‹ Les VallonnaisesChapitre 8 sur 31 · L'ESSAIM PERDU · texte numérisé non relu

L'ESSAIM PERDU

L'autre jour, quand sonnait midi, Un essaim de jeunes abeilles, Déployant leurs ailes vermeilles, Traversa le ciel attiédi

Et s'arrêta, blonde nuée, Sur ma maison, juste à l'endroit Où s'ouvre le conduit étroit D'une profonde cheminée.

Je tenais un livre àla main ; Lors j'interrompis ma lecture

Pour prêter l'oreille au murmure Qui m'arrivait par ce chemin.

Au même instant, plusieurs d'entre elles

Débouchèrent de mon foyer

Et se mirent à tournoyer

Avec un doux bruissement d'ailes.

Quelques unes sur mon bureau Instinctivement se posèrent Auprès d'un Olivier de Serres Et d'un Virgilius Maro.

De ces deux amis de leur race, De ces mémorables auteurs, Instructifs autant qu'enchanteurs.

Venaient-elles baiser la trace?

Gloire de notre Vivarais, Le Théâtre cV Agriculture Et ses leçons d'apiculture Semblaient leur offrir des attraits

A l'égal de ces Géorgiques^ Immortel écho d'un lointain Où le doux poète latin A soupiré des chants magiques.

Connaissez-vous, filles de l'air, L'histoire du pâtre Aristée Qui, suivant l'avis de Protée, Repeupla son rucher désert ?

Autour d'un manoir qu'on renomme, Savez-vous qu'aux champs du Pradel, Vos aïeules faisaient leur miel Sous les jeux du grand agronome ?

Je voudrais bien pouvoir ici Vous garder, chères inconstantes !

Mais j'aurais pour vous du souci, Chez moi si vous dressiez vos tentes.

Je ne puis, hélas ! vous offrir Ni marjolaine, ni lavande, Non plus que toute autre provende Dont vous aimez à vous nourrir.

Envolez-vous vers les campagnes De Lagorce, Orgnac ou Bidon, Vers les coteaux de Baravon Qu'affectionnent vos compagnes.

Allez puiser le suc des fleurs Au pied de ces agrestes cimes ; Vous n'auriez ici que mes rimes, Allez, pauvrettes, vivre ailleurs!

Page 1