RACE LIMOUSINE
« La race limousine, disent MM. Rossignol et Dechambre, pourrait être avantageusement employée pour améliorer le bétail du bassin de la Garonne, à cause de sa meilleure conformation et de ses aptitudes laitières plus marquées. »
Nous croyons donc avec raison pouvoir ranger cette magnifique race parmi les laitières françaises.
La race limousine est dolichocéphale, avec le chignon à un seul somme! accentué. Les chevilles fronce
talcs sontà coupes elliptiques et assez grosses à la hase et insérées un peu obliquement de haut en bas. L'arcade incisive est relativement peu large. Le profil de la tête est droit ; la face est allongée, triangulaire, ni aplatie ni tranchante (A. Sanson).
C'est une eumétrique, médioligne, à profil convexe (Rossignol et Dechambre). Nous considérons qu'il faut mettre assez de bonne volonté pour trouver le profil véritablement convexe.
Si on se reportait aux anciennes descriptions des auteurs qui ont étudié la race limousine, Magne, E. Fisserant, etc., il serait impossible de reconnaître la race que nous voyons aujourd'hui dans les concours comme étant la race limousine. Ce qui prouve bien que, par suite des améliorations culturales, elle a été elle-même l'objet de soins particuliers qui l'ont complètement transformée.
De taille moyenne ou un peu au-dessus, la race limousine présente une tète peut-être un peu volumineuse avec des cornes assez grosses, aplaties il la base, noirâtre aux extrémités. Le mufle, les paupières et les ouvertures naturelles sont rosés. La bouche est moyennement grande.
E. Tbiebrt. \ aclics laitières. 5,
L'encolure un peu forte présente à son bord inférieur un fanon parfois assez développé, partant de la lèvre inférieure et s'étendant jusqu'entre les membres de devant. Le clos droit parait un peu fléebi en raison de la croupe large et élevée. La poitrine est ample avec la côte ronde.
La vache est généralement beaucoup plus petite que le mâle avec un squelette fin. La mamelle, s'étendant peu en avant sous l'abdomen, est mal conformée. Au concours de Paris (1895), nous avons rencontré de très belles vaches avec un pis magnifique et assez étendu en avant.
Les membres assez forts sont très charnus dans la région supérieure, avec des fesses et des cuisses convexes.
La peau est généralement fine et souple chez les vaches. La robe est blonde, froment loncé plutôt que clair. Beaucoup d'individus ont des poils fins et frisés.
L'aptitude générale de la race est un peu le travail et beaucoup la production d'une viande succulente et abondante. Au point de vue de la qualité et du rendement la race limousine est bien supérieure h la race Durham et, à ce point de vue, comme à bien d'autres, comme le dit M. A. Sanson, elle n'a pas dit son dernier mot.
Le rendement moyen annuel est de 1,500 à 1,600 litres d'un lait riche en caséine pouvant être employé à la fabrication d'excellents fromages.
La race limousine se rencontre dans la Creuse, la Vienne, la Haute- Vienne, la Dordogne et les contrées limitrophes où elle a formé un certain nombre de
les variétés de boucherie.
RACE LOtfRDAISE 83
a On a cherché, dit M. Aujollet, à augmenter la taille et le poids de la race limousine, en la croisant avec le Salcrs ou le D urbain ; l'expérience a montré que c'était une folie. Une race si précieuse doit être conservée avec ses qualités ; c'est par les soins et par la sélection qu'on parviendra à développer encore les parties qui fournissent les morceaux de premier choix » .
Nous ajoutons que, quand on le voudra, en faisant une sélection rigoureuse, en donnant, de lionne heure la femelle au taureau, en soumettant la mamelle à une gymnastique convenable et précoce, on créera des familles qui deviendront, par la suite, une variétébonne laitière de la race limousine.
Race lourdaise ou d'Urt. — Elle habite, sous ces deux noms différents, les départements des Hautes et des Basses-Pyrénées. Elle paraît être très voisine de la race limousine dont elle se distingue par son moindre volume et son pelage plus clair.
En même temps que travailleuse, la vache de Lourdes est assez bonne laitière, arrivant à un rendement annuel de 1,100 litres de lait employé à la fabrication du beurre.
Soitdans la variété de Lourdes, soit dans celle d'Urt, qu'il est impossible de distinguer réellement l'une de l'autre, on trouve des familles remarquables très améliorées.
Races étrangères.
La France n'a pas la spécialité des races laitières remarquables. Parmi les races étrangères, il en est
8i LES VACHES LAITIERES
un certain nombre qui possèdent des qualités au moins égales et mêmes supérieures à celles des nôtres. De même que pour les vaches laitières françaises nous ne nous occuperons ici que des races pouvant, avec profit, être exploitées sur notre territoire, ou utilisées pour des croisements en vue de l'augmentation de la production du lait. Nous étudierons donc seulement les
— Vacho hollandaise (11g. empruntée à Gorncvin, zootechnie).
races hollandaise, danoise, suisses comprenant la schwitz, les races de Berne et de Fribourg, etc. ; d'Avn, des Iles de la Manche, de Kerdy et de Duiuiam. Ce n'est pas que nous considérions cette dernière comme une laitière, mais elle a joué et joue encore un rôle si considérable dans les croisements des races bovines
RACE HOLLANDAISE
que nous ne pensons pas pouvoir nous dispenser d'en faire une étude spéciale.
Race hollandaise (fig. 25). — Cette race constitue, pour le professeur A. Sanson, plusieurs variétés importantes de la race des Pays-Bas [B. T. Balaviciis). Elle est dolichocéphale, avec un chignon sinueux et saillant entre les cornes et en avant. Cette liane du chignon est particulièrement caractéristique. Les chevilles frontales se détachent horizontalement et perpendiculairement au plan médian du corps. Elles sont peu développées, très arquées en avant, quelquefois relevées ou un peu abaissées à la pointe. La coupe de leur base est elliptique à grand diamètre oblique de haut en bas et d'arrière en avant. Les cornes semblent donc un peu comprimées dans le même sens au lieu d'être coniques (A. Sanson).
Le chanfrein est étroit, l'arcade incisive petite, la face triangulaire avec profil saillant.
MM. Rossignol et Dechambre font, delà hollandaise, une hypermétrique longiligne à profil concave (?) (fig. 26). H y a là une petite exagération systématique de la théorie ethnologique des auteurs.
La race bovine hollandaise, telle que nous la connaissons, surtout en France, par les femelles infiniment plus nombreuses que les mâles, présente des caractères tels qu'il est
difficile de la confondre avec aucune autre race, si ce n'est avec la flamande qui a tant de points de ressem-
Fig. 26. — Profil do vache hollandaise.
blance qu'on peut penser, avec M. Sanson, qu'elles ont toutes deux la même origine.
Les auteurs zootechnistes distinguent plusieurs variétés hollandaises qui ne paraissent pas avoir de différences tranchées ; et ces différences, qui résident dans la taille plus ou moins élevée et, un peu dans les formes plus ou moins régulières, sont dues à un ensemble de conditions locales climatologiques, géologiques et culturales différentes. Nous signalerons d'ailleurs ces variétés quand nous aurons terminé l'étude du type hollandais.
La race, dont s'agit, est d'une taille qui dépasse ordinairement la moyenne.
La tète est fine (fig. 27), un peu longue, avec un front ordinairement large et une face étroite 1 . La bouche est relativement petite avec un mufle noir comme les paupières. Les cornes petites, courtes, aplaties sont recourbées en avant et un peu en haut, mais souvent aussi en bas. Klles sont le plus souvent noires ou grisâtres, mais toujours noires aux extrémités, comme les onglons.
L'encolure est fine, mince ; le corps long avec la poitrine assez ample. On ne trouve plus guère aujourd'hui de sujets à <c poitrine conique et étroite » (E. Tis-
1. D'après la description de M. Sanson et la figure 27. Il est facile de voir que le profil serait plutôt convexe que concave quoi qu'en disent MM. Rossignol et Dechambre.
RACE HOLLANDAISE
seront).. Le dos est droit, les reins larges comme le bassin. Les hanches sont assez sorties. Laquelle assez, courte, bien attachée ou attachée bas, est noyée entre les pointes des fesses. La culotte et toute la région de la fesse et de la cuisse ne sont pas très musclées. Cependant nous connaissons en Bourgogne, et particulièrement dans le département de l'Yonne, un certain nombre de familles de la race hollandaise qui, bien soignées, fortement alimentées, ont acquis, après deux ou trois générations au plus, une fesse descendue, convexe avec une croupe très charnue (cul de poulain) qui auraient souvent fait penser, n'était la pureté des caractères de la robe et de l'ensemble, à des croisements aveclenivernais(Durham-Charolais). Et cependant nous avons la certitude qu'il n'y a jamais eu mélange de ces familles avec d'autres familles d'autres races quelles qu'elles soient. Nous avons eu, dans divers concours régionaux, occasion d'assister et de prendre part ii de sérieuses discussions relatives à la pureté contestée des animaux exposés comme hollandais, en raison de la conformation acquise des régions postérieures.
Les membres sont lins et même un peu grêles. Ce qui tient à la finesse même de tout le squelette.
Les mamelles sont bien développées, de forme lenticulaire, régulières, s'avançant sous l'abdomen, avec des trayons petits disposés en carré.
La peau fine et souple, ne présente qu'un fanon rudimentaire. Le pelage est ordinairement pie-noir ou pie-rouge el quelquefois même complètement rouge. Nous avons vu au commencement d'octobre 1892, chez un agriculteur fort distingué et très habile éleveur du Loiret, M. C. Bizouerne, de Secval, près Pithivicrs,
une très belle famille de hollandais purs qui, chez certains individus à peu près complètement rouges, rappelaient à s'y méprendre les caractères de la flamande. Ceci semble donner une fois de plus raison à l'opinion ferme du professeur A. Sanson qui veut que le hollandais et le flamand ne soient que des variétés d'une même race, celle des Pays-Bas. Aussi bien: mêmes formes générales, mêmes caractères spécifiques du crâne et de la face, mêmes aptitudes, mêmes défauts chez les deux types.
La vache hollandaise a les formes anguleuses ; et si elle paraît avoir la poitrine étroite, cela tient au développement considérable de l'abdomen, fait qui se remarque chez toutes les femelles éminemment laitières. Or, on sait que la hollandaise est une laitière remarquable donnant une moyenne annuelle de 3,400 litres d'un lait relativement pauvre en matières grasses; on trouve même des sujets donnant jusqu'à 4,000 litres (A. Sanson), et jusqu'à 4,800 litres pour une période de lactation de 340 jours (Rossignol et Dechambre). Nous avons connu, chez un agriculteur d'Auxerre, M. T. Geste, une vache hollandaise donnant, pendant les trois premiers mois après le vêlage, 45 litres d'un très bon lait. Cette race, dont la production allait decrescendo, donnait encore 10 litres de lait par jour après le huitième mois de la gestation.
D'après M. Aujollet, l'analyse moyenne du lait de vache hollandaise ne donnerait que 10,30 °/ de matière sèche dont 2,70 de beurre et 3,20 de caséine. C'est en somme un lait pauvre propre surtout à être vendu et consommé en nature, du moins en France.
Si la race bovine hollandaise est impropre au travail,
■fw-
RACE HOLLANDAISE 89
elle a une disposition marquée pour l'engraissement. Et, de fait, nous avons souvent constaté qu'après leur troisième veau, des vaches hollandaises hien nourries, devenaient impropres à la production laitière et s'engraissaient très rapidement, fournissant une viande de première qualité. Mais ce sont des animaux délicats pour lesquels il faut choisir les aliments, et plus exigeants sur la qualité que sur la quantité.
La race hollandaise, originaire des polders, se rencontre dans les provinces de Frise, de Groningue et de presque toute la Hollande. On la trouve très répandue en Belgique et dans le nord de la France. Elle s'est propagée avec ses qualités dans le bassin de la Seine, dans le centre et dans l'est de la France, et particulièrement dans la Haute-Saône où nous en avons trouvé de singuliers échantillons dans le canton d'Hcricourt chez un agriculteur, grand coureur de concours plutôt qu'éleveur de mérite. On la rencontre aussi dans leDoubs où on l'a croisée, sans grand succès d'ailleurs, avec le Durham. Mais elle ne paraît pas avoir réussi au sud de la Loire, non plus que dans la vallée du Rhône pour des raisons que nous exposerons plus loin.
Pour M. A. Sanson, il y a trois variétés hien disdinctes de vaches hollandaises. L'une, qui est la grande variété que nous venons de décrire; « l'autre, la moyenne, habite la province de Zélande, dans le nord et le sud-Beveland et la Flandre hollandaise ; la troisième enfin, qui est la petite, se rencontre dans les landes et les terres sableuses des provinces de Drcnthe, d'Overyssel, de Gueldrc, d'Utreeht, de Brabant septentrional et de Limbourg. »
En vérité, dans toutes ces contrées il y a des échanges
des diverses variétés de la race bovine hollandaise qui, à des degrés différents, sont toutes de bonnes laitières] en tenant compte bien entendu de la taille et de la richesse de l'alimentation à laquelle on les soumet.
Race danoise. — M. Aujollet décrit une race danoise « comprenant plusieurs variétés se distinguant entre elles par la taille et par la robe variant du rouge paille uni au rouge blanc, au rouge noir ou au pienoir ». Cette race, originaire du Schlwig-Holstein, comporterait une variété particulièrement intéressante,' celle d'Angeln habitant leJutland.
Ce ne sont en. somme, et à vrai dire, que des variétés plus ou moins pures du hollandais, ayant des qualités laitières moindres et ne paraissant avoir qu'un intérêt médiocre pour les éleveurs français.
Races Suisses. — Notre petite voisine, la République helvétique, possède des races bovines remarquables ayant toutes des titres sérieux à l'attention des éleveurs, des nourrisseurs, de tous ceux enfin qui exploitent les bovidés au point de vue de la production laitière, du travail ou de la viande. Ces races, avec des caractères particuliers varient selon les contrées et le milieu climatologique. Nous n'étudierons ici que les races vraiment intéressantes comme laitières et qui sont plus particulièrement importées et exploitées en France. Nous nous restreindrons donc à deux races qui ont, en Suisse même et en France, quelques variétés assez estimées; ce sont la race schwitz et la race de Berne ou de Fribourg.
A. Race schwitz (fig. 28). — Cette race, tant par elle-même que par ses variétés, est répandue dans environ la moitié du canton delà Suisse sous le nom de
Fig. 28. — Vache Schwitz (d'après uno photographia communiquée par M. Ch. Martenol).
Braunwich ou bétail brun. M. A. Sanson n'en fait qu'une variété importante de la race des Alpes (B. T. Alpinus). Elle est dolichocéphale, elle a, comme la race tarine, dont elle paraît bien être la souche, la ligne du chignon sinueuse à deux sommets assez élevés au-dessus de la base des cornes. « Les chevilles osseuses, à base large et circulaire, sont insérées à peu près horizontalement, un peu courbées en avant d'abord puis relevées à leur pointe. Elles sont courtes relativement au volume ordinaire du crâne » (A. Sanson). L'arcade incisive est large. L'ensemble de la tète est court et camus avec la face large et plate.
La race schwitz est une eumétrique, bréviligne à profil droit (Rossignol et Deehambre).
Elle est de taille moyenne et même un peu au-dessus. Son squelette est souvent assez volumineux. La tète paraît courte, large, avec des cornes en lyre basse (Rossignol et Deehambre), fortes, grises ou noires. Les oreilles sont grandes et épaisses et garnies à l'intérieur de longs poils blancs ou grisâtres. L'œil est vif. La bouche est grande avec un mufle large de couleur noire ou bleuâtre, ainsi que les paupières. « L'anus, les lèvres de la vulve, le scrotum sont toujours tachés de noir. Jamais ils ne se montrent rosés ou couleur de chair chez les sujets purs. » (A. Sanson.)
L'encolure est assez musclée. Le corps est long, rond, avec le dos assez droit mais souvent aussi un peu creux. Le poitrail est large, la poitrine ample. La croupe est haute avec les hanches larges. Les membres sont forts, avec de belles articulations et de bons aplombs. Les onglons sont noirs. Les épaules, les cuisses et les fesses sont bien fournies.
Les mamelles volumineuses, à gros trayons irréguliers, sont souvent taillées à pic à leur bord antérieur ne s'étcndant jamais en avant sous l'abdomen. Cependant dans certaines familles très améliorées on trouve des mamelles assez prolongées en avant. Elles sont toujours recouvertes de poils blancs, fins et longs.
La peaa est épaisse, un peu dure. Mais on la trouve assez souple chez les animaux bien entretenus. Le fanon est large et épais sous le cou. Les poils sont rudes. « Le pelage va du brun foncé au café, au gris clair, jaunâtre ou blanchâtre, et entre ces extrêmes se trouvent toutes les nuances intermédiaires. Mais toujours les sujets sont d'une seule couleur, et ils ont tous le signe caractéristique d'une zone plus claire, blanche ou d'un gris brillant autour du mufle. Sur toute la longueur de l'épine dorsale il y a une raie de poils aussi plus clairs, nettement tranchée, gris blanchâtre ou jaunâtre qui va parfois jusque sur le chignon. A la face interne des cuisses, sur les mamelles et sous le ventre, jusque sur la poitrine et les membres antérieurs, il y a de même, ordinairement du moins, une dégradation de la nuance des poils (A. Sanson). Aux parties antérieures du tronc et sur les membres antérieurs, le pelage est toujours plus foncé, de même que les poils du chignon très fournis et frisés. La robe, facile a reconnaître, est en vérité difficile à décrire. Mais elle est certainement caractéristique de la race; car, dans les croisements mêmes elle se perpétue après de longues années. Encore aujourd'hui, dans certaines communes du canton de Flogny (Yonne), on trouve des animaux avec cette robe lixée, mais un peu modifiée, par des taureaux schwitz introduits dans
la contrée en 1852 par le marquis Anjorrant, bien que depuis 1857 aucun sujetpur n'aitété amené. Cette fixité de la robe donne raison à la théorie de M. Cornevinqui considère que les phanères et leur coloration sont de véritables caractères ethniques.
La vache de schwitz, qui s'engraisse facilement et donne une chair médiocre, grossière, peu savoureuse 1 , est bonne laitière. Elle donne jusqu'à 2,800 litres dé lait par an (Cornevin) et même 2,900 (A. Sanson). Nous connaissons une étable, dont nous parlerons plus loin, où les vaches, au nombre de 20 a 25, donnent, jusqu'à 3,100 à 3,200 litres de lait par an. Le lait riche en matière sèche contient plus de matières grasses que de caséine.
La race schwitz a plusieurs variétés, trois au moins, dont les principales sont : 1" la variété lourde, celle que nous venons de décrire, pouvant atteindre jusqu'à 750 kilogrammes (A. Sanson), et qu'on trouve dans les cantons de Lucerne, Zug, Schwitz, Glaris, etc. ; 2» la variété moyenne, ne dépassant pas le poids de 550 kilogrammes, qui habite les Grisons, les cantons d'Unterwald, de Saint-Gall, d'Uri; 3° enfin la variété légère, qu'on rencontre au sud du canton d'Uri, dans les canton du Tessin, du Valais, d'Appenzell, dont le poids ordinaire est de 450 kilogrammes.
1. M Charles Marlenot aussi habile éleveur qu'agronome distingué, m écrit: . Cette viande, malgré la prévention qu'ont certaines personnes sur la viande de bêtes de couleur brune, est aussi bonne que celle des meilleurs animaux de boucherie. Le rendement moven fies vaches dépasse 55 0/0 el je produis des taureaux de 3 ans dont le rendement atteint 75 0/0. » Il se pentque chczM.Marlcnot, dont les animaux sont améliorés au possible, la viande devienne plus fine
A des degrés divers toutes ces variétés sont laitières proportionnellement à leur poids vif.
La race schwitz est aujourd'hui, et depuis une cinquantaine d'années, très répandue en Fiance et partilièrement dans l'est, dans les localités où se trouvent des fruitières. Elle a dû contribuer par son croisement avec le hollandais, à constituer la race vosgienne intéressante parmi les populations bovines métisses. On rencontre la schwitz dans toute la vallée de la Haute-Seine, en concurrence avec la race fribourgeoise,
en 13 ou
rgogne, c
n Brie, etc. Son lait vendu et consom-
mé en nature est très apprécié.
lui Franche-Comté et dans la Bresse on emploie beaucoup le taureau schwitz comme type amélioraient' (Rossignol et Deehambre).
La race schwitz s'améliore facilement par elle-même. Nous connaissons chez M. Charles Martenot, à Maulnes, arrondissement de Tonnerre (Yonne), un superbe troupeau de schwitz à grand rendement créé par importation en LSGO et qui a été maintenu et amélioré par sélection et consanguinité. Les animaux, toujours en parlait état, s'accommodent très bien de la nourriture et du climat de cette région un peu montagneuse. « Pour moi, écrit M. Martenot, cette race est rustique et convient particulièrement à nos pays secs où prospèrent les troupeaux de moutons. Tout le Chàtillonnais a adopté cette race schwitz et on y rencontre des étables remarquables. »
B. Race de Berne ou de Fribourg comprenant la race de Siininenthal. — «Longtemps confondue avec les races de Fribourg et de Berne, la Simmenlhal forme aujourd'hui une race parfaitement distincte. »
(Rossignol et Dechambre.) Les auteurs des Éléments d'hygiène et de zootechnie me permettront bien, pour une fois, de ne pas accepter cette assertion. Je n'aurais, pour montrer les rapports étroits entre les trois types, objets de cette étude, qu'à citer la description même que mes deux estimés confrères donnent respectivement des races de Simmenthal, bernoise et fribourgeoise. En réalité, a part quelques particularités du pelage, insuffisantes ici pour caractériser une race, je ne vois rien qui les distingue nettement. Mais ce n'est pas le lieu de discuter et je ne vois vraiment pas matière à polémique. Depuis une dizaine d'années, dans les différents concours généraux et régionaux où sont exposés des animaux de ces prétendues races, j'ai observé bien attentivement une grande quantité de sujets, et j'avoue que j'ai dû ne reconnaître que des variétés ayant une même origine bien nettement accusée par l'ensemble des caractères communs infiniment plus nombreux et plus tranchés que les caractères particuliers résultant des nuances de la robe.
« Les cantons de Fribourg et de Berne sont les centres d'élevage de celte race connue également sous le nom de race tachetée. Dans le canton de Fribourg, c'est la robe tachetée pie-noir qui est la caractéristique de la variété généralement exploitée dans ce canton ; dans celui de Berne c'est la robe tachetée pie-rouge. A côté de ces deux variétés il en existe une troisième de l'Oberland bernois, le long de la Simmen, dont les eaux se jettent dans le lac de Thoun ; on la désigne sous le nom de Variété de Simmenthal. Elle est ordinairement rouge pâle, quelquefois rougepâle et blanc ». (Aujollet). Je me rallie complè-
tementà cette opinion qui est aussi celle, plus restrictive encore, de M. A. Sanson, puisqu'il considère les bernois, fribourgèois et Simmenthal connue de simples variétés de la grande race jurassique dont nous avons donné les principaux caractères en décrivant la race tourache ou de Montbéliard.
Un auteur déjà ancien, E. Tisserant, a lui aussi confondu dans une seule et même description les races de Berne ou de Fribourg et de Simmenthal.
MM. Rossignol et Dechambre, qui font trois races distinctes des sujets dont nous nous occupons, les considèrent comme des eumétriques, jurassiques à profil convexe (?), mais il paraissent faire une catégorie;, part de la fribourgeoise qui, moins volumineuse, appartiendrait aux eumétriques « submajeurs ».
Magne, qui nous a tous précédés non sans mérite et sans gloire, confond également les mêmes types dans sa description, si pleine d'une liante compétence spéciale, de la « race pie de Fribourg et de Berne ».
Nous n'avons donc qu'à nous occuper ici des trois variétés auxquelles nous consacrerons respectivement un paragraphe spécial.
1° Variété fribourgeoise. — Le bétail fribourgèois est bien conformé et de forte taille. Il est blond, massif. La tète grosse (fig. 29) présente un front large garni de poils épais et frisés. Les cornes grosses, rejetées en arrière, sont blanches ou jaunâtres avec la pointe noire. Les oreilles sont grandes et garnies d'un poil long à leur intérieur. La bouche est grande avec un mufle « toujours noir ».
L'encolure forte, très îmisculeuse, porte à son bord inférieur un fanon ample et épais. Le garrol est épais E. TniKiinv. Vaches laitières. i;
et assez haut. Le corps long et assez droit mesure environ 2 m ,25 de la nuque à la naissance de la queue qui est forte et toujours attachée haut. Les membres sont rustiques et fortement musclés dans leurs rayons supérieurs.
Les vaches de cotte variété mangent beaucoup et produisent de gros veaux ; mais leur rendement en lait et en viande n'est pas en rapport avec leur taille et leur consommation (Aujollet).
Une fribourgeoise peut donner 2,400 litres de lait (Corncvin). Le produit moyen serait de 2,200 litres
par an (Aujollet). Le lait de très bonne qualité est employé à la fabrication des fromages de Gruyère si renommés. Les nourrisseurs lyonnais ont une prédilection marquée pour la fribourgeoise comme laitière, qui consomme volontiers et avec grand profit les résidus industriels.
Le centre de production se trouve aux limites des cantons de Berne et de Vaud, dans les districts de Bull et de Gruyère.
« Le canton de Fribourg est admirablement partagé pour l'élevage du bétail ; si sa race est exigeante, ses prairies et ses herbages sont fertiles et ses plantes fourragères succulentes. Les districts de la Gruyère, de la Glane et de la Sanne se distinguent par le choix et la bonne tenue de leur bétail. » (Aujollet.)
Les mâles châtrés de la variété de Fribourg sont de bons travailleurs. Ils s'engraissent bien ; mais en raison
20, — Fribouriieois.
de leur énorme charpente ils ne donnent qu'un rendement moyen.
2" La variété bernoise diffère de la précédente patun squelette moins volumineux et une conformation moins bonne, mais surtout par le pelage pie-rouge. Elle est moins grosse mangeuse tout en donnant autant de produits en travail, en viande et en lait. Malgré l'ensemble plus lin, la charpente osseuse est encore considérable et la tète forte, l.e mufle est presque toujours rosé, l.e fanon est très pendant, le dos el le rein sont un peu creux avec la base de la queue très saillante.
l.a vache est bonne laitière, — 2,200 litres de lait (Àujollet), — et la viande serait médiocre d'après le même auteur. Tandis que MM. Rossignol ci Dechambre prétendent que " la race bernoise » est en voie d'être absorbée par la Simmenthal, M. Aujollet dit que « la variété bernoise est en progrès et gagne du terrain grâce îi une bonne sélection des reproducteurs mâles et femelles. »
3° Variété île Simmenthal connue aussi sous le nom de Race de Berne améliorée. — Cette dernière dénomination dit assez clairement ce qu'est la prétendue race de la vallée de la Simmen qui est particulièrement répandue ii l'est, au nord-est de la France et jusqu'en Bourcoirne, dans les vallées de la Saône et de la Seine. Elle est belle, à tous points de vue, et l'on comprend qu'elle fournisse aujourd'hui des types améliorateurs non seulement pour les races tachetées de Suisse, mais aussi pour les races comtoises,
C'est depuis 1859, date de la création des expositions et des primes, que la variété Simmenthal s'est
100 LES VACHES LÀITJÈRES
améliorée, en même temps que la production a été stimulée par les demandes des éleveurs. La sélection attentive a été la conséquence obligée de la situation économique faite aux bons sujets.
« La tête et les membres se sont allégés ; les cornes sont devenues fines ; le col est moins épais avec un moindre fanon, le garrot épais, le dos droit, la croupe large, la base de la queue peu saillante, la poitrine ample, bien arrondie et profonde; les épaules sont longues et fortement musclées, ainsi que les cuisses; les membres sont courts bien d'aplomb ; la peau est généralement souple et molle. » (A. Sanson.)
A côté de l'affinement général, le caractère qui ressort le plus, dans la Simmenthal, est le pelage pierouge assez pâle avec la tète blanche et le mufle toujours rose.
La vache de Simmenthal est une bonne laitière qui donne, d'après M. Corncvin, 2,300 litres de lait par an et 2,000 litres seulement d'après M. Aujollet. Nos observations personnelles se rapprochent et dépassent même la moyenne indiquée par le savant professeur lyonnais. Ce lait caséeux convient pour la fabrication des fromages de Gruyère. Il est d'une richesse variable en beurre ; car on a observé une variation de 18 à 28 litres de lait pour faire 1 kilogramme de beurre.
Il n'est pas douteux que, dans un délai relativement court, le bernois, le fribourgeois et le Simmenthal seront confondus ou mieux fondus les uns en les autres par suite des améliorations qui résultent de soins plus judicieux et de la sélection constante des reproducteurs. L'état actuel du bétail de la variété de Simmen-
RACES d'.wr on d'ayrshiee 101
thaï, est un bel exemple de ce que peuvent devenir des animaux améliorés, sur place, par sélection. Ce serait certes une grosse erreur de penser qu'il serait possible de mieux faire par un croisement quelconque. Mais quel croisement ? Il ne faudrait songer ni au hollandais ni au Durham qui s'accommoderaient peu de la montagne et des alpages.
Race d'Ayr ou d'Ayrshire. — Les auteurs de la se-
nération qui a précédé la nôtre et qui, par conséquent, furent nos maîtres, Magne et autres, ont considéré les animaux du comté écossais d'Ayr comme une; race pure, tout en reconnaissant qu'elle était « nouvelle et d'une origine inconnue » (Magne). Pour M. A.Sanson, ce n'est qu'une population métisse. D'autres, inter quos M. Aujollet, déclarent que « la race d'Ayr est loin d'être pure et rappelle à peine la race primitive ». D'autres enfin, tout à fait modernes, pensant, avec le jeune maître ès-zootechnie d'AIfort, M. Raoul Baron, qu'il est possible de créer des races nouvelles par croisement, la décrivent comme une race spéciale.
Pour MM. Rossignol et Dechambre, la race d'Ayr est ellipométrique, bréviligne à profil droit. « La petite race d'Ayr, disent-ils, est ramassée dans tout son ensemble ; sa robe est rouge uniforme ou pie-rouge. La teinte rouge varie du foncé au froment, les plaques sont souvent bordées. La tête est fine, le mufle noir, les cornes en croissant; la peau est épaisse, le poil rude. La mamelle bien faite avec des trayons petits. Cette race habite le sud-ouest de l'Ecosse, le long du bras de mer qui sépare cette province de l'Irlande, et dans le comté dont elle porte le nom. De là elle s'est répandue dans toute l'Ecosse et sur de nombreux
E. Thierry, Vaches laitières. fi
LES VACHES LAITIEHES
points de l'Angleterre. On a essayé de l'introduire en France sans parvenir à lui faire prendre beaucoup d'extension. La vache d'Ayr est bonne laitière et d'un entretien facile en raison de sa petite taille ; elle n'est cependant pas aussi rustique que la bretonne. Elle s'engraisse facilement quand elle ne donne plus de lait. Le fromage de Dunlop est fabriqué avec le lait des vaches d'Ayr. »
Une vache de cette race donnerait, d'après M. Cornevin, la quantité prodigieuse de 750 litres de lait.
Personnellement, même aux concours agricoles généraux de Paris, nous n'avons jamais eu occasion d'étudier les animaux de cette race.
Race des îles de la Manche. — « En décrivant la
race irlandaise, dit M. A. Sanson, nous avons mentionné, pour mémoire, une variété des îles de la Manche, en renvoyant au présent chapitre ce qui concerne la population de Jersey, qni est en réalité métisse. »
La race des îles de la Manche serait, pour le professeur A. Sanson, le résultat d'un croisement du breton et du normand (variété cotentine). Cependant quand on a étudié avec soin des Jerseyais en assez grand nombre, fussent-ils de familles différentes, on est bien oblige de reconnaître des caractères qui se, répètent avec une fixité constante.
11 est fort possible qu'à l'origine, les animaux bovins de Jersey, de Guernesey et d'Alderney, n'aient été que des produits du croisement plus haut indiqué. Mais il n'en est pas moins vrai qu'aujourd'hui, avec les précautions si rigoureusement prises et maintenues par les autorités de ces îles anglaises, l'ensemble des familles présente des caractères propres et que de