miel. Quant à no$ chasseurs, ils avaient la preuve du fait, ayant suivi déjà ce petit oiseau qui les avait conduits, sans hésiter, où il y avait une ruche.

Hans leur avait appris également que le guide au

miel partage avec les coucous la singulière habitude de déposer ses œufs dans le nid d*un autre oiseau ; c'est pour cela qu'il a été classé parmi les eucculidèsy sous le nom de coucou indicateur; il y a même des naturalistes qui en ont fait le type du genre indicator, dont on connaît plusieurs espèces.

La nature, en donnant à l'indicateur un goût prononcé pour le miel, et surtout pour les larves d'abeilles, l'a protégé contre l'aiguillon des défenseurs de la ruche en le couvrant d'une peau épaisse et dure qui lui sert de cuirasse. Néanmoins, Facetanné prétendait que cette précaution n'était pas toujours suffisante, et qu'il avait souvent trouvé, & côté d'une ruche nouvellement pillée, le cadavre de l'indicateur dont les abeilles avaient causé la mort.

Tous ces points d'histoire naturelle étaient connus des jeunes boCrs avant l'apparition du petit oiseau qui venait de se poser dans leur voisinage, aussi nos jeunes gens furent-ils ravis de la présence de l'indicateur ; ils avaient d'autant plus besoin de miel que leur provision de sucre était épuisée, et qu'ils n'avaient rien pour adoucir leur café, dont l'amertume leur était fort désagréable.

Ds se levèrent immédiatement et résolurent d'accompagner le guide au miel, quel que fût l'endroit où celui-ci les conduirait.

Chacun prit son fusil, sella son cheval et mil le

pied à Télrier. Cela vous étonne ; mais quand je vous aurai dit que l'oiseau du miel entraîne souvent le chasseur à six ou sept milles du point de départ, et Tamène quelquefois auprès d*un lion ou d'un rhinocéros, au lieu de le conduire à la ruche promise, vous avouerez que les précautions de nos jeunes gens n'étaient pas inutiles.

Comme ils allaient se mettre en marche, un singulier animal vint à paraître; il était bas sur jambes; plantigrade * par derrière, et avait le museau et la queue d'un blaireau avec lequel il offrait une certaine ressemblance. Son pelage gris sur le corps, noir en dessous, portait une i*aie blanche qui s'étendait des deux côtés, depuis les oreilles jusqu'à la naissance de la queue. Il était plus grand que le blaireau, et se rapprochait à cet égard du wolvé^ renne ou glouton d'Amérique; bref, il avait cet air de famille, qui de prime abord caractérise la tribu des plantigrades. C'était, en effet, le ratel ou mangev/r de miely qui est le représentant de ces animaux dans l'Afrique méridionale.

Nos chasseurs connaissaient également ce quadrupède ; ils savaient qu'il a pour le miel un goût très-vif, et qu'il passe la plus grande partie de son temps à découvrir des nids d'abeilles ; que toutes les fois que la ruche est formée dans la terre, il lui

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