RACE DURHAM
Si la vache du Kerry est bien, connue la bretonne, la vache du pauvre, la vache de Durhain est surtout, et n'est pas autre chose, la vache du riche, du très riche. C'est une aristocrate; car aucune race, aucune variété bovines ne sont aussi exigeantes qu'elle pour l'alimentation, en quantité et en qualité. Aussi nous comprenons difficilement la tendance irrésistible des riches propriétaires à propager le Durhain qui, quoiqu'ils fassent, ne donnera jamais la vache nécessaire au petit ou au moyen cultivateur.
Nous ne voulons pas faire ici l'historique du Durhain [shortorn improped — race courtes-cornes améliorée — -) qui a du sa célébrité aux frères Charles et Robert Colling dont cette race a fait la fortune. Qu'il me suffise de dire que ces deux anglais fort experts, comme tous les anglais, dans l'art de la production et de l'élevage des animaux, ont su exploiter la disposition naturelle de certains sujets de cette race à un engraissement rapide et à une rare précocité. Leurs moyens ont été simplement physiologiques : sélection rigoureuse des reproducteurs, alimentation au maximum des jeunes, sans doute aussi la consanguinité à outrance, bien que surveillée et dirigée méthodiquement.
II serait trop long, et peut-être inutile, de rappeler l'histoire, véritable odyssée du veau Hubbackam, devenu taureau, commença la réputation de Charles Colling. On sait aussi l'influence du taureau Bolingbroke successeur du premier ; de Facourile qui produisit, avec sa mère Phœnix, le fameux Cornet vendu aux enchères en 1810, pour le prix respectable de 20,250 francs. lous ceux qui se sont, un tant soit peu, intéressés à
I'.. TiiiLiutv. Vaches laitières. 7
110 I.ES VACHES LAITIERES
l'espèce bovine et à son amélioration connaissent ces faits du domaine de l'histoire zootechnique.
Toutefois il ne paraît pas admissible que les frères Colling, morts sans avoir fait connaître, dit-on, leurs procédés d'amélioration, aient eu recours à des croisements qui auraient, sans aucun doute, donné lieu à des phénomènes de réversion qu'on n'a pas constatés, du moins à notre connaissance, sur des animaux purs de race Durham.
Pour le professeur A. Sanson, le Durham n'est qu'une variété de la race des Pays-Bas; et en vérité en étudiant attentivement une tète de Durham et une tète de hollandais on trouve plus que des traits ou des caractères communs, on trouve même une ressemblance presque absolue dans l'ensemble de la physionomie.
La race Durham, universellement connue et appréciée pour son aptitude si remarquable à la production rapide de la viande grasse ou engraissée, se rencontre partout, dans les deux hémisphères. Elle est originaire des contrées à gras pâturages qui bordent la Tees, cours d'eau limitrophe des comtés d'York et de Durham en Angleterre.
Nous empruntons à M. A. Sanson, dont la description nous parait être la meilleure de toutes celles faites jusqu'ici, les caractères de cette race qui, pour lui, n'est, encore une fois, qu'une variété de la race des Pays-Bas.
Au reste, tout le monde connaît le Durham, et il ne faut pas être bien expert pour en distinguer les caractères non seulement chez les sujets de race pure, mais encore chez les sujets métis à des degrés divers.
RACE DURHAM Hl
« Dans son ensemble, dit M. A. Sanson, la variété est caractérisée particulièrement par trois signes objectifs, qui la font facilement distinguer de toutes les autres de la même race '.
« Ces caractères sont :
« 1° Le faible volume relatif du squelette, visible surtout par la finesse de la tète et par celle des extrémités ;
« 2° La grande ampleur île la poitrine et sa grande profondeur déterminant la brièveté relative des membres antérieurs ;
« 3 U Le développement des masses adipeuses souscutanées appelées maniements, qui se fait remarquer surtout chez les vaches à la base de la queue et à la pointe des ischions, où il est souvent exagéré.
« Aucune autre variété n'a les lombes plus larges et plus planes, les hanches plus écartées; mais aucune non plus n'a une moindre distance entre la hanche et la pointe delà fesse; aucune n'a les niasses musculaires de la croupe et de la cuisse relativement inoins développées. »
Le pelage est roux, blanc ou aubère.
La race Durham, qui a une remarquable précocité transmissible jusqu'à un certain point par héridité,
I. Ce sont précisément ces séries caractéristiques no permettant ni l'erreur ni la confusion qui, pour nous et malgré la ressemblance alisolue tle physionomie entre le Durham et le Hollandais, démontrent une ce qui pour JI. A. Sanson est une variété, constitue bien réellement une race particulière absolument déterminée et fJiée. Les ressemblances indiquent une même origine, tamlis que les dissemblances montrent les variations qui oui tait la race.
n'a pas le privilège de cette précocité qui ne se perpétue qu'à la condition qu'elle soit entretenue par les mêmes soins que ceux qui l'ont amenée. Cette race, remarquable aussi par son rapide engraissement, donne une viande médiocre, peu savoureuse, creuse, se réduisant beaucoup à la cuisson et faisant, par son excès de graisse, une trop grande proportion de déchets culinaires. Nous ne saurions la recommander à aucun point de vue si ce n'est à celui de la production des métis industriels tels que les Durham-Charolais, les Durham-Manceaux qui se vendent bien dans les grands marchés d'approvisionnement de la boucherie des grandes villes. Elle est d'ailleurs exigeante, ainsi que nous l'avons dit déjà, sur la qualité des aliments qui doivent toujours être choisis.
La vache Durham est-elle une bonne laitière ?
« Les vaches sont peu prolifiques et très inégales au point de vue de la lactation, mais tout prouve que la race possède les conditions fondamentales de l'activité de cette fonction, qu'il serait possible de rendre bonne. Des vaches qui donnent 18 à 22 litres de lait par jour ne sont pas rares dans la race Durham. » (Magne.)
<c Bonne laitière, lait gras ; lactation trop tôt suspendue par l'engraissement. » (E. Tisserant.)
Mais les auteurs qui ont donné des chiffres relatifs à la production laitière annuelle de la vache Durham présentent tous des différences considérables: 1,990 à 3,548 litrespourles uns, 2,500pour lesautres. L'ouvrage le plus récent, de M. Cornevin, donne le chiffre considérable, étant supposées de bonnes conditions générales, de 3,200 litres par an.
POPULATIONS DOVINES METISSES
Populations bovines métisses.
Y a-t-il un intérêt réel à étudier ces populations métisses au point de vue du choix des vaches laitières ? Nous le pensons d'autant moins qu'il est toujours possible d'obtenir des croisements si on les juge utiles à son intérêt.
Dans les centres de production de bovidés on a, par amour propre et sans doute par intérêt, le plus grand soin de conserveries races avec toutes leurs qualités, leurs aptitudes et aussi avec leurs caractères de pureté originelle. Dans d'autres régions, ne possédant pas de races spéciales, on trouve au contraire des animaux en état de variation désordonnée au point de vue ethnique. Mais aux limites des aires géographiques de chaque race, à mesure qu'on s'éloigne d'un centre de production pour se rapprocher d'un autre, on rencontre toujours des produits métis, résultant du croisement intentionnel ou de L'indifférence des éleveurs, rappelant dans leur ensemble les caractères particuliers ;i chacune des deux ou plusieurs races voisines. Quand, par amour propre de clocher, on ne donne pas un nom particulier et nouveau à ces métis, qu'on est toujours disposé à élever à la dignité de race, on qualifie la population de Race dit Pays.
Parmi les principaux métis, dignes de quelque intérêt au point de vue de la production laitière, nous devons citer le produit de la race cotentine croisée avec l'augeronne, et le produit de celle-ci avec la flamande.
ll'i
Etant données les qualités laitières de ces races pures on conçoit que leurs produits métis soient bons également.
A signaler aussi la prétendue race rennaise, qu'on trouve aux environs de Rennes et qui n'est que le résultat du croisement du normand avec le breton.
A l'est et au nord-est de la France on rencontre encore certaines familles laitières telles que la race vosgienne, qui est très variable dans ses caractères en raison de ses origines diverses, étant tantôt le produit du bollandais avec le schwitz et tantôt celui du hollandais avec, le bernois ou le fribourceois.
Comme on le voit, il est bien inutile de s'arrêter à ces populations bovines, bonnes en soi et qui, bien appropriées aux localités où elles sont exploitées et où elles rendent les plus grands services, ne sauraient être indiquées comme pouvant être utilisées avec profit partout ailleurs.
Nous n'avons pas davantage à nous intéresser aux métis provenant du croisement de races françaises avec des étrangères, tels que la fameuse race Sarlabot à peu près disparue aujourd'hui, non plus que des métis de races étrangères.