LES MAMELLES
L’augmentation du nombre des mamelles chez la femme a été cause des lointains étonnements de nos ancêtres qui voyaient, dans cette abondance de sources lactées, un bienfait des dieux et la preuve ' d’une heureuse fécondité. C’est ainsi que Rubens, dans une de ses toiles du Louvre, a symbolisé la richesse sous les traits d’une femme quadrimàmme.
Plus prosaïquement, Raphaël Blanchard, dans son volume sm l’atavisme, trouvait, dans ces dispositions anatomiques, un rappel d’un état atavique, un argument en faveur de la descendance de l’homme d’animaux polymastes.
A vrai dire,, l’embryologie explique la présence dans l’espèce humaine de glandes mammaires en dehors des mamelles régulières.
Sur l’embryon humain de quinze millimètres,- la surface cutanée est parcourue par' un épaississement linéaire de l’épiderme qui s’étend entre les ébauches des. membres thoracique et pelvien.. Cette ligne ou crête mammaire, d’abord franchement latérale,devient antéro-latérale. Elle présente sur son trajet un certain nombre d’épaississements nommés corps ou points mammaires primitifs qui la rendent moniliforme. On compte jusqu’à quatorze points symétriques che'z l’homme. La crête disparaît dans leur intervalle. Puis ces corps mammaires primitifs qui s’échelonnent ainsi chez l’homme depuis l’aisselle jusqu’au pli de l’aine disparaissent à leur tour, sauf la paire située dans la région thoracique.
Le corps mammaire s’étale et se déprime et forme le champ glandulaire de la face profonde duquel naissent des bourgeons pleins qui iront en se ramifiant»
Après, la naissance, le champ glandulaire encore déprime-ne tarde pas, par l’accroissement de ses bords, à s’ériger en une saillie conique qui constituera le mamelon et son aréole.
' Il faut distinguer la polymastië de la polythélie.
La polymastië est caractérisée par la présence, chez l’homme, d’un nombre de mamelles supérieur à deux.
Là polythélie est constituée par la formation de deux ou plusieurs mamelons sur un seul sein-.
Beaucoup d’auteurs ont confondu les deux variations, ou plutôt ont considéré que la polythélie n’était qu’une forme de la polymastië, dans laquelle les deux seins étaient- plus ou moins confondus.
En réalité, il n’y a que des nuances entre ces deux dispositions et il n’est pas utile d’en séparer la description.
La polymastië paraît donc due à la conservation -et au développement exceptionnels de l’un ou de plusieurs des points mammaires primitifs constatés chez l’embryon.
Ces glandes mammaires surnuméraires siègent suivant une ligne qui va de l’aisselle au pli de l’aine.
Lés glandes axillaires sont rares.
Le plus souvent, neuf fois sur dix, les mamelles en surnombre siègent à côté et un peu au-dessous du sein normal.
Les glandes situées au niveau du thorax inférieur sont exceptionnelles, ainsi que celles situées sur la paroi abdominale.
Les glandes inguinales sont un peu moins rares ; on les trouve, soit au pli de l’aine, soit en dedans du pli, au niveau du triangle de Scarpa, soit en dedans du pli, près ou sur les grandes lèvres.
Mais, à côté de ces sièges réguliers et qu’explique
LES VARIATIONS GÉNITALES
l’embryologie, on a noté parfois des glandes aberrantes sur la ligne médiane du corps (Gorre, Parey, Bartels) ; sur la région latérale du cou ou sur l’acromion ; enfin à la cuisse, sur la région latérale comme Romiti, Cutore, et sur la région antéro-interne, comme Testut.
Ordinairement, on ne trouve qu’une seule-mamelle supplémentaire. Assez souvent, on en trouve, deux formant une paire symétrique, qui peut avoir le même volume que la paire des seins normaux.
De Mortillet a constaté la présence de trois paires de mamelles, l’une située au-dessus, et l’autre audessous des seins réguliers.
Neugebauer a vu, sur une femme, cinq paires de mamelles ; trois paires au-dessus et une paire au-dessous des glandes normales.
La fréquence de ces variations est prouvée par le grand nombre de cas publiés.
Teizo Iwaï, en 1906, a examiné, au Japon, de longues séries de sujets des deux sexes et il a conclu que 1,47 % des hommes et 4,71 % des femmes présentaient plus de deux seins. Cette statistique montre que l’un et l’autre sexes peuvent être atteints. D'ans les races noires, la polymastie a été notée aussi. En Europe, elle me semble moins fréquente qu’au Japon. Je n’en ai remarqué aucun cas sur une série de 800 sujets examinés à cet effet. Pirès de Lima a publié plusieurs cas portugais rencontrés par hasard.,
L’hérédité a été notée par nombre d’auteiirs. Le cas le plus connu est celui de Raphaël Blanchard qui a signalé, en 1886, un homme polymaste ayant eu 7 garçons et six filles. Tous les garçons présentaient deux mamelons d’un côté ; l’un de ces garçons transmit sa variation à ses quatre fils tandis que sa fille en fut exempte. Cette transmission héréditaire aux seuls sujets masculins est bien curieuse, surtout
lorsqu’il s’agit des glandes mammaires. En voici cependant un autre exemple qui nous est personnel et encore inédit : un tourangeau de Ligueil a une paire de petits seins axillaires ; son fils a la même disposition, sa fille en est exempte ; cependant cette dernière transmet cette variation à son fils âgé de 16 ans en ce moment.
Mais l’hérédité dans le sexe féminin a été également observée dans un grand nombre de faits.
La polymastie a donné lieu à de curieuses remarques physiologiques. Chez la femme, les mamelles supplémentaires peuvent prendre un développement parfait avec mamelon et aréole. Au moment de la puberté, elles s’accroissent et subissent un état congestif pendant les périodes menstruelles. A l’occasion d’une grossesse, elles sécrètent généralement du lait et avec une abondance telle qu’elles peuvent servir à l’allaitement de l’enfant.
On a remarqué plusieurs fois que les femmes polymastes avaient des grossesses gémellaires et Iwaï a noté ce fait 66 fois sur cent sujets. Serait-ce la une confirmation de ce fait de physiologie animale qui prétend que la femelle a. ordinairement autant de petits que de paires de seins ?
Chez l’homme, les seins surnuméraires ne prennent que rarement un grand dévéloppement. Ils se manifestent seulement sur le thorax par une tache fortement pigmentée avec ou sans mamelon. Cependant, ces seins réduits peuvent subir , la poussée congestive des seins normaux au moment de la puberté. Ils sont très souvent le point de départ de tumeurs malignes, ainsi que l’a signalé Palermo, ce qui confirme la loi de Le Double qui veut que les organes rudimentaires et sans fonctions physiologiques, ou ceux présentant des variations anatomiques, soient plus que les autres le siège d’atteintes pathologiques.
LES VARIATIONS GÉNITALES
Les asymétries mammaires. — Les seins ne sont pas toujours placés symétriquement de chaque côté de la poitrine. On peut observer de fréquentes variations de position et de volume.
Il y a deux types de variations de position.
1° Les deux seins sont inégalement distants de l’axe médian du sternum ; l’un par exemple occupe sa place régulière et l’autre est sur la ligne axillaire ;
2° Les deux seins ne sont pas au même niveau et cette dénivellation peut atteindre la différence d’un espace intercostal. C’est le sein gauche qui est ordinairement le plus bas.
Les inégalités de volume sont à ce point communes qu’on a pu prétendre qu’aucune femme n’avait une symétrie parfaite des seins. Ce sont des différences très minimes, mais cependant, on voit un sein rester petit ou au contraire prendre une grosseur excessive, alors que l’autre a un volume normal.
Les asymétries mammaires de position et de volume sont la règle dans les dystrophies du thorax •: scoliose, gouttières latérales, etc. Dans le torticolis musculaire ou osseux, le sein du côté malade est atrophique et abaissé. Dans la scoliose, ie sein le plus petit est du côté de la concavité rachidienne.
L’amastie, —- La réduction de l’un des seins nous a mène à parler de l’amastie, c’est-à-dire de l’absence d es mamelles. Hubert a fait, en 1907, une bonne étude de cette variation peu commune.
Il peut y avoir absence totale de la glande et de son mamelon, ou bien absence de la mamelle avec persistance du mamelon.
La disposition peut être unilatérale ou se rencontrer des deux côtés ; ce dernier cas est exceptionnel.
L’amastie est due, lorsqu’elle est complète, à la non formation de la bande ou crête mammaire ; ou
bien la crête s’êst développée, mais il s’est produit un arrêt de prolifération des bourgeons mammaires ; vers la fin du sixième mois, on constate alors la présence d’un mamelon sans mamelle, c’est l’amastie incomplète.
Il y a lieu de signaler que l’amastie s’accompagne souvent d’autres malformations des organes génitaux. Scanzoni a signalé l’absence de l’ovaire du même côté ; Greenhow, celle de l’ovaire et de l’utérus ; Hubert et Launois, la présence d’un utérus double. Dans quelques cas on a constaté l’absence du muscle pectoral correspondant.
Les divers degrés d’amastie se rencontrent aussi bien dans le sexe masculin que dans le sexe féminin.
La gynécomastie. —- Chez l’homme, les seins restent des organes rudimentaires et ne paraissent pas avoir de fonction physiologique. Ce n’est pas qu’à certaines périodes du développement il ne se produise de légers phénomènes sécrétoires. C’est ainsi que dans les jours qui suivent la naissance, chez le garçon comme chez la fille, il se manifeste une fluxion mammaire qui s’accompagne d’écoulement d’une petite quantité de liquide séreux. A la puberté, cette congestion se reproduit, mais dure plus longtemps, parfois quelques mois, avec sécrétion d’une sérosité. Mais ce sont phénomènes transitoires après lesquels la glande subit une régression notable.
Cependant, il existe des états permanents d’hypertrophie des seins chez l’homme. Environ une fois sur cent sujets il nous a été donné de constater, chez des adultes, des seins de la grosseur d’une prune ou d’une mandarine.
Baüvallet, élève de Le Double, a noté le même fait chez les races nègres ; Holbé l’a signalé chez les peuples
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jaunes. A part cette hypertrophie des seins, les hommes qui présentent cette variation sont normalement constitués et en particulier les organes génitaux et le système pileux sont réguliers ; cependant, j’ai souvent constaté une légère tendance à l’obésité.
Le psychisme est d’ailleurs normal et je n’ai pas constaté d’inversion sexuelle. La sécrétion spermatique est tout à fait régulière.
Il faut distinguer cette disposition purement morphologique et localisée aux seins, du syndrome gynécomastique qui est beaucoup plus complexe et s’accompagne de déviations psychiques.
La gynécomastie constitue un syndrome morphologique consistant dans le développement précoce et persistant des mamelles, une forte obésité généralisée, et une hypoplasie des. organes génitaux externes. Les caractères sexuels secondaires sont équivoques ; les poils de la face sont rares et courts, les hanches sont larges. On note la plupart du temps un psychisme modifié, de la lenteur intellectuelle, et souvent des sentiments d’inversion sexuelle.
Ce sont des êtres inférieurs chez lesquels les fonctions génésiques sont diminuées avec aspermie fréquente ; ils sont donc impropres à la reproduction. Cependant Laurent, qui a bien étudié cette dystrophie, a observé des cas de transmission héréditaire de ces caractères. Cet auteur fait remarquer que si le système génital est peu atteint, là fonction testiculaire est dans quelques cas conservée. Un gynécomaste peut donc engendrer d’autres gynécomastes. Handyside, d’Edimbourg, rapporte l’histoire d’une famille de cinq enfants dont trois étaient des gynécomastes polymastes, fils d’un père également gynécomaste. Laurent a observé la transmission de cette disposition pendant quatre générations : un homme,
fils et petit-fils de gynécomastes, avait eu des seins volumineux dès la naissance et les avait vus augmenter peu à peu ; sa croissance fut précoce et rapide et son obésité telle, qu’il fut réformé pour ce fait ; sa puberté se fit à douze ans, mais ses organes génitaux étaient de petit volume ; son fils a eu des seins gros comme des noix peu après la naissance et qui, à l’âge de sept ans, étaient devenus gros comme des mandarines ; il était fort gros et ses parties génitales étaient très réduites. Nous connaissons, à Amboise, un gynécomaste, fils de gynécomaste ; c’est un homme obèse, avec seins volumineux, une barbe rare, un bassin large et une certaine torpeur physique et morale ; marié, son union est jusqu’ici stérile.