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CHAPITRE II

Tous les animaux de la ferme ont une valeur intrinsèque et une valeur commereial<vtoutes deux variables avec l'âge du sujet. Il est dès lors nécessaire pour l'éleveur, l'acheteur et le vendeur de pouvoir apprécier aussi exactement que possible l'âge de l'animal exploité ou faisant l'objet d'une transaction.

À partir de la naissance, le jeune sujet a une valeur graduellement croissante jusqu'à l'époque du sevrage, c'est-à-dire jusqu'il l'âge de cinq à six mois. De cette époque jusqu'à un an environ, s'il s'agit d'une jeune bête bovine, la valeur commerciale reste sensiblement la même. Mais de cet âge de un an jusqu'à celui de cinq à six ans, ou plutôt jusqu'après le troisième veau, la valeur s'accroît dans une proportion notable. On considère que c'est entre cinq à six ans qu'une vache a atteint son maximum de valeur intrinsèque et commerciale, et cette valeur esta peu près invariable jusqu'à sept ou huit ans. Ensuite l'animal, ayant de moins en moinsde qualités laitières, une moins grande aptitude à l'engraissement, va en déclinant jusqu'au terme fatal de la mort naturelle ou, ce qui est le plus ordinaire, du sacrifice pour la boucherie. Ces différentes valeurs, présentées par un même sujet, indiquent bien la nécessité de l'étude des caractères à l'aide desquels il est possible de déterminer très approximativement, à quelques mois près, l'âge d'une vache quelconque

Toutefois, passé dix à onze ans, il n'est plus guère possible d'arriver à cette approximation.

Il va deux procédés différents d'appréciation de l'âge. On peut connaître l'âge à l'aide des dents ou à l'aide des cornes. Mais le plus souvent on contrôle les indications des unes par les indications des autres.

Les auteurs, assez nombreux, qui ont traité de la connaissance de l'âge, ont fait intervenir dans les caractères qu'ils indiquent, les modifications subies par les dents molaires. Mais ces caractères sont assez difficiles à préciser pour que nous ne jugions pas à propos de les utiliser dans cette étude rapide. Nous nous contenterons des observations faites sur les dents incisives et sur les cornes.

Nous croyons devoir donner quelques notions anatomo-physiologiques sur les dents incisives sans lesquelles il nous parait impossible de déterminer l'âge exact des sujets soumis à l'examen de l'observateur. Pour cette étude, nous nous aiderons de l'excellent Traité de l'âge des animaux domestiques de MM. Cornevin et Lesbre.

I, — Des dents.

Comme chez tous les mammifères, il y a deux périodes parfaitement distinctes dans l'évolution et le développement des dents des bovidés. En d'autres termes il y a réellement deux dentitions.

La première dentition court delà naissance jusqu'il l'époque où ces dents, dites dents de lait ou dents caduques, tombent pour faire place à d'autres qui sont

appelées dents de remplacement, dénis persistantes ou dents de seconde dentition.

Il y a, suivant l'âge des animaux, deux formules dentaires :

Formule de la première dentition :

0—0—6 8—0—6 C'est-à-dire pas d'incisives supérieures, 8 incisives inférieures, pas de canines, 6 molaires supérieures et 6 inférieures.

Formule de la seconde dentition ou dentition d'adulte : 0—0— G—

Incisives de ~° dcnlition (Cornevin f't Lesbrc).

En langage ordinaire: Pas d'incisives supérieures, incisives inférieures, pas de canines, G premières

LES VAGUES LAITIERES

molaires supérieures et 6 inférieures, 6 arrière-molaires supérieures et 6 inférieures.

On voit quelquefois apparaître une quatrième molaire de lait très petite, de chaque côté de la mâchoire supérieure ou même aux deux mâchoires, dent qui n'est jamais remplacée et peutpersister dansla dentition de l'adulte (Cornevin et Lesbre).

Incisives. — (Fig. 5 et 6). Il y a huit dents incisives disposées en claviers sur un arc de cercle à la partie

Fie 6. ' — Incisives de l re dentition (Cornevin et Lesbre).

antérieure du maxillaire inférieur. On leur a donne des noms indiquant en quelque sorte leurs situations respectives : on appelle pinces les deux dents situées au milieu de l'arc; les deux dents immédiatement continués se nomment premières mitoyennes; celles qui touchent les dernières se nomment secondes mitoyennes ; enfin les dents placées aux extrémités de l'arc prennent le nom de coins.

Au lieu de dents, l'extrémité antérieure de la mâchoire supérieure porte un bourrelet, recouvert par la

Fig. 7. — (Cornevin et Lcsbre).

A, Pince de 2 e dentition ; 1, vue par devant ; ?, vue par derrière.

B, Pince de la l r0 dentition ; 1, vue par devant ; 2, vue par derrière.

muqueuse buccale, dur, résistant, lisse, appelé bourrelet gingival et dont la base est un fîbro-cartilage.

Les dents, chez la vache, quel que soit son âge, sont toujours mobiles, sans doute pour ne pas entamer le bourrelet muqueuxqui les remplace à la mâchoire supérieure (Cornevin et Lesbre). Ces dents sont peu profondément enchâssées dans des alvéoles peu profondes.

La forme de ces dents (fig. 7) est caractéristique. Chaque incisive ressemble assez à une pelle, le manche étant représenté par la racine qui est séparée de la couronne par un rétrécissement ou collet analogue à celui de la dent de l'homme.

La couronne est sensiblement triangulaire, un peu incurvée et plus ou moins relevée du côté de la mâchoire supérieure. Elle présente à considérer deux faces, une externe ou antérieure et une interne ou postérieure, un bord supérieur ou antérieur ou libre et deux bords latéraux dont l'un est interne et l'autre externe (Le bord interne est celui qui est le plus rapproché du plan médian de l'animal).

La face externe, assez régulièrement convexe, présente à sa surface, dans la dent vierge, des stries longitudinales très fines et chagrinées. Mais par l'usure résultant du frottement de la lèvre, cette face se présente bientôt lisse et luisante.

La face postérieure, un peu concave vers le bord libre, présente dans son milieu une éminenec arrondie, un peu conique et plus ou moins développée suivant la dent examinée et aussi suivant les individus. Girard a donné le nom à' avale à cette face postérieure.

Le bord libre ou supérieur est très tranchant dans une dent vierge. C'est lui qui apparaît le premier quand la dent fait son éruption. C'est sur lui encore que se marquent les divers degrés de l'usure.

Le bord interne est convexe ; l'externe est concave, de sorte que la dent paraît courbée en dehors.

La racine, qui a une longueur moyenne de un centimètre et demi à deux centimètres, est arrondie, ou plutôt eylindro-conique tronquée. Elle présente, dans la jeune dent, à son extrémité profonde, une ouverture communiquant avec une cavité intérieure remplie de La pulpe dentaire qui s'ossifie peu à peu et se prolonge jusque dans l'intérieur de la couronne (fig. 8).

Fig. S. — 1. Coupe longitudinale d'un côté à l'autro d'une incisive remplaçante. — 'Z. Coupe longitudinale anlëro-postérieure d'une incisive remplaçante. — ^. Coupe Longitudinale anléro-postérieure d'une incisive de lait (Cornc\in et Lesbre).

L'ouverture inférieure va toujours se rétrécissant au point de ne plus livrer passage qu'au nerf et aux vaisseaux ebargés de l'entretien de la vie de la dent.

Deux substances dures, ayant des qualités physiques différentes, constituent une dent : l'émail et l'ivoire. Dans la dent vierge, l'émail forme autour de la couronne ou partie libre une couche continue, plus mince

sur la face postérieure et qui se prolonge en s'amincissanl de plus en plus sur la partie la moins profonde de la racine. L'ivoire forme le reste de l'orerane.

La cavité intérieure se remplit, elle aussi, d'une substance osseuse appelée ipoirê de nouvelle formation un peu moins dur que l'ivoire primitif et qui, à mesure de l'usure, apparaît sur la table de la dent. La table n'est autre ebose que la surface résultant de l'usure par frottement.

Quand une dent a fonctionné, son bord supérieur s'émousse, devient rectiligne et forme la surface dont il vient d'être parlé, s'étendant en arrière aux dépens de la face postérieure (fig. 9). En définitive, l'usure fait disparaître complètement l'éminenec conique. La dent est alors nivelée. Elle n'est que rasée quand l'émail du bord libre est disparu pour faire place à une bande transversale plus jaune qui est l'ivoire.

A mesure que le nivellement s'avance la bande jaunâtre se raccourcit, s'élargit et finit par donner une surface à peu près carrée, puis ronde d'un jaune plus pâle dû ii l'apparition de l'ivoire de nouvelle formation qui a rempli la cavité. Cette sorte de tache sur la table de la dent prend le nom déétoile dentaire.

11 semble, par suite de l'usure, que les dents s'écartent les unes des autres bien qu'occupant la même place. Cela tient à ce que les incisives, dans la jeu-

Fig. 9. — Profil d'une

incisive montrant les ligne

d'usure successives.

(Cornevin et Lesbrc).

nesse, ne se touchent que pnr leur extrémité libre et pas du tout par la base comme chez les solipèdes. Les dents sont d'autant plus écartées qu'elles sont davantage usées.

Quand la dent est usée à son extrême limite, il ne reste plus que la racine apparaissant, par suite du retrait de la gencive, sous la forme d'un chicot jaunâtre, très éloigné de ceux qui forment avec lui les restes de l'arcade incisive (Lecoq).

Caractères distinctifs des dénis de première et de seconde dentition. — Les premières incisives caduques, ou dents de lait, sont moins volumineuses que les remplaçantes. Elles sont aussi moins larges, et leur forme est plus incurvée en dehors. L'émail, moins épais, est plus transparent. Les deux pinces de lait sont plus éloignées l'une de l'autre que les pinces de seconde dentition.

Pour peu que l'observateur soit attentif, il est absolument impossible de prendre une dent de lait pour une dent de remplacement et vice versa.

Anomalies dentaires. — Peu communes chez la vache, les anomalies dentaires peuvent cependant se rencontrer, mais jamais on n'a signalé qu'un excès de nombre. C'est ainsi que M. Morot cite une vache pourvue de 9 incisives d'adulte; la surnuméraire était une seconde mitoyenne.

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