Antilope sauteuse
Ainsi que nous l'avons dit, le reitbok se rencontre dans les bas-fonds marécageux qui se trouvent au bord des rivières, où il se nourrit des plantes qui croissent dans ces régions humides; il en résulte que sa chair est d'une qualité médiocre, et c'est pour cela que nos chasseurs lui préféraient la viande séchée, abandonnant aux deux nègres la venaison de l'antilope de roseaux.
Hendrik et Willem auraient volontiers couru à la recherche de quelque gibier poil ou plume ; mais la présence des lions rendait la chose impossible, et nos amis, ayant coupé une baguette pour s'en servir en guise de broche, suspendirent leur viande boucanée, appelée biltong, au-dessus des charbons ardents. ^
Le lion et la lionne, pendant ce temps-là, conservaient la position qu'ils avaient prise dans la plaine, et attendaient avec patience que la nuit fût arrivée.
Le gros Willem et son rival Hendrik étaient d'avis de chasser les deux félins; mais cependant ils cédèrent aux conseils du naturaliste qui leur rappelait ces paroles de leurs pères : « N'attaquez jamais un lion à moins d'y être obligé, et laissez entre vous et lui autant d'espace que possible. » Il est très-rare qu'un lion se jette sur un homme sans y être provoqué, et l'avis qu'avaient reçu nos chasseurs était rempli de sagesse.
Tout à coup les regards des boërs furent attirés
DES JEUNES BOÊRS. 35
par un nouvel objet : deux charmants animaux s'avançaient dans la plaine; chacun était à peu près de la taille d'un âne, et leur robe était fauve. Bien qu'ils fussent vigoureusement taillés, leurs formes n'en étaient pas moins gracieuses; ils avaient la tête et la face blanches, mais rayées de quatre bandes de couleur sombre , disposées de façon à figurer la têtière d'une bride; la première de ces bandes descendait sur le front, une autre traversait les yeux et rejoignait les coins de la bouche, une troisième entourait le nez, tandis qu'une quatrième, partant de la base des oreilles et passant sous la gorge, complétait la ressemblance que ces lignes présentaient avec un licol.
Une crinière renversée, une raie noire sur le dos, une queue épaisse, également noire et tombant jusqu'à terre se faisaient remarquer chez ces deux belles créatures ; mais ce qui les caractérisait surtout c'étaient les admirables cornes qu'elles portaient toutes les deux; ces cornes étaient droites, minces, dirigées en arrière presque horizontalement, et couvertes d'anneaux réguliers jusqu'à 8 ou 10 centimètres de la pointe qui était aigué comme un fleuret. D'un noir d'ébène, et polies comme de l'acier, elles n'avaient pas moins de 90 centimètres ; et chose singulière, c'était le moins grand des deux animaux, car il y avait entre eux quelque différence de taille, qui avait les cornes les plus longues.
Ainsi la femelle se trouvait mieux armée que le mâle, ce qui est complètement anormal parmi les animaux de cette famille, car les deux arrivants étaient des antilopes.
Il avait suffi d*un coup d'œil à nos amis pour distinguer leur espèce et pour reconnaître Yoryxy Tun des plus charmants animaux d'Afrique, l'un des mieux réussis de la création tout entière.