PORTRAIT DE JACQUES MATHAM
Réduction de la gravure de Jan Van de Velde. d'après Sont m an.
tage... Qu'il continue à faire de son mieux pour se perfectionner, cherchant à progresser plutôt qu'à gagner tout de suite, sans négliger pourtant les menus bénéfices qui peuvent se présenter à lui ». Puis, après être revenu à ses conseils d'économie, car « il a beaucoup de frais et le métier va mal », le bon père insiste sur la nécessité d'avancer dans ses études, de manière à graver ses propres compositions, puisque « il vaut mieux inventer que copier les autres ». Il termine en lui recommandant « de craindre le Seigneur et de rester vertueux ; avec cela, il sera heureux, bien vu de Dieu et des gens de bien ».
Ces sages conseils étaient docilement suivis et celui à qui ils s'adressaient devait, pendant toute sa vie, conserver les habitudes d'ordre et de travail qu'il avait contractées dans sa jeunesse. Jan Van de Velde, en effet, a beaucoup produit et l'œuvre laissé par lui est considérable. Mais, outre les nombreuses planches qu'il a gravées, a-t-il aussi peint quelques tableaux? On rencontre, il est vrai, son nom dans les catalogues de plusieurs ventes faites au siècle dernier. Il y est donné comme l'auteur d'un petit Paysage d'hiver vendu à Amsterdam en 1721, et d'un autre Paysage vendu en 1727 dans la même ville. Enfin, en \jio, on lui attribue également un « Paj-sage plaisant », mis aux enchères avec la collection de M. Selhof, à La Haye. La trace de ces différents ouvrages étant perdue, nous ne pouvons savoir s'ils sont véritablement de lui ou d'un de ses homonymes. Peut-être quelque confusion a-t-elle été faite à cet égard, avec des tableaux d'Esaïas notamment. Quoi qu'il en soit, le seul paysage présenté aujourd'hui comme étant de Jan Van de Velde est le Tobie arec l'ange désigné depuis assez longtemps au Musée de Brunswick sous cette dénomination. M. Riegel la croit justifiée, mais nous ignorons pour quel motif, car le tableau, assez insignifiant d'ailleurs, ne porte pas de signature et ne peut être comparé à aucun autre ouvrage du maître dont l'authenticité soit acceptée.
Quant à d'autres tableaux de Nature morte, ceux-là positivement signés, et dont MM. J. Gigoux et D. Franken, à Paris, Lord Savile, en Angleterre, et le Musée de Bruxelles possèdent des spécimens ', leurs dates comprises entre 1 65 5 et 1 65 8 ne permettent pas de les attribuer à Jan IL Mais ils sont probablement l'œuvre d'un fils du graveur, portant le prénom de Jan, comme son père et son grand-père, et les
1. M. A. Bredius me signale également un de ces tableaux de nature morte, peinture excellente, dans le genre de Kalf, chez M'"0 Lemker, à Kampen.
HOLLANDE. — PEINTRES
paraphes compliqués dont il accompagne sa signature, rappellent un peu la virtuosité calligraphique de ce dernier. Ces peintures, d'une composition assez élémentaire, sont, en revanche, très remarquables par la franchise des intonations et de la facture. L'exemplaire du Musée de Bruxelles représente une orange, un citron, des noix et un verre rempli de vin blanc, posés sur une table couverte d'un tapis de velours brun. Malgré la vigueur des empâtements et de la tonalité, la touche y a conservé toute sa légèreté et la couleur sa transparence. M. Paul Mantz possède également une Nature morte datée de i658, avec une signature enjolivée de paraphes, analogue à celle du tableau de Bruxelles : un verre de cristal rempli de bière, et, au-dessous, une pipe, une mèche et un paquet de tabac. Enfin nous retrouvons, avec la même facture, plusieurs de ces accessoires dans un tableau non signé, au Musée de Nancy, mais qui nous parait aussi du maître. Avec d'aussi modestes objets, l'artiste a su composer un ensemble d'une harmonie discrète et très caractéristique.
A l'exemple de J. Matham, son maître, Jan II a fait, à la plume, des dessins fort recherchés de son temps. Nous avons pu, grâce à l'aimable obligeance de M. D. Franken, donner plus haut un fac-similé du portrait de Jan I, que nous avons déjà mentionné et qui appartient au Musée d'Amsterdam. M. Franken possède également de Jan II un Paysage d'hiver, dessiné au bistre, dont les arbres assez massifs ont un peu l'apparence de panaches; mais les personnages y sont justement indiqués et l'aspect général est agréable et vivant. C'est surtout comme graveur, au surplus, que Jan s'est fait connaître et le Catalogue des estampes qui peuvent lui être attribuées — Catalogue dressé avec une scrupuleuse conscience par MM. Ph. Van der Kellen et Franken, dans leur notice sur le maître — ne comprend pas moins de cinq cents pièces. Tous les genres y sont représentés : portraits, paysages, allégories, scènes empruntées à la vie contemporaine, illustrations de livres descriptifs, de poésies, de fables ou de recueils de chansons, comme ceux de J. Starter et de Brederoo, Van de Velde accepte toutes les tâches. Quand on est tant soit peu au courant de la vie hollandaise à cette époque, on peut, en feuilletant son oeuvre, pénétrer d'une manière plus intime dans la connaissance des mœurs, de l'histoire et de l'art contemporains. Comme Esaïas, Jan est bien de son temps et de son pays, et, en témoin scrupuleux, il nous en retrace fidèlement toutes les habitudes.
Mais s'il a été plus fécond que son frère, il est aussi plus superficiel ; il n'a ni son talent, ni son originalité. Dans les nombreux portraits qu'il a gravés et dont la ressemblance paraît exactement exprimée, il est cependant difficile de se rendre compte de ce qu'il peut y avoir d'individuel ■dans le faire des .divers artistes qu'il a copiés et il s'agit pourtant de maîtres aussi dissemblables que Frans Hais, Soutman, P. de Molyn ou Saenredam.
Bien qu'il soit resté très franchement Hollandais, peut-être Jan a-t-il "voyagé hors de sa patrie. Dans une suite des Mois datée de 1 6 1 8 et dédiée à son ami, le frère du maître de Rubens, Pierre Van Veen, syndic de La Haye, peintre lui-même, le paysage du mois d'Octobre semble une Tue prise d'après nature sur les bords du Rhin. Avec les châteaux forts qui les dominent, les coteaux sur lesquels des campagnards récoltent la vendange parmi des vignes disposées en étages rappellent, en effet, cette pittoresque contrée. Ces indications n'ont pas pourtant un caractère de précision très marqué et, avec M. Franken, nous serions assez disposé à croire que l'artiste, désireux de mettre quelque variété dans son œuvre, a tout simplement cédé « à la tentation de montrer, aux habitants d'un pays plat comme la Hollande, les paysages montagneux des bords du Rhin ou de la Moselle ». A plus forte raison, et bien que cette hypothèse soit présentée comme très vraisemblable par des critiques tels que MM. W. Bode et H. Riegel, nous ne pensons pas que Van de Velde ait travaillé sous les yeux mêmes d'Elsheimer. Les motifs italiens qu'on rencontre dans ses gravures se bornent, en somme, à deux planches non signées : la Vue de Torre di Conti et celle du Château Saint-Ange qui ne sont que des copies de deux grandes eaux-fortes de W. Van Nieulandt, et à deux Vues de Rome. Ces dernières, il est vrai, sont signées et datées de 1 6 1 7 et 1 6 1 8, mais elles nous paraissent inpirées par les nombreuses gravures d'Italianisants, tels que Goud, Uytenbroeck, P. Lastman, les frères Pynas, etc., que Van de Velde avait pu voir chez son maître, et non exécutées d'après des dessins faits sur place. Si Jan était allé en Italie, il en eût, à notre avis, rapporté des études plus nombreuses, plus exactes et moins vagues que ces pastiches.
Remarquons, en passant, combien il est difficile de se renseigner sûrement au sujet des auteurs réels d'un grand nombre des gravures de cette époque. Les indications diverses : fecit, invertit, sculpsit, excudit, tantôt réunies, tantôt, et peut-être à dessein, incomplètes, et quelquefois