II. — Examen le la mamelle
Comme dans toute appréciation d'appareil glandulaire, on doit considérer deux choses dans la mamelle: son volume et la qualité de l'élément sécréteur.
La mamelle doit être ample, faisant une saillie prononcée dans l'entre-deux des cuisses, débordant en avant et en arrière le profil de la jambe et se prolongeant le plus possible sous l'abdomen. La peau doit en être fine, facile à plisser et à doubler, peu adhérente aux tissus sous-jacents, recouverte de poils lins et soyeux, de coloration jaunâtre, douce au toucher, onctueuse.
Le pis est dit charnu lorsque la peau est épaisse, adhérente, faisant en quelque sorte corps avec l'élément E. Thierhi . Vaches lailirr. a x
glandulaire. C'est l'indice d'un tissu conjonctifabondant prédominant sur l'acini. Le pis, envahi par la graisse, est dit gras, il fournit peu de lait. Au toucher, le bon pis est spongieux. On sent, à la pression légère des doigts, les granulations mammaires souples, élastiques et nombreuses. On perçoit même, sans doute possible, les limites de chaque lobule. Il ne donne pas la même sensation si le pis est examiné avant ou après la traite. Avant, il est un peu ferme, distendu et résistant. Après, il est toujours beaucoup moins volumineux, mou, flasque. Nous indiquerons plus loin les maladies de la mamelle qui doivent faire rejeter une vache comme laitière.
La mamelle bien conformée est harmonieuse dans toutes ses parties. Le bord inférieur de son profil décrit une courbe régulière se rapprochant du demicercle (fig. 3C). Le pis en bouteille, ou de brebis, est allongé en bas, ballottant. Il est peu estimé (fig. 37).
L'examen du système circulatoire de la mamelle donne des renseignements précieux pour le choix des laitières. Il est donc important d'examiner les veines qui, si elles n'amènent pas comme on l'a cru longtemps, le lait clans les mamelles, emmènent du moins le sang qui a servi à leur alimentation. Les veines ramènent au cœur le sang amené par les artères, et qui a servi tout la fois à la nutrition et à la fonction physiologique de l'organe. Si donc les veines mammaires sont très développées, sinueuses, — ce qui allonge leur parcours, — c'est que les artères ont amené au pis une quantité considérable de sang correspondant à la grande activité secrétaire.
Outre les veines sous-cutanées qui doivent être
nombreuses, très apparentes, flexueuscs, les mamelles présentent encore, dans la région abdominale, deux veines très volumineuses, une de chaque côté, qui,
Pis d<> bonnes laitières.
partant du bord antérieur du pis, circulent à la (ace inférieure de l'abdomen dans lequel elles entrent à l'extrémité postérieure du sternum par deux ouvertures signalées dans un précédent chapitre. Ces veines sont toujours volumineuses chez la bonne laitière, elles
Fie. 37. — Pis de mauvaises laitières.
sont aussi très sinueuses et comme variqueuses. Elles sont toujours faciles à sentir sous le doigt. Les ouvertures par lesquelles elles entrent dans l'abdomen sont
larges et laissent facilement pénétrer le doigt indicateur. Quelquefois, dit M. Cornevin, chaque veine mammaire se divise en arrivant aux fontaines on portes; il y a dans ce cas deux et parfois trois ouvertures de chaque côté. Il est clair qu'on doit tenir compte de cette pluralité dans l'appréciation de leur diamètre. Ces veines ne sont bien visibles que cpiand la bête n'est pas recouverte d'un long poil, comme dans la saison d'hiver. Il y a donc toujours lieu de les palper.
L'activité de la circulation des mamelles est encore appréciée par le volume et la sinuosité des deux veines dites péiinéales qui, partant de la partie postérieure du pis, montent de chaque côté de la région comprise entre cet organe et l'orifice des organes génitaux externes. Ces veines ne sont pas souvent aussi apparentes que les veines mammaires sous-abdominales. Mais il est encore facile de s'assurer de leur volume par la palpation. Elles ne sont jamais visibles chez les laitières médiocres ou mauvaises.
Système Guenon.
Existe-t-il une corrélation entre le développement et la direction des veines postérieures ou périnéales des mamelles et la direction changeante des poils de la région -comprise entre les fesses ? En d'autres termes, les épis ou écussons peuvent-ils, d'après leurs formes et leurs dimensions, renseigner sur les aptitudes laitières d'une bête bovine ?
Cette question a été résolue affirmativement, en
1828, par Guenon, de Libourae, qui a fondé tout un système sur sa découverte. Toutes les observations ont confirmé, depuis cette éporpie déjà lointaine, la théorie du praticien.
Le premier, Guenon a remarqué que, contrairement aux poils du reste du corps et particulièrement ceux de la fesse et de la cuisse, les poils de la région périnéale étaient dirigés de bas en haut au lieu de l'être de haut en bas. Il résulte de celte disposition qu'à la ligne de rencontre des poils du périnée et de ceux de la fesse, il y a en quelque sorte une crête très visible délimitant la surface dont les poils vont de bas en haut. C'est précisément celle surface qu'on désigne sous le nom d'écusson, d'épi, de gravure.
Le système de Guenon, bien que vrai dans la plupart des cas, a été très vivement discute" et M. Sanson nous parait avoir donné l'explication la plus rationnelle des erreurs qui ont pu être commises dans l'appréciation de l'aptitude laitière des vaches basée seulement sur l'écusson.
« Les erreurs commises, dil le savant zootechnicien, dans l'appréciation «I,. l'aptitude des vaches d'après leur écusson, et qui en ont déprécié h. signification aux yeux des personnes inattentives, s'expliquent facilement
Cet écusson peut témoigner seulement pour ce qui concerne les quartiers postérieurs des mamelles. Ceuxci peuvent être fortement développés sans qu'il en soit de même pour les antérieurs, et réciproquement. Cela prouve que l'appréciation ne peut point être faite dans tous les cas exactement en tenant compte seulement de l'écusson. »
K. Tmuiuv. Vaches laitières. s
Guenon, doué d'un grand esprit d'observation, a su tirer parti de sa découverte dans l'appréciation des qualités laitières. Mais, comme tout inventeur, il a exagéré la valeur des signes fournis par l'écusson et par sa forme.
Nous ne voulons et ne pouvons exposer ici toute la longue théorie du système Guenon, dont nous ne voulonsdonner qu'un aperçu, suffisant pourtant, pour juger de sa valeur et mettre le lecteur à même de s'en servir dans le choix qu'il pourra avoir à faire d'une bonne vache laitière. D'ailleurs nous donnons les principales figures des écussons dont aucun n'a une valeur absolue.
Guenon a cru pouvoir établir deux classes d'écussons, chacune de ces classes se subdivisant. Aussi bien du reste, nous pensons que ces divisions et subdivisions sont excessives.
Voici les noms des dix classes d'écussons : 1° flandrine (fig. 38) ; 2° flandrine à gauche (fig. 39) ; 3° lisière (fig. 40); 4° courbeligne ; 5° bicorne (fig. 41); 0° poitevine (fig. 42); 7° double-lisière (fig. 43); 8° équerrine ; 9° limousine; 10° carrésine (fig. 44).
Les limites de ces divers écussons sont faciles à déterminer par le simple toucher, la ligne de rencontre des poils ayant une direction différente formant une arête ou crête surélevée.
11 y aurait lieu aussi détenir compte, selon Guenon, des épis qui accompagnent ou surmontent l'écusson. On désigne sous le nom d'épis les petites surfaces généralement ovales, dont les poils n'ont pas la même direction que ceux de la région immédiatement voisine. Parmi ces épis les uns indiquent des qualités, les autres
Flandcino à gauche.
Fia. 39.
vo.
Pi
Poilc
Double Lisière.
Fig. 43.
des défauts, comme celui, par exemple, de la cessation rapide de la fonction sécrétoire de la mamelle.
Un vétérinaire de Remiremont, M. Mansuy, tout en acceptant le système de Guenon, ajoute que non seulement il importe que la surface limitée del'écusson soit étendue, mais epic plus il est régulièrement des-
siné, c'est-à-dire que moins il a d'échancrures dans son contour, plus la vache qui le porte est bonne laitière.
« Que faut-il penser, dit M. Cornevin, du système de Guenon et des observations relatives aux écussons et aux épis ? A mon avis, il faut d'abord éliminer tout
ce qui concerne ces derniers ; les indices qu'on cherche à en tirer ne me semblent que des réminiscences cl n
passé et peut-être un écho des croyances superstitieuses des orientaux.
« Quant à l'éeusson, la méthode rationnelle pour juger de son utilité, consiste à le suivre depuis son apparition et à tâcher de voir si son développement est parallèle il celui de la fonction laitière.
« A la naissance, le veau a un écusson nettement limité, recouvert de poils longs et lins qui le dissimulent à des veux inattentifs. 11 existe sur les deux sexes, mais il est proportionnellement inoins grand chez le taurillon. Sur la génisse, il reste d'abord petit, comme la mamelle elle-même, puis il évolue avec elle ; ce n'est qu'à partir du deuxième vêlage qu'il atteint son ampleur définitive. Son développement semble donc corrélatif de l'évolution mammaire ; en même temps que grossissent les mamelles, la peau du périnée s'agrandit et l'éeusson s'étale.
« Puisqu'il en est ainsi, rien n'empêche d'admettre que l'ampleur de l'éeusson est un signe favorable, dénonçant une aptitude de race ou de famille à produire du lait. L'observation a confirmé cette déduction et a montré que sa grandeur et la régularité de sa bordure sont de bons signes en général.
« Une erreur assez commune consiste il n'apprécier son étendue que par la place qu'il occupe dans la région périnéale. Il peut en avoir une suffisante, même quand il est réduit à sa partie mammaire, car on le voit s'étendre sur la lace interne et le bord postérieur des cuisses et gagner en largeur ce qui lui manque en hauteur. Mes observations me portent il penser que
144 I-ES VACHES LAITIERES
la forme de l'écusson n'a d'importance que par l'étendue qu'elle délimite. Mais que par elle-même elle est secondaire. Que l'écusson s'étale au maximum, voilà l'important ; qu'il le fasse par telle ou telle figure géométrique, c'est l'accessoire.
« Pas plus dans l'appréciation des qualités d'un individu que dans celle des caractères différentiels d'un groupe quelconque, un système n'envisageant qu'un ordre de particularités, et négligeant les autres, ne donne pas de résultats probants. II faut recourir à une méthode naturelle, c'est-à-dire à une série de caractères qu'on subordonne les uns aux autres. Dans le cas particulier de l'appréciation de la vache laitière, on tiendra compte de tous ceux qui ont été énumérés plus haut, sauf à attribuer une valeur supérieure fl quelques-uns, tels que ceux qui se rapportent aux veines, à la mamelle et au périnée. Il y a entre les différents signes des compensations, et un caractère d'écusson trop faible peut être suppléé, dans une autre région, par une particularité mammaire. »
M. A. Sanson, en d'autres termes, exprime les mêmes idées que tout esprit sensé, ayant quelque expérience des bovidés, doit, à notre avis, partager.
Comme M. Cornevin, de nombreux éleveurs et bien d'autres observateurs, nous avons constaté que certaines vaches, très bonnes laitières, présentaient un écusson peu développé. Nous avons actuellement, à La Brosse, deux vaches cotentines, bonnes laitières, dont les veines mammaires sont énormes avec des portes du lait très grandes, qui ont, chacune, un écusson insignifiant. C'est la mère et la fille.
Il ne faut donc pas exagérer la valeur du système de