‹ Les VallonnaisesChapitre 6 sur 31 · A OLIVIER DE SERRES · texte numérisé non relu

A OLIVIER DE SERRES

Souvent je lis ton livre, ô glorieux de Serres ! Ce livre si complet, dans lequel tu resserres En de longs entretiens, qui me semble trop courts, Les préceptes ruraux, sujet de tes discours. J'admire avec quel art tu sais tenir école De conseils familiers, de pratique agricole, Lorsque, nous enseignant la nature et ses lois, Tu cites à propos des proverbes gaulois Dont la saveur naïve et piquante assaisonne Tes savantes leçons où le bon sens foisonne. Trop heureux de t'avoir pour guide, le lecteur Qui s'attache à tes pas, croit suivre un enchanteur Dont le pouvoir magique à ses regards déroule De merveilleux trésors, ignorés de la foule, Et que la terre livre au seul labeur humain, Sollicitant la glèbe, une bêche à la main.

Mais je ne vois ici qu'un côté de ton œuvre,

Le rôle de l'outil et celui du manœuvre,

La culture banale et les travaux des champs

Dont les moindres détails deviennent attachants,

Grâce à l'autorité que ton expérience

Donne aux enseignements de l'homme de science.

Ce n'est pas tout pour toi que labours et moissons ;

Tu regardes plus haut en traçant tes leçons :

A l'amour du travail quand ta voix nous convie,

On sent qu'à cet amour tu consacras ta vie.

Le travail, la vertu, le bon ordre, l'honneur,

Ces vocables à qui répond le mot bonheur,

Ton T/zeV'^re pourrait les prendre pour enseigne.

Car on les trouve au fond de tout ce qu'il enseigne.

Fidèle observateur des mœurs de nos aïeux, Tu prends à cette étude un intérêt pieux. Sachant que le respect des coutumes rustiques Est le vrai fondement des vertus domestiques. Tu ne saurais comprendre hors de là le progrès. T'élevant sans effort de degrés en degrés, Tu conduis le lecteur de l'effet à la cause, Jusqu'au terme suprême où l'esprit se repose Dans l'idéal vivant, base, faîte et milieu, Inflni par essence et que l'on nomma Dieu.

C'est en lui que ton œil voit les causes secondes Que le Verbe Eternel rend à jamais fécondes. Et dont l'ordre admirable à ses aspects divers, Sous le nom de nature embrasse l'univers. Tu signales les dons de sa munificence Pour inviter les coeurs à la reconnaissance. Tu nous apprends, avec le poëte latin, Qu'il n'est point ici-bas de plus heureux destin Que celui d'un mortel qui, vivant loin des villes, N'entend pas la clameur des discordes civiles , Qui, pour se délasser des fatigues du jour, Retrouve sous son toit, en venant du labour, Sa femme et ses enfants, avides de tendresses Et prompts à l'entourer d'un cercle de caresses. Les jours coulent pour lui dans la simplicité, Dans la paix, dans la joie, et la sécurité. Est-il un sort plus doux ? ce riant Evangile Qu'enseignait aux Latins la muse de Virgile^ Ton livre le retrace en traits moins éclatants Et mieux appropriés aux hommes de ton temps. S'il n'a pas la splendeur de la langue de Rome, Pour les gourmets de style il exhale un arôme Composé d'archaïsme et de nouvelleté.

Où s'unit la finesse à la naïveté.

Si peu lettré qu'on soit, en marchant sur la trace

Du savant, on découvre un écrivain de race.

Gloire du Vivarais, de Serres, le renom

Qui s'attache à ton œuvre aussi bien qu'à ton nom,

S'étend à la province oii le sort te fit naître.

On est fier à bon droit, ayant un tel ancêtre.

Va ! ne crains pas l'oubli, quel que soit l'avenir,

Ton pays ne perdra jamais ton souvenir,

Si d'un nouvel Omar la torche incendiaire

Pouvait réduire un jour ton Théâtre en poussière ,

De notre Vivarais les guère ts et les bois

Pour venger cet outrage élèveraient la voix,

Et, sous le ciel ému, des vallons jusqu'aux serrer,

Acclameraient le nom d'Olivier de Serres.

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