ÉCHANTILLON
Poids spécifique.
Matière grasse. . .
Substances solides..
Ce tableau très instructif donne la raison de la di-
minution de la densité par l'augmentation de la quantité de beurre et il donne aussi ce renseignement précieux qu'il importe, pour obtenir tout le beurre, de traire la mamelle à fond. Comme nous l'avons dit déjà, la mulsion parfaite augmente la quantité et la qualité.
Dans les contrées où on a l'habitude de faire travailler les vaches, il serait facile de constater qu'après le travail ou après le repos le lait présente des différences appréciables de composition. Le travail augmente la proportion d'eau en même temps que diminuent les quantités de caséine, de beurre, de lactose et de substances solides. Ce sont ces dernières et le beurre qui diminuent le plus.
Bien qu'il n'y ait pas, il notre connaissance, d'analyses précises de lait provenant de vaches en chaleur, il est rationnel d'admettre que, dans cet état particulier de la femelle plus ou moins agitée et tourmentée, mangeant moins, le lait subisse une diminution en même temps que quelques modifications dans sa composition. Pour la plupart des ménagères et des praticiens observateurs, il n'y a aucun doute que le lait ne se modifie quantitativement et qualitativement sous l'influence du rut, et particulièrement quand on ne satisfait pas à l'instinct.
Le lait d'une vache en état de gestation se modifie toujours. La caséine parait augmenter, tandis qu'il y a diminution d'acide phosphorique et de matière grasse, « II y aurait diminution du sucre de lait quand la laitière est bien nourrie et reste en bon état, tandis que la proportion resterait stationnaire si la bête s'amaigrissait. » (Cornevin). Dans tous les cas, la dé-
mois
perdition d'acide phosphorique s'explique par les besoins du fœtus pour la construction de son squelette.
Il est encore une considération relative à la gestation : si certaines vaches conservent leur lait pendant très longtemps, même jusqu'à la veille du terme, il en est qui le perdent dès le quatrième ou le cinquième Mais quand le lait persiste jusqu'à une époque vancée, après le septième mois par exemple, il est tellement modifié que sa crème se baratte mal et devient mousseuse et qu'il peut lui-même devenir amer.
Les bêtes nymphomanes ou taureUères sont pitoyables laitières. Toujours sous le coup d'un état nerveux particulier, elles usent en mouvements désordonnés les éléments du lait. On y remédie par la castration.
Cette opération, aussi conseillée et mise en pratique par le regretté Charlier, dans le but d'augmenter la production des vaches laitières en général, fait, selon M. Cornevin, diminuer brusquement la proportion de lactose de plus d'un cinquième. Mais cette diminution n'est que passagère, puisque quelques mois après la castration la proportion de sucre paraît être normale.
Il résulte d'observations faites dans une grande exploitation de Basse-Bourgogne, chez M. Fayot, de Nuits-sur-Ravières, que la castration pratiquée sur des vaches après le deuxième veau, lui aurait procuré une très notable augmentation dans la quantité de son lait, en même temps que celui-ci serait devenu plus riche en beurre. La castration a en outre l'immense avantage de prolonger la durée de la période de lactation pendant deux et trois ans. Et quand la mamelle est tarie
la beuvonne est très rapidement grasse et donne une excellente viande de boucherie.
Indépendamment des agents médicamenteux ou vénéneux qui s'éliminent par l'éinonetoire qu'est la glande mammaire, il a paru intéressant de chercher si certaines substances médicamenteuses ou autres ae'issent sur la composition du lait. C'est dans cet ordre d'idées que M. Cornevin a institué quelques expériences.
« Jusqu'à présent, dit-il, il n'a été possible de noter qu'un petit nombre de modifications et encore, sauf une exception, ne se montrent-elles que dans île faibles limites. L'alcool favorise la production de la matière grasse, l'acide salicylique, la pilocarpinc et la phloridisine celle du sucre. Sur le nombre de substances expérimentées, c'est tout ce (pu a paru influencer qualitativement le lait. 11 nous semble intéressant de rapprocher l'action de l'alcool de celle que nous avons obtenue de l'administration de l'avoine qui enrichit également le lait en beurre ».
L'observation de M. Cornevin sur l'action de l'avoine nous parait contredire l'opinion de M. Rondot qui prétend que l'avoine augmente surtout la caséine, la proportion de beurre restant invariable.
11 est facile d'admettre que, depuis (pie l'homme exploite la propriété galactogène de la vache, on a toujours cherché il accroître cette aptitude. Des substances végétales, comme des substances minérales, le soufre entre autres, ont été considérées comme avant la propriété d'exciter la sécrétion lactée. Puis on a douté de ces propriétés attribuées à des préjugés. Ici encore, avec son esprit scientifique si méthodique, M. Cornevin a jugé bon de recourir à l'expérimenta-
tion. Il a pu conclure de ses recherches que le fenouil, par exemple, n'est pas une substance galactagogue. Mais, selon lui, les diverses substances, fenouil, anis, cumin, etc., agissent comme excitant du tube dio-estif, réveillent les fonctions intestinales, augmentent l'appétit, aident aux évacuations et favorisent ainsi l'assimilation. Il en résulte un apport d'un sang plus riche à la mamelle et par conséquent une action galactagogue indirecte.
II y aurait lieu de vérifier expérimentalement si réellement toutes les substances qui passent pour augmenter ou diminuer la sécrétion mammaire ont une action déterminée. Tant que ces recherches ne seront pas faites, on ne pourra se prononcer formellement et on est amené h penser que, comme certains médicaments purgatifs ou diurétiques, ces matières végétales ou minérales n'ont qu'une action indirecte. On pourrait donc dire, avec M. Cornevin, que jusqu'ici on n'a pas trouvé de substances médicamenteuses méritant le titre de galactagogue ou d'antiga/acliaue directe.
Le lait renfermant en moyenne 85 0/0 d'eau, on comprend quelle quantité considérable de boisson peut et doit être absorbée par une vache bonne laitière. Il faut non seulement que la bête satisfasse aux besoins de son organisme, mais qu'elle trouve encore l'eau nécessaire à la constitution de son lait. Les boissons données en quantité suffisante ont donc, elles aussi, une influence sur la lactation. Mais l'expérience l'a démontré, les boissons chaudes ou au moins tièdes augmentent la production. En effet, il faut, comme nous l'avons déjà dit, un douzième de la chaleur disponible pour mettre les aliments et les boissons en équi-
libre avec la température du corps. Si on donne dos boissons froides, la chaleur nécessaire sera empruntée à l'organisme même, d'où une dépense considérable. Au contraire, si les boissons sont chaudes les calories non utilisées à équilibrer leur température favoriseront la sécrétion mammaire. Ces boissons devront être Servies aussi chaudes que possible, se basant, pour leur température, sur l'appétence de la bête.
Il faut aussi tenir compte de l'individualité el de la façon dont elle se comporte vis-à-vis de l'alimentation. Nous revenons ici sur ce sujet que nous n avorts lait qu'esquisser en traitant de la physiologie de la mamelle.
« Les vaches produisent du lait en quantité et en richesse proportionnellement à la quantité et à la richesse de leur alimentation. Elles se conduisent à cet égard comme toutes les machines à transformation. La qualité du lait est proportionnelle d'une part à sa richesse en matière sèche et d'autre part à sa richesse en beurre. Le quantum de matière sèche totale contenue dans le lait peut varier entre 8 et 16 0/0. Il est certain que, quelle que soit la composition de cette matière sèche, le lait qui en contiendra 10 0/0 sera meilleur ou plus nutritif que celui qui n'en contient que 8. » (A. Sanson.)
Or, d'un grand nombre de recherches exécutées par les chimistes allemands sur les fèves, les germes de Malt, la farine de palme ajoutées à la ration, il résulte que l'alimentation peut augmenter ou diminuer la quantité absolue de matière grasse contenue dans le lait, mais qu'elle reste sans influence sur sa proportion dans la matière sèche totale de celui-ci. Cette
proportion dépend uniquement de l'aptitude individuelle.
L'individualité influence la quantité de la sécrétion dans une proportion considérable. L'aptitude laitière ne s'acquiert véritablement pas ou ne s'acquiert que peu. Elle dépend de la façon dont l'organisme utilise ses réserves. Telle vache donne du lait, telle autre accumule de la graisse.
Ces considérations ont, nous semble-t-il, de l'importance dans les industries qui s'occupent de la fabrication des dérivés du lait. Elles montrent la nécessité de reconnaître chez les individus, que l'on veut acquérir, les aptitudes spéciales qui rendront leur exploitation plus lucrative.
L'action directe sur la mamelle, pendant l'opération de la traite, a une grande influence, sur la quantité de lait sécrété. On sait en effet que l'activité de la glande atteint son maximum par la mulsion. Le massage de la mamelle exercé par la main produit le même effet que les coups de tète, parfois violents, donnés par le veau pendant qu'il tette. On voit par là toute l'importance d'un vacher soigneux qui opère la traite à fond, avec méthode, patience et douceur.
L'influence du milieu est très manifeste sur la fonction sécrétoire. Une atmosphère tiède et humide contribue à l'accroissement de la production. Au contraire une atmosphère sèche et chaude ou sèche et froide ralentissent la sécrétion. C'est pour cette raison, qu'en traitant des habitations nous avons conseillé de les maintenir constamment dans une certaine humidité en même temps qu'à une température oscillant autour de 12° centigrades.
Peut-être, dit M. Cornevin, en arrosant les étables
dans les pays sees et chauds, arriverait-on à augmenter la production de lait toujours si faible.
Pour M. Aujollet, les plus forts rendements s'observent sous les climats humides à température modérée et uniforme.
Lorsqu'on examine les races laitières les plus estimées, on est frappé par le fait que leur aire géographique jouit d'un climat tempéré et humide. Les Polders des Pavs-Bas sont le lieu d'origine de la race hollandaise; les bords brumeux de la Manche sont le berceau des races normande et bretonne. De même les chaînes de montagne de l'Europe centrale et occidentale ont des types laitiers très estimés tels (pic le schwitz, le fribourgeois, le bernois, le simnienthal, etc.
C'est que la production du lait est intimement liée aux déperditions cutanées et pulmonaires dont l'activité est sous la dépendance du climat. Plus le climat est chaud et sec, mieux fonctionnent la peau et les poumons qui soutirent, sous forme d'exhalations insensibles, l'eau de l'organisme. Cette déperdition, qui s'exerce sur une surface considérable, est très appréciable et suffisante pour que la machine animale dirigeant toutes ses ressources du côté de son entretien, ne possède plus de matériaux disponibles pour l'élaboration du lait.
Les côtes des mers, qui bordent l'Europe centrale, avec leur tempérât ure égale pendant une grande partie de l'année, avec leur atmosphère toujours saturée de vapeur d'eau et d'émanations salines, avec leur llore riche, sont éminemment favorables au rendement E. Thtbbrt. Vaches laitières. |S.
en lait. Il en est de même des montages qui condensent la vapeur d'eau dans leur voisinage et fournissent une herbe abondante et souvent sapide.
La vache, ou la race laitière est donc fonction du climat.
Les pays chauds ne possèdent pas de laitières ; tout au plus la mère peut-elle élever son veau. Aussi toutes les tentatives d'introduction de sujets d'élite échouentelles. Des hollandaises, importées à grands frais en Sicile et en Algérie, n'ont donné que des déboires. Au bout de peu de temps la fonction mammaire s'est atténuée et presque annihilée et les descendants n'étaient pas supérieurs, au point de vue spécial de l'aptitude laitière, aux sujets de la race du pays.
La stabulation permanente, quelle que soit la richesse de l'alimentation, est toujours défavorable à la production. On ne peut compenser les inconvénients de la stabulation, au point de vue de la qualité du lait et de sa quantité, que par la température constante, en toute saison, de 12° à 1 4° centigrades, une aération suffisante et des aliments bien choisis et riches en principes gras.