MAINS ET DES PIEDS
polydactylie. classique ; il s’agissait, chez l’un et chez l’autre, d’un auriculaire accessoire.
Une forme plus complexe d’hyperdactylie consiste dans une division du métacarpien sur lequel s’insèrent deux phalanges qui, à leur tour, peuvent être divisées et donner assise à deux phalangines. Daraignez en a publié récemment un cas, à Bordeaux.
Fig. 26..— Hyperdactylie cubitale transitoire (Obs. de Pirès de Lima).
Toutes les variétés d’hyperdactyhes- se transmettent . par hérédité et on a signalé des familles où, depuis des siècles, la variation est connue.
Un exemple très curieux est celui publié dans la thèse d’Archambault, en 1897, et relatif à une famille Bochoise chez laquelle Thyperdactylie se transmet depuis le xvm e siècle. Le phénomène se poursuit encore et nous l’avons pu constater chez plusieurs rameaux de cette famille, fixés à Tours. 8
Le D r Avia signale, en 1886, que dans les tribus arabes des Hyamitës (Schafî) qui occupent au sud de la péninsule arabique, pa’rmi les Resténites sédentaires, là région depuis Bab-el-Mandeb jusqu’au Wadi- Métat, subsiste une dynastie patriarcale depuis plusieurs siècles, la famille des Fôdli. -Tous les enfants y naissent avec six doigts très régulièrement placés à chaque extrémité. Tout enfant incomplet à cet,égard serait considéré comme adultérin, bâtard. Les Fôdli ne s’allient jamais en dehors de leur parenté.
Toutes les races sont susceptibles de présenter cette variation. Bernardeau l’a signalée comme fréquente chez les noirs et Mérab, chez les Ethiopiens.
L’hypodaetylie, ou edrodadylie, consiste dans la diminution du nombre des rayons digitaux. Elle est infiniment moins fréquente que l’hyperdactylie et ne se présente d’ailleurs pas avec les mêmes caractères. Elle représente le premier stade'du démantèlement des membres, que nous étudierons dans le chapitre suivant.
On a dégagé quelques types d’ectrodactylies.
C’est d’abord la main à cpiatre doigts avec intégrité du carpe. Il manque un doigt complet avec son métacarpien et c’est presque toujours du pouce qu’il s’agit. Les figures 27 et 28 nous font assister.aux phases de disparition de cet article qui, à gauche* est réduit à une tige osseuse, frêle, et à droite n’est représenté que par le squelette de la phalangette. La figure 30 représente des pieds à quatre orteils, par disparition du cinquième, chez un garçon de 13 ans, dont le tarse est réduit à quatre os : à droite, le second métatarsien est divisé en deux, par suite de l’ossification indépendante des points diaphysaire et épiphysaire, formant ainsi une fausse hyperdacty-
ou moins étroite des
lie ; à ga trois der:
>iens.
La pince d’écrevisse et la pince de homard consistent dans la diminution ou l’agénésie des doigts du milieu, avec conservation des premier et cinquième rayons qui se recourbent l’un vers l’autre. L’examen radiographique montre qu’il existe JHe plus souvent des
FtG. 29 et 30. •— Disparition du petit orteil : â droite, syndactylie osseuse des 2 e , 3 e et 4 e orteils ; à gauche, le point épiphysaire proximal du second métatarsien forme un os indépendant.
rudiments des métacarpiens ou des phalanges des doigts absents. La figure 31 d’une observation du P r Pirès de Lima est un exemple de cette disposition.
La monodactylie consiste dans la conservation d’un seul doigt qui est généralement le premier ou le cinquième, très exceptionnellement l’un des doigts du milieu.
L’ectrodactylie se rèncontre presque. constamment lorsqu’il manque un des os de l’avant-bras. S’il y a absence du radius, il manquera ordinairement
LES VARIAI
riONS DES MAINS ET DES PIEDS 115
le premier et le second doigts ; s’il y a absence du cubitus, ce seront au contraire les deux du trois derniers doigts qui feront défaut. C’est ce qu’on
Fig. 31. — Main en pince de homard (Obs. de Pirès dé Lima).
appelle l’ectrodactylie radiale ou cubitale, tibiale ou péronière.
L’ectrodactylie est héréditaire, mais cette hérédité n’est pas aussi régulière que pour les polydactylies. Il peut ne pas y avoir identité absolue'des variations, mais celles-ci se présentent à des degrés divers. Les observations publiées par Verneau, par Scoutetten, parBechet, sont particulièrement intéressantes, parce qu’elles permettent de suivre facilement les stades par lesquels passent ces phénomènes de diminution des éléments des extrémités.
L’observation suivante, personnelle, que nous devons aux Docteurs Roy et Menuet, est spécialement instructive (fig. 32 à 43). Il s’agit d’une famille d’hypodactyles de Saint-Lactancin (Indre), dont on a pu étudier les membres pendant trois générations. Madame F. présente aux pieds et aux mains des exemples types de pinces de homard, avec conservation des doigts extrêmes. Sa nièce, âgée de 12 ans, présente aux quatre membres de beaux spécimens de monodactylie du cinquième rayon. Le frère de celle-ci, âgé de 10 ans, présente aux pieds une disposition en pince de homard, tandis que ses mains sont mono-. dactyles, mais à un stade moins avancé que chez sa sœur. Bref, on voit qu’il n’y a, entre ces deux variétés d’aspect si différent : la pince de homard et le doigt unique, qu’une différence d’amplitude d’une même variation.
L’ectrodactylie totale est l’absence de tous les doigts ou de la main. On peut en reconnaître trois degrés, suivant que manquent seulement les doigts, ou en plus les métacarpiens, ou en plus encore, le massif carpien. Dans tous ces cas, il existe toujours, sur le moignon de membre, des vestiges des rayons digitaux, sous forme de bourgeons charnus gros comme des pois et sans squelette.- Nous donnons le
dessin d’une observation personnelle prise sur un malade de l’Hospice général de Tours (fig. 44).
Mégalodaetylie. — C’est l’allongement excessif d’un doigt qui conserve son volume normal. Lesexemples suivants, tous personnels, expliqueront cette variation.
Un homme de 24 ans a un médius qui atteint 13 centimètres, alors que l’index normal n’à que- 10 centimètres.
Voici un auriculaire de 90 millimètres qui atteint presque la longueur de T annulaire : 92 millimètres.
Voici encore un annulaire qui a la même longueur que le . médius, tous deux ayant 120 millimètres, l’index ayant 97 millimètres.
Boèchot a constaté l’hérédité de cette dernièredisposition où le 4 e doigt égalait ou dépassait le 3 e .
Ces faits montrent que les rapports réciproques do longueur des doigts peuvent être modifiés.
Normalement, en effet, l’index doit arriver à l’émergence de l’ongle du médius, l’annulaire à la moitié de l’ongle, l’auriculaire au niveau de l’articulation phalangino-phalangettienne de l’annulaire.
Mantegazza a établi que dans le sexe masculin, 76,67 fois sur cent l’annulaire était plus grand que l’index, 6,7 % l’index était plus long que T annulaire, 2,48 % ces deux doigts étaient égaux, 1.4,14 % l’index était plus grand à une main et plus petit ou égal à l’autre. Chez la femme, l’index est souvent plus longque l’annulaire.
Mayet a montré, qüe 27 fois sur cent, les proportions relatives des doigts étaient modifiées.
Brachydactylie. — C’est le raccourcissement des
-doigts, ceux-ci conservant leur nombre normal de phalanges.
Ce raccourcissement peut être dû à la diminution de tous les éléments du doigt, phalanges et métacarpien ; le doigt conserve les proportions réciproques de ses diverses parties.
Ou bien, il n’existe de raccourcissement que sur un des éléments du doigt et ce peut être tantôt le métacarpien, tantôt la phalange ou la phalangette, mais plus communément la phalangine. Parfois, deux éléments sont raccourcis.
Fig. 44. — Observation d’absence de la main, lès doigts sont représentés par des bourgeons charnus (Cas personnel).
Enfin la brachydactylie peut n’exister qu’à un seul doigt, ou bien à deux ou plusieurs rayons. Elle est totale quand elle intéresse tous les. doigts.
On voit donc les infinies variétés de cette disposition. En voici quelques exemples :
Le P r Pirès de Lima cite une famille chez laquelle, pendant trois générations, il a constaté une diminu-
.RIATIONS DES MAI!
tion de la phalangette à tous les doigts, mais plus particulièrement accusée au pouce et à l’auriculaire l’extrémité de ce dernier doigt n’atteignait pas l’interligne articulaire phalângo-phalanginien de l’annulaire (Fig. 45).
Brachydactylie di
Jeanselme, avec ses élèves Blamoutier et a étudié une famille chez laquelle la bralie des pieds.et des mains était due à tous à la brièveté de la phalangine (fîg. 46 et 47).
et 47. — Brachÿdactylie de la
(Obs. de Jeanselme et
Brachydactylie de l’inde
Joannon)
Les mêmes auteurs ont examiné une autre famille possédant des index courts par suite de la réduction de la phalange intermédiaire (fîg. 48 et 49).
Dans le cas de Klippel et Rabaud, la brièveté du métacarpien a été constatée pendant trois générations.
Fig. 50. — Réduction de, la phalangette du pouce , " (Obs. Dubreuil-Chambardel).
La figure 50 est un exemple de raccourcissement de la phalangette du pouce, laquelle est en mêmetemps étalée en spatule. C’était un caractère- héréditaire. La phalange était de dimensions régulières.
Macrodactylie. —- C’est le développement exagéré des doigts ou des orteils dans toutes leurs dimensions :
longueur, largeur, épaisseur, sans altération de la structure des tissus.
C’est une variation rare, qui n’intéresse ordinaire-*
xnent qu’un seul doigt, ou deux ou trois doigts voi sins. Elle peut être bilatérale. Sa. transmission héré ditaire.a été constatée par Hankins, Berchet, Wittels
Fig. 52. — Macrodactylie des 2 e et 3 e orteils (Obs. Pirès de Lima).
hôfer. On a noté la syndactylie des doigts 'atteints.
Notre statistique porte sur 114 cas. Cette disposition serait plus fréquente chez l’homme (68 cas) que
chez la femme (46 cas). On la noterait avec une égale fréquence du côté droit et du côté gauche.
Elle existait 62 fois au membre supérieur (27 fois au pouce, 37 fois à l’index, 50 fois au médius, 17 fois à l’annulaire, 10 fois à T auriculaire) et 52 fois au membre inférieur (30 fois à I’hallux, 35 fois au 2 e orteil, 19 fois au 3 e , 10 fois au 4 e et 6 fois au 5 e ), Le doigt le plus souvent atteint est donc le médius, à la main et le second orteil, au pied.
• Le P r Pirès de Lima, avec Portela, a publié un cas de macro dactylie des 2 e et 3 e orteils gauches, chez un Portugais de taille moyenne et bien conformé par ailleurs. Le pied a 30 centimètres de long à gauche ■et 24 centimètres seulement à droite. La radiographie dévoile .qu’il y a augmentation de longueur et de volume des métatarsiens et dès phalanges des second et troisième rayons digitaux, les autres rayons et le tarse restant normaux (fig. 51 et 52).
Microdaetylie. — C’est la réduction des doigts dans toutes leurs dimensions.
Féré a bien étudié ce. qu’il a nommé Vôligodadylie •cubitale. Il s’agit de l’auriculaire dont le squelette grêle, est entouré de parties molles sans relief. Le ■doigt est court et n’atteint pas la moitié de la hauteur de l’annulaire. Les femmes, plus que les hommes, présentent cette disposition qui. s’étend quelquefois àl’annulaire.
Le même ensemble se retrouve au pied, au cinquième orteil, réduit à l’état d’article nain.
C’est que le cinquième rayon digital est un élément qui n’a qu’une fonction physiologique minime et qui perd de plus ên plus de son importance avec les progrès de la civilisation moderne.
Aussi est-ce sur lui que se reconnaissent les variations anatomiques les plus fréquentes : hypophalan-
gie par agénésie de la phalangine ; brachyphalangie par réduction de cet os intermédiaire ; camptodactylie par flexion permanente des phalanges ; clinodactylie en varus, par déviation latérale ; microdactylie, enfin, par gracilité de ses parties dures et molles. En même temps, c’est sur ce doigt que se rencontrent le plus les variations des muscles, des vaisseaux et des nerfs tendant à la simplification, à la fusion, à la diminution de ces éléments anatomiques. Le. cinquième rayon est en évolution atrophique chez l’homme.
Hyperphalangie. —L’hyperphalangie consiste dans F augmentation du nombre habituel des phalanges. Elle est surtout fréquente au premier rayon digital.
L’augmentation numérique des phalanges du pouce et de l’hallux a été observée depuis longtemps. L’exemple le plus ancien qu’on en puisse citer nous est conservé dans le groupe fameux du Làocoon, dont le fils aîné a trois phalanges au pouce de la main gauche. Bauchet, dans sa thèse écrite en 1909, sous notre direction, avait réuni 54 observations actuellement, nous avons un total de 74 faits bien étudiés.
Dans la majorité des cas (42 sur 74), le pouce hyperphalangique est simple ; dans 32 cas, l’hyperphalangie est associée à la division du pouce ; il y a deux pouces qui possèdent généralement tous deux trois phalanges.
Le plus souvent, la variation est bilatérale (58 fois sur 74) et coexiste aux mains et aux pieds. On la trouve aussi souvent chez l’homme et chez la femme.
Le point le plus intéressant à étudier est la morphologie de la phalange intermédiaire.
Cette phalange intermédiaire, qui en réalité est la phalangine, est extrêmement variable de forme.
s Tantôt elle est indépendante, mais réduite à Tétat d un osselet pisiforme, placé en coin entre les deux
Fig. 53, 54, 55. — Divers degrés de la réapparition de la phalangine du pouce et de l’hallux (Obs. de Gavani et Valenti).
autres phalanges et provoquant une clinodactylie en valgus du pouce (fig. 53).
Plus souvent, la phalangine est représentée par un osselet de forme quadrangulstire plus large que
haut, ne rappelant que de loin une phalange normale. Cet os a une surface articulaire à chacune de ses extrémités en rapport avec les deux autres éléments phalangiens (fig. 54).
A un stade de développement plus avancé, cet os intermédiaire prend l’aspect d’une phalangine normale, avec un corps et deux extrémités articulaires, et une longueur intermédiaire entre la phalange et la phalangette (fig. 55). .
Parfois la phalangine n’est pas indépendante ; elle est unie à là phalange terminale. Ces deux éléments peuvent être intimement soudés et la phalangette paraît être simplement d’une longueur exagérée. D’autres fois il existe une encoçhe sur l’un des bords de cette pièce osseuse, qui indique nettement la dualité de sa composition ; cette encoche est plus ou ^moins profonde. Enfin il peut y avoir une encoche de chaque côté, et les deux éléments prennent une forme en sablier.
La radiographie nous renseigne sur le processus d’ossification de la phalangine du pouce. 'Il -existe pour elle, comme pour toutes les phalanges du doigt, deux points d’ossification : un primitif pour la diaphyse, un secondaire pour l’épiphyse proximale. Ces points apparaissent au même moment que ceux des phalangines des autres dôigts. Cette constatation est importante parce qu’elle; démontre que la pièce intermédiaire du pouce a la même constitution qu’une phalange réellé, et qu’on ne doit pas la considérer comme un os sésamoïde très développé ou comme étant formée aux dépens d’un point d’ossification d’une des phalanges voisines.
En réalité, nous assistons là à la réapparition, au pouce, de la pièce intermédiaire qui lui manque normalement. Aussi bien ne peut-on continuer à accepter la théorie classique qui prétend qu’au pouce
et à l’hallux, il faille considérer le métacarpien ou métatarsien comme représentant la phalange de ces doigts. Le pouce n’a que deux phalanges par suite de la réduction d’abord, puis de l’absence-de sa phalangine. La triphalangie de cet article est un rappel du plan primitif d’architecture des doigts dé la main, tel qu’il apparaît très net sur la radiographie d’une main d’enfant que nous a donnée le P r Bertolotti, de Turin (fig. 56).
En examinant les pouces d’enfants du 9 e au 13 e mois, nous avons trouvé un fait non signalé encore,, sur lequel nous continuons nos recherches pour en faire l’objet d’un prochain mémoire. À la base du point primitif d’ossification de la phalangette, on voit nettement, chez certains sujets, un petit nodule en forme de grain de millet indépendant. Ce point nodulaire, qui a la valeur d’un point primitif d’ossification,' se réunit très rapidement au point primitif de la phalangette et suit la destinée de celui-ci. Puis, au début de la troisième année, apparaît le point d’ossification secondaire de la phalangette".
Nous estimons que ce point d’ossification transi-, toire est le vestige de la phalangine du pouce. Qu’il se développe de façon indépendante, et nous assistons à la réapparition de la pièce absente.
Nous devons encore insister sur la coïncidence de; v l’hyperphalangie du pouce avec la duplicité de ce doigt. Nous avons dit l’avoir constatée 32 fois sur - 74 cas. Nous remarquerons aussi la coïncidence de ces faits avec deux variations d’évolution des pre- ; mier et second métacarpiens ; ces os se développent aux dépens de trois points d’ossification : l’un pour la diaphyse, les deux autres pour les extrémités épiphysaires. Il faut donc voir dans l’hyperphalangie du pouce autre chose qu’une variation vulgaire. Cette disposition rare fait partie d’un
complexe anatomique d’évolution dont nous venons d’indiquer les caractères et qui rappelle peut-être un type ancestral.
Fig. 57. — Pouce à 3 phalanges (Obs. de Dubreuil-Chambardel). /
Nous reproduisons ici les figures d’une observation personnelle (fig. 58 et 59). Il s’agit d’un cas d’hyperphalangie du pouce bilatérale chez un homme de 24 ans, dont le père, le grand-père et un frère avaient les mêmes dispositions digitales. A droite, la phalangine est réduite à un coin osseux qui fait dévier la phalangette ; à droite, le pouce est double, chaque élément ayant trois phalanges.
Les fausses hyperphalangies. -— Le P r Leboucq, de Gand, en 1896, a publié un cas alors fort rare, de brièveté des 2 e et 3 e doigts, avec forte réduction de la
.RIÂTIONi
phalangine, mais avec un segment phalangien représenté par deux os indépendants. Le savant anatomiste belge expliquait ce fait par une différenciation précoce de la diaphyse et de l’épiphyse de l’os, qui ont évolué séparément. Il n’y a donc pas là, à proprement parler, un cas d’hyperphalangie vraie, c’est-àdire caractérisée par l’apparition d’une phalange nouvelle, et complète, car les deux pièces réunies ont la valeur d’une seule phalange normale.
Bouchet, dans sa thèse déjà citée, a recueilli quelques observations.
En 1918, nous avons présentée la Société d’anthropologie de Paris un métacarpien II constitué par deux pièces distinctes articulées l’une avec l’autre ; l’une représentait la diaphyse, l’autre le point épiphysaire proximal qui, comme on le sait, apparaît une fois sur dix sujets. C’est le développement indépendant de ce point qui avait été cause de .cette rare variation constatée des deux côtés. La figure 29 présente un cas tout semblable au métatarsien II du pied gauche, observé.par nous chez un enfant de 13 ans.
Hypophalangie. — C’est la diminution du nombre normal des phalanges.
Nous avons longuement insisté sur la réapparition, chez l’homme, de la phalangine du pouce et indiqué toutes les formes plus ou moins régulières que peut prendre cet osselet. Nous assistons au petit orteil et au petit doigt à un phénomène inverse consistant dans la disparition progressive de la phalangine du cinquième rayon digital. On sait que cet os est sujet à de grandes variations ; tantôt il est réduit de hauteur et affecte la forme d’un pois ; plus souvent, et cela dans un tiers des cas, il est soudé à la phalangette qui semble augmentée de longueur. Cette sou-
/dure est plus ou moins complète et on peut reconnaître aisément l’indépendance primitive des osselets par la présence d’encoches sur les bords tibial et péronier ou de sillons à la face plantaire. Dans nombre de cas, il n’y a plus trace de séparation, enfin il y a ■véritablement absence complète de l’article intermédiaire.
Au premier et au cinquième rayons nous constatons donc des stades d’évolution tout à fait identiques, mais en sens contraire, tendant, pour le cinquième orteil, à la disparition de la phalangine, laquelle plus anciennement absente au pouce, réapparaît •exceptionnellement. Il nous est permis de supposer que dans la suite des âges, la phalangine du petit •orteil, ayant disparu depuis longtemps, on pourra retrouver accidentellement cet orteil avec trois phalanges, dont la-seconde, plus ou moins formée, présentant les variétés que nous rencontrons aujourd’hui pour la phalangine du pouce, rappellera un état primitif.
L’absence de la phalangine du petit orteil se rencontre une fois sur trois sujets ; elle est plus fréquente chez les races blanches que chez les.races de couleurs, ■chez les sujets modernes que chez les sujets du moyen âge, chez les citadins que chez les ruraux, chez la femme que chez l’homme. Est-ce là l’effet de la civilisation qui enserre les pieds dans des chaussures étroites et limite les mouvements de cet orteil en lui enlevant presque toute fonction physiologique. L’hypophalangie est beaucoup moins fréquente aux orteils médians, la fréquence diminuant du quatrième au second.
L’hypophalangie des doigts est plus rare que celle des orteils. On peut la trouver sur un seul doigt ou à tous les rayons digitaux.
Le professeur Farabee a donné, en 1905, les docu-
Fig. 59 et 60. — Hÿperphalangi main droite. Syndactylie des 4
, avec absence des phalangines derniers doigts (Obs. de Feil)
ments iconographiques et généalogiques d’un cas familial d’hypophalangie due à l’absence de la phalangine à tous les doigts et à tous les orteils. Trentesept personnes appartenant à cinq générations présentaient une telle variation qui, par tradition, remonterait à plusieurs siècles. Chez ces sujets, les doigts étaient courts et boudinés et les mains larges.
Feil considère que l’absence de phalangine à tous les doigts des mains est un fait très rare. Il en a .publié en 1923 une observation très remarquable (fig. 59 et 60), rappelant celles de Mercier, de Meillière, de Mirabel, de Delplanque, dans lesquelles est signalée la transmission héréditaire. Dans le cas de Feil, il y a coïncidence de l’hypophalangie avec la syndactylie des quatre derniers doigts.
Dans l’observation de Jeanselme, déjà citée, on constate aux mains et aux pieds, soit la réduction, soit l’absence de la phalangine et la variation se . présente avec ses divers degrés d’ampiitude.
L’hypophalangie, c’est-à-dire doigts courts avec absence d’une phalange, ne doit pas être confondue avec la brachydactylie, c’est-à-dire doigts courts avec nombre normal de phalanges. Il est cependant vrai de dire qvi’on rencontre tous les stades, depuis la diminution, puis la fusion, jusqu’à l’absence d’un . élément plialangien. Remarquons qu’au cinquième rayon, la fusion de la phalangine réduite se fait toujours avec la phalangette, tandis qu’aux 2 e , 3 e et 4 e rayons, elle peut se faire indistinctement avec la phalange et la phalangette.
Clinodactylies. — Les déviations des doigts forment un groupe important de variations. Les doigts peuvent être déviés dans deux sens : 1° suivant le
plan sagittal du corps, ce sont les déviations antéropostérieures caractérisées par la flexion des phalanges : c’est la camptodactylie ; 2° suivant le plan latéral, les phalanges étant inclinées vers le bord cubital ou vers le bord radial de la main : la variation est dite en varus lorsque le doigt est dévié vers le bord radial (ou tibial) ; en valgus, lorsque le doigt est dévié vers le bord cubital (ou péronier).
Camptodactylie.—'C’est Landouzy qui, en 1885, a donné ce nom à la déformation en crochet des doigts ;
— Camplodactyjie l’auricuiaire. -,
l’angle de.flexion peut atteindre 90 degrés ; il n’est pas rare de rencontrer des déviations dé 110 ou 120 degrés.
Tous les doigts peuvent" être déviés, mais l’auriculaire est de beaucoup celui qui est le plus souvent camptodactylique:et sa flexion est toujours associée à celle des autres articles. Sur 160 camptodactyliques,
nous avons noté 160 fois la flexion du petit doigt, 29 fois celle de l’annulaire, 20 fois celle du médius et 4 fois celle de'l’index.
La fréquence de cette disposition est grande. Nos statistiques nous l’ont fait trouver 16 fois sur cent femmes et 12 fois sur cent hommes.' Elle est .donc plus fréquente et aussi plus accusée chez la femme. Elle est ordinairement bilatérale, mais plus accentuée à droite qu’à gauche.
Sa transmission héréditaire est chose habituelle.
Nous représentons, figures 61 et 62, des cas types Jccamptodactylie du 5 e doigt, et à la figure 63, une çamptodactylie associée des Fig. 63. — CamptôdacîyKe associée deux derniers doigts. ’ des et S- doigts (Obs. Dubreuil- 0n a pro p 0 sé plu-
sieurs théories pathogê-
niques pour expliquer la production de ces crochets digitaux. Landouzy, Boinet, Herbert en ont fait un symptôme neuro-arthritique ; Horand,- Milian, Crépin, une manifestation de la tuberculose ; Boyer, le résultat d’infections aiguës ; Féré, un stigmate de dégénérescence. Aucune de ces théories ne vaut. En réalité, la camptodactylie est la conséquence d’une légère variation anatomique de la tête de la phalange ou de la phalângine, caractérisée par l’aug- .mentation de volume de cette tête et l’incurvation de la diaphyse (fig. 64).
Clinodactylies latérales. — Il importe de remarquer qu’il existe normalement une légère inclinaison des doigts ainsi que l’a clairement démontré M. Félix Régnault en 1891: « Cette incurvation se fait, dit-il, suivant un mode constant, le second doigt se courbe latéralement vers le troisième, le quatrième et le cinquième également vers le troisième, celui-ci est légèrement courbé vers le quatrième. »
Les déviations légères de l’auriculaire se rencontrent chez 75 % des sujets, mais dépassent rarement, un .angle de 175 degrés ; quand elles dépassent cet
Fig. 66.' — Auriculaire varus et 'camptodaetylique.
angle, et cela chez 1,5 % des sujets que nous avonsexaminés, elles constituent une vraie déformation* surtout si elles atteignent l’angle droit (fîg. 65 et 66) On peut trouver soit une inclinaison de la phalangette sur la phaïangine, soit une inclinaison de la
phalangine sur la phalange, soit encore, mais rarement, de celle-ci sur le métacarpien.
L’anatomie démontre qu’un condyle de la phalange proximale est atrophié, ce qui entraîne une de subluxation de la phalange qui suit (fîg. 67).
Le 5 e doigt est le plus souvent dévié en valgus, ses déviations en varus sont exceptionnelles. Nous reproduisons des exemples de ces, variétés, mais celle en varus est associée à la syndactylie (fîg. 68).
Les déviations du médius ■et de l’annulaire prennent rarement une forte accentuation, La figure 68 représente un médius, valgus que nous avons remarqué chez plusieurs membres d’une famille tourangelle.
L’index, normalement dévié en valgus, n’a que rarement une déviation accen- Fig. 68. — Médius valgus. tuée. Nous avons été le premier à décrire, en 1906, dés exemples de
varus.