CHAPITRE III
Jan II, le graveur. — Il entre dans l'atelier de J. Matham. — Lettres de son père concernant son apprentissage. — Tableaux de nature morte. — Dessins à la plume.
— Gravures de Jan d'après d'autres artistes ou d'après ses propres compositions.
— Ses effets de clair-obscur, — Ses paysages.
Le second fils de Van de Velde le calligraphe portait comme lui le prénom de Jan et, ainsi que nous l'apprend l'excellente étude de MM. Ph. Van der Kellen et D. Franken qui lui est consacrée (, il était né probablement à Rotterdam, entre i5o5 et ID07. Son père, désireux de lui faire donner une instruction artistique convenable, l'avait envoyé à Harlem, chez Jacques Matham, avec qui il était en rapport et dont le talent de dessinateur à la plume devait plaire à l'habile écrivain.
Matham était, d'ailleurs, a ce moment, un des artistes le plus en vue de Harlem. Né dans cette ville le i5 octobre i5ji, il avait perdu son père de bonne heure. Sa mère, Marguerite Barsen, s'étant remariée avec H. Goltzius, le célèbre graveur, ce dernier s'était consacré avec un soin vigilant à l'éducation de son jeune beau-fils. Celui-ci, grâce à sa précocité et à cette excellente direction, devenait dès l'âge de seize à dixsept ans un des graveurs les plus remarquables de cette époque. Inscrit en 1600 comme membre de la Gilde, il en était nommé doyen en i6o5. Matham avait voyagé en Italie et il était lié avec les personnages les plus considérables, ainsi que l'attestent les nombreux portraits gravés par lui. Ces portraits, d'une facture un peu froide, mais large et correcte, sont accompagnés le plus souvent de légendes en vers latins dans lesquelles Scriverius et les autres lettrés contemporains étalent les grâces affectées de leur langage et la préciosité de leur esprit.
Van de Velde était à bonne école et, en même temps qu'il se créait
1. L'Œuvre de Jan Van de Velde, décrit par D. Franken Dz. et J. Ph. Van der Kellen. 1 vol. in-8". Amsterdam et Paris, i883.
î8 LES ARTISTES CELEBRES
chez son maître d'utiles relations pour l'avenir, il put faire des progrès rapides dans son art. Dès 1 6 1 4, le jeune élève était inscrit à la Gilde de Saint-Luc, mais probablement en qualité d'apprenti, car nous savons que d'après les conditions mêmes de l'apprentissage, telles qu'elles étaient réglées à cette époque, il n'avait pas encore le droit de graver pour son compte en 1 6 17. 11 existe cependant un assez grand nombre de planches signées de J. Van de Velde et datées de 1 6 1 5 , 1 6 1 6 et 1 6 1 7, et ces dates avaient fait supposer à divers auteurs que les gravures en question étaient de Jan 1, le calligraphie. Sans pouvoir expliquer une pareille anomalie, MM. Van der Kellen et Franken ne croient pas qu'il y ait lieu d'accepter cette hypothèse, qui n'est du reste confirmée par aucun autre document.
Trois des lettres adressées à Jan par son père nous ont été conservées, l'une de 16 1 3, les deux autres de 16 17. Intéressantes par leur naïveté, elles nous fournissent des informations précieuses sur les mœurs de ce temps et sur la famille de l'artiste. De Rotterdam où il est encore, le maître d'école envoie à son fils des recommandations de sagesse et d'économie. Il désirerait fort ne pas abréger la durée de son apprentissage; mais les sacrifices faits par lui sont assez lourds, et il y a des moments où l'école ne rapporte guère. Le bonhomme voudrait donc qu'à côté du temps employé par le jeune élève à son instruction et de celui qu'il doit à son maître, il trouvât encore le loisir de s'occuper de quelques travaux lucratifs. Il lui en parle à mots couverts, comme s'il craignait d'éveiller sur ce point la défiance de Matham. Lui-môme, du reste, cherche à gagner quelque argent à Harlem, où il est en rapport avec un certain maître d'école nommé Guillam, probablement le père du fameux Coppenol. Il adresse à ce Guillam, par l'entremise de son fils, un album de pièces calligraphiques contenant environ cent feuilles et dont il voudrait obtenir 100 florins, car il estime que ce prix de i florin par feuille est bien modique. Avec les nouvelles et les bons souvenirs de la famille, il envoie aussi de temps à autre au pensionnaire de Matham un peu d'argent, des souliers neufs qu'il doit réclamer au batelier, ou une paire de manches confectionnées par sa mère. Celle-ci, pour adoucir autant qu'elle peut la vie de l'exilé, lui fait parvenir «quatre florins et un sou», en attendant sa visite. Les petits travaux du débutant sont placés par son père, à des conditions assez modestes, il est vrai, « mais il faut bien sacrifier quelque chose pour être connu, et plus tard il gagnera davan»