A UN ECCLÉSIASTIQUE
A l'ombre des autels, Yotre muse qui prie, Comme un ange voilé de ses ailes de feu, Se consume d'extase et tombe en rêverie, Dans un frisson d'amour, sous le regard de Dieu.
L'espoir qui la soutient et la foi qui l'inspire Répandent sur son œuvre un charme austère et doux, Et quand, le cœur blessé, l'immortelle soupire, Elle reste chrétienne avec un soin jaloux.
Pourquoi vous en louer ? la parole du maître^ Cette parole sainte et toute vérités Ne vibre-t-elle plus sous l'étole du prêtre. Lorsque, prenant la lyre, il chante en liberté ?
Répandez donc votre âme en des strophes pieuses Que votre ange ravi portera jusqu'au ciel, Et que répéteront les voix harmonieuses Des séraphins penchés aux pieds de l'Eternel.
BRIZËUX ET MISTRAL.
De Brizeux à Mistral, de Bretagne à Provence La distance n'est pas ce qu'on pourrait penser. Le Celte et le Latin dans la même balance, Dire celui des deux qui la ferait pencher
Je ne l'oserais point. L'un et l'autre est poëte^ Poëte par le cœur, par l'esprit, par les sens ; La Ijre n'a pour eux point de corde muette ; Elle rend sous leurs doigts de magiques accents.
Marie et les B7^etons, Calendal et Mireille^
De costumes, de mœurs, de langage divers.
Ont un mérite égal, une gloire pareille ;
Je vois deux âmes sœurs rayonner dans leurs vers.
Noble fils delà sainte et naïve Bretagne,
A son pays Brizeux a consacré ses chants :
La chaumière, la mer, les men-hîr, la montagne
Ont des places d'honneur dans ses récits touchants.
Les Pardons renommés, les fêtes patronales Se mêlent sur sa harpe aux souvenirs d'Armor, Et les plaisirs bruyants, sous leurs formes banales^ Y tournent un regard du côté de la mort.
Lorsque ta voix nous dit quelque vieille légende Empreinte de pitié, de tendresse, de foi. Il n'est pas un de nous, barde, qui se défende De pleurer, de prier et d'aimer avec toi !
Comme Brizeux, Mistral à sa chère Provence A construit pièce à pièce un pieux monument ; Il a chanté la Grau, le Rhône, la Durance Avec le cœur d'un fils et le cœur d'un amant.
De ses riches tableaux la couleur éclatante Semble faite d'aurore, et de flamme et d'azur ; - On voit la passion y grandir, palpitante, Sans que jamais l'amour cesse d'y rester pur.
Moins voilée et non pas moins chaste que Marie, Mireille, qu'illumine un rayon plus vermeil. Est l'incarnation de sa belle patrie, Et, fille de Provence, elle meurt du soleil.
Langue d'Oil, langue d'Oc, l'une et l'autre épopée, Quirévèle au pays ces poëtes jumeaux.
Nous charme par sa douce et forte mélopée. Et nous fait vivre avec la France des hameaux.
Que n'ont-ils pas glané dans le champ des croyances, Des symboles chrétiens, des usages pieux Que la religion , reine des consciences. Implante dans le sol où dorment les aïeux !
Lys éclatant, bluet humble, rose superbe, Pampres eu fleurs, senteurs pleines d'enivrements^ Verts rameaux, frais boutons, chacun d'eux a sa gerbe Où l'épi nourricier se mêle aux diamants.
Ne vous souvient-il pas de cbiie soupe blanche, Par joyau qu'envierait la muse de Chénier, Et qui, tel qu'un beau fruit, au sommet d'une branche, Du poëme les Bretons orne le chant dernier ?
Vous souvient-il aussi de l'aubade étoilée, Où l'amoureux entonne un chant de bengali, Tandis que de pudeur et de grâce voilée, S'éveille et lui répond la belle Magali ?
Devant ces deux fleurons d'une double couronne, Préférez-vous Brizeux ? penchez-vous pour Mistral ? Moi, je tiens que la Loire est l'égale du Rhône, Et mets au même rang breton et provençal.
Depuis longtemps Brizeux dort, couché dans sa bière, Mais son œuvre lui vaut un immortel renom. MistraL tu peux mourir ! la Provence, ta mère, Par toi glorifiée, a consacré ton nom.