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CHAPITRE IX

La nourriture de la vache laitière ne saurait être quelconque. 11 faut toujours avoir en vue le produit à obtenir, et se rappeler le vieux précepte de nos pères : « A bien nourrir on ne gagne guère, a mal nourrir on perd tout. „ Ce qui veut dire, en d'autres termes, que la nourriture doit toujours être suffisamment abondante pour réaliser quelque profit ; et que, dans le cas contraire, non seulement on n'a pas de bénéfice, mais on s'expose encore à perdre les animaux.

Des auteurs qui se sont occupés de la question, il va plus de trente ans, Reinhart, Villeroy, etc., ont résumé comme suit les avantages .l'une alimentation abondante et suivie :

La mém<. quantité de fonrrages, consommée par

dix vaches, produit plus de lait que si elle é consommée par quinze ou même par vingt vaches.

tait

Ces dix vaches exigent un moindre cap

ital

conséquent leur compte a moins d'intérêts à servir, et le produit net est beaucoup plus considé

iblc

Avec moins de bêtes on a moins de risques.

On a aussi moins de travail pour les soins à leur

donner ; par conséquent économie de soins et de

main d'œuvre.

Une bête grasse à réformer a une bien plus grande

valeur qu'une bête maigre ; si un accident survient à

une bête maigre, elle est presque totalement perdue.

Si h

aille que mang

eraient vingt vaches sert à

faire à dix une litière abon

dante, les dix vaches font

plus de fumier et, parce qu'elles sont bien nourries,

lie

dite.

ce mimer est de meilleure qua

S'il survient une année de disette, on peut encore, en réduisant la nourriture, conserver toutes les bêtes et ne pas être forcé de vendre, ce qui, dans de telles circonstances, n'a jamais lieu qu'avec grandes pertes.

Des bêtes toujours bien nourries mangent régulièrement et ne sont pas exposées aux accidents qui

arrivent si souve

nt avec des bêtes affamées.

A ces considérations, E. Tisserant a ajouté : que le

ue de bonnes

propriétaire ayant intérêt à n'entretenir q vaches, aura plus de facilité à se les procure en faut moins.

Mais le professeur Cornevin a résumé en cinq propositions très précises les principes qn

loivcnt

lommer

l'alimentation des bêtes laitières

1° La bête laitière doit être nourrie au maximum 2° Il ne faut pas d'à-coup dans son alimentation

3° Les aliments aqueux sont indiqués; 4° Quand on distribue de grandes quantités d'aliments très aqueux, il faut les donner chauds ou tout au moins tièdes ;

5° On doit éloigner tout aliment qui altérerait l'odeur, la saveur ou la couleur du lait.

Il est encore un autre précepte qu'on a toujours intérêt à suivre à la lettre et qui est rappelé par M. C. Siderius: « Ne tenir que la quantité de bétail qu on est assuré de pouvoir toujours nourrir convenablement. »

Il n y a en effet jamais avantage à mal entretenir trois ou quatre vaches là où deux pourraient être très bien. Malheureusement, dans la petite culture surtout, on a le tort de vouloir posséder plus d'animaux que n'en comportent les produits récoltés à faire consommer, et bon gré mal nié. comm 1 ne peut bien

les nourrir, ils sont toujours en mauvais état, ne rapportent rien et coûtent, par surcroit, des Irais de vétérinaire.

De quoi se composera la ration journalière d'une vache comme celle de tout autre animal devant donner un produit appréciable susceptible d'être transformé en numéraire ?

La ration totale d'un animal peut se décomposer en deux rations partielles dont l'une sera la ration a" entretien, suffisante ;'i entretenir en santé et dans un état passable d'embonpoint un sujet qui ne doit donner aucun produit ; dont l'autre sera précisément la ration de production constituant le bénéfice ou une partie importante du bénéfice de l'éleveur.

Sans entrer dans l'étude des divers principes qui

doivent constituer un aliment complet, nous croyons devoir indiquer que tout aliment, pour être nutritif, doit offrir deux principes indispensables : un principe azoté, quaternaire, encore appelé élément albuminoïde ou tout simplement protéine, et deux autres éléments ternaires, c'est-à-dire dépourvus d'azote, dont l'un est de la matière grasse, soluble dans l'éther, et l'autre un hydrate de carbone pouvant être du sucre, de la fécule, de l'amidon, de la cellulose ou tous à la fois. 11 faut ajouter que ces divers éléments constitutifs de l'aliment doivent se trouver réunis dans des proportions bien déterminées pour que leur digestibilité atteigne le plus haut degré possible et qu'il n'y ait aucune perte.

Or, l'expérience enseigne que l'élément azoté, la protéine, doit être uni aux matières solubles dans l'éther et aux hydrates de carbone additionnés, dans la proportion de J pour un animal adulte et dans la proportion variable de [ à -L à [ pour les animaux en voie de croissance suivant l'époque de leur existence plus ou moins éloignée de la date de leur naissance.

' Le chiffre 1 se rapporte à la protéine, c'estle numérateur de la fraction. Le dénominateur est toujours fait par l'addition des matières ternaires.

Si la relation nutritive a une grande importance au point de vue de la digestibilité d'un aliment, il est encore un rapport qu'il est nécessaire de fixer et qui, lui aussi, joue un rôle important dans la digestion de la protéine, c'est le rapport adipo-protéique ou la relation entre la matière azotée et les matières grasses. Ce rapport pour être favorable doit se tenir dans les

proportions approximatives de I de principes solubles dans l'éther sur '2 de matière azoté,'. Il s'écrit : ; . Les deux cléments sont l'un et l'autre d'autant plus digestibles qu'ils se trouvent dans une relation se rapprochant davantage des chiffres ci-dessus.

Quelle que soit clone la ration, qu'il s'agisse d'une ration d'entretien ou d'une ration de production, l'une et l'autre devront être constituées dans les proportions que nous venons d'indiquer à quelques dixièmes prés en plus ou en moins pour chacun des termes du rapport. Il est bien entendu qu'outre les matières colloïdes ternaires et quaternaires assimilables, un bon aliment doit encore contenir des sels minéraux et particulièrement des phosphates pour subvenir au développement et à l'entretien du squelette.

Nous reviendrons plus loin sur les principes qui doivent présider à la constitution des rations. Nous allons essayer de développer, comme nous les comprenons, les cinq propositions si judicieuses de M. Cornevm énoncées précédemment.

1° La bête laitière doit être nourrie au maximum. — Nous entendons, par cette proposition, qu'une bête laitière ne doit jamais avoir faim après chaque repas. 11 faut qu'elle soit complètement et absolument rassasiée. Si elle souffre de la faim, non seulement l'aliment n'est pas utilisé convenablement pour l'entretien, mais il ne peut donner aucun produit susceptible de se transformer en lait. Nous savons qu'une vache à lait n'est autre qu'une machine à transformation. Plus 0,1 ^ fournit d'éléments, plus elle en transforme, plus la mamelle en élabore quand, d'ailleurs, nous le répétons, l'entretien de l'animal est complet.

Mais en disant que la bète doit être nourrie au maximum, nous entendons bien qu'il ne doit y avoir aucune perte, aucun gaspillage. Il faut, après chaque repas, que la crèche soit vidée; que la bète ne laisse rien; enfin qu'elle n'ait plus faim.

2° // ne faut pas d'à-coup dans son alimentation. — Cette proposition est comprise de deux manières, toutes deux utiles à connaître. En effet, il peut s'agir d'une négligence ordinaire dans la répartition régulière des repas et dans l'inégalité relative à la quantité et à la qualité ; et il s'agit aussi des changements obligés de régime aux deux principales saisons de l'année : l'été et l'hiver.

Il arrive, trop souvent peut-on dire, qu'au lieu de donner les repas à des heures régulières, pour des raisons nombreuses que nous n'avons pas à examiner ici, on donne, a un moment, au premier repas du matin, par exemple, une quantité énorme d'aliments devant suffire a deux repas ; il en résulte qu'une grande quantité se trouve perdue, gaspillée, et l'animal ne recevant rien à l'heure habituelle du second repas, se tourmente, s'agite et n'utilise pas d'une façon profitable ce qu'il aurait consommé en deux repas servis à des heures précises. Les choses se passent souvent ainsi chez le petit cultivateur qui est obligé de quitter la maison, avec toute sa famille et pendant toute une journée, pour les travaux des champs.

L'irrégularité provient encore de la paresse du vacher qui n'a pas toujours le soin des intérêts de celui qui le fait vivre.

Comme le dit, en outre, M. Cornevin, on n'attache pas assez d'importance à la régularité de la ration de

la bète laitière. C'est un défaut général reprochable à la grande majorité des propriétaires. « Par régularité dit le savant professeur, nous n'entendons pas dire qu une fois la ration constituée par tels ou tels aliments, on n'y doit pas toucher; ce serait impossible dans la majorité des eas surtout quand la lactation dure une dizaine de mois. Mais nous entendons que les changements soient faits rationnellement, que la même somme de matériaux transformables soit fournie à l'économie et que leur coefficient de digestibilité soit au moins égal. Boussingault a très bien fait voir combien une diminution dans la ration est préjudiciable à la production du lait. Plus récemment M. Mer a prouvé que si l'on attend que la lactation baisse pour enrichir la ration, on ne la relève [.lus avant le vêlage suivant. »

Quand arrive l'hiver, surtout si la récolte a été médiocre par suite de la sécheresse, le cultivateur est obligé de diminuer la ration; et c'est aux dépens de la lactation. Mais dans le cas même OÙ il disette de fourrages, le paysan est d'instinct parc nieux et nourrit presque toujours mal son bétail pendant la mauvaise saison.

Dansions les cas, à chaque changement de régime, quelles que soient la quantité et la qualité des aliments ([m vont être distribués après le régime du pâturage, il y a lieu de ne pas faire brusquemenl la substitution si on ne veut pas éprouver une baisse trop sensible dans la quantité et même dans la qualité i\u produit. Si, après avoir nourri avec parcimonie une laitière, on lui donne une alimenl ation plus succulente et plus abondante, ce Supplément, en général, ne contribue E. Tim.unY. Vaches laitières. H

ou II n y a pas inio-

pas il la production du lait. Le plus ordinairement il continue à diminuer pendant que la bête engraisse.

3° Les aliments aqueux sont indiqués. — L'expérience de tous les éleveurs et nourrisseurs et aussi le simple bon sens ont montré que les aliments aqueux naturellement, ou rendus tels artificiellement, augmentent toujours, dans une très appréciable proportion, la sécrétion lactée. Il y a là tout à la Ibis une action physiologique et une action mécanique. Disons toutefois que l'eau prise en boisson par les animaux ne produit pas les mêmes bons effets que celle qui entre dans la composition même des aliments.

Sans doute, l'eau interposée dans les aliments, ou même l'eau de constitution, passe clans le sang et du sang dans le lait dont la quantité augmente. Mais l'eau agit encore d'une façon plus complexe en ramollissant les tissus végétaux qu'elle dilacère, en mettant en liberté les matières colloïdes, qu'elle rend ainsi plus digestibles, en dissolvant enfin les principes solubles.

Nous considérons comme désavantageux le procédé qui consiste à donner des aliments secs, fourrages, son, etc., pour exciter la soif et faire boire davantage. Nous préférons de beaucoup le système par lequel tous les aliments, et particulièrement le son, sont donnés humectés, celui-ci frisé ou fraise, comme on dit.

i" Ouand au distribue de grandes quantités d'aliments très aqueux, il faut les donner chauds ou tout au moins tii'des. — Les aliments et les boissons tièdes favorisent la lactation. C'est que, en effet, avant tout, les boissons et les aliments froids doivent être échauffés aux dépens de la chaleur du corps ; ce qui entraîne une

notable déperdition qui n'a pas lieu dans le cas contraire. Les recherches de M. A. Sanson et autres ont en effet démontré qu'il faut environ un douzième de la chaleur totale du corps pour mettre les aliments en équilibre de température avec celle de l'organisme.

Il résulte d'expériences poursuivies en Allemagne que l'alimentation îles laitières avec des produits très chargés d'eau : pulpes de diffusion, vinasses, etc., donnés en très grande quantité n'ont aucun inconvénient, mais augmentent au contraire considérablement les profits, s'ils sont distribués à une température assez élevée,

5° ( ht doit éloigner /oui aliment qui altérerait l'odeur, la saveur on la couleur du lait, — Comme toutes les glandes de l'organisme animal, la mamelle est un organe d'élimination des principes nuisibles qui peuvent avor été introduits ou s'être développés dans cet organisme. En tant qu'émonetoires, ou « nettoyeurs automatiques », les glandes se suppléent dans la fonction éliininatrice. Tl est dès lors facile de comprendre pourquoi certains produits ou certains principes peuvent altérer le lait dans sa composition.

« La saveur normale delà matière grasse butyreuse, dit M. A. Sanson, à laquelle est due celle du lait, peut-être masquée ou altérée par la présence de corps sapides étrangers. La mamelle est un des émonetoires par lesquels s'éliminent les substances orcaniques ou minérales non nutritives introduites dans l'économie. L'industrie des laits médicamenteux a été (ondée sur cette notion.

« Les mamelles éliminent de même les principes immédiats odorants et savoureux non nutritifs qui se

trouvent mélangés avec leurs aliments. Lorsque les odeurs et les saveurs sont agréables, cela n'a que des avantages, et c'est ainsi que certains pâturages ont la réputation méritée de produire du lait excellent. En outre, la composition immédiate en beurre étant variable par le nombre et par la proportion de ses acides gras, qui ont des saveurs très différentes, mais surtout des arômes, il se peut aussi que la qualité des herbes influe sur cette composition même. Le beurre d'une vache normande, par exemple, n'a pas la même finesse de goût dans les environs de Paris et dans ceux d'Isigny. Mais lorsque les odeurs et les saveurs sont désagréables, on s'en aperçoit encore bien plus. Il suffit, pour vérifier le fait, de goûter le lait d'une vache nourrie avec des herbes parmi lesquelles se trouvent quelques plantes de la famille des Asphodèles. L'essence d'ail lui communique son goût pénétrant devant lequel s'efface complètement le sien propre.

« De ce fait se tire nécessairement la notion de l'utilité d'écarter de l'alimentation des vaches laitières toute substance clouée d'odeur ou de saveur désagréable. Les prairies de mauvaise qualité, dont la flore contient une grande proportion de plantes à saveur acre, ne sont point propres à l'alimentation des vaches laitières. Mais c'est surtout à l'égard des aliments concentrés devant entrer dans la composition des rations d'hiver qu'il importe de tenir compte de la considération sur laquelle nous appelons l'attention.

« Parmi les aliments concentrés, les tourteaux de graines oléagineuses tiendraient, à cause de leur grande richesse comparée à leur valeur commerciale,

If premier rang. Malheureusement, la plupart d'entre eux, en tète desquels il faut placer ceux de lin et de colza, ont une saveur désagréable pour le palais de l'homme, qu'ils communiquent au lait par l'élimination de principes immédiats auxquels elle est due.

« On ne connaît encore que ceux de palme ou palmiste, d'arachide, de sésame et de coton, qui en soient dépourvus. »

Nous venons précisément, à la veille de cet hiver I SOi- 1895, d'en (aire l'expérience non intentionnelle. Au moment où nos vaches quittent le pâturage pour reprendre le régime de la stabulation, nous constituons, chaque année, les rations en raison des ressources dont nous disposons. Comme nous trouvons sur place des tourteaux de colza de très bonne qualitéetà des prix modérés, nous faisons entrer cet aliment riche dans les rations de notre bétail, ovins et bovins. Nous avions oublié de recommander au vacher, nouveau venu, de ne pas mettre de tourteau dans les provendes de nos cinq ou six vaches en pleine lactation. Mais au bout de deux jours, le lait, exquis jusque-là, avait acquis un goût détestable. Le remède a consisté dans la suppression du tourteau de colza et son remplacement, pour les laitières, par des céréales qui, cette année sont d'un prix très bas, et du son.

Il est aussi certaines plantes, comme la garance, qui ont la propriété de modifier la couleur du lait. On en cite d'autres pour lesquelles la preuve scientifique n'est pas faite comme pour la garance.

De ce que la mamelle est un émonctoire, comme les autres glandes, il ne s'ensuit pas que tous les produits toxiques, minéraux, végétaux ou animaux, mo-

difiant l'odeur, la saveur, la couleur et les qualités du lait s'éliminent par la mamelle. Néanmoins, comme un certain nombre de ces substances agissent sur le produit, il y a lieu de se mettre en garde contre toutes les altérations possibles résultant de l'ingestion de divers principes pouvant se trouver mélangés aux aliments. Il faut particulièrement éviter, en dehors des substances toxiques, les plantes trop odorantes des familles des crucifères, des ombellifères et des alliacées.

La vache laitière, suivant les saisons, est nourrie aux pâturages et à l'étable.

Alimentation aux pâturages.

Les pâturages, dans lesquels les vaches sont conduites, se trouvent en montagne, en plaine ou dans les bois. Chacun de ces divers pâturages a des qualités différentes. Dans certaines contrées les animaux y sont laissés toute l'année et, pendant l'hiver, on leur fait des distributions journalières d'aliments. Dans d'autres, les animaux ne restent au pâturage que pendant la journée et sont rentrés le soir dans leurs étables sous des abris ou hangars construits exprès. C'est que, en effet, si l'habitation est éloignée, la marche, que les vaches sont obligées de faire pour y rentrer, est une cause de déperdition qui se répercute sur la sécrétion lactée, sans parler de la perte des matières excrémentitielles.

Les pâturages les meilleurs sont en général les prai-

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