PLOMBIERES ET SES ENVIRONS
Plombières, bâtie sur îa source même qui la lait vivre, se resserre dans le creux d'une élroile vallée que dominent des montagnes verdoyantes plantées de sapins et de hêtres et semées, çà et là, de blocs erratiques de granit grisâtre détachés de leur gîte primitif et disséminés par quelques-unes de ces convulsions de la nature dont l'histoire n'a pas gardé le souvenir.
Entre ces deux murailles, Plombières ne peut que s'allonger, et ses rues suivent la forme que le terrain leur impose. La principale de ces rues est pavée de dalles, garnie de larges trottoirs et bordée de maisons blanches à deux étages, de l'aspect le plus hospitalier. De légers balcons, rappelant les miradores espagnols, s'appliquent aux
LES VOSGES. n
fenêtres, et leur juxtaposition leur donne l'apparence d'une galerie continue. Celte disposition ne manque ni d'originalité ni d'élégance. A droite et à gauche de la porte des maisons, des bancs tendent les bras à la fatigue ou à la flânerie des malades; car, à Plombières, tout le monde, ou peu s'en faut, est logeur^ Sur la chaussée, les àniers, offrant leurs bourriquets , sollicitent à quelque excursion les petits enfants, auxquels les mères ne tardent pas à se joindre. — Deux autres rues, continuant la route de Luxeuil et la route d'Épinal, tracent leur ruban sur la pente de deux montagnes qui encaissent Plombières à une hauteur de trente mètres et permettent d'apercevoir la ville à vol d'oiseau à travers ce dais de légères vapeurs qui le soir s'élèvent des sources thermales. Sous la ville, dans un canal souterrain de construction romaine, court obscurément l'Eaugronne, une sorte de rivière torrentueuse, le plus souvent sans eau, mais assez redoutable dans ses débordements soudains. Cette voûte, bùUe avec la solidité éternelle- que les Romains apportaient à leurs constructions, supporte sans fléchir les trois quarts des maisons de Plombières. Dans un curage du canal, fait en 1770, on trouva des médailles de bronze altérées par l'action des eaux, mais où se voyaient encore assez nettement les
effigies de Néron, de Vespasien, de Trajan, de Faustine et d'Adrien. Ces bronzes étaient en si grande quantité qu'on les vendait comme vieu.x. cuivre, et qu'un apothicaire peu numismate s'en fit un mortier à piler les drogues; en 1818, de nouvelles trouvailles du nirme genre furent faites dans des fouilles pratiquées à l'angle nord-est du Rain impérial et ne laissent aucun doute sur l'occupation de Plombières par les Romains, s'il en pouvait rester à la vue du canal de l'Eaugronne et de la grande piscine appelée encore aujourd'hui le Rain romain , qui subsista presque intacte dans son ensemble jusqu'au commencement du xvn" siècle. Bien qu'elle ait été entièrement reconstruite, son origine antique ne saurait être contestée. D'après la description détaillée qu'en donne Balduinus Richard de Weissebourg, auteur du xiv' siècle, qui écrivait sur les antiquités de la Grande Relgique, la grande piscine avait cent mètres de long. Sur ses quatre faces, des degrés descendaient vers le fond pavé de larges dalles, et cinq cents personnes, à l'abri d'un vélarium tendu au-dessus du bassin, pouvaient s'y baigner ensemble et même s'y livrer à l'exercice de la natation.
« Je crois, ajoute le chroniqueur, que c'est œuvre d'ingénieurs romains, qui avaient, pour lors, une façon de bâtir et cimenter fort brave et
fort subtile et de durée quasi perpétuelle, comme se voit en leurs hippodromes, arènes et autres édifices. »
Quant à la découverte des eaux thermales ellesmêmes, voici ce que la légende raconte à défaut de l'histoire. La légende, sauf le nom de Labienus, heutenant de César, est assez plausible. Labienus, en hiver, dans les environs du lieu où les eaux chaudes s'échappent du sol, vit un de ses chiens revenir à lui le corps mouillé et tout fumant. Il s'étonna du phénomène et voulut en connaître la cause; il fit rebrousser chemin à l'animal, qui le conduisit à une source chaude. C'était, prétend-on , la source qui s'appelle aujourd'hui la Fontaine du Cncclfix et qui s'est longtemps nommée la Fontaine du Chêne, disent les uns, Fontaine du Chien, disent les autres avec plus de vraisemblance étymologique, ce nous semble.
Excepté le chenal souterrain de l'Eaugronne, l'aqueduc qui conduit encore l'eau au bain romain, les médailles dont nous avons parlé et quelques inscriptions de peu d'importance, on ne trouve à Plombières aucun monument visible de la domination romaine, ni môme, à vrai dire, aucune espèce de monument. L'église n'a rien de remarquable ; elle va être remplacée par une église nouvelle, de style gothique. La maison la plus architecturale de
la ville est celle qu'on nomme la maison des Arcades, bâtie, en 17G0, par Mesdames Adélaïde et Victoire de France. Elle a j^Tand air et fait bonne (igure avec ses portiijues, où les promeneurs trouvent un abri contre les brusques averses. Après avoir servi d'hùlel de ville, la maison des Arcades, qu'on appelle aussi un peu ambitieusement le Palais-Royal, loge maintenant le médecin inspecteur des eaux. L'hôpital remplit bien son office, et la caserne de gendarmerie présente assez heureusement sa façade au soleil. Voilà à peu près tout ce que l'on peut dire de Plombières au point de vue monumental, ce qui ne l'empêche point d'être une ville gaie, heureuse, vivante et d'un séjour charmant. L'aspect de la grande rue, dite rue Royale, a une animation élégante; les fraîches toilettes y abondent, et, sans vouloir suspecter en rien la puissance curative des eaux, leur clientèle comporte autant de gens en bonne santé que de malades. Et lorsque, rassasié du spectacle de la rue, on lève les yeux en haut, on découvre les pentes de deux montagnes parsemées d'arbres, de rochers et de maisonnettes de l'effet le plus pittoresque.
Le bain pris, le verre d'eau thermale absorbé, les baigneurs se dirigent, solitaires ou par caravanes, selon leur goût ou leurs relations, vers les promenades charmantes qui partent de la ville
comme d'un centre rayonnant. Les uns, sortant de Plombières par la promenade des Dames, tournent à droite et remontent, le long du ruisseau Saint- Antoine, jusqu'à un bouquet de bois, à l'ombrage duquel se cache une scierie mécanique qui pourrait fournir un motif d'aquarelle; les autres, plus intrépides, bravant les feux du soleil, dépassent le bols et poussent jusqu'au moulin Joli, où l'impératrice Joséphine, qui atïectionnait particulièrement Plombières, alla plus d'une fois déjeuner.
Quelques-uns, redoutant la fatigue, se promènent sous les beaux ombrages de Tivoli, près de l'établissement thermal, en fumant en cachette le cigare prohibé par le médecin ou en lisant quelque livre de prédilection.
Le parc Impérial entoure de ses ombrages et de ses pelouses à l'anglaise l'habitation où une pensée auguste vient se reposer de ses fatigues et chercher cette solitude qu'il est difficile aux souverains d'obtenir, car l'empereur Napoléon III aime aussi beaucoup Plombières, et chaque année il y vient passer quelques semaines avec le moins de suite et de luxe possible. Plombières a ressenti les bons effets de celte prédilection impériale, et son état est plus florissant que jamais
Quoique nous ne fassions qu'un voyage artistique ou plutôt pittoresque, nous dirons cependant
un mot des deux poliles industries spéciales à Plombières, les fers polis et les dentelles. On exécute en fer toute sorte de menus objets, bijoux, armes en miniature à l'usage des enfants, petits canons, trains d'artillerie d'une délicatesse et d'une perfection rares. Les dentelles offrent souvent des dessins du goût le plus pur qui semblent faits par des doigts de fée. D'où viennentelles? On ne sait. Les mains des paysannes auxquelles on les attribue sont bien lourdes pour ces travaux d'Âraclmé. Des colporteurs les apportent aux magasins; ils les ont recueillies, dit-on, dans les chaumières des contrées environnantes; mais il y a lieu de croire que ces merveilles mystérieuses proviennent d'autres sources et que leur rétribution ajoute quelque bien-être ou quelque élégance à de modestes fortunes. Peut-être un bout de dentelle paye un frais chapeau ou une robe neuve.
Quand on passe la saison à Plombières, il ne faut pas manquer de faire une excursion à Mérival et à la vallée des Roches.
En sortant de la ville par la promenade des Dames, l'on prend un petit sentier couvert qu'on rencontre sur la droite au détour que fait la route enduisant à Remiremont. Par ce chemin boisé et bordé de scieries assez pittoresquement situées, l'on gagne le moulin Joli qui fut autrefois la pro-
menade favorite de l'impératrice Joséphine, mais qui aujourd'liui ne mérite ni son nom ni l'honneur d'une telle visite.
L'endroit occupé par ce moulin n'est plus qu'une grande prairie, où s'élève une vulgaire maison d'habitation qui n'appelle pas le crayon du peintre.
Arrivé là, on s'engage, en tournant sur la droite, dans une route ombragée par places d'ormes, de frênes et d'érables magnifiques, et qui mène à la vallée des Roches. Malheureusement , l'ombre épaisse projetée par ces beaux arbres ne vous protège pas toujours; des espaces dénudés traversant de longues prairies vous laissent longtemps exposé aux ardeurs du soleil; mais après celte épreuve on atteint un bois de haute futaie où la route s'enfonce. De chaque côté, des sapins, droits comme des I, forment avec leurs troncs des quinconces de colonnes végétales à travers lesquelles le regard pénètre très avant, tandis que les sombres verdures, se joignant par en haut, forment un couvert impénétrable qui laisse à peine scintiller quelques paillettes d'azur et d'or. On ne saurait imaginer un plus merveilleux dessous de bois. La lumière, tamisée par l'entrelacement des branches, y descend mystérieuse, chaude et douce, avec des accidents de rayons, des bonnes fortunes de reflet, des magies de couleur à transporter d'aise un artiste. L'effet
est charmant, surtout par une de ces belles matinées d'automne colorées de rose, si favorables à la beauté du paysage.
La forêt dépassée, le sol commence à descendre sensiblement ; vous approchez de la vallée des iïoches, et bientôt vous suivez une route circulant à travers des hêtres et des pins gigantesques qui, à votre gauche, vont se perdre dans la nue et, à votre droite, plantés sur un terrain d'une pente rapide, s'en vont rejoindre le fond de la vallée, que l'on ne peut apercevoir, tant le bois est touffu.
Une percée, pratiquée sans doute à dessein, vous permet d'embrasser à vol d'oiseau toute la vallée des Roches et les montagnes couvertes d'arbres et couronnées de denteluresgranitiquesquil'encadrent de toutes parts.
Là, il faut faire une pause et, abaissant ses regards vers les profondeurs, tâcher de discerner quelques détails dans ce vaste ensemble. Après quelques minutes de contemplation, on finit par découvrir, au fond de la vallée, à travers les touffes de végétation, les maisons ou les chalets disséminés çà et là, mais si petits qu'ils ressemblent à ceux qu'on rapporte de Suisse dans des boîtes.
Après ce temps d'arrêt l'on se remet en marche; mais, au lieu de tourner à droite pour suivre le chemin qui conduit au val d'Ajol par la vallée des
Roches, vous allez droit devant vous et vous gagnez Hérival, site plein de calme et de repos, où s'élevait jadis une abbaye que le temps et les hommes, plus destructeurs encore que le temps, ont fait disparaître. Du vieux monastère il ne reste qu'un portail, restauré sous le règne de Louis XIV selon le goût de l'époque et qui n'a rien de remarquable.
Ce site frais, solitaire et sauvage, sert souvent de but de promenade à l'empereur Napoléon III que n'y poursuit pas l'importune curiosité des baigneurs de Plombières.
Sur l'emplacement qu'occupait l'antique abbaye il existe encore un bâtiment assez considérable et transformé en ferme, dont l'aspect abandonné ajoute au pittoresque du lieu. Quelques robustes et superbes noyers jettent leur ombre aux murailles brunies; le houblon, le herre, la vigne sauvage, festonnant de leurs guirlandes flexibles et gracieuses le tronc et les branches de ces beaux arbres, composent un tableau charmant qui rappelle la Halte au caharet ou la Fête du mlîage d'Ostade.
Non loin de ce paysage d'un caractère tout intime et tout flamand, comme pour lui faire contraste, se eresse dans une gorge étroite une belle forêt de sapins et de hêtres fermant le vallon. D'IIérival, à main droite, sur la pente boisée qui domine le val»
VOUS apercevez encore les vestiges de cet ancien couvent abandonné et rebâti au fond de la vallée, dont le souvenir a fait donner à la montagne ce nom « les Vieilles-Abbayes », qu'elle porte encore.
Un ruisseau limpide traverse et arrose le vallon d'Horival aménagé en riches prairies et va se perdre dans un petit étang ou réservoir servant à faire marcher un joli moulin, modestement abrité du vent et du soleil par d'épaisses touffes d'aunes que dominent quelques sapins.
Quel plaisir de rêver nonchalamment au milieu de ce délicieux paysage, loin des importuns, dans une soUtude dont le silence n'est troublé que par le roucoulement des tourterelles et le bourdonnement des abeilles allant picorer leur miel sur les fleurs des présl La chaleur vous fatigue-t-elle, la forêt prochaine a des tentes vertes et des lits de mousse émaillés de pervenches, tout préparés pour votre sieste.
Oh ! quelle douce vie on mènerait au sein de cette calme retraite! On est là si joyeux, si libre, si dégagé du monde, si loin de tout souci 1 II semble que le malheur ne nous trouverait jamais dans cet asile obscur et paisible.
Si Tair vif et balsamique des champs vous a ouvert l'appétit, la ferme voisine vous offrira, avec sa cordialité hospitalière, une frugale collation
préférable aux meilleurs repas. Reposé et restauré, vous vous remettrez gaiement en route à pied ou à ctieval, selon votre fantaisie, et vous continuerez votre pèlerinage à la vallée des Roches,
Vous laisserez en arrière, après une demi-heure de marche, la scierie placée à votre droite, et vous traverserez un pont rustique en bois, ombragé de hf '""es et de sapins dont les branches couvrent, comme un berceau, le petit sentier au bout duquel un poteau indicateur vous enseigne le chemin à prendre pour monter, à travers la forêt, jusqu'à la cascade de Géhart.
Là commence une pittoresque ascension que le nouveau chemin carrossable n'a pas trop dépouillée de son charme sauvage. Au-dessus de votre tête la forêt s'élève à des hauteurs que le regard ne peut déterminer, A vos pieds se creuse le ravin au fond duquel coule le ruisseau alimenté par la cascade.
Toute cette forêt, plantée de sapins, de hêtres et de mélèzes de la plus belle venue, est fort accidentée et d'une couleur magnifique. Les arbres s'y enchevêtrent pitloresquement, et le mélange des essences rompt d'une manière très harmonieuse le ton sombre qu'ont ordinairement les sapinières. Ces verts d'une gamme variée produisent un excellent effet. Les terrains où s'accrochent ces
arbres vigoureux sont très mouvementcs ; des nappes de mousse veloulëe les couvrent par places ; ailleurs, la roche perce et montre ses saillies anguleuses. Plus loin, des lierres terrestres, après avoir rampé sur le sol, rencontrent un tronc qu'ils enlacent et montent en se contournant jusqu'aux branches, où ils suspendent leurs festons; dans d'autres endroits, de superbes blocs de granit rose et blanc, plaqués de mousses soyeuses et pourprées, gisent mollement sur un lit de bruyère en fleur ; il y a là de quoi ravir le goût le plus exigeant.
Ce chemin gravi, on se trouve en face de la cascade de Géhart, laquelle, il faut l'avouer, n'a rien de bien grandiose. L'été, il lui manque souvent une chose importante pour une cascade, c'est-àdire de l'eau. De minces filets rayent à peine le roc aride et nu où les nappes bouillonnantes devraient écumer; mais quoique Ton soit un peu désappointé , le site vous dédommage complètement : si la curiosité n'est pas très remarquable, le chemin qui y mène est une merveille.
Près de la cascade de Géhart, il existait autrefois de gigantesques sapins, les aînés de la solitude, les colosses de la forêt, abattus et exploités depuis qu'on a fait une route permettant d'amener au bas de la montagne les arbres coupés sur les
hauteurs. L'industrie joue de ces tours à l'art. Les peintres soupirent, les propriétaires se frottent les mains ; ainsi va le monde. Il en reste cependant encore assez pour que la beauté du site n'en souffre pas.
La cascade est couronnée par le sommet de la montagne et entourée d'une immense forêt, dont les arbres énormes s'accrochent avec leurs racines comme avec des doigts monstrueux aux blocs de granit qui leur servent de base. Lorsqu'un rayon de soleil traverse ces épaisses ramures, effleure les fûts des sapins ou des frênes, dore les mousses, met des diamants aux gouttes d'eau, il se produit des effets à faire la joie et le désespoir de Tartiste.
Pour redescendre dans la vallée, on traverse un pont de bois jeté d'une rive à l'autre du ravin oi!i coule la cascade, et on parcourt un chemin non moins pittoresque que celui par lequel on a gravi la montagne; puis l'on prend une allée couverte et très ombragée qui ramène à Plombières en passant par le val d'Ajol.
Malgré la longueur de la promenade, malgré les ascensions pénibles à travers les roches sur des pentes abruptes et [par des sentiers perdus, vous oubliez les fatigues de cette course au milieu des forêts, tant la beauté des sites, la variété des effets, la richesse de la couleur ont enchanté votre
regard, et vous voyez à "regret le soleil disparaître derrière la montagne; vous en voulez à la nuit d'abaisser si tôt son voile sur toutes ces merveilles.
Las, mais résolu à revenir, vous quittez enfin la vallée des Roches, non sans jeter un coup d'œil sur deux pierres bizarrement posées à quelque distance l'une de l'autre au sommet de la montagne : la pierre Buzonière et la pierre Tonnerre ; vous regardez aussi, par acquit de conscience, sur les hauteurs de la Vêche, une enceinte en pierres sèches qui passe pour avoir été le camp du duc Charles de Lorraine : singulière idée de s'être allé percher là-haut, sur des roches stériles, pour y mourir de faim et de soif.
Ces devoirs de touriste accomplis, l'on redescend dans la vallée, et, après avoir traversé Faymont, gagné le val d'Ajol, où sont établies plusieurs usines servant aux petites industries particulières du pays, et suivi le chemin à pente douce et en spirale qui ramène à Plombières, on s'arrête au sommet de la montée, à la « Feuillée-Nouvelle », lieu de rendez-vous et de promenade des baigneurs.
De ce point l'on joîcit de ce qu'on appelle vulgairement une belle vue, c'est-à-dire d'une immense étendue déployée à vos pieds comme une carte
géographique. Ces., \..ile, assurément, mais ce n'est pas beau, et l'art ne trouve rien pour lui dans ce vague horizon bleuâtre si fort admiré des Philistins.
Nous lui préférons de beaucoup, pour notre part, la vue du val d'Ajol, prise de la Feuillée-Dorothée ou Ancienne-Feuillée; de là, l'œil embrasse en droite ligne toute l'étendue de la vallée; de chaque côté, sur de hauts coteaux boisés, s'étagent des habitations tapissées de lierre et entourées de leurs vergers qui leur donnent un aspect gracieux et charmant. Tout le val se découvre avec son hameau placé au centre et dont le nom est Laitre. Une heure suffit pour s'y rendre, car il n'est séparé de Plombières que par une crête de montagne qui court du nord-est au sud-ouest.
Sur la droite, au couchant, se dessinent les lignes bleuâtres des montagnes appartenant à la Comté et à la Bourgogne. De ce côté s'élève la cote de Saint-Valbert et, plus loin, celle d'Aigremont.
Au fond, par delà le val d'Ajol, on découvre les gorges d'Outremont, les hauteuri de Fraileux et la ville de Faucogney, qui fut le séjour de saint Colomban, l'apôtre et le convertisseur des Vosges.
A gauche, le regard est borné plus promptement par les replis de montagne dans lesquels se cache
la vallée d'ilérival, el sur un plan plus rapproché par la montagne à dentelures de la Vôchc
Après cette course qui a duré toute une longue journée bien courte, on rentre à Plomblrres, enchanté, alTamé, par la promenade de Tivoli.