CHAPITRE VII
Nous pensons qu'en dehors des méthodes de reproduction et du choix des reproducteurs, il y a lieu de rechercher s'il n'y aurait pas quelques moyens d'améliorer l'aptitude laitière des vaches.
Il ne peut s'agir ici d'animaux dont les caractères ethniques sont nettement accusés, et qu'on rencontre dans toutes les bonnes exploitations agricoles de quelque importance. Nous voulons, au contraire, nous occuper des populations bovines, essentiellement
hétéroclites, des petits cultivateurs, des vigneron» des manouvriers ruraux qui n'ont qu'une vache pour apporter quelque aisance dans le ménage'.
Ordinairement, ces habitants des campagnes, lorsqo ils ont besoin d'une vache, s'adressent à des marchands qui leur vendent, toujours à un prix excessif ■ — surtout si le marché se l'ait à crédit — des sujets quelconques, sans caractères déterminés, appartenant souvent aux types les moins laitiers. Le marchand vend la bête sans aucun souci de l'usage auquel on la destine. Bien heureux même si elle est encore d'âee ii avoir du lait.
(les vaches, saillies par des taureaux, quelconques aussi, donnent généralement de mauvais produits et ne fournissent que peu de lait. Il n'est pas rare de voir, dans la même localité, des charolais, des nivernais, des comtois, des hollandais, des bretons, des normands, etc. Quand les femelles deviennent en chaleur, les propriétaires ne choisissent pas le plus beau ou le meilleur taureau de la contrée, ils conduisent leurs bêtes à celui dont ils pavent la saillie le meilleur marche. Il résulte de ce procédé que les populations bovines, loin de s'améliorer, restent dans un état stationuaire ou même vont chaque jour en dégénérant .
A l'absence complète de sélection, s'ajoutent d'autres causes de ce fâcheux étal de choses : mauvaise alimentation, insuffisante ou irrationnelle, hygiène détestable résultant de l'ét roi t esse des habitations humides et malpropres, contribuant à donner un bétail maierre. chétif, souvent malade et, partant, improductif.
Nous avons toujours pensé, dans notre longue pra-
tique des populations rurales, qu'il y aurait possibilité de notables améliorations aussi peu coûteuses que possible ; et que le bétail du très petit propriétaire, représentant encore une grosse partie de la fortune publique, ne pouvait laisser indifférents l'agronome, l'économiste, l'hygiéniste et le vétérinaire.
Ces deux derniers ont déjà fait beaucoup, depuis une trentaine d'années, pour l'amélioration des petites exploitations agricoles. Leurs conseils judicieux ont souvent été entendus, quelquefois suivis, pour le plus grand bien de leurs clients. Malheureusement, ce n'est que le petit nombre qui a pu ou su tirer parti des indications du vétérinaire.
C'est à l'école rurale même que ces notions hygiéniques relatives au bétail devraient être enseignées. Il n'y faut guère compter, l'instituteur ayant déjà trop à faire. Et puis le paysan routinier n'écouterait pas ces bonnes leçons, pensant que l'instituteur a autre chose à enseigner aux enfants que l'hygiène des animaux domestiques.
Comment serait-il possible d'arriver à modifier heureusement et avantageusement, à améliorer en un mot, pour ceux qui l'exploitent, le bétail de la petite culture?
Nous avons bien pensé, depuis longtemps, aux primes données par les Comices agricoles aux meilleurs animaux présentés et particulièrement aux meilleures vaches laitières et aux meilleures génisses.
Malheureusement, le petit cultivateur, même soigneux, n'ose pas conduire ses animaux à ces exhibitions locales qui sont cependant d'excellentes leçons de choses. Au fond, il n'a peut-être pas tout à fait tort ; car souvent il sera en concurrence avec des proprié-
taires plus riches, et possédant une exploitation plus importante, qui, ipso fado, remporteront la palme.
En soi, le projet de loi de M. le députe Guillemin est bon. Il a seulement l'inconvénient de n'être pas du tout pratique. Il n'est pas douteux que si le projet Guillemin imposant, à tout propriétaire de taureau, l'obligation de n'admettre, sous peine de poursuites correctionnelles, à la saillie que « des sujets suffisamment développés et reconnus propres à l'amélioration de la race ». ; si, «lis je, ce projet pouvait être adopté pari,. Parlement, et s'il pouvait, pratiquement, être appliqué - - sans parler des frais considérables pour le Trésor -- il favoriserait, dans une certaine mesure, la vulgarisation des méthodes scientifiques de reproduction «les grands ruminants et donnerait, dans un temps prochain, des animaux sélectionnés, à aptitudes bien déterminées et pouvant donner des rendement s maxima.
La mise de taureaux de choix à la disposition des petits propriétaires n'a pas produit jusqu'ici de grands profits dans les contrées où l'élevage du bétail n'est qu'un faible appoint à l'ensemble de l'exploitation. Nous pourrions donner comme exemple, dans nos pays vignobles, l'Ecole pratique d'agriculture de La Brosse qui possède toujours, pour son service et au service du publie, d'excellents taureaux de race laitière et l.eurriére. Or. ces animaux sont délaissés sous le prétexte que la saillie coûte dix sous de plus que celle d'autres taureaux de mauvais,, conformation et n'ayant pas du tout | es caractères extérieurs de l'aptitude dont on a le plus besoin dans h, localité : abondance du lait, abondance et finesse du beurre. E Thiebut. Vaches laitières, t.
15î AMÉLIORATION DES VACHES LAITIERES
Cependant, nous devons h la vérité de constater que si, depuis treize ans que l'Ecole est fondée, les propriétaires n'amenaient pas souvent leurs vaches au taureau de l'École, ils commencent à reconnaître aujourd'hui que les veaux et les élèves de leurs confrères, qui ont risqué leurs dix sous, valent infiniment mieux que les leurs et que cette différence compense bien au delà le petit sacrifice fait pour la saillie.
Si nous ne voyons pas le côté pratique du projet de loi Guillemin, nous pensons que les Comices agricoles pourraient et devraient encourager la production du bon bétail en mettant à la disposition des petits cultivateurs de bons taureaux bien choisis, très améliorés, en les cédant à perte aux éleveurs qui détiennent
d'ordinaire des reproducteurs bovins. Ils compléte-
raient leur œuvre en primant tout spécialement les
génisses provenant de ces taureaux et, à plus forte
raison, ces génisses devenues vaches productrices à
leur tour.
Des primes pourraient également être attribuées aux petits cultivateurs ou vignerons, dont les étables seraient le mieux tenues et dont les animaux seraient le mieux nourris et le plus rationnellement entretenus.
Nous ne voyons guère, quant à présent, que ces movens tout à fait élémentaires d'améliorer la vache laitière du paysan peu fortuné.
Quand l'exemple serait une fois donné, que l'on verrait l'abondance et la qualité des produits amenant l'aisance, les plus retardataires suivraient le mouvement au grand profit de tous.
Un agronome fort distingué et d'une rare compétence, M. Jules Crevât, donne, dans un traité de
« l'alimentation rationnelle du bétail », quelques judicieux conseils pour l'amélioration des bètes laitières. « Pour développer l'aptitude laitière, dit-il, il convient de nourrir assez fortement, pendant le premier âge, afin de donner une bonne constitution, puis de donner une alimentation médiocrement riche en protéine, et surtout en graisse, afin de ne pas habituer l'animal à s'assimiler de la graisse, mais très riche en aliments sucrés respiratoires, qui occasionnent une grande absorption de boissons, par suite une grande extension de l'appareil circulatoire sanguin-lymphatique, d'où résultera une grande activité de sécrétion des muqueuses, des glandes en général, et des glandes mammaires en particulier. Une dose modérée de sel marin secondera d'ailleurs parfaitement l'action des aliments respiratoires, en excitant la soif, l'absorption de beaucoup d'eau et, par suite, les sécrétions aqueuses en général.
« Pour développer l'aptitude laitière chez les jeunes bêles d'élevage, on donnera donc des fourrages riches en principes respiratoires, relativement aux autres principes alimentaires, comme les pailles, les racines de
betteraves, carottes, navets, ele d'autant plus
utiles qu'elles sont plus aqueuses; les tubercules de pommes de terre, de topinambour, les foins médiocres de graminées et beaucoup de boisson, d'eau de vaisselle, de petit lait, dont on excitera la consommation par une poignée de sel et de son, sans cependant arriver ii l exagération . »
Dans ces conseils de M. Crevât, bons en soi, il y a bien quelques réserves à faire.
Nous n'avons pas à entrer, si ee n'est dans des limites restreintes, dans des considérations générales sur les habitations des animaux. On sait, en effet, que si ceux-ci peuvent vivre au dehors, à l'air libre, l'hygiène bien entendue et l'exploitation fructueuse des bètes de rente exigent qu'elles soient sainement logées. Les produits des animaux, tenus en stabulation plus ou moins rigoureuse, sont incomparablement supérieurs aux produits de ceux qui vivent dans les pâturages, sans abri ou sous des abris insuffisants.
Nous n'avons à tenir compte ici que de la construction des habitations, de leur orientation, de leur aération et des dispositions intérieures.
L'habitation des vaches, et de la vache laitière en particulier, s'appelle vacherie, on simplement étable, nom commun aux habitations de tous les animaux de rente.
La nature des matériaux de construction ne saurait être indifférente à l'éleveur ou au fermier. Si les animaux doivent être mis sous des abris, il faut que ceux-ci soient solidement construits, et qu'ils soient le moins possible exposés aux dangers de l'incendie. 11 faut enfin que les murs ne soient pas humides par suite de l'emploi de matériaux trop hygrométriques,
produisant les sels muraux, les (leurs de nitrc et la moisissure. Comme nous le verrons tout à l'heure, si la porosité des murs est trop accentuée, l'eau, qui remplit les pores, s'oppose à une ventilation suffisante, ainsi que l'a démontré Pettcnkoler.
Les matières ordinairement employées aux constructions rurales sont, suivant la localité, le bois, la terre, le pisé, le torchis, la pierre, la brique et le fer.
Si le bois n'est pas trop hygrométrique, il a l'inconvénient d'être très combustible et, par conséquent, dangereux. Et, inconvénient aussi grave, il se salit, se souille facilement de microbes, de produits virulents, d'acariens et d'innombrables colonies d'insectes.
La terre, si elle n'est pas comprimée et à l'état de pisé, n'est pas assez solide. Le pisé lui-même peut s'humecter. Il en est de même du torchis.
La pierre dure et la brique bien cuite sont, avec le fer, les meilleurs matériaux de construction. Ils sont, moins que d'autres, favorables il l'incendie; ils sont modérément hygrométriques, et les dégradations des murs construits avec eux sont facilement réparables.
On ne saurait conseiller d'une manière absolue d'employer, à la construction des étables, tels ou tels matériaux. Il faut dépenser le moins possible tout en tenant compte des ressources qu'offre la contrée, Les dépenses sciaient excessives et inutiles en faisant venir de loin des matières de choix, et on finirait ainsi par perdre la plus "rosse partie des bénéfices (lue peuvent donner les bêtes entretenues.
Au point de vue de la perméabilité à l'air, les divers corps employés à la construction présentent des différences appréciables.
« Dans les habitations, le passage de l'air (à travers les murs), est réglé par la différence de température cpii existe entre l'intérieur et l'extérieur. Par mètre carré de surface, en une heure et avec 1° de différence de température, la ventilation, à travers un mur de 0"',72 d'épaisseur, correspond aux nombres suivants :