CHAPITRE VI
LES VARIATIONS GÉNITALES
l’hermaphrodisme
Le professeur E. Bujard, de Genève, dit fortjustement que « pour qu’il y ait hermaphrodisme vrai, il faut que le microscope révèle chez le même individu : 1° un organe ou partie d’organe ayant la structure testiculaire bien caractérisée ; 2° un autre organe ou partie d’organe ayant une structure ovarique non moins nette ». Les deux gonades, mâle et femelle, peuvent être séparées et former deux organes distincts quoique souvent voisins, ou être réunies dans un même organe et constituer un ovotestis. « Cette seconde possibilité, ajoute Bujard, est de beaucoup la plus fréquente, peut-être même la seule réelle. »
Saverbeck a classé les diverses variétés d’hermaphrodisme de la façon ci-dessous en s’appuyant uniquement sur la morphologie glandulaire.
1) Hermaphrodisme glandulaire bilatéral :
Côté A
ovaire + testicule
Côté B
ovaire + testicule
2} Hermaphrodisme glandulaire unilatéral :
ovaire + testicule
a) complet
ovaire ou testicule
b) incomplet
pas de gonade
Ovaire + testicule
3) Hermaphrodisme glandulaire alterne
ovaire
testicule.
L’hermaphrodisme vrai de l’homme pourrait être, théoriquement, fonctionnel. Dans les observations publiées, il n’est jamais que morphologique. Tantôt une seule gonade, l’ovaire en général, contient des gamètes mûres, tantôt ni l’une ni l’autre n’évolue jusqu’à la maturité des éléments sexuels.
Les cas d’ovotestis observés l’ont été le plus souvent au cours d’opérations chirurgicales. Briau, Lacassagne et Lagoutte ont vu deux ovotestis chez une femme de 28 ans, réglée à 16 ans ; Salen a observé un cas semblable ainsi que Photakis, Gudesnatsch, Kleintinecht, ce dernier chez une fillette de onze ans. Les cas de Sinagaglia, de Garré et Simon, d’Ufïreduzzi se rapportent au contraire à des hommes dont i’un au moins avait une sécrétion spermatique.
-Les hermaphrodites glandulaires n’ont, dans aucun ■cas, présenté une dualité morphologique totale des voies génitales internes et des organes génitaux externes. Ils avaient un aspect extérieur ou mâle ou femelle. *'
Les pseudo-hermaphrodites. — Ce qu’on remarque
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chez l’homme, ce sont des pseudo-hermaphrodites caractérisés par la dysharmonie-des voies génitales et des glandes sexuelles, c’est-à-dire ceux qui ont un ovaire et des voies génitales mâles, et ceux qui ont un testicule et des voies génitales femelles.
Laignel-Lavastine ajoute un pseudo-hermaphrodisme somatique, qui est une dysharmonie entre les caractères sexuels secondaires d’une part, la glande originelle et les voies génitales d’autre part.
Les gynandres. — Ce sont des pseudo-hermaphrodites possédant un ou deux ovaires, mais dont les organes génitaux externes ont l’apparence du sexe masculin.
Le plus souvent il s’agit de sujets présentant un développement exagéré du clitoris avec gland, méat et canal uréthral complet ou incomplet ; des grandes lèvres en partie unies l’une à l’autre et formant une saillie prononcée ; une vulve à ouverture très étroite entre ces grandes lèvres. Les organes internes peuvent être bien développés ou manquer plus ou moins.
Les caractères sexuels secondaires pourront évoluer soit vers le type masculin, avec bassin étroit et hypertrichose faciale ; soit vers le type féminin avec larges hanches, seins volumineux ; soit vers un type mixte.
Marie Lefort, qui défraya la curiosité publique pendant un demi-siècle, représente un type de gynandre. Taille un peu petite, seins moyennement développés avec aréoles pigmentées et entourées de poils. Les cheveux sont souples et longs, mais à la face on note une barbe très fournie, des favoris et des moustaches ; on remarque encore une hypertrichose des cuisses et des jambes et des poils périanaux. Le larynx et la voix sont d’un adolescent.
Les organes génitaux externes montrent un corps
conoïde long de 7 centimètres à l’état de flaccidité, susceptible de s’allonger un peu dans l’état d’érection ; ce corps est surmonté d’un gland imperforé ; il est creusé d’un canal déprimé, percé de plusieurs petites ouvertures. Au-dessous et en arrière de ce corps est une fente bordée de deux lèvres étroites et courtes, garnies extérieurement de poils abondants. A la partie antérieure de l’intervalle des lèvres est une ouverture arrondie pouvant laisser passer une sonde. En 1884, Horteloup fît l’autopsie de ce sujet et reconnut. des organes génitaux utérins complets du type féminin, mais avec imperforation du vagin.
Bref, c’était bien là une femme chez laquelle le clitoris péniforme, les grandes lèvres rapprochées, l’atrésie vulvaire, et les caractères sexuels secondaires, tels que la pousse de barbe, donnaient une apparence masculine.
Les androgynes. — Ce sont des pseudo-hermaphrodites chez lesquels existent un ou deux testicules, mais avec des organes génitaux externes ayant l’apparence du sexe féminin.-
Il y en a diverses variétés que nous ne saurions décrire ici et qui sont déterminées par le degré de formation des organes génitaux femelles. Tantôt en effet, ceux-ci n’existent qu’à l’extérieur avec.de grandes lèvres, un clitoris et une vulve ; tantôt, à ceux-ci s’ajoutent un vagin ; puis, au degré suivant, un utérus et enfin, au stade le plus parfait, un utérus avec trompe de Fallope, ce qui indique un complet développement du canal de Müller d’un côté seulement, ou simultanément des deux côtés.
Les caractères sexuels secondaires peuvent être équivoques, mais le plus souvent, ils évoluent soit vers le type, masculin, avec barbe, larynx saillant et seins rudimentaires ; soit vers le type féminin avec
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visage glabre, gros seins, bassin large et un certain degré d’obésité.
Un cas-type d’androgyne est celui de Guillaume- Louis, observé à l’Hospice général de Tours, en 1920.
Marthe C. est âgée de 26 ans ; elle a tout l’aspect extérieur d’une femme grande et bien musclée, mais elle n’a jamais été réglée. Ses seins sont très développés ; le visage est glabre, les cheveux longs, la voix aiguë et le psychisme nettement féminin. Les organes génitaux externes sont conformés selon le type féminin et avec les proportions normales des diverses parties ; le clitoris est à peine plus accentué, les petites lèvres et les grandes lèvres ont leur disposition habituelle : l’urètre s’ouvre par un méat régulier ; le vagin mesure 7 centimètres de profondeur ; mais, au toucher, on ne sent pas de col utérin. Au niveau, des régions inguinales, il existe de chaque côté une petite tumeur mobile ayant le volume d’un œuf de .pigeon et plus développée à gauche où elle descend vers la grande lèvre.. Au cours d’une laparotomie, on constate l’absence complète d’utérus. La petite tumeur inguinale gauche est enlevée ; elle est soutenue par un cordon dans le canal inguinal ; il s’agissait d’un testicule avec épididyme et canal déférent dont l’examen histologique a pu être fait.
Une autre forme d’androgyne nous montre des Organes génitaux internes du type féminin, plus évolués, chez un individu pourvu de testicule. Henri Lorin en a, avec Récamier, noté un cas suivi d’autopsie.
Al. C., 32 ans, charretier à Paris, est vu le 22 mars 1920. L’examen des organes génitaux externes montre un pénis peu développé, rappelant un clitoris; l’ébauche du prépuce se prolonge en arrière par deux
replis entre lesquels se trouve un méat urinaire, plus large que normalement ; eut orifice se prolonge en avant par une simple gouttière creusée à la face inférieure de la verge. A droite, une grande lèvre très développée renferme un testicule muni d’un épididyme avec canal déférent ; à gauche, simple bourrelet cutané, vide ; or ce malade accuse chaque mois, depuis l’âge de vingt ans, la perte d’urines rouges pendant trois ou quatre jours. Son visage est plutôt féminin et imberbe ; mais les seins sont peu développés. Ce sujet avait un psychisme masculin et réalisait ses goûts virils. L’autopsie a montré que du côté droit, la glande génitale était un testicule, dont le canal déférent normal se dirige vers la face postérieure de la vessie. A gauche, les organes génitaux présentent un type féminin très net : vagin petit, utérus presque normal, corne utérine se continuant par une trompe de Fallope. Il n’y a pas de glande génitale de ce côté : le vagin s’ouvre en bas par un orifice rétréci dans l’urètre. Il y a un long canal uro-génital, tout à fait semblable à l’urètre mâle ; mais qui vient s’ouvrir par un orifice hypospade périnéo-scrotal vulviforme ; cet urètre est entouré de corps érectiles.
Chez ce sujet, du côté droit les organes ont évolué suivant le type masculin et du côté gauche suivant le type féminin.
Les pseudo-hermaphrodites somatiques ont une
dysharmonie entre la glande et les organes génitaux d’une part et les caractères sexuels secondaires, d’autre part.
. Voici par exemple une femme dont les organes génitaux sont réguliers, qui est réglée, qui a eu des enfants, mais qui présente un larynx saillant, une voix grave, un pilosisme abondant aux joues, aux
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lèvres,. au menton, des seins petits, des hanches étroites, une pelure pubienne se prolongeant en haut vers l’ombilic, une musculature bien accusée sous un enveloppement cutané non doublé de graisse, enfin une envergure égale à celle d’un homme de même taille. .
Voici au contraire un homme aux organes génitaux externes peu développés, mais dont la fonction spermatique est régulière, qui a le visage glabre ou orné d’une barbe et d’une moustache aux poils rares, les seins saillants avec une aréole pigmentée, les hanches larges, les cuisses rondes, le larynx effacé, la voix aiguë, une adiposité généralisée et enfin une envergure égale à celle d’une femme de même taille.
Dans le premier cas, nous avons le virilisme féminin ; dans le second, la gynécomastie.
Cet hermaphrodisme somatique s’accompagne souvent d’un état d’inversion psychique, de telle façon que la virago barbue aura les goûts, les tendances, le port, les sentiments masculins, et que le gynécomaste, au contraire, aura les instincts, les habitudes, les attirances sexuelles féminines.