PIEDS
La famille B. représentait cette disposition de l’index varus'sur des sujets appartenant à quatre générations. La figure 69 donne la photographie de la main de M. B., dont' l’index forme un angle de 135 degrés, et la radiographie de la main de sa fille, quelques jours après la naissance. ;
Fig. 69. — Index varus héréditaire chez le. père là droite} et'la fille (à gauche) (Obs. de Dubreuil-Chambardel).
Les déviations du pouce sont rares. Elles existent en méfiée temps que le dédoublement de cet article, dont les phalanges unguéales, ou les deux phalanges forment une.pince (fig. 23). Cependant, Monnier et Mills ont signalé'des déviations en varus du pouce et nous-même, en 1906, avons signalé une déviation de cet article en valgus (fig. 70).
Au pied, le petit orteil est très souvent dévié en varus ; quand la déviation est accusée, cet élément se place au-dessus ou au-dessous du 4 e orteil. Nous avons vu cette disposition très accusée sur les deux pieds
d’une femme et sur ceux de ses deux fillettes jumelles.
Le premier orteil, ou hallux, est souvent dévié en dehors et cette déviation s’accompagne d’un mouvement de torsion de la première phalange qui fait regarder en dedans la face dorsale de ce doigt. Le plus souvent, cette disposition se rencontre chez l’adulte, elle est alors le résultat de troubles pathologiques d’origine arthritique.
Tel, l’hallux valgus est un peu plus fréquent chez la femme, presque toujours bilatéral, mais inégalement prononcé aux deux pieds.
L’hallux valgus congénital est rare ; c’est le seul qui nous intéressé ici. Il est dû à des variations anatomiques, sans lésions pathologiques, de la tête du métatarsien ou de l’extrémité proximale de la phalange. Il peut être lié aussi, d’après Young, à l’existence de l’os surnuméraire intermétatarsien, coincé entre le premier cunéiforme et les premier et second métatarsiens et repoussant en dedans le premier métatarsien. Il y en a de beaux exemples au musée d’anatomie de Gand.
La déviation en varus de l’hallux est exceptionnelle, et presque toujours associée au doublement de l’orteil. Parfois, elle fait partie d’un complexe anatomique du pied, connu sous le nom de métalarsus varus , disposition peu fréquente, caractérisée par une déviation en dedans des orteils avec leurs métatarsiens et avec coudure du bord interne du pied à sa partie moyenne, ainsi que l’ont fait remarquer .Madier et Massart.
Fig. 70. — Pouce valgus.
Enfin, il peut se rencontrer une déviation en valgus des quatre premiers orteils, causée par des variations anatomiques du muscle pédieux.
La syndactylie est l’union des doigts entre eux. On en peut reconnaître plusieurs degrés qui correspondent aux divers stades - du développement des rayons digitaux dans la palette.
Dans une première variété qui corresr pond aux différenciations de début des saillies longitudinales dans la palette, on note la persistance de l’union dès pièces Osseuses qui sont plus ou moins soudées (fig. 30). La main, ou le pied, conserve la forme d’une palçtte avec, parfois, l’individualisation du pouce.
Le cas de Pirès de „ c . , , , . .
Fig. 71. — Syndactylie des doigts .Lima est typique a et des orteils (Obs. de Pirès de Lima), ce sujet (fig. 71)..
Dans une seconde variété, les pièces des rayons digitaux sont complètement formées et régulière ment, mais, par suite du défaut de formation des sillons qui les devaient séparer à la sixième semaine,
les doigts ne sont pas indépendants, mais fusionnés par leurs parties molles. C’est la syndactylie coalescente.
Enfin, si la palmure, qui, à la septième semaine, réunit les doigts ne s’est pas résorbée, ces doigts restent unis par une membrane plus ou moins lâche, qui n’empêche d’ailleurs pas les mouvements séparés. Cette membrane s’étend rarement à toute la hauteur des doigts ; elle est généralement limitée au segment phalangien. C’est la syndactylie membraneuse.
Ces diverses variétés de syndactylie peuvent être totales, intéressant tous les doigts de la main, ou partielle, ne se manifestant que sur deux ou trois doigts voisins. Elles peuvent être héréditaires.
La figure 72 est un dessin, de notre élève L. Bigot, des mains d’un enfant naturel, né à la maternité de Tours, ayant à gauche une syndactylie coalescente des trois derniers doigts, compliquée de déviations en valgus. A droite, la syndactylie était limitée à
deux doigts, avec déviations en valgus à l’index'et à l’auriculaire.
Le D r F., de Blois, appartient à une famille chez laquelle la syndactylie membraneuse des doigts de la main se transmet par hérédité depuis six ou sept générations.
Une syndactylie assez fréquente, soit coalescente, soit membraneuse, est celle qui réunit les deuxième et troisième orteils.
Le D r Marnay, de Loches, nous a procuré la curieuse observation suivante d’une famille où la syndactylie s’est trouvée associée à la, clinodactylie latérale des quatrième et cinquième doigts, par suite du mariage d’un clinodactyle avec une syndactyle.
M. G., décédé à l’âge de 78 ans, présentait une clinodactylie latérale de l’auriculaire et de l’annulaire aux deux mains ; les deux derniers orteils de chaque pied présentaient des déviations homologues' êt étaient fortement inclinés en valgus. Il épousa Mlle Y., qui avait aux deux mains une syndactylie du médius et de l’annulaire ; il eut 11 enfants.
L’aîné présentait à la fois une déviation en varus très accentuée de l’auriculaire et du 5 e orteil, et la syndactylie du médius et de l’annulaire, toutes ces dispositions symétriques; il eut 3 enfants, deux cadets normaux, l’aîné présentant une clinodactylie très accusée des deux auriculaires et père de 4 enfants âgés respectivement de 16, 14, 12 et 2 ans, tous clinodactyles.
Les dix autres enfants étaient tous clinodactyles, paraît-il. On raconte qu’un de ceux-ci fut reconnu dans un café de. Loches par un de ses parents qu’il n’avait jamais vu, en mettant par mégarde sur la table ses mains qui présentaient de superbes auriculaires varus et la syndactylie.
Une fille d’un de ces derniers habite Genillé et
présente en même temps des auriculaires varus et la syndactylie du médius et de l’annulaire.
La syndactylie est souvent associée à une autre variation des doigts, hyperdactylie, macrodactylie (fig. 35), et surtout brachydactylie (fig. 41), et hypophalangie.
YII
Caractères généraux des variations digitales.
Les variations des doigts présentent des caractères communs qu’il convient de mettre en évidence.
D’abord, c’est leur transmission héréditaire que nous avons trouvée pour chacun des types de dysmorphies. Cette transmission - remonte souvent à plusieurs siècles en arrière ; elle est devenue un caractère de race, dont le défaut est- considéré comme une tare.
Le second caractère est la bilatéralité des variations.
Un troisième est la présence de variations semblables aux mains et aux pieds.
Mais ce triple caractère d’hérédité, de bilatéralité et d’homologie manipodique, ne veut pas dire qu’il y aura toujours identité absolue des variations.
Dans une même famille, suivant les individus ou sur un sujet, à chacun des membres, telle variation peut apparaître avec des degrés divers. Nous avons signalé un hyperphalangique dont le pouce était simple d’un côté et double de l’autre ; une famille d’hypodactyles -dont les membres avaient les uns une main en pince de homard, les autres, une main monodactyle.
Dans chaque famille, dans chaque individu, les dispositions morphologiques apparaissent donc, non pas avec une identité parfaite, mais avec des variétés qui ont une plus ou moins grande amplitude.
Ces constatations sont d’un intérêt tout particulier. Elles nous permettent, en effet, de saisir sur le vif les stades évolutifs par lesquels passent la plupart des variations. On peut ainsi rapprocher,parce qu’elles se rencontrent chez le même sujet, des dispositions qui paraîtraient très différentes si elles étaient constatées sur des sujets différents. C’est ainsi qu’on peut facilement comprendre la formation de l’hyperdactylie, en partant d’une simple encoche de l’extrémité distale du doigt, pour arriver à la formation de deux articles ayant chacun un métacarpien. De même, on peut se rendre compte du phénomène d’apparition de la phalangine du pouce et de celui de disparition de la phalangine du 5 e orteil.
C’est à l’amplitude des variations qu’il faut surtout s’attacher quand on étudie les dysmorphies de la main et du pied.