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II

membre semble enveloppé « d'une gaine de cuir ». Les séreuses doublées de néo-membranes ne laissent qu'un jeu limité à leurs tendons. Il n'est pas jusqu'aux articulations voisines qui ne soient atteintes ; la jointure tibio-tarsienne peut voir sa synoviale indurée et fongueuse, et son cartilage diarthrodial se résorber.

Ainsi que nous l'avons dit, l'ulcère variqueux simple siège presque toujours dans la moitié inférieure de la jambe et sur sa face interne, quoiqu'on en ait observé en un point quelconque de ce segment de membre. Quelquefois limité à une surface de quelques millimètres de diamètre, il provoque souvent aussi de larges pertes de substance « qui dénudent une grande partie de l'organe ». Lorsqu'il entoure le membre tout entier, formant autour de lui une sorte de bracelet de hauteur irrégulière, saignant et fongueux, lorsqu'il est annulaire ou circonférentiel, sa gravité devient extrême, car l'expérience démontre qu'en pareil cas on ne doit guère compter sur la cicatrisation. Cette surface suintante, ichoreuse, sur laquelle peuvent s'abattre tant de complications, nécessite presque toujours une intervention radicale: l'amputation. Heureusement que de telles dimensions sont rares; en général, les ulcères sont arrondis, elliptiques, à grand diamètre vertical.

Auzilhon, dans son introduction à l'étude de l'ulcère simple (Paris et Montpellier, 1868), a étudié la température du membre au niveau de l'ulcère II a constaté une élévation d'un demi-degré pendant la période inflammatoire et un abaissement, par rapport au membre du côté opposé, lorsque l'ulcère est à la période d'étati Mais les recherches poursuivies depuis

par Schreider n'ont donné que des résultats contradictoires ou négatifs.

Il n'en est pas de même, dit M. Reclus, que nous ne pouvons mieux faire que de citer en cette circonstance, des troubles sensitifs étudiés par Terrier (1) et par ses élèves, Séjournet (2) et Schreider (3). L'exploration de la surface ulcérée est difficile et ne donne que des renseignements incomplets ; quelquefois, nous dit Terrier, la piqûre ne détermine pas de douleur, tandis que la pression avec le doigt ou la tête d'une épingle éveille une souffrance très nette. Autour de la perte de substance, la sensibilité est émoussée, quelquefois abolie ; quelquefois, les perceptions sont retardées et les malades se trompent sur le lieu qui a été le point de départ de la sensation ; une piqûre peut être rapportée à 10 ou 15 centimètres de son siège réel.

« Mais, si la sensibilité à la douleur est peu troublée ou même ne l'est pas du tout, il n'en est point ainsi pour les sensations thermiques, dont les variations sont constantes. Les corps chauds provoquent bien une sensation de brûlure, mais avec un retard dans la perception ; les corps froids paraissent chauds dans une zone d'étendue variable tout autour de l'ulcère. La sensibilité tactile est aussi fort souvent altérée. Pour l'explorer, il faut toucher légèrement avec un objet de petit volume, et cela sans exercer aucune pression, car on réveillerait la sensibilité profonde, qui est presque toujours normale. »

(1) Terrier, Éléments de pathologie chirurgicale qénérale p. 656.

(2) Séjour.net, Th. de Paris, 1877.

(3) Michel Schrbider, Palhogénie des ulcères idiopathiques de la jambe. Th. de Paris, 1883.

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Ajoutons encore, d'après Terrier, que la cicatrice qui succède à la perte de substance est le siège de phénomènes identiques, et qu'on observe les mêmes troubles de sensibilité, à un degré moindre il est vrai. De même, on en a constaté l'existencesur la peau prête à s'entamer ; non seulement ils accompagnent le processus ulcératif, mais ils le précèdent et lui survivent.

« Une analyse minutieuse prouve que la sensibilité tactile est rarement modifiée, la sensibilité à la douleur l'est déjà plus souvent et la sensibilité thermique bien plus fréquemment encore. En effet, ces trois ordres de troubles sensitifs représentent en quelque sorte les degrés successifs d'altération de la sensibilité; les troubles de la sensibilité thermique constituent le premier et ceux de la sensibilité tactile le dernier degré qui traduit une altération profonde des nerfs. C'e°st ainsi que, sur un même ulcère, on peut quelquefois observer trois zones, dont l'une, centrale, ne dépassant guère le voisinage des bords, a perdu sa sensibilité tactile ; une autre, placée immédiatement en dehors, mais déjà moins profondément altérée, présente de l'analgésie; enfin, une troisième, plus extérieure et plus étendue, ne nous offre que des troubles de la sensibilité thermique. »

« Les ulcères ont une marche bien irrégulière. En général, ils évoluent sans douleur et, sauf quelques cas, ils ne gênent guère les malades que par une certaine lourdeur du membre, des saignements au moindre traumatisme et surtout par un suintement ichoreux et fétide. Ils persistent indéfiniment avec des alternatives d'amélioration et d'aggravation ; il n'est pas rare de voir, sur les bords, un liséré cicatriciel,

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dont l'extension rétrécit la perte de substance, s'agrandir et gagner vers le centre lorsque la santé générale s'affermit et que la jambe est maintenue, sans compression, dans le repos horizontal, tandis que ce même liséré se détruit au moindre prétexte, au plus léger accès de fièvre ou si le patient se livre à un exercice plus fatigant. Cependant, la réparation totale peut se faire : il se forme une cicatrice blanche, lisse, glabre, sèche, intimement unie à l'os sous-jacent et dont la pâleur contraste avec la pigmentation de la peau voisine, épaisse, brune ou noire, très souvent eczémateuse et recouverte de croûtes et d'amas épidermiques. Parfois, la guérison spontanée a été le fait d'un érysipèle et, parmi vingt autres observations, nous citerons celle de Nicholls, qui vit un ulcère vieux de quinze ans se cicatriser à la suite d'un érysipèle phlegmoneux. »

Mais nous devons ajouter que, même si la cicatrisation a bien marché et est complète, un ancien ulcère est toujours un lieu de moindre résistance ; la cicatrice est d'ordinaire mince, adhérente, et le moindre traumatisme ou la moindre inflammation fait récidiver rapidement la plaie ulcéreuse. Le membre qui a été le siège d'un ulcère doit donc être protège avec un soin minutieux et tout particulier.

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