RACE NORMANDE
Nous avons inscrit les principales races par ordre d'aptitude laitière. Mais au point de vue de la quantité de lait donné pendant une année, M. Cornevin a établi une autre classification, d'ailleurs très légitime, sur laquelle nous aurons à revenir en traitant de la production du lait.
Race normande. — Nous ne connaissons pas, en France, une race plus régulièrement laitière que la race normande.
Pour M. A. Sanson, elle est une variété de sa race germanique, [B. T. Germanicus), qui serait dolichocéphale.
La crête du chignon présente deux-sommets séparés par une courbe légèrement infléchie en avant. Les chevilles osseuses, qui supportent les cornes, sont insérées horizontalement et très arquées en avant. Leur coupe est très nettement circulaire. On distingue deux sous-races de la race normande : la cotentine et Xaugeronne.
A. Sous-race cotentine. (fig. 18). — Elle serait, d'après M. de Kergorlay, la première race laitière du monde pour la qualité sinon même pour la quantité du lait.
MM. Rossignol et Dechambre font, une race particulière de la sous-race ou variété cotentine. C'est, pour ces auteurs, une hypermétrique, médioligne à profil concave.
Les animaux du Cotentin sont de très grande taille ; mais il y a une notable disproportion entre les mâles et les femelles. Cependant les vaches sont encore d'une taille élevée pouvant atteindre jusqu'à l'",'i5. La tète est forte, courte, à profil concave. La bouche est
i8 LES VACHES LAITIERES
grande et le mufle est très large. Les oreilles sont grandes et assez épaisses. Les cornes, relativement courtes, arquées en avant et quelquefois relevées à la pointe, sont lisses et présentent dans le milieu de leur longueur un reflet blanc mat d'ivoire qui manque très rarement.
Le squelette est volumineux et laisse voir de grosses saillies osseuses, particulièrement dans la région delà croupe. La base de la queue est noyée dans les ischions très volumineux. La fesse est rectiligne et assez des-
Fig. 18. — Vache cotenline.
cenduc. Le cou est grêle. La poitrine a une faible capacité eu égard au volume du sujet. La côte est plate surtout dans la partie antérieure de la poitrine qui parait sanglée en arrière de l'épaule. Le garrot est tranchant, le dos assez saillant, mais souvent aussi cnsellé. Les reins longs sont peu larges de même que les hanches assez grosses. La croupe parait étroite. Le ventre est toujours volumineux, descendu et quelque-
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fois avale. Les mamelles attachées haut, volumineuses, à trayons gros régulièrement disposés en carré, sont généralement bien conformées. Chez les vaches un peu âgées, on les trouve pendantes et irrégulières.
La peau est assez épaisse ; mais elle est souple, se comprimant à la pression des doigts ou de la main. Le fanon est peu développé et ne part que de la partie moyenne ou inférieure du bord inférieur de l'encolure.
Le pelage de la sous-race cotentine est rouge plus ou moins foncé, allant de l'alezan clair au rouge-marron, et mélangé de bandes noires transversales qui rendent la robe bringèe. Ces bringeures sont caractéristiques en Normandie, bien qu'elles se trouvent chez d'autres races artificielles créées par croisement, comme l'a démontré M. Cornevin. Le pelage, aussi foncé qu'il puisse être, présente toujours des surfaces blanches plus ou moins étendues dans diverses régions du corps, mais toujours à la tète. Ces taches blanches sont parsemées de petits îlots de poils rouges. Les paupières, le mufle et les ouvertures naturelles sont rosés. Cependant à l'anus et à la vulve on trouve souvent une coloration jaunâtre, beurre frais.
La physionomie douce indique le bon caractère des animaux de cette race. Généralement les taureaux ne sont pas trop méchants.
La sous-race cotentine donne assez communément des vaches très fortes laitières. On en a cité plusieurs qui donnaient, au moment de leur plus forte lactation, jusqu'à 45 litres de lait par jour (A. Sanson). En général le rendement parait être de 10 litres par jour pendant 340 jours, ou 3,400 litres par an (A. Sanson). Il est
possible que ce rendement soit atteint dans les pâturages de la Normandie. Il nous paraît cependant exagéré, et nous considérons comme plus exact, d'après nos propres observations, le cbiffre de 2,700 litres par an, indiqué par M. Cornevin.
La proportion de beurre provenant du lait des cotentines est assez élevée d'après les analyses au galactobutviomètre de Marchand, de Fécamp. Cette proportion serait de 3,88 sur 12, iO de matière sèche (Aujollet). Dans tous les cas il ne parait pas y avoir de beurre pins succulent, plus délicat que celui cpie fournit la vache cotentine. On sait aussi que c'est la crème, c'est-à-dire le beurre, qui donne au lait son arôme particulier. La cotentine qui n'est plus laitière est d'un engraissement facile mais tardif (E. Tisserant).
L'éleveur du Cotent in cherche à conserver, par une sélection qui pourrait être plus minutieuse, les caractères de pureté de sa race bovine.
La sous-race cotentine constitue, d'une manière exclusive, le bétail du département de la Manche. Elle occupe la plus grande partie de celui du Calvados. On la rencontre également dans l'Orne. Elle est très répandue dans les départements de l'Oise, de Seineet-Oise, de Seine-et-Marne, du Loiret, d'Eure-et-Loir, et de l'Yonne. Mais elle ne s'y maintient, sans trop dégénérer, ni perdre ses aptitudes laitières et beurrières remarquables, qu'à la condition que les éleveurs prennent les reproducteurs mâles dans le Calvados ou la Manche.
Nous pourrions citer, à cet égard, l'exemple d'une des meilleures vacheries de l'Yonne, appartenant à un agriculteur fort distingué, M. de Fontaine, qui a dû