COMTE PHILIPPE DE GESST
Au-dessous il traça sur le carton porcelaine ces deux lignes :
« Il y a près d'une heure que je vous attends ! ! — qui peut vous retenir aijisiî? — Venez, ou je deviens foui! »
Le tout orné d’un nombre indéfini de points d’interro- , gation et d’exclamation.
Geci fait, il franchit d’un pied leste et d’un air déterminé les deux marches qui conduisent au couloir des acteurs.
Il ouvrit une porte A droite.
I) se trouva dans une petite cour.
Il tourna à gauche et descendit deux autres marches.
Il avait devant lui la loge, où, sous la forme d'une simple portière, veille, implacable et farouche, le cerbère en jupons qui défend aux profanes l’entrée du sanctuaire, ~ autrement dit les coulisses du théâtre des Variétés.
Celle poi tièie, soit dit en passant, est, avec celle du
LES VALETS DS COECE. Il
théâtre du Palais-Royal, la plus maussade et la plus revêche de tous les pipelets femelles de Paris.
Ce ne fut pas sans un battement de cœur que Philippe de Gessy ouvrit la porte de la loge où trônait la mégère, assez semblable à ces muets incorruptibles qui gardent l’entrée du harem.
Avec celte différence cependant que la portière en question n’est nullement muette, point incorruptible, et que les odalisques commises à sa garde ne sont inviolables que dans l’iutérieur du sérail., et encore!... et eacore!...
Elle regarda le jeune homme d’un air assez narquois*
Philippe la salua.
La portière hocha la tête.
Philippe avança sa main.
La portière étendit la sienne.
Dans celle de Philippe il y une pièce de cent sons.
La portière prit cette pièce et la mit dans sa poche, sans même songer à dire : uesci.
Évidemment elle était accoutumée à ^ sortes d’offrandes.
Seulement, Philippe comprit qu’il venait de se rendre la divinité favorable, car elle lui demanda d’un ton assez gracieux :
— Qu’est-ce qu’il y a pour votre sei vice ?
— Madame, — dit le jeune homme d’un ton mielleux* d’une voix veloutée et d’un air insinuant, — vous connaissez mademoiselle Olympe, n’ est-ce pas ?
— Pardine, si je la coanaisl... c’est une de nos dames!.., loge U* 14... elle ne m’a pas encore descendu sa clef...
— Je le sais bien...
— Ail ! vous savez 7
— Oui, je l’attends..»
— Ah! vous l’attendez.r; — Alors, c’est vous qui êtes...
— Oni, madame.
— Compris... compris... Eh bien! après?...
— Eh bien ! madame, mademoiselle Olympe ne vient pas, ce qui m’étonne, car enfin elle ne joue que dans la seconde pièce, qui est en un acte. — Or, il y a plus d’une heure que cette pièce est finie, et il ne faut que dix minutes à mademoiselle Olympe pour se déshabiller... — Donc, je vous le demande, que peut-elle faire 7. ..
— Ah ! — s’écria la portière, — vous ne savez pas, quant elles sont toutes là, ces demoiselles, au foyer, comme de petites pies borgnes à jacasser, et à faire des inics-macs, et à raconter des cancans, et des histoires, et des drôleries, ça n’en finit plus...
— Oh ! — fit M. Gessy d’un air convaincu, — je ne doute point de mademoiselle Olympe et je suis persuadé que la cause de son retard est très-innocente et toute naturelle... Cependant, comme je trouve l’attente un peu longue, je vous prierai de vouloir bien faire parvenir celte carte à mademoiselle Olympe, afin de me rappeler à son souvenir...
— C’est bon, — répondit la portière en prenant la carte que lui tendait Philippe, >- je vais donner ça à un garçon de théâtre qui cherchera mam’seile Olympe... attendez un moment, il reviendra vous rendre la réponse...
Et la portière, se tirant le cordon à elle-même, disparut dans l’intérieur du théâtre, laissant Philippe seul dans la loge.
LES VALETS DE COECIl.
Quand on attend sa belle.