Recueil de Boydell, t. I
■1. Horace Walpole, Anecdotes 0/ Painting.
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était la cause, l'artiste a cette fois mis plus brillamment en œuvre toutes
les ressources de sa palette. Ses colorations plus vives, sa facture plus
ample et plus animée sont ici en parfait accord avec le sujet qu'il a traité.
Cette commande témoigne, du reste, des sympathies que le talent et la
personne de Van de Velde continuaient de lui mériter dans son ancienne
patrie.
Cependant Willem devait bientôt regagner l'Angleterre où Jacques II, à son avènement, lui continuait la pension que lui avait allouée son prédécesseur. Le peintre avait donc repris ses fonctions auprès de l'Amirauté et, logé à Greenwich, il s'y trouvait bien posé pour se livrer à ses études. C'est là qu'il mourut à l'âge de soixante-quatorze ans, le 6 avril 1 707, et qu'il fut enterré. L'épitaphe latine inscrite au-dessus de sa tombe rappelle son talent et la place qu'il avait occupée à la cour de Charles 1 1 et de Jacques II. Les portraits de Willem le Vieux et de son fils ont été gravés à la manière noire par Smith d'après les peintures de G. Kneller, et il existe également dans la collection du comte de Northbrook un autre portrait de Willem II par Michiel Van Musschcr, que nous reproduisons ici et qui le représente à son chevalet, occupé à peindre.
Smith, dans le catalogue des œuvres de Willem le Jeune, arrive à un total de plus de trois cents. Bien que la plupart de ces œuvres se trouvent en Angleterre, les Musées du continent, ceux de la Hollande surtout, en possèdent un assez grand nombre. Le Ryksmuseum, le mieux partagé, n'en a pas moins d'une douzaine, en y comprenant ceux de la collection Van der Hoop. Le Musée de l'Ermitage, ceux de Munich, de Berlin, de Francfort et de Cassel méritent ensuite d'être cités comme contenant des spécimens remarquables du talent de ce maître, dont les ouvrages très appréciés de son vivant se sont toujours maintenus à un prix assez élevé. Nous avons dit les qualités d'exécution et de couleur qui les distinguent. Il faut bien le reconnaître, cependant, on rencontre dans plusieurs de ces peintures quelques tons un peu criards qui détonnent sur l'harmonie générale. Dans le Calme du Musée de Rotterdam, les bateaux, l'horizon et la mer sont charmants ; mais les nuages d'un rose trop accusé forment avec l'outremer pur du haut du ciel un contraste tout à fait choquant. Parfois aussi la précision extrême de ses œuvres ne va pas sans quelque sécheresse.
On rencontre plus d'abandon et de saveur, des colorations plus pleines et plus variées, des contrastes plus heureux et des compositions
' WILLEM VAN DE VEI.DE LE JEUNE, DANS SON ATELIER. Réduction de la gravure de Cil. G. Lewis, d'après le tableau de Michiel Van Musscher. (Collection du comte de Northbrook.)
7o LES ARTISTES CÉLÈBRES
plus imprévues dans les tableaux d'un autre artiste qui, s'il ne fut pas le camarade d'atelier de Willem Van de Velde chez Simon de Vlieger, subit du moins aussi l'influence de ce dernier. Dans ses meilleurs ouvrages, Jan Van de Cappelle se révèle assurément comme le premier peintre de marine de la Hollande; mais ses tableaux ne visent jamais à l'extrême précision, ni à l'exactitude absolue qu'a montrées Van de Velde et que les obligations officielles de sa charge lui imposaient en quelque sorte. Si l'on veut apprécier toute la supériorité de Willem à cet égard, il suffit de le comparer à un autre de ses contemporains, non moins goûté à cette époque, à Ludolf Bakhuysen qui s'est efforcé d'atteindre la même fidélité dans ses représentations. A voir sa raideur habituelle, la pauvreté et parfois même la fausseté de son coloris, on mesurera la distance qui les sépare.
Il serait, d'ailleurs, tout à fait injuste d'imputer à Van de Velde la dureté et la froideur de quelques-uns des tableaux qui lui sont attribués et qu'il convient de restituera l'un de ses fils. Ce dernier, ayant cultivé le même genre que lui et portant également le prénom de Willem, a souvent copié ses œuvres et prêté, par conséquent, à des confusions fâcheuses pour son père. Mais dans les chefs-d'œuvre de ce dernier, dans le tableau de Sir Riclurd Wallace, dans le Coup de canon de la collection Van der Hoop, dans le Gros Temps qui a 'fait partie de celle de Mme la baronne James de Rothschild ou dans la Marine du Musée de Berlin, le talent de l'artiste apparaît dans tout son éclat, avec ses qualités de conscience et d'habileté. C'est avec un naturel parfait qu'il nous raconte simplement les campagnes auxquelles il a pris part, en homme familiarisé avec tous les dangers de la bataille ou de la tempête et qui, loin de se prévaloir de son expérience et de son courage, se contente de nous montrer froidement les aspects variés de cette mer qu'il connaît si bien et qu'il excelle à rendre.
Les dessins de Willem Van de Velde ont été de tout temps très recherchés des amateurs. Le Musée Fodor en possède plusieurs parmi lesquels nous citerons celui qui représente Charles II, roi d'Angleterre, quittant la Hollande en 1660. Ce dessin exécuté à l'encre de Chine fut acheté 950 florins à la vente Verstolk Van Soelen, en 1847. Un autre dessin de l'artiste : la Plage de Texel en 166 5, a été payé 1,600 florins par le Musée Teyler, à la vente de Vos, en 1 SS5 . Mais, à côté de ces dessins pittoresques qui forment le meilleur de l'œuvre de Van de
Velde, il faut aussi mentionner ceux qu'il a faits pour s'acquitter des devoirs de sa charge. Ce sont là, à vrai dire, des documents officiels assez peu intéressants au point de vue de l'art et qui n'ont guère qu'une valeur historique. Mais leur nombre, en tout cas, prouve que la place occupée par le peintre n'était pas une sinécure. La collection qu'en
BATEAUX DE PKCHE.
Réduction d'une gravure du marquis de Bausset, d'après un dessin de Willem Van de Velde le Jeune.
possède le Musée Boymans, à Rotterdam, est la plus importante et ne comprend pas moins de 624 feuilles dont quelques-unes ont une longueur de plus de trois mètres '. Ce sont pour la plupart des croquis de batailles navales pris d'après nature, ou des portraits de vaisseaux. Parmi ces derniers nous en trouvons un qui porte l'inscription :
1. Cette collection provient de la vente Lembruggen, faite à Amsterdam en 18G6, et fut acquise au prix d'environ 3, 000 florins.
a Myn gallyott » (ma galiote) et qui représente l'embarcation mise par l'Amirauté au service de l'artiste pour le conduire sur les points où il croyait devoir se poster. Quelques-uns de ces dessins, également de grandes dimensions, sont de Willem le Vieux, par exemple celui qui représente l'Entrée de Guillaume III à Londres, et l'un d'eux est même signé de son nom: W. v. Yelde d. Onde, iCSj.
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