‹ Les vaches laitièresChapitre 95 sur 130 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Nous ne voulons pas, nous ne le pouvons pas d'ailleurs, étant donné la nature de ce livre, (aire une description même sommaire des maladies qui peuvent atteindre la vache laitière et son veau. Notre intention est seulement d'indiquer quelques maladies et les remèdes qu'il convient de leur opposer en attendant l'arrivée de l'homme de l'art. Nous sommes absolument convaincu que, d'une manière générale, le propriétaire gagne plus

à ne rien faire du tout et à recourir au vétérinaire, quand sa bète est malade, qu'à la médicamenter au hasard. Nous avons eu, dans notre carrière déjà longue, souvent à déplorer des insuccès dus à des médications irrationnelles, toujours nuisibles, mises en pratique avant notre arrivée auprès des malades. Malgré donc notre crainte de mettre à la disposition des intéressés quelques indications sommaires pathologiques et thérapeutiques, que souvent ils ne sauront pas appliquer à propos, nous ne croyons pas pouvoir nous eu dispenser absolument.

Pour éviter les omissions, nous suivrons un ordre alphabétique, et pour chacune des maladies nous nous étendrons plutôt sur les causes que sur toute autre partie de la description, persuadé de la sagesse du précepte: sublatâ causa tollitur effectus. C'est en effet en supprimant ou en atténuant, autant que possible, les causes morbiliques qu'on évitera bien des pertes et des déboires. En matière d'élevage, l'argent qui n'est pas perdu est de l'argent gagné.

Allémie. — Elle atteint, plus fréquemment qu'on ne le croit, les bonnes et les très bonnes vaches laitières. Elle reconnaît pour causes une alimentation insuffisamment riche en principes azotés, les pâturages trop humides pouvant provoquer Vhydrohémie, les logements malsains, pas assez aérés. L'anémie est toujours une maladie chronique, de très longue durée. Elle se reconnaît à la faiblesse générale des animaux, à la pâleur des muqueuses apparentes et du mufle, s'il n'est pas de nuance foncée, à l'inappétence et souvent aussi à un léger ballonnement persistant de la panse.

Si la maladie n'est pas trop avancée, on y remédie par une alimentation substantielle, des boissons ferrugineuses, des toniques amers : gentiane, haies de genièvre, noix vomique, écorce de saule, les boissons alcooliques, le bouillon de viande, le lait, etc.

Appétit dépravé. — On l'appelle encore Pica, malaria. La dépravation de l'appétit n'est pas une maladie spéciale; c'est le signe d'autres affections. Il est ■uécessairc, quand on l'observe, d'en chercher la cause et, avant tout, de ne pas laisser les animaux manger des substances non alimentaires. Il faut savoir aussi que, toujours, le pica est l'expression d'un besoin physiologique indiquant l'insuffisance de principes minéraux dans la ration.

Arrière-faix Rétention de I). — Cet accident se produit souvent chez les vaches qui accouchent quelques jours avant le terme ou qui avortent. Voir chapitre XII I.

Arthrite. — On appelle ainsi l'inflammation aiguë, sub-aiguë ou chronique d'une articulation. La maladie se présente, chez la vache, le plus souvent sous les deux dernières formes. Elle est aussi connue, suivant les contrées, sous les noms de goutte, de//'/, etc.

Il est une arthrite qui intéresse particulièrement les éleveurs, et qui se manifeste sur les vaches dont la délivrance ne s'est pas bien effectuée après le part, ou encore chez celles qui ont avorté. Elle atteint tout spécialement l'articulation du grasset. Son traitement est très incertain. Prise au début, l'arthrite peut encore guérir. Il faut appeler le vétérinaire aussitôt qu'on

s'aperçoit de la boiterie d'un membre postérieur après le vêlage ou l'avortement non suivis d'une complète délivrance.

Asphyxie pulmonaire. — Cet accident se produit assez souvent dans les étables où les animaux sont entassés en trop grand nombre. On voit la bête essoufflée, battant du flanc, avec les yeux d'un rouge foncé. Il faut se hâter de la mettre au grand air. L'accident peut se terminer par la congestion pulmonaire nécessitant d'autres soins. C'est encore un accident qu'on observe, paraît-il, chez les animaux qui passent brusquement de la plaine à la montagne, à une grande altitude. La maladie est aussi assez fréquente sur les animaux entassés dans les wagons de chemins de fer pendant l'été lors de longs stationnements au soleil ; ou sur ceux qui font de longues marches par les grandes chaleurs. L'irrigation à l'eau fraîche hâte la guérison.

Avorteilieilt. — C'est l'expulsion avant terme du produit de la fécondation. La vache qui avorte ne demande pas plus de soins particuliers que celle qui met bas normalement. Il y a donc lieu de savoir si la vache a ou non expulsé les enveloppes fœtales et d'agir en conséquence.

L'avortement a le plus souvent pour causes des coups, des heurts contre les portes, des coups de cornes. Il est aussi déterminé par l'ingestion de boissons glacées ou trop froides ; l'eau à une température inférieure à 8° ou 1 0° centigrades suffit à causer l'avortement. L'ingestion de plantes vénéneuses le

provoque également. Quand la condition de l'avortement est donnée, il n'y a qu'à' le laisser se produire. Si la vache parait malade, il faut recourir au vétérinaire qui, seul, peut appliquer le remède selon les circonstances.

L avortement n'est pas un fait bien grave quand il se produit accidentellement chez une seule vache du troupeau. Mais il acquiert les proportions d'un sinistre quand il a lieu chez un grand nombre de tètes d'une étable. C'est M avortement èpizootique résulta ni d'une infection, par un microbe, qu'a étudié M. Nocard, des organes génitaux de la vache et des enveloppes fœtales. On ne peut y remédier qu'en pratiquant une antiseptie rigoureuse des organes générateurs à l'aide de l'eau phéniquée, du Crézyl, du ]\ sol et plutôt avec la solution à I à "2 pour 1,01)0 de bichlorure de mercure.

L'avortement peut encore revêtir un caractère èpizootique et être dû à l'infection de ['étable par le bacile de la tuberculose.

Barbillons. — On appelle barbillons les excroissances muqueuses plus ou moins longues, plus ou moins aplaties ou coniques qui existent dans la bouche de tous les bovins. Selon M. IVuch, ils sont susceptibles de s'enflammer surtout pendant le régime hivernal. Dans ce cas il y a inflammation générale de la bouche et nous comprenons que l'excision de ces follicules, en produisant une saignée locale, hâte la guérisonde la stomatite simple.

Il ne huit pas confondre ces excroissances, qui peuvent parfois être morbides, avec les tubercules mu- E. TiiiiiiHï. Vaches Laitières. tf

queux qui recouvrent les orifices des canaux salivaires. En tout cas nous considérons comme étant le résultat d'un préjugé fâcheux l'habitude des empiriques de couper ces excroissances clans la bouche des veaux qui tettent mal ou n'ont pas d'appétit.

Bronchite. — La bronchite simple, véritable rhume de poitrine, causée par des refroidissements est assez rare chez la vache. Mais il est une bronchite déterminée par la présence, dans le tissu même du poumon, d'entozoaires et particulièrement d'échinocoques. Cette maladie assez commune n'est pas très grave. Malheureusement elle est difficile à reconnaître et facile à confondre avec le début de la tuberculose. On y remédie par les fumigations de genièvre, de goudron, et en faisant boire aux animaux de l'eau passée sur cette substance. Elle est fréquente sur les vaches qui paissent dans des pâturages bas et humides.

Cachexie OSSÎfrage. — Cette maladie, encore appelée ostéomalacie, ostèoclastie, est caractérisée par la disposition particulière des os à se fracturer. La cause principale parait être l'absence d'éléments calcaires dans les aliments. Quand cette cause concorde avec l'état de gestation, la maladie, toujours grave, le devient bien plus encore. Elle se montre, à l'état épizootique, dans les contrées pauvres en calcaire et en acide phosphorique, et s'accentue davantage dans les années de sécheresse. C'est ainsi qu'elle s'est montrée surtout le territoire français, sauf dans les régions humides, à la suite des années sèches 1892 et 1893. Elle débute par des boiteries alternatives d'un membre et d'un

HLiBL^LMHiiVH

:uitix\ la perte dé l'appétit et l'amaigrissement. Elle atteint d'abord les vaches bonnes laitières.

Le traitement consiste dans l'emploi de l'huile de foie de morue, du bouillon de viande, du lait, du vin et de toutes les substances reconstituantes et un peu excitantes auxquelles on adjoint la limaille ou la poudre d'os cuits dans le fea. Nous n'avons qu'une confiance médiocre dans les produits pharmaceutiques vendus comme remèdes souverains contre celte maladie.

Cardite.

Pc,

rdite

Charbon. — Maladie éminemment contagieuse le

charbon se présente sous deux formes absolument différentes et faciles à distinguer : 1" Charbon baclèridien, fièvre charbonneuse ,sang de rate, il est déterminé par un

micro-organisme particulier ou par sa spore ou graine que les animaux absorbent avec leurs aliments en paissant dans des endroits où ont été enfouis des cadavres charbonneux. Il a une marche lapide, souvent foudroyante. Dès qu'on le soupçonne dans son élable. il faut, de par la loi, «mi faire la déclaration immédiate a l'autorité administrative qui prend les mesures nécessaires.

Les animaux sont pris subitement d'une lièvre intense, avec frisson violent. La muqueuse de l'œil est rouge, violacée ; la respiration est très accélérée et les animaux succombent asphyxiés. Si on saigne les animaux, la saignée est baveuse et le sang est noir, poisseux. La viande est impropre à la consommation.

2° Charbon bactérien, chu, -bon symptomatique ou emphysémateux. Brusquement aussi les animaux en

sont atteints. Il se produit par le même mécanisme que le charbon bactéridien. Il se caractérise par le développement rapide de tumeurs énormes, mal délimitées, chaudes, dures, résonnantes à la percussion. La fièvre est moins violente. Le sang est, ici, rouge rutilant, normal en quelque sorte. Les animaux ne peuvent non plus être utilisés pour la consommation. On doit aussi en faire la déclaration.

M. Pasteur, basant ses études sur l'atténuation par la chaleur de la virulence de la bactéridie, sur les recherches de Toussaint et de M. Ghauveau, a découvert un vaccin qui a donné les meilleurs résultats contre le charbon bactéridien.

MM. Arloing, Cornevin et Thomas, après de belles recherches sur la bactérie du charbon symptomatique, ont aussi découvert son vaccin.

Dans les contrées où les vaccins ont été employés à titre préventif, les pertes, par les deux charbons, ont été réduites à ce point cpie la maladie a presque disparu.

Chute ou renversement du vagin. — Cet accident

est caractérisé par la présence, entre les lèvres de la vulve, d'une tumeur plus ou moins volumineuse, rose d'abord, puis rouge et s'excoriant facilement si on n'y remédie pas dès le début. Il se présente particulièrement chez les vaches pleines, vers le quatrième ou le cinquième mois de la gestation. Le plus souvent on ne s'aperçoit de rien quand la bête est debout. Si même, la bête couchée, la tumeur est apparente, elle disparaît dès qu'on fait lever la vache. Nous ne connaissons aucun remède vraiment efficace contre cet

accident qui, en général, n'est pas grave. Le meilleur moyen, selon nous, est de tenir le derrière de la vache toujours très élevé par la présence d'une grande quantité de litière sous le train postérieur. Il faut aussi laver avec soin, à l'eau tiède pliéniquéc, la tumeur souvent souillée par les fèces.

Fig. IJG. — Pessaire à pelote avec la traverse pour le fixer (Signol).

On peut recourir il l'emploi des pessaircs fig. (>•"> . Mais nous devons reconnaître que ces instruments ne nous ont jamais donné de résultats satisfaisants, non plus que dans la chute de la matrice.

Cocotte ou fièvre aphteuse. — <>n l'appelle encore stomatite aphteuse. Maladie très contagieuse Salivation abondante, ampoules, dans la bouche et sur le mufle, pleines d'un liquide incolore, limpide, un peu séreux ; boiteries, ampoules entre les onglons qui peuvent se déchausser. Ampoules également, moins volumineuses, sur les mamelles et sur les trayons. Soins extrêmes de propreté. 11 faut faire la déclaration dès qu'on soupçonne la maladie.

Congestion intestinale. — Le <-<>u/> île san^ sur l'intestin n'est pas rare chez la vache après l'ingestion

d'eau froide- ou glacée. Violentes coliques manifestées par des coups de pied, que se donne la bête, dans le ventre ; elle se couche et se relève brusquement. La saignée est le seul remède utile et pratique, secondée par des frictions irritantes sur les membres avec l'essence de térébenthine ou la farine de moutarde délayée dans de l'eau froide. t

Corps arrêtés dans l'œsophage. — La vache

recherche assez volontiers les tas de racines fourragères, betteraves, carottes, pommes de terre et ceux de fruits, pommes et poires qu'elle mange gloutonnement. Si le gardien la laisse faire, elle prend son temps pour mastiquer et ne déglutit que quand le bol peut traverser l'œsophage. Mais si on se précipite pour chasser la bête, elle avale goulûment, pour ne pas perdre sa gueulèe, le fruit ou la racine qui ne peut franchir l'entrée de la poitrine. Salivation abondante et météorisation. Si celle-ci est excessive, il faut ponctionner la panse à l'aide du trocart (fig. 67), et essayer ensuite de refouler le corps avec un bâton lisse et huilé, et mieux avec la sonde œsophagienne (hV 68) munie de son mandrin. Si le gonflement n'est pas trop accentué, on peut essayer par d'habiles manipulations à faire remonter le corps jusqu'au pharynx et l'opération est facilitée par la tension des gaz emprisonnés dans le rumen. Ce dernier procédé, quand il est possible, vaut mieux que le premier. C'est toujours une faute lourde, dont les conséquences peuvent être très graves, que l'essai d'écrasement, entre deux maillets, du corps étranger.

On devrait trouver le trocart et la sonde œsopha-

gienne parmi le mobilier nécessaire de toute vacherie bien installée.

Trocart.

Fis. 68. — Sonde OBaoph&fiieilllO.

Cowpox. — Apparition sur les mamelles et plus particulièrement sur les tétines, après un mouvement fébrile qui passe souvent inaperçu, de pustules ombi-

liquées plus ou moins nombreuses, transmissibles à l'homme. C'est le liquide sécrété et renfermé clans la pustule qui constitue le vaccin proprement dit employé contre la variole humaine. Soins de propreté, lotions astringentes avec la décoction de feuilles de noyer. Ne pas traire la vache à la main ; recourir aux tubes trayeurs.

Cette maladie se produit surtout chez les vaches qui cohabitent avec des chevaux ayant de prétendues démangeaisons dans les paturons.

Dartres. — Nom générique communément employé pour désigner diverses maladies de la peau confondues à tort, caractérisées par des démangeaisons. Le plus sage est d'appeler le vétérinaire qui, seul, peut faire la distinction entre l'eczéma, la teigne, la gale et les maladies pédiculaires, qui ont toutes le prurit pour premier symptôme, et appliquer le traitement approprié.

Diarrhée. — Si les veaux, élevés à la mamelle, sont rarement atteints de diarrhée ou entérite diarrhéique, il n'en est pas de même de ceux qui sont soumis à l'allaitement artificiel. Cette maladie se manifeste aussi au commencement du sevrage. Le petit animal ne parajt pas très malade ; mais ses excréments, abondants et très fluides, sont jaunâtres, puis blanc-gris, d'où le nom de foire grise, d'une repoussante fétidité. Il devra être remis au lait maternel, mais à la demiration au plus. On lui administrera de l'eau de riz, additionnée de 5 à 10 ou 15 gouttes, selon l'âge, de laudanum de Sydenham, 3 à 4 verres en tout par jour. On se trouvera bien aussi de l'emploi de la crème de

tartre so lubie à la close de 20 à 30 grammes, suivant la taille. Un vétérinaire italien conseille la préparation suivante :

8 grammes.

. . . i."> — Mélangez cl divisez en 6 parties égales ou 11 doses.

Salol

Oxyde de bismuth.

Carbonate de chaux.

On administre les deux premières doses à deux heures d'intervalle, les autres de quatre en quatre heures. Chaque dose se donne dans une infusion de camomille.

Nous avons eu à nous louer de l'emploi d une autre préparation, qui n'a que le tort d'être un peu plus coûteuse que la précédente :

Benzoate de naphtol. .

Salicylate de soude.

Sous-nitrate de bismuth Opium brut râpé. .

Page 1